« Si jamais l’euthanasie était mise en œuvre, elle viendrait affaiblir ceux qui sont déjà faibles »
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Questions et réponses
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- 0:34OuverteRéponse directe
Bonjour Damien Leguay. Merci d'avoir accepté notre invitation.
- 0:58OuverteRéponse directe
Damien Leguay, à nouveau ministre, nouveau projet ?
- 2:04OuverteRéponse directe
Agnès Firmin-Lebodo avait entendu toutes les parties prenantes plusieurs fois. Est-ce qu'il faut repartir de zéro, selon vous ?
- 3:01RelanceRéponse directe
Pourtant, le débat fait consensus. Vous dites qu'elle n'a pas vraiment écouté.
- 5:05OuverteRéponse directe
Mais Damien Leguay, c'est donc une question presque philosophique que vous posez là entre la démocratie et entre le pouvoir donné aux sachants et aux personnes qui connaissent.
- 9:05OuverteRéponse directe
Mais la question qu'on peut se poser aussi, Damien Leguay, c'est est-ce qu'on pourra trouver le modèle parfait ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:49PrésentateurFait
« Catherine Vautrin, nouvelle ministre en charge de la Santé, réputée et plus conservatrice, estime qu'il faut légiférer, je cite, d'une main tremblante sur le sujet. »
- 3:07PrésentateurChiffre
« Elle a notamment écouté la Convention citoyenne et puis les sondages d'opinion qui disent que 70% des Français sont favorables à une aide active à mourir. »
- 4:14InvitéChiffre
« L'année dernière, une pétition a été signée par des représentants de 800 000 soignants et qui ont dit non, l'euthanasie ne peut pas être compatible avec l'hôpital. »
- 5:43InvitéFait
« si jamais l'euthanasie était mise en œuvre, elle viendrait affaiblir ceux qui sont déjà faibles, renforcer le sentiment auprès de ces personnes-là qu'elles sont de trop. »
Temps de parole
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois. Pierre-Hugues, avec votre invité ce matin, vous revenez sur les débats en cours sur la fin de vie avec le philosophe Damien Leguay, spécialiste d'éthique médicale et auteur de l'essai « Quand l'euthanasie sera là » aux éditions Salvator. Bonjour Damien Leguay. Bonjour. Et merci d'avoir accepté notre invitation. Agnès Firmin-Lebodo a fait ses cartons. L'ancienne ministre de la Santé laisse derrière elle un avant-projet sur la fin de vie. Ce texte prévoit une aide à mourir, mais le profond remaniement rebat les cartes.
Catherine Vautrin, nouvelle ministre en charge de la Santé, réputée et plus conservatrice, estime qu'il faut légiférer, je cite, d'une main tremblante sur le sujet. Damien Leguay, à nouveau ministre, nouveau projet ?
On l'espère, tout le monde l'espère, tout le monde des soins palliatifs l'espère, mais personne n'en sait rien en réalité. On croit effectivement que le changement de ministre va changer l'approche, nous verrons bien.
Tout le monde verra bien, tous ceux qui sont inquiets par cet avant-projet, et Dieu sait qu'il y a d'énormes raisons d'être inquiets pour cet avant-projet, se demande effectivement si tout cela va rebattre les cartes d'une bonne façon, de manière à sortir tout ce qui, dans cet avant-projet, est de nature à perturber absolument la question du soin, de perturber l'hôpital, de perturber l'approche que nous avons à l'égard de la fin de vie, et de perturber cette fraternité que nous avons mis en place par les soins palliatifs à l'égard de ceux qui sont faibles et abandonnés.
