Le combat de Benyamin Nétanyahou contre l'Iran est "une obsession" et une "une constante idéologique", affirme Dov Alfon
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 1:32OuverteRéponse partielle
Qu'y a-t-il dans la tête de Benjamin Netanyahou ?
- 16:14RelanceRéponse directe
Pourtant, il est démocratiquement élu.
- 21:38FerméeRéponse directe
vous y croyez ?
- 19:24FerméeRéponse directe
vous êtes sur la même ligne que lui ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 10:37Invité politiqueChiffre
« D'abord parce qu'il avait une majorité parlementaire de 64 députés, »
- 10:43Invité politiqueChiffre
« qui a permis l'augmentation de cette majorité à 68 députés, »
- 12:11Invité politiqueChiffre
« avec une minorité de 50 députés sur 120, »
- 15:57Locuteur non identifiéFait
« qui a été adoptée le 30 mars dernier »
- 12:24Invité politiqueFait
« On n'avait jamais connu ça dans l'histoire d'Israël depuis 1948. »
Temps de parole
- Invité politique41 %
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Et un grand entretien ce matin alors qu'un cessez-le-feu est entré en vigueur mercredi en Iran et qu'Israël poursuit son offensive au Liban. Une offensive obscurité éternelle qui a fait plus de 300 victimes civiles mercredi. Jusqu'où, jusqu'où peut, jusqu'où veut aller Benjamin Netanyahou et qui a-t-il dans la tête du Premier ministre israélien ? Quels sont ses buts de guerre, ses objectifs à court et à long terme ? La colonisation se poursuit en Cisjordanie. Pour en parler avec nous, avec Marion Lourdes en studio, le directeur sortant de Libération, ancien directeur du quotidien israélien Aaretz Dovalfon. Bonjour et bienvenue. Et en direct avec nous depuis Tel Aviv, Denis Charbitte.
Bonjour. Bonjour. Vous êtes professeur de sciences politiques à l'Université ouverte d'Israël, ouverte de Yitzhak Rabin, la paix assassinée. Un essai extrêmement fort publié l'année dernière chez Jean-Claude Lattès. Les auditeurs d'Inter peuvent réinteragir avec vous au 01 45 24 7000 ou à travers l'application Radio France. Première question, ce n'est pas une question psychologique, mais profondément politique, Dovalfon et Denis Charbitte. Qu'y a-t-il dans la tête de Benjamin Netanyahou ? Vous l'avez rencontré Dovalfon deux fois.
C'est important de le rappeler parce que dans un entretien qu'il accordait en août à la chaîne israélienne I24 News, le Premier ministre israélien a affirmé se sentir investi, je cite, d'une mission historique et spirituelle et adhéré tout à fait à la notion de grand Israël. Qu'est-ce que veulent dire ces mots et qu'est-ce qu'ils impliquent dans sa politique, la politique qu'ils mènent à la tête de l'État hébreu ?
Nous sommes sur une personnalité politique qui aime s'appeler le magicien, mais qui est en réalité un prestigitateur. Donc c'est d'un cynisme total. C'est-à-dire que ce sont des trucs, vous pouvez, vous, dans les coulisses, journalistes, politologues, dire opposants, dire mais regardez, regardez la main droite, il y a le mouchoir qui est en train de... Mais en fait, pour la base, pour ses électeurs, c'est un magicien. Et donc, il déclare effectivement plein de choses. Il est quelquefois pour la paix, il est quelquefois pour les territoires occupés, les annexer, devenir le grand Israël. Quelquefois, c'est un économiste. Il est pour la start-up nation, la paix viendra d'elle-même.
Il y a une seule constante idéologique qu'on peut lui accorder. Et c'est son combat contre l'Iran. C'est une obsession. Je l'ai rencontré il y a plus de 20 ans. Il était ministre des Finances. Il devait présenter son projet, d'ailleurs très réussi, de tourner Israël en un empire technologique avec de nouveaux contrats. Il l'a fait. Il commence. Donc, il y a Google. Il n'y avait pas encore Facebook. Il y a Google. Il y a Amazon. On se met là. Dix minutes après le début de cette conversation tête à tête, il me dit, mais vous savez, parlons quand même Iran. On est devant un ministre de la Finance. Il a débuté une demi-heure à m'expliquer que la bombe iranienne allait tout changer.
