Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC dans l'air· 27 septembre 2025 67 min

Encore une dissolution, c’est possible ? - C dans l’air - 28.08.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Parlez-en à votre pharmacien. ... - C.Roux: Bonsoir!

Il a promis de se battre comme un chien. F.Bayrou multiplie les prises de parole pour justifier une nouvelle fois sa décision et emporter peut-être l'adhésion des Français sur l'urgence d'un rétablissement des comptes publics.

Le Premier ministre, certain que tout peut encore bouger dans les 11 jours qui viennent, lance des pistes de réflexion sur la taxation des plus riches. Cet après-midi, devant le Medef, il explique son budget toujours amendable et invite les partis pour une ultime négociation. Mais n'est-il pas déjà trop tard pour tenter de trouver des alliés et passer son budget?

Certaines voix s'élèvent, y compris dans son camp, pour dénoncer sa méthode et demander la dissolution. Le RN anticipe sa chute et le retour des Français aux urnes et lance sa campagne. Avec nous pour en parler, C.Barbier, éditorialiste politique et conseiller de la rédaction de "Franc-Tireur".

N.Saint-Cricq, vous êtes éditorialiste politique à France Télévisions. F.Guinochet, vous êtes éditorialiste économique sur franceinfo.

Les patrons sont inquiets de l'instabilité politique actuelle. C'était dans votre édito hier. M.Lazar, vous êtes historien sociologue à Sciences Po et à l'université Luiss de Rome.

Merci de participer à cette émission. Je voudrais commencer avec F.Bayrou, qui s'est une nouvelle fois exprimé cet après-midi à l'université d'été du Medef. - F.Bayrou: Nous devons un grand effort national, qui impose que le coût que l'on considère au-dessus des intérêts particuliers, au-dessus même de l'intérêt social des entreprises, il existe un intérêt national. - C.Roux: "Français, réveillez-vous", voilà ce que dit F.Bayrou. "La situation est grave, je ne peux pas m'en sortir sans vous." Est-ce que ça peut marcher? - C.Barbier: Non.

Si ça devait marcher, ça aurait déjà marché, depuis le 15 juillet, avec les annonces budgétaires, avec le travail de communication...

Si les Français étaient dans un état d'esprit où ils prennent conscience de la situation de la dette et en déduisent des comportements individuels, faire un effort collectif, sacrifier des traditions, et politiques, comme faire pression sur les députés, ça se serait déjà vu. Qu'a-t-on vu dans l'opinion? Des gens refusant les efforts qu'on leur demande, considérant que c'est déjà trop dur pour eux, qu'on ne peut pas leur prendre du pouvoir d'achat, des jours fériés, leur demander de faire des efforts, et en demandant pouvoir de faire des économies ailleurs, chez les riches, chez les immigrés, pour d'autres, dans la gabegie supposée de l'Etat.

Ce travail d'éveil de la confiance n'a pas fonctionné. Bayrou se retrouve dans le rôle de Cassandre, à annoncer des catastrophes en espérant secouer le peuple, relever la nation, et ça ne marche pas. - C.Roux: Sondage après sondage, on voit que les Français sont conscients de la nécessité d'un redressement des finances publiques.

Sur le constat, les Français sont conscients qu'il y a un sujet. - N.Saint-Cricq: C'est le paradoxe.

Ils sont d'accord à 65 %, même si ça s'est un peu effrité, sur le constat, mais ils ne veulent pas des solutions proposées. Un sondage apparaît dans "Le Figaro" demain. Ils ne condamnent pas la démarche de F.Bayrou de poser cette question de confiance.

