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interviewRadio J — L'interview politique· 15 décembre 2025 13 min

Laurent Baumel - L'interview politique du 15/12/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:03
Présentateur

Bon réveil sur Radio J. Place à l'invité politique de David Rovodalone. Il reçoit ce matin le député PS d'Indre-et-Loire, Laurent Baumel. Bonjour à tous les deux. Bonjour Laurent Baumel. Bonjour David Rovodalone. Vous êtes député donc, Rudy le disait, PS d'Indre-et-Loire, membre de longue date du Parti Socialiste. On va bien sûr parler de la politique nationale, mais d'abord un mot sur cette actualité tragique. Deux hommes ont tué hier 15 personnes sur une plage de Sydney, bilan provisoire en Australie, où se déroulait une célébration du premier jour de Hanoukka. Un acte, je cite, maléfique, antisémite et terroriste, a dénoncé le Premier ministre australien Anthony Albanese.

Qu'est-ce que ça vous aspire, cette violence meurtrière contre les Juifs pour un soir de fête ?

0:49
Laurent Baumel

La même chose, effectivement, on est effondré. On en a évidemment assez de ces attentats antisémites qui se répètent de manière maintenant régulière. Ça interpelle notre vigilance, ça nous met en colère. Je ne sais pas quoi vous dire de plus ce matin. Je partage la peine de tous ceux qui se sentent frappés dans le monde par cette imbécilité et cette inhumanité.

1:14
Présentateur

Alors, Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur français, a demandé dimanche au préfet de renforcer la présence des forces de police autour des lieux de culte juifs. Et puis cette attaque barbare, elle a suscité une vague de condamnations internationales et nationales. Jean-Luc Mélenchon regrette, je cite, un ignoble terrorisme antisémite de masse, mais il a été aussitôt critiqué par plusieurs voix dans la communauté juive, mais aussi plusieurs personnalités politiques, puisque celles-ci ont expliqué qu'il avait quand même largement flirté depuis le 7 octobre avec l'antisémitisme en utilisant une rhétorique très antisioniste. Qu'est-ce que vous en pensez ?

1:49
Laurent Baumel

C'est vrai que le 7 octobre, la France Insoumise, dans son communiqué, n'avait pas été d'une clarté irréprochable à l'égard du Hamas, de cet attentat. Et vous vous souvenez peut-être qu'à l'époque, ça avait d'ailleurs provoqué des remous au sein de la coalition conformée encore à ce moment-là, la NUPES, puisque le Parti Socialiste avait du coup décidé de suspendre cette coalition à l'époque. Bon, voilà, je ne vais pas forcément m'étendre sur ce sujet aujourd'hui, mais c'est vrai qu'il y avait eu, et il y a sans doute à d'autres moments, dans des déclarations d'autres responsables de la LFI, des ambiguïtés qui ne sont pas bonnes.

2:31
Présentateur

Alors, on va reparler tout à l'heure de la coalition à gauche, mais d'abord un mot sur le tableau politique général. Quel regard vous portez sur les très difficiles discussions sur les textes budgétaires et plus généralement sur les blocages que nous connaissons depuis la dissolution, même si l'EPS a voté le budget de la Sécurité sociale, le fameux PLFSS qui est passé à quelques voix près, très exactement il y a quelques jours.

2:57
Laurent Baumel

Il y a une donnée structurelle que tout le monde a bien en tête, c'est que depuis juillet 2024, nous avons une Assemblée nationale sans majorité. Personne n'a de majorité. Dans ces conditions est venu un moment, c'est après la chute de Michel Barnier, où il a fallu se rendre à l'évidence que cette Assemblée ne pourrait pas adopter des budgets sans qu'il y ait ce qu'on appelle désormais des compromis, c'est-à-dire des concessions réciproques entre des forces qui avaient fait partie du Front républicain de juillet 2024.

Le Parti socialiste est peut-être le premier parti dans le champ des forces actuelles à avoir intégré clairement cette réalité, à l'avoir énoncée, et donc à s'être mis en posture, en position de chercher des compromis avec les macronistes, le centre droit. Voilà, ça chemine, c'est long, c'est compliqué. Il a fallu attendre la nomination de Sébastien Lecornu pour avoir en face de nous un Premier ministre choisi par Emmanuel Macron, mais en capacité d'entrer dans ce type de discussion avec la gauche. François Bérou n'en avait pas été capable.

Et on a réussi en cette fin d'année, dans ce contexte, avec un Premier ministre beaucoup plus ouvert aux compromis, capable de faire des concessions réelles sur la réforme des retraites ou sur d'autres sujets. On a réussi à avoir un premier résultat, puisque normalement, la France devrait disposer d'un budget de la sécurité sociale en fin d'année.