Attention Damien Leguay, je pense que vous utilisez un kit main libre. Faites attention à ce que le micro ne frotte pas sur votre pull. Et Agnès Firmin-Lebodo, justement, ça permettra aussi de mieux parler du fond. Agnès Firmin-Lebodo avait entendu toutes les parties prenantes plusieurs fois, « Avec un large travail de concertation sur le texte, disait-elle, est-ce qu'il faut repartir de zéro, selon vous ? »
C'est-à-dire que, si vous voulez, le paradoxe, c'est que Mme Firmin-Lebodo a écouté effectivement tout le monde, a donné le sentiment à tout le monde que tout le monde était écouté. En réalité, personne de ceux qui voulaient soit modifier, soit changer, soit améliorer le texte, ont été écoutés. Donc, elle a gardé un texte qui était celui d'origine, celui qu'elle avait en tête, j'imagine, et qui, effectivement, est sorti avec toutes les imperfections que l'on connaît. Bon. Est-ce que tout cela va être refait ? Personne n'en sait rien.
Et Mme Firmin-Lebodo, qui est sortie, effectivement, par le haut, peut revenir par la fenêtre dans les nominations que nous allons connaître par la suite sur les ministres secondaires qui vont être nommés.
Sur les ministres, effectivement, délégués et les secrétaires d'État. Pourtant, le débat fait consensus. Vous dites qu'elle n'a pas vraiment écouté. On peut dire qu'elle a écouté les Français. Elle a notamment écouté la Convention citoyenne et puis les sondages d'opinion qui disent que 70% des Français sont favorables à une aide active à mourir.
Alors, si vous voulez, le paradoxe, c'est qu'effectivement, il y a une confrontation entre deux types d'opinions. Il y a l'opinion générale de ceux qui sont effectivement consultés par sondage, les Français, et qui, majoritairement, très largement majoritairement, sont favorables à l'euthanasie. Et on les comprend. On les comprend que quand on présente l'euthanasie comme quelque chose qui va les soulager de la douleur, de la souffrance, de cette fin de vie, parfois, ô combien difficile, on comprend qu'ils acceptent cela et qu'ils veulent l'euthanasie.
On comprend aussi qu'ils acceptent l'euthanasie parce que celle-ci est présentée comme un droit supplémentaire qui ne retirerait rien aux autres. En réalité, ceux qui sont en première ligne, ceux qui agissent au jour le jour pour soulager cette fin de vie ô combien difficile, pour l'accompagner surtout, pour lui donner un sens, une humanité supplémentaire, ceux-là sont contre, farouchement contre. L'année dernière, une pétition a été signée par des représentants de 800 000 soignants et qui ont dit non, l'euthanasie ne peut pas être compatible avec l'hôpital, avec le soin, avec l'approche, avec la fraternité, avec tout ce que nous véhiculons comme valeur.
Donc, il y a effectivement ce conflit qui est ressorti à chaque fois entre l'opinion générale qui n'est pas très informée, qui considère que c'est un plus par rapport à tout ce qu'elle appréhende comme fin de vie. Et puis, ceux qui savent de quoi il parle, qui sont sur le terrain, qui pratiquent cela et qui, eux, considèrent que ce n'est pas une bonne idée et qu'au contraire, il importe d'exclure l'euthanasie et l'adactif à mourir de ces soins, de cette approche, de cette fin de vie.
Mais Damien Leguay, c'est donc une question presque philosophique que vous posez là entre la démocratie et entre le pouvoir donné aux sachants et aux personnes qui connaissent. Le principe, en France, c'est la démocratie. C'est donc d'écouter l'opinion publique, non ? Vous avez raison. Vous avez raison.
C'est un problème politique. C'est-à-dire, est-ce que sur ce sujet-là, comme sur d'autres, il importe de s'informer auprès de ceux-là même qui sont les plus informés, qui savent de quoi il y a des questions, qui comprennent les enjeux, qui les vivent les enjeux et qui savent bien, ce qui est le cas de l'euthanasie, que si jamais l'euthanasie était mise en œuvre, elle viendrait affaiblir ceux qui sont déjà faibles, renforcer le sentiment auprès de ces personnes-là qu'elles sont de trop et qu'elles doivent, d'une façon ou d'une autre, trouver une solution pour accélérer cette fin de vie.