Ils approuvent, mais ils ne le soutiennent pas. Ils sont dans un paradoxe qui est que celui qui fait le diagnostic sur la maladie est totalement fondé et qu'il se met en danger, d'une certaine manière, mais ils n'en veulent pas, plus. C'est l'ordonnance: "Je n'y crois pas, mais je veux voir un autre médecin." C'est toute la stratégie de F.Bayrou qui était de jouer l'opinion contre les partis, de parler directement aux gens, avec sa chaîne YouTube, la multiplication des 20h... "Je court-circuite les corps intermédiaires." Mais ça ne marche pas. "Moi ou le chaos." Les gens choisissent le chaos. - C.Roux: Sur cette stratégie d'interpellation des Français, avec une forme de responsabilisation, pas de culpabilisation, mais pas loin...

Il a parlé des boomers au 20h, hier. D'autres ont essayé cette stratégie avant lui? - M.Lazar: Bayrou avait beaucoup de cartes dans les mains.

Il s'est fait connaître dans 2 élections présidentielles, notamment, où il avait soulevé la question des comptes publics, déjà. Il y a une certaine cohérence. Or, on ne voit pas la cohérence, là.

Il a toujours défendu l'idée d'un rééquilibre des institutions, avec une importance du travail parlementaire. Il y a une cohérence chez lui. Ce n'est pas le cas de tous les responsables politiques.

On peut le saluer. On a l'impression qu'il y a un fossé entre ses prises de position, cette logique, et l'application qu'il en a faite. Il est dans une situation de grande solitude, aujourd'hui.

Les enquêtes d'opinion que vous citez sont terribles pour lui. Cela soulève une question plus fondamentale, qui va au-delà du cas de Bayrou. La défiance politique qu'on enregistre partout, dans toutes les enquêtes, font que si vous avez un discours qui porte auprès des Français, le fait que ça vienne du haut et de personnes pour lesquelles on a une immense défiance fait qu'on n'adhère pas à celui qui dit quelque chose dont on peut partager le contenu du message. - C.Roux: Parce que c'est lui qui le porte. - M.Lazar: Ca touche F.Bayrou aujourd'hui, mais ça peut toucher d'autres responsables politiques.

Ce que cristallise cette situation, c'est ce problème de défiance, alors que la France, comme d'autres pays européens, doit affronter des défis considérables. - C.Roux: Nous y reviendrons, pour savoir quelles peuvent être les conséquences de ce constat, sur le discrédit de la parole politique pour porter ces réformes, que les Français peuvent juger nécessaires.

On parlera de la dissolution. Il y a un sujet qui est un peu crispé, sur les boomers. Question.

Cette phrase-là n'est pas passée. - N.Bacharan: Non.

Quand on parle des retraités, en France, souvent, ça ne passe pas. Quand on dit que les boomers, les générations vieillissantes, ont eu un âge d'or au niveau de l'emploi, des libertés, c'est très mal perçu. La difficulté, c'est qu'aujourd'hui, pour F.Bayrou...

C'est étonnant. Il fait partie des boomers, il ne faut pas l'oublier. - C.Roux: Il le dit. - N.Bacharan: Il a une petite part de responsabilité.

Il est dans la classe politique depuis très longtemps. La difficulté pour lui, c'est que ce sont ceux qui votent les premiers. Les boomers, les retraités, ne se sentent pas concernés...

Ils ont tous l'impression, pour beaucoup...

C'est une classe d'âge très hétérogène. On raisonne avec des moyennes. C'est ce qui est compliqué.

Les gens qui ont travaillé toute leur vie se disent: "J'ai mérité ma retraite. Je suis parti plus tôt, mais à l'époque, je ne faisais pas de 35 heures..." "Ma maison, je l'ai payée à des taux d'intérêt..." - C.Roux: Il explique devant le Medef cet après-midi: "C'est incroyable, ce cynisme, que cette génération ne veuille pas faire cet effort pour nos enfants." - N.Bacharan: C'est compliqué, dans le débat...

Il y a des retraités qui vivent avec moins de 800 euros par mois, mais globalement, le niveau de vie des retraités se porte plutôt mieux que celui des actifs. J'ai vérifié avant de venir. Une enquête de l'Insee est sortie en juillet. 15 % des gens vivent en dessous du seuil de pauvreté. 1200 euros par mois.