On file à Tel Aviv. Denis Charbitte, vous avez travaillé sur l'incarnation de la politique de Benjamin Netanyahou qui disait, nous tiendrons jusqu'au retour du Messie. C'est ce qu'il promettait il y a encore quelques semaines. Il a un discours qui est parfois théocratique, messianique. Denis Charbitte, est-ce que c'est un opportuniste ou quelqu'un qui a de véritables convictions quasiment théocratiques ?
Alors, je fais partie de ceux qui ne... ne pensent pas qu'on peut tout expliquer de Netanyahou en se fiant à l'explication opportuniste. Un homme qui est au pouvoir veut y rester le plus longtemps possible. Mais il est surtout obsédé par l'héritage qu'il va laisser dans l'histoire d'Israël. La première chose qu'il a laissée, c'est que ça aura été, à ce jour, le premier ministre qui est resté le plus longtemps en fonction. Mais effectivement, alors moi je ne crois pas beaucoup à ses convictions théocratiques, je pense qu'il veut flatter son électorat qui est très traditionnaliste, ses partenaires de la coalition. Je pense qu'il est pénétré de l'idée de la pérennité d'Israël, bien sûr.
Mais lui, ce qu'il veut, c'est laisser un nom dans l'histoire. Il avait commencé à le faire en excluant toute négociation avec les Palestiniens depuis 2014. Aucun premier ministre n'y était parvenu jusque-là. Et puis là, il a eu l'occasion historique de sa vie, celle de convaincre les États-Unis d'entrer en guerre aux côtés d'Israël pour détruire le projet nucléaire iranien. Et je pense que la partie difficile qu'il s'apprête là maintenant à jouer, c'est qu'il va en quelque sorte tout miser sur la morale de l'intention qui pense qu'un programme nucléaire iranien est une bonne chose pour la stabilité du monde.
Mais en revanche, il voudra fuir autant que faire se peut la morale du résultat, c'est-à-dire à quoi a-t-on abouti après 40 jours d'une opération qu'il a souhaitée et après deux ans et demi où il a voulu remodeler le Moyen-Orient, certes, il n'est plus le même que celui que nous avions avant le 7 octobre, mais néanmoins, il ne correspond pas et de loin à ce qu'il attendait de deux ans et demi.
Oui, parce que je vous retourne la question. Quelle est votre réponse à vous, Denis Charbitte, à cette question très forte que vous posez ?
C'est qu'il a un objectif idéologique très clair. Il veut laisser son nom dans l'histoire comme celui qui a transformé de fond en comble le Moyen-Orient, mais l'histoire est rebelle aux intentions des hommes politiques aussi imbus d'eux-mêmes qu'ils sont, voire mégalomane, à savoir qu'ils se retrouvent avec une situation qui est, on va dire, mi-figue, mi-raisin, le verre à moitié vide, le verre à moitié pien. Bien entendu qu'Israël a démontré sa supériorité aérienne et militaire en général, mais pour quel but, pour quel résultat ?
La seule lueur qui s'ouvre aujourd'hui, c'est sa disposition, déclarée hier soir, a négocié avec le gouvernement libanais, mais on va voir comment les choses vont évoluer, mais il est clair qu'il joue son avenir politique, n'oublions pas, et là je reviens à la question de l'opportunisme, dans six mois, il y a une échéance électorale, et ce sera le va-tout définitif pour Benyamin Netanyahou.
Alors justement, comment il faut lire ce paradoxe libanais, cette attaque qui est redoublée d'intensité juste après l'annonce du cessez-le-feu avec l'Iran, et puis tout d'un coup, on a un Benyamin Netanyahou qui dit « j'ai ordonné des négociations directes avec le Liban, donc sous-entendu je veux négocier, et en même temps, sans annoncer de cessez-le-feu formel, c'est-à-dire qu'on continue de frapper, comment il faut lire cette espèce de question paradoxale ? »
La séquence des dernières 48 heures sont assez simples, c'est Donald Trump qui a dit quelque chose. C'est-à-dire, Netanyahou n'a reculé que trois fois ces dernières années, et ces trois fois étaient après un appel de Donald Trump.
Donc, que ce soit Gaza, tu arrêtes, que ce soit tes avions que tu viens d'envoyer sur Téhéran, mon chéri, dans 40 secondes, je veux les voir revenir à Tel Aviv, tu ne bombardes pas Téhéran, la guerre des douze jours est terminée, je viens de l'appeler la guerre des douze jours, il n'y aura pas un troisième, donc tu fais ce que je te dis, et maintenant, tu arrêtes d'assassiner des milliers d'innocents à Beyrouth, parce que moi, ça m'embarrasse maintenant dans mon processus Islamabad. Et Netanyahou fait ce que...