Donc, il y a un effet que l'on voit dans le modèle belge de pente glissante, à la fois d'extension de ceux qui peuvent bénéficier, entre guillemets, de l'euthanasie, et à la fois un effet d'aspiration à l'égard de toutes les faiblesses et les difficultés que nous traversons. Alors ça, c'est effectivement cette opinion éclairée. Et puis, effectivement, vous avez raison. C'est un problème politique, un problème philosophique avant tout. Il y a les autres. Et les autres, qui ne savent pas très bien de quoi ils parlent, qui ne sont pas confrontés à ces situations-là, eux sont majoritairement contre.
Nous savons tous, nous savons tous, que toujours, quand on est proche de ces questions-là, quand on est affronté à ces questions-là, nous sommes, chacun est différent de ce qu'il était avant. Nous ne sommes pas le même. Nous comprenons les problèmes autrement. Et la capacité que nous pouvons avoir en fin de vie à vouloir vivre au mieux, au plus, de profiter le plus possible de la vie, nous le constatons toujours, tous les jours, dans les services de sein palliatif, auprès de ceux qui sont confrontés à la mort.
Et le paradoxe qu'il faut bien connaître, comprendre, c'est que, par exemple, ceux qui sont atteints d'un maladie de charcot, dont on parle, en veux-tu, en voilà, tout le temps, ces personnes-là, contrairement à ce qu'on en pourrait croire, ont le sentiment d'une qualité de vie, ont le sentiment d'une qualité de vie qui est supérieure à celle de la population générale. Comment ça ? Pardon ? Comment ça ? Ça veut dire quoi ? C'est ce qu'on appelle le « disability paradoxe » en bon français. C'est-à-dire que, quand on demande à ces populations-là, à ces populations atteintes de cette maladie de charcot, ces maladies graves, quelle est la qualité de votre vie ?
Quel est le sentiment que vous avez de la qualité de votre vie ? Une vie fragile, fragilisée. Une vie qui est d'autant plus fragile qu'effectivement, elle peut, à tout moment, soit s'arrêter, soit être dégradée par rapport à la situation exsantée. Eh bien, ces personnes-là cherchent autant que faire se peut à vivre au mieux, au plus, de la vie qui leur reste, du peu de vie qui leur reste, du souffle qui est encore le leur. Ils profitent de la vie plus que ceux, comme le reste des populations, qui se sentent en pleine possession de leurs moyens.
Donc, la qualité de la vie, le sentiment de la qualité de la vie, est d'autant plus fort que la mort n'est pas loin, que la fragilité est là, et qu'il faut faire beaucoup d'efforts pour, effectivement, bénéficier de toutes les merveilles que la vie peut nous offrir.
Nous sommes avec le philosophe Damien Leguay pour évoquer la future loi sur l'aide active à mourir. Il y a aussi cette recherche, cette quête d'un modèle, d'un modèle français qui ne soit pas le modèle belge, qui ne soit pas le modèle suisse. Et pour comprendre ces deux modèles-là, j'invite les auditeurs à aller sur notre site pour bien comprendre tous les enjeux liés à ces modèles. Mais la question qu'on peut se poser aussi, Damien Leguay, c'est est-ce qu'on pourra trouver le modèle parfait ? Est-ce que cette quête du modèle français n'est pas comme la quête d'un jardin à la française qui répond à tous les cas, à toutes les possibilités ? Est-ce qu'on pourra trouver ce modèle parfait ?
Si vous voulez,
je vais prendre un élément. La question qui a été posée lors de la Convention citoyenne, elle était par définition biaisée. Le Premier ministre a demandé, effectivement, aux citoyens si tous les cas étaient concernés par l'actuelle loi et que si tel n'était pas le cas, il importait de changer la loi. C'est une utopie, c'est un fantasme, c'est une erreur que d'imaginer que la loi, quelle qu'elle soit, peut couvrir tous les cas. Si elle couvre tous les cas, elle n'est plus la loi, elle ne pose plus l'interdit. Pourquoi ?