Parmi ces gens qui sont pauvres, vous avez moins de seniors que vous n'avez d'actifs. 11 % "seulement", ou trop, de retraités...

Quand on regarde un peu, dans les années 2010-2015, il n'y en avait que 7 %. Vous avez le sentiment...

Cette population est très hétérogène. Dernier point: ce qui pèse le plus sur les comptes de la France, à un moment-clé où il faut trouver de l'argent, c'est les pensions de retraite. Collectivement, les boomers, la France qui vieillit...

C'est démographique. Il y a beaucoup de gens qui ont plus de 60 ans et ils restent plus longtemps à la retraite qu'avant. - C.Barbier: Et ils sont plus malades. - C.Roux: Il est revenu dans le détail.

C'était cet après-midi, devant le Medef, avec un esprit de responsabilité qu'il demandait à cette génération vis-à-vis des enfants. - C.Barbier: Même si l'expression a été maladroite, un peu expédiée, son raisonnement est juste.

Les boomers ont eu un parcours qui était celui des Trente Glorieuses. Ils ne sont pas responsables de la dette. Il ne les rend pas responsables.

La seule part de la dette qui leur a été dédiée, ce n'est pas de leur faute: c'est la covid. On a mis le pays à l'arrêt pour sauver ces personnes âgées. Il les met devant leurs responsabilités d'aider les générations suivantes, notamment celles de leurs petits-enfants, en acceptant de participer à l'effort collectif de réduction de la dette.

Tous les boomers le font à titre individuel: la transmission de patrimoine...

Ils le font par empathie, dans la verticalité familiale. Peuvent-ils le faire de manière collective en renonçant aux 10 % d'abattement, en faisant un effort? C'est un travail politique à faire sur eux, car ils votent beaucoup. - C.Roux: Il dit: "C'est immoral qu'une génération ne pense pas à la suivante: les enfants du baby-boom devraient être à mes côtés." Il s'adresse aussi à la classe politique. - N.Saint-Cricq: Avec l'impression que ces boomers âgés, qui sont disparates, que de toute façon, l'effort ne sera pas également réparti.

La distinction entre les vieux et jeunes, les boomers et ceux d'après...

Tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. La sensation qu'ont ces personnes, c'est que les jeunes ne veulent plus ou moins moins travailler. Une vieille dame disait: "J'ai commencé à travailler à ce moment...

A mon époque, il n'y avait pas les 35 heures, et maintenant, on me dit que je suis riche!" Le terme de "responsabilité" est un mauvais terme. Ils ne sont pas responsables d'être nés en 45, 50 ou 60.

Simplement, leur dire que la retraite, ce n'est pas de la capitalisation mais de la répartition. On voulait payer aujourd'hui car on peut encore, vu le rapport inactif-actif, mais si on ne bouge pas, il n'y aura bientôt plus assez d'enfants et trop de gens malades, inactifs. Peut-être plus de la pédagogie moins culpabilisante... - C.Roux: Il a parlé de la cohésion nationale.

Ce qui est en jeu avec les finances publiques, c'est la cohésion nationale, s'adressant aussi aux entreprises... "Nous n'étions pas en vacances." C'est ce qu'ont dit les oppositions. "Oui, nous étions ouverts aux discussions." C'est la réponse des responsables politiques des principales formations à la sortie de F.Bayrou, hier soir.

Le Premier ministre tente d'en appeler maintenant, non pas à la responsabilité des politiques, mais à la responsabilité des Français. - C'est une petite phrase qui a fait basculer son destin. - F.Bayrou: J'engagerai la responsabilité du gouvernement. - Lundi, F.Bayrou parie, mais déchante vite.

S'est-il auto-dissout? Scénario de crise. Plus que quelques jours pour convaincre.

Le Premier ministre accélère. - F.Bayrou: C'est un moment extraordinairement inquiétant. - Hier, c'est sur un plateau télé qu'il tente de déjouer les pronostics.