4:32
Présentateur

Est-ce que la première leçon de cette séquence, Laurent Bommel, c'est que notre classe politique se convertit enfin à l'art du compromis qui nous était totalement étranger ?

4:42
Laurent Baumel

Disons que ça se fait petit à petit et dans la douleur. Je ne suis pas sûr qu'on y arrivera complètement sur l'autre texte budgétaire, qui est le budget de l'État. Pour le moment, on est encore loin du compte, mais on a réussi au moins, et engrangeons-le, cette première étape sur le budget de la sécurité sociale. Voilà. Bon, il y a deux forces, l'ERN et la LFI, qui, elles, sont dans une logique complètement différente, une logique de blocage et de retour aux urnes.

Et puis, vous avez les LR à droite et puis les écologistes à gauche qui ont encore, à ce stade, des hésitations entre défendre leur couloir idéologique et endosser, elles aussi, la question de la responsabilité devant la nécessité que le pays ait des budgets. Donc, on a vu des attitudes un peu différentes, des votes pour, des abstentions. Ça veut dire que ça chemine. Mais comme la marche est haute pour le budget de l'État, je ne suis pas sûr que ce compromis sera atteint facilement sur le projet de loi de finances.

5:46
Présentateur

Vous êtes plus inquiet sur le budget, le fait qu'il passe avant Noël ?

5:51
Laurent Baumel

Oui, je crois qu'il y a peu de chances qu'on ait un budget, il faut se le dire, il y a peu de chances qu'on ait un budget avant la fin de l'année. Parce que si vous voulez, si je prends le point de vue des socialistes que je représente, ici, à votre micro, on n'a pas obtenu ce qu'on voulait à ce stade sur les questions de justice fiscale, on souhaitait qu'il y ait une mise à contribution des très hauts revenus, des milliardaires qui ont beaucoup bénéficié des baisses d'impôts sous le règne d'Emmanuel Macron, on souhaitait qu'il y ait un retour en arrière par rapport à ça, on n'a pas obtenu grand-chose.

Et sur le volet dépenses, les budgets, il y a une logique initiale qui est celle du coût de Rabot, à peu près tous les budgets sont en baisse, y compris les budgets auxquels nous, on est très attentifs, la transition écologique, ce qui peut être fait pour la jeunesse, l'éducation, la culture, etc. Et pour le moment, on ne peut pas dire qu'une discussion ou une négociation avec la droite sur la possibilité de remonter quelques budgets en dehors du budget de la défense ait été engagée. Donc la marche est haute. Et donc il faudra certainement un peu plus de temps pour obtenir l'équivalent de ce qu'on a obtenu sur le budget de la sécurité sociale.

6:58
Présentateur

Alors, c'est compliqué de se projeter déjà sur ce qui va se passer dans quelques jours sur le budget, mais je vais vous demander d'anticiper un peu vers la présidentielle de 2027. Il y a eu pas mal de sondages ces dernières semaines qui donnent d'abord le candidat ou la candidate du RN très en tête, grosso modo autour de 35%. Et à gauche, on a par exemple Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, et François Hollande, l'ancien président, qui plafonne autour de 6%. Jean-Luc Mélenchon, lui, il est toujours autour de 11, 12, 13% des intentions de vote. Est-ce que ça vous inquiète ?

7:31
Laurent Baumel

Je dirais que c'est un socle, c'est le sien. Il peut être un peu plus bas, parfois un peu plus haut. Mais le sentiment que j'ai aujourd'hui, c'est que Jean-Luc Mélenchon ne sera pas en mesure de rééditer ce qu'il avait fait dans les deux présidentielles précédentes, c'est-à-dire capter dans la dernière ligne droite une sorte de vote utile à gauche, y compris des lecteurs venant du centre-gauche ou plus proche en tout cas du Parti socialiste ou de la mouvance écologiste, parce que précisément la stratégie de clivage à outrance qu'il a choisi de déployer depuis maintenant quelques années rend extrêmement difficile le passage de ce type d'électeur vers lui.

Il y a une véritable aversion ou un rejet qui s'est constitué. Donc je crois que Jean-Luc Mélenchon peut sans doute avoir un socle électoral autour de 10-12, mais qu'il aura beaucoup de mal cette fois-ci à progresser. On a vu dans les derniers sondages qu'en tout état de cause, il était un très mauvais candidat au deuxième tour, y compris face au Rassemblement national, puisque dans toutes les hypothèses, il est très très largement battu. Donc il faudra que la gauche non-mélenchoniste arrive à produire, si j'ose dire, un candidat ou une candidate dans cette élection.