Parfois, on a l'impression que le rapport de force, entre guillemets, entre les deux, il est plutôt en faveur de Benjamin Netanyahou, que c'est lui qui décide. Là, c'est l'inverse.
Vous savez, il y a des photos dans les archives de New York Magazine, de ces deux-là, accoudées en bar dans les années 80. Netanyahou est l'ambassadeur d'Israël aux Nations Unies. C'est son premier job public. Il est inconnu du grand public. Mais c'est un grand diplomate. Et Donald Trump est le fils d'un promoteur immobilier qui vient de commencer sur les pas de papa. Les femmes, les cocktails, les machins, et tu as deux qui ont l'air de s'encanailler. Ils sont des copains. Ils se sont compris dès le premier regard. Et en cela, leur relation est extrêmement complexe. C'est un roman que nous n'avons pas. Nous n'avons pas les dessous. Je suis d'accord qu'il y a eu, effectivement, le contraire.
Il y a eu des moments où c'est Netanyahou, premier ministre chancelant d'un tout petit pays au Moyen-Orient, qui a dit au président des États-Unis, il faut bombarder Téhéran et tu le fermes.
Avec des révélations édifiantes du New York Times cette semaine. Une réunion à la Maison Blanche avec Donald Trump le 11 février dernier, où Benjamin Netanyahou l'aurait convaincu de lancer cette opération majeure, alors que l'entourage de Donald Trump s'y montrait défavorable. Denis Charbit, vous connaissez parfaitement la scène politique israélienne. Expliquez-nous comment est-ce qu'il a réussi à se maintenir au pouvoir, à être élu et réélu, alors même qu'il est poursuivi pour corruption, Benjamin Netanyahou.
Et comment se fait-il que son parti, le Likoud, et lui-même aient fait alliance avec la droite radicale, j'emploie cette expression pour le dire vite, mais des figures d'extrême droite, voire racistes, comme Ben Gvir, le ministre de la Défense Israël Katz, et d'autres qui sont très profondément en faveur de la poursuite de la colonisation en Cisjordanie notamment.
Je crois que sur le plan intérieur, c'est ce qui restera pour moi en tout cas, la chose la plus impardonnable à Benjamin Netanyahou, d'avoir en quelque sorte invité l'extrême droite, plus que la droite radicale, l'extrême droite, alors là pour le coup théocratique et ultra-nationaliste, à la table du gouvernement, non pas en leur confiant des portefeuilles, on va dire, marginaux, mais fondamentaux, comme la sécurité intérieure et les finances, et même vice-ministre de la Défense, je crois que ça c'est l'erreur qu'on ne pardonnera jamais à Benjamin Netanyahou, parce qu'il a en quelque sorte contribué au lieu d'une sorte de contagion qui fait qu'aujourd'hui, et déjà depuis quelque temps déjà, je considère que Netanyahou n'est pas l'otage de l'extrême droite, il en est le complice.
Ça c'est la première chose. Alors, comment a-t-il réussi à tenir pendant quatre ans ? D'abord parce qu'il avait une majorité parlementaire de 64 députés, à laquelle s'est additionnée une petite force qui a permis l'augmentation de cette majorité à 68 députés, et qu'elle est un bloc depuis une vingtaine d'années. Et ce n'est pas une coalition disparate qui s'est constituée il y a quatre ans lors de la formation du gouvernement. Cette coalition, elle existe depuis près de vingt ans. Donc elle est cohérente ?
Elle est cohérente, elle a une ligne claire et nette, et c'est pour ça d'ailleurs que le premier acte, je le rappelle, de cette coalition, ça a été la mise en cause des contre-pouvoirs de l'État de droit, la Cour suprême notamment, le conseiller juridique du gouvernement, et il faut bien comprendre que c'était ça le premier objectif. Et puis, il y a eu le 7 octobre, qui a été le traumatisme que l'on sait, et qui en général, même dans des conditions moins graves que le crime de masse du 7 octobre, génère en général, et notamment dans les démocraties, ce phénomène qu'on appelle en anglais de « rally to the flag », le ralliement au drapeau, c'est-à-dire l'Union sacrée, pour parler français.