Exercice d'auto-persuasion. - F.Bayrou: Les partis politiques qui ont dit qu'ils allaient faire tomber le gouvernement...

Je suis persuadé que dans les 12 jours qui restent, ils peuvent dire: "On a parlé peut-être un peu vite. On est peut-être allés un peu loin..." - Une assurance à toute épreuve... - Vous avez appelé les représentants des partis d'opposition, qui ne sont pas de votre parti, à venir vous voir à Matignon pour consultation à partir de lundi.

Pourquoi ne l'avez-vous pas fait avant? - F.Bayrou: Ils étaient en vacances. - Réaction immédiate des premiers concernés... ...

Sur X et sur les chaînes info... - M.Tondelier: Je pense que vous avez suivi la rentrée politique des Verts qui avait lieu la semaine dernière.

On était à Strasbourg. Je n'étais pas en vacances. Quand on n'a rien à dire, on ne va pas faire un journal télévisé pour faire perdre du temps à tout le monde. - La stratégie de F.Bayrou interroge jusque dans son propre camp. - S.Primas: F.Bayrou continue sa mission d'expliquer aux Français pourquoi il a pris cette décision, qui est un peu étrange et inattendue. - Même le président, qui soutient la démarche de son Premier ministre, lance un avertissement. "Attention à ne faire ni déni de réalité ni catastrophisme sur la réalité financière de la France." Hors de question que l'agitation de F.Bayrou remette en cause son action.

Le Premier ministre continue de s'en tenir à son scénario: lui ou le chaos. Cet après-midi, c'est au Medef, auprès des patrons, qu'il se cherche des alliés. - F.Bayrou: Pas besoin d'insister auprès de vous sur la menace d'asphyxie que nous subissons. 3350 milliards d'euros de dette accumulée sur les 50 dernières années.

Il y a des gens qui nous disent: "Ce n'est pas grave, vous exagérez, on ne remboursera jamais cette dette...

Tout va très bien, madame la marquise." Ceux-là se trompent et nous trompent. - Malgré tous ses efforts, le sort de F.Bayrou semble bel et bien scellé.

Les oppositions se projettent déjà dans l'après. Dissolution réclamée par le RN. Destitution souhaitée par LFI.

Le PS, lui, se rêve en alternative crédible. - O.Faure: Nous allons présenter dans les tous prochains jours un projet de budget alternatif à celui de F.Bayrou.

Nous verrons quelle est la réponse de l'exécutif. - Mais comment faire pour éviter que l'histoire se répète? T.Breton, ancien ministre de l'Economie, a une idée pour E.Macron. - T.Breton: Il ne reste plus qu'à appeler le parti prépondérant. - C.Roux: C'est-à-dire? - T.Breton: Le RN, évidemment.

Ou il l'appelle, ou il fait une dissolution. - Seule certitude: le RN, invité comme le reste de la classe politique, ira bien rencontrer F.Bayrou, lundi, à Matignon. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Non.

Ils étaient en vacances, mais la politique ne s'arrête jamais. Il y a eu la lettre de M.Le Pen le 25 juillet. - N.Saint-Cricq: Le 29... - C.Barbier: C'est une date ouvrable.

Il y a la note d'économie du PS du 23 juillet, qui s'intitule "La France n'est pas la Grèce", qui met en perspective la dette et propose d'autres solutions, comme la relance par la consommation, les taxes sur les riches...

F.Bayrou est resté aux commandes tout l'été. Il a fait des vidéos à l'adresse des Français.

Il aurait pu inviter à tour de rôle les leaders politiques à une garden-party d'été. Ils seraient venus. - C.Roux: Comment vous l'expliquez?

C'est une maladresse, cette phrase? Une erreur de méthode de la part de F.Bayrou, qui a vu Avait beaucoup négocié avec les uns et les autres et que c'était retombé comme un couperet?

Comment expliquez-vous cette méthode? - C.Barbier: Il y a une erreur de méthode...

Ne pas consulter et