C'est pour ça qu'on s'oriente vers l'idée d'une primaire de l'ensemble des forces de la gauche non-mélenchoniste pour essayer de proposer aux Françaises et aux Français, le moment venu, un ou une candidate de rassemblement.

8:50
Présentateur

Alors il y a quand même un candidat de la gauche non-mélenchoniste, comme vous dites, qui émerge, c'est Raphaël Glucksmann. Il fait d'ailleurs jeu égal avec le leader de la France insoumise à 12-13% selon les enquêtes d'opinion. Est-ce que ce serait un bon candidat pour la gauche de gouvernement, Raphaël Glucksmann ?

9:05
Laurent Baumel

Moi je crois qu'il aurait intérêt à passer par cette primaire, parce que dans les sondages dont vous parlez, il est testé en même temps que Jean-Luc Mélenchon, mais aussi que Marine Tondelier ou Fabien Roussel, et on voit bien que la présence d'autres candidats non-mélenchonistes que Raphaël Glucksmann à gauche empêche en tout état de cause le candidat de gauche arrivé en tête d'être qualifié, c'est-à-dire d'obtenir la deuxième place qualificative qui permet d'affronter le Rassemblement national au deuxième tour.

Donc si vous voulez, Glucksmann, avec ses qualités et ses défauts, ses atouts et ses limites, devrait, me semble-t-il, se challenger dans cette primaire pour voir s'il peut être en effet le candidat de rassemblement de la gauche de Mélanchoniste qui n'est pas à ce stade évident.

9:55
Présentateur

Vous aviez été l'un des principaux négociateurs de l'Union de la gauche, justement à la fois sur la NUPES, c'était en 2022, et le NFP en 2024. Est-ce qu'aujourd'hui, le PS peut encore décemment s'allier avec la France insoumise pour des législatives, qu'elle soit anticipée s'il y a une dissolution ou bien dans le calendrier classique, c'est-à-dire en 2027 après la présidentielle ?

10:19
Laurent Baumel

Alors une alliance du type NUPES-NFP avec un programme commun, la volonté de désigner ensemble un Premier ministre en cas de victoire, ça je crois qu'effectivement, ça devient difficile de le concevoir au regard des divergences stratégiques majeures qui sont apparues au cours des derniers mois, de la violence et de la virulence aussi des attaques que nous subissons en permanence de la part de la France insoumise. Je ne crois pas qu'aujourd'hui, il y aurait une volonté dans le Parti socialiste d'aller vers ce type d'alliance.

Ensuite, il faut quand même avoir en tête qu'on ne sait pas ce que sera le contexte de la prochaine élection, est-ce que ce sera une élection qui sera avant la présidentielle ou consécutive à une élection présidentielle. Il est évident que si la question qui nous est posée, c'est l'arrivée du Rassemblement national au pouvoir, de toute façon, il y aura quand même la question du Front républicain qui sera posée et pour moi, même si le dire à votre micro peut-être plus délicat, je considère malgré tout que la France insoumise, avec ses outrances, avec ses excès et avec ses erreurs, a encore vocation à faire partie du Front républicain.

11:28
Présentateur

Une dernière question sur la violence en politique. Vous avez récemment porté plainte après avoir reçu des menaces de mort. C'était des messages adressés via Facebook quelques heures après avoir annoncé que vous ne censureriez pas le gouvernement Lecornu. Qu'est-ce que ça vous inspire, le fait d'être une cible aujourd'hui ?

11:47
Laurent Baumel

C'est un cas, je n'en ai pas reçu énormément. J'en ai reçu une, mais je pense que mon cas n'est pas isolé. En fait, ça m'inspire qu'il y a une violence, une virulence non contrôlée qui s'exprime aujourd'hui sur les réseaux sociaux. Des gens qu'on peut d'ailleurs parfois rencontrer dans la vie et qui n'ont pas dans les relations directes la même virulence et la même violence, mais qui parce qu'ils sont sur les réseaux sociaux, parce qu'ils jouissent une forme d'anonymat ou de solitude au moment où ils font ça, je pense qu'on peut dire n'importe quoi jusqu'à aller à des menaces de mort.

Ce que ça m'inspire, c'est qu'il faudra qu'à un moment donné dans notre vie sociale, on arrive à réguler cette violence sur les réseaux sociaux qui fait beaucoup de mal aujourd'hui à la politique et pas que à la politique, je pense.

12:35
Présentateur

Merci Laurent Baumel, très bonne journée et à très bientôt sur Radio-J. Merci.

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