Eh bien, cette Union sacrée, elle a tenu bon, parce que, comme disait Doval-le-Fonds, Nathaniel dispose d'une base électorale assez solide, d'un tiers de l'ensemble de l'électorat, mais nous sommes, et je dirais, il bénéficie également, il faut bien le reconnaître, d'une opposition qui ne s'est pas trouvée ses marques, qui n'a pas su trouver le langage adéquat, et les causes adéquates, pour tenter de faire tomber le Premier ministre, et en tout cas, par rapport aux élections qui auront lieu en octobre, de garantir une victoire.
Certes, les sondages donnent aujourd'hui la coalition sortante de Netanyahou avec une minorité de 50 députés sur 120, ce qui est clair, en tout cas, c'est qu'il faut bien comprendre, les Israéliens sortent, comment dirais-je, plutôt épuisés de cette mobilisation permanente. On n'avait jamais connu ça dans l'histoire d'Israël depuis 1948. Deux ans et demi de guerre, avec des plages de répit, je pense notamment, vous savez, à ceux qui sont nés en 2014-2015, qui ont 12-13 ans, des adolescents, qui ont connu le Covid, et qui ont connu deux ans et demi avec des interruptions de scolarité, ça vous donne une génération perdue.
Et je dirais que l'enjeu aujourd'hui, Netanyahou, par rapport à la déclaration qu'il a faite concernant le Liban, va tenter de dire que le gouvernement libanais a consenti à des négociations à cause de ce baroude d'honneur de 48 heures durant lequel le Liban a été pilonné, alors qu'on sait parfaitement que le président libanais exhortait le gouvernement israélien à des négociations directes ou indirectes avant même le début de la guerre. Donc, ça va se jouer sur des narratifs. Il y a quand même une concession.
Des narratifs, et ça c'est très important de s'arrêter là-dessus, justement. Juste, Denis Charbitte, j'aimerais que Dov Alfon nous dise. Alors, comment expliquer justement que Benjamin Netanyahou, il soit donc cohérent ? Vous avez dit qu'il était un survivant, que son maintien au pouvoir était un paradoxe, mais où est passée son opposition ? Comment expliquer l'effondrement, l'effoncement de la gauche israélienne, de toutes les gauches israéliennes, de Shalom Arshav, qui était pour la paix maintenant, jusqu'au parti travailliste qui a exercé le pouvoir pendant des décennies dans ce pays ?
On assiste, bien sûr, à un virage à droite le 7 octobre, ayant causé un traumatisme qu'il est inutile d'analyser, tellement il est évident, un massacre d'une cruauté extraordinaire. Derrière, 48 heures après, disons une semaine après, commencent des représailles sanglantes qui vont tourner Israël en un état paria, et donc vont faire que les Israéliens sont dans un climat de survie face à des ennemis qu'ils ne comprennent plus.
Mais vous faites le lien entre le 7 octobre, ce massacre absolument abominable, et des déclarations comme celle du ministre des Finances Smotrich hier, lorsqu'il parlait de l'extension d'Israël au-delà de ses frontières actuelles, au moment d'inaugurer une nouvelle colonie illégale en Cisjordanie ?
Ce qu'on peut appeler la droite marginale ou la droite radicale, si on est gentil, et qui est en fait une extrême droite israélienne, pour dire carte sur table, cette extrême droite-là a besoin de Netanyahou, parce que c'est lui le premier ministre, mais s'accorderait parfaitement avec n'importe quel opposant de droite si en octobre, Netanyahou ne serait pas réélu. Il est entre 24 et 34% de côte de popularité personnelle depuis le 7 octobre. Donc il ne peut pas être réélu lui-même, déjà il ne l'avait pas été, comme ce n'est pas lui le plus populaire. Il met des coalitions en place.
Est-ce que cette coalition va encore une fois se trouver avec 60-64 sièges sur 120 après les élections d'octobre ? Netanyahou lui-même ne le croit pas. Et s'il n'est pas en poste, il va en prison. Il me semble qu'on ne comprend pas assez dans sa tête ce danger-là.
Il faut dire que c'est une proportionnelle intégrale en Israël et que c'est une scène politique extraordinairement compliquée à comprendre.
Justement, Denis Cherbit, vous dénoncez l'alliance de Netanyahou avec l'extrême droite, vous avez dénoncé les projets qu'elle porte et notamment cette loi sur la peine de mort pour les Palestiniens qui a été adoptée le 30 mars dernier au Parlement qui peuvent être jugés coupables de meurtres terroristes et donc condamnés à mort. Vous avez écrit dans une tribune au Monde que Netanyahou jouait avec le feu, qu'il exerçait une tyrannie qui doit être dénoncée concernant cette loi. Pourtant, il est démocratiquement élu.