Elle ne pose plus tout ce qui, de façon d'une autre, est susceptible de freiner cette compassion que certains ont à l'égard des personnes en fin de vie pour leur donner la mort. Donc, il importe de redonner à la loi son sens. Je pense que c'est vraiment une question politique.
Et le modèle français, pour l'instant, avait réussi à maintenir une éthique particulière, un sens particulier en résistant effectivement au lobby de l'Etat nazi, d'une part, et deuxièmement, en ayant cette approche particulière qui a donné cette loi Leonetti qui est absolument un miracle à la fois démocratique parce que tout le monde l'a voté, et à la fois un équilibre permettant effectivement d'aménager autant faire se peut cette fin de vie.
Donc, ce modèle, ce modèle particulier, cette particularité du modèle à la française qui est un caractère né par la loi Leonetti-Claire, ce modèle-là risque d'être complètement ébranlé par l'adoption d'un projet de loi qui est tout à fait aligné sur le modèle belge.
À nouveau, Damien Leguier, si vous pouvez éviter de frotter, je pense, votre micro qui frotte sur votre veste, ce qui rend la liaison compliquée, et juste éloigner le micro ou peut-être le porter à côté de votre bouche pour évoquer justement les implications de cette aide active à mourir. Vous disiez que la loi n'a pas à répondre à tous les enjeux. C'est peut-être une question qu'on se pose ce matin. C'est pourtant le rôle de la loi de répondre à toutes les situations.
Maintenant, justement, c'est ça qui est compliqué à comprendre à la fois en termes de psychologie, de psychanalyse et à la fois de démocratie. La loi n'a pas à répondre à tous les cas. Par définition, la loi suppose des exceptions. Elle suppose des interdits. Elle suppose des choses qui ne sont pas possibles. Si la loi d'une façon ou d'une autre pense qu'elle peut répondre à toutes les solutions, elle conduit à des situations d'impasse. Elle conduit à fantasmer sur ce que la loi peut faire alors que justement la loi est pour dire ce qui est autorisé et ce qui ne l'est pas. donc je pense que là il y a quelque chose qui est une vraie question de démocratie.
La question du Premier ministre était absurde parce que forcément il y a des exceptions et que si on pense qu'on va régler toutes les exceptions en fonction de la loi, là aussi me semble-t-il on se trompe et on va dans cette solution du modèle belge. Le modèle belge rappelons-le était limité a priori au début sur son principe et progressivement a été étendu. Donc on peut et c'est ça le travers de la démocratie la démocratie par définition est travaillée par ce que Tocqueville appelait le principe de l'égalité. Il importe que tout le monde soit égal au regard de la loi et que donc personne ne puisse d'une façon ou d'une autre ne pas bénéficier des avantages de la loi.
Donc on voit bien que toutes les exceptions quelles qu'elles soient ou toutes les limitations que nous pourrions poser que la loi pourrait poser aujourd'hui toutes les exceptions que la loi pourrait poser sauteraient progressivement dans les années à venir. Donc la question fondamentale c'est ce que je ne cesse de dire elle n'est pas tellement la question de savoir est-ce que la loi d'une façon ou d'une autre pourrait avoir des garde-fous des protections des éléments qui supposerait qu'on mette en oeuvre une exception à la française très protégée.
Nous savons tous nous savons tous l'exemple de la Belgique du Canada de tous les pays qui sont légalisées c'est que c'est que les exceptions sauteront progressivement comme les ont toujours sautées progressivement pour élargir au maximum et pour faire en sorte que tout le monde puisse bénéficier
de cette euthanasie. Merci beaucoup Damien Leguay d'avoir été avec nous ce matin. Je rappelle que vous êtes philosophe spécialiste d'éthique médicale vous avez publié Quand l'euthanasie sera là c'est chez Salvatore.
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