Oui, il est démocratiquement élu et ce n'est que par la démocratie, que par les urnes ou par des manifestations, c'est-à-dire par le dynamisme de l'association civile qu'il pourra partir. En tout cas, là, on a une échéance au mois d'octobre. Je crois que pour beaucoup de soutien de Netanyahou, Netanyahou n'est plus digne d'exercer le pouvoir parce qu'il est l'homme du 7 octobre et tout ce qu'il a fait depuis le 7 octobre, c'est essayer de faire oublier, de dire je n'ai pas su assumer mes responsabilités le 7 octobre, je n'ai pas pu empêcher ce massacre, mais regarder le Moyen-Orient nouveau dans lequel j'entraîne Israël. Or, le problème, c'est qu'on n'est plus aussi convaincu.
Alors, on pourra dire le Hezbollah est affaibli, l'Iran est affaibli, la Syrie, ce n'est plus Assad qui est à la tête. Oui, certes, Netanyahou a réussi quand même quelque chose qu'importe les moyens par lesquels il y est parvenu, d'entraîner les Américains dans une guerre qu'Israël voulait et dont les Américains n'étaient peut-être pas aussi certains de le vouloir. Ça, ce sont des choses qui sont à son épique. Mais le 7 octobre,
Denis Charbit, est-ce qu'il est considéré aujourd'hui comme responsable d'une manière ou d'une autre de ne pas avoir réussi à assurer la sécurité des Israéliens ou parce qu'il a empêché un certain nombre d'enquêtes ensuite sur la possibilité qu'a eu le Hamas de commettre ces atrocités le 7 octobre ? Comment l'expliquer justement ? Parce que lui avait comme obsession la sécurité des Israéliens.
Alors, je dirais que pour le 7 octobre, la vox populi dit en gros que les responsabilités sont forcément partagées entre l'armée israélienne dont c'est le travail, le boulot de prévenir ce type d'attaque et le responsable politique qui coiffe l'ensemble de la pyramide militaire et civile. En revanche, et c'est là où peut-être que quelque chose va bouger dans les semaines et en vue des élections, c'est que là, l'armée a... Il ne pourra pas se reporter la responsabilité de ce demi-échec, cette demi-victoire, cette demi-défaite sur l'armée israélienne parce que là, est exactement réalisée toutes les missions que lui a données Benjamin Netanyahou.
Et c'est là, encore une fois, que ce n'est plus... Enfin, le débat sera tranché, c'est les Israéliens passent définitivement, encore une fois, comme je le disais tout à l'heure, d'une morale de l'intention, c'est-à-dire nos objectifs sont tout à fait louables, démanteler le Hezbollah, démanteler le programme nucléaire iranien, faire tomber le régime iranien, à une morale du résultat, c'est-à-dire, ok, c'est très bien, tu as les meilleures intentions du monde, mais si la fin justifie les moyens, mais que les moyens ne réalisent pas la fin, alors à quoi bon ?
D'autant que, alors certes, les opérations, les 40 derniers jours, le bilan des pertes israéliennes s'élève à une trentaine, me semble-t-il, ce n'est pas un bilan très lourd en 40 jours de guerre, mais c'est la société israélienne qui voit bien que l'usage de la force comme une fin en soi, sans aboutir à un résultat tangible, ça reste un échec.
Donc, Dov Alfond, est-ce que Denis Sherbitt, vous êtes sur la même ligne que lui ? Est-ce qu'il a tout raté ? Est-ce qu'il a raté à moitié ? Parce que Yaïr Lapide, dans l'opposition, dit que c'est un échec politique et stratégique de Netanyahou qui n'a rempli aucun de ses objectifs.
Je suis tout à fait d'accord avec Denis Sherbitt. Je dirais en trois mots, caramba encore raté. J'ai tout essayé, j'ai donc maintenant la guerre contre l'Iran dont je rêve depuis 40 ans, dont je rêve depuis 40 ans, et c'est raté. Qu'il a pu déclencher, il a quand même convaincu avec les Américains. Donald Trump. Il l'a encore raté, mais il a une botte secrète dont on ne parle pas et dont je voudrais parler. C'est l'antisémitisme en Europe. Pour lui, plus il y a d'antisémitisme en Europe, plus des jeunes Français, et pas seulement des jeunes, des familles entières de Juifs, se sentent isolés, menacés en France et vont rejoindre le seul pays refuge qui est dans leur culture.
Or, il y a des milliers d'Israéliens qui sont d'un milieu socio-économique extrêmement élevé, qui font exactement le chemin inverse qui arrive à Paris. Vous pouvez les voir dans les universités, vous pouvez les voir dans les bois de tech, vous pouvez les voir dans des restaurants israéliens qui s'ouvrent de partout à Paris, et c'est comme ça à Berlin, encore plus. Donc on assiste à une immigration massive d'un milieu socio-économique très élevé qui est un exil qui ne dit pas son nom. C'est un exil politique qui ne dit pas son nom. Les gens qui quittent Israël.
Face à cette vague, Netanyahou reçoit de nouveaux arrivants qui, eux, sont chassés par les jeux de mots mélanchonistes, par les attaques de l'extrême droite et donc se retrouvent dans une isolation depuis le 7 octobre qu'ils ne peuvent plus vivre à Paris et ils vont donc en Israël.
C'est ça, sa botte secrète en fait. Très nombreuses questions d'auditeurs aux standards et sur l'application. A Donny, j'espère. Pas à moi,
j'espère à Donny Charbit. À Donny Charbit et à vous,
mais vous avez répondu à la plupart d'entre eux, notamment sur cette loi qui rétablit la peine de mort pour les prisonniers palestiniens sur la chute de Netanyahou qui pourrait amener la paix au Moyen-Orient. Est-ce que vous y croyez ou non, de votre fond ? Très rapidement ?
Moi, non. Vous, non ? Voilà, ça sera assez rapidement.
Donny Charbit, est-ce que vous, vous y croyez ? Question de Céline, est-ce que la chute de Netanyahou peut amener la paix au Moyen-Orient ?
Ah, c'est une condition sine qua non. Netanyahou ne peut pas se convertir à la négociation avec les Palestiniens. En revanche, avec le Liban, ce n'est pas exclu parce que c'est aussi pour lui, n'oubliez pas, dans son héritage, il y a quand même les accords d'Abraham, donc des accords de normalisation avec Israël et c'est une manière à lui de damer le pion à la gauche en disant en position de force, je suis en mesure d'aboutir à des résultats beaucoup plus tangibles que ceux de la gauche ou du centre lorsqu'ils étaient au pouvoir. Mais pas avec les Palestiniens.
La paix avec les Palestiniens ne peut pas se faire avec Netanyahou, même son maintien au pouvoir ne passera pas par la case négociation avec l'autorité palestinienne. C'est très clair.
Vous avez fait l'un et l'autre votre service militaire, vous étiez dans l'armée israélienne, est-ce qu'aujourd'hui vous refuseriez de faire votre service sous les armes israéliennes ?
Je commence pour laisser Denis réfléchir, je suis poli. C'est très simple, j'ai quitté Israël cela fait maintenant 12 ans, ce n'est pas par hasard, je n'ai pas pris un avion un jour en me disant je quitte ce pays, je quitte ce pays sur l'analyse qu'il va dans une direction que je vois moi et je ne peux pas absolument pas accepter. Donc vous n'allez pas
y retourner puisque vous quittez Libération ?
Non, je ne vais pas y retourner en quittant le journal Libération, bien que j'ai eu un immense respect et un grand amour pour mes collègues du Haaretz avec qui je suis en contact, je vais vous le dire comme ça. si pour survivre dans cette région, Israël a besoin d'être aussi cruel que le Hamas ou le Hezbollah, ce projet n'avait pas de sens.
Donc vous n'auriez pas accepté de faire votre service ? Denis Charbitte, même question et ce serait le dernier mot.
Comme j'étais infirmier dans l'armée israélienne, je pense que dans ce rôle-là, je limitais autant que faire se peut la machine de guerre mais je vais vous dire de manière plus générale. Bien sûr, je me fixe des lignes rouges mais ce n'est pas aujourd'hui pour moi le moment et je dirais même que je serais le dernier à quitter Israël si les circonstances politiques le justifiaient sans avoir auparavant géré un combat de résistance contre la dérive antidémocratique et belliqueuse dans laquelle Netanyahou nous a entraîné notamment ces trois dernières années.
D'accord, merci en tout cas infiniment d'avoir été avec nous Denis Charbitte depuis Tel Aviv. Merci De Valfon vous quittez Libération sans regret ?
Avec une certaine tristesse mais quand même bien content. Eh bien écoutez,
ce sera le mot de la fin. Bonne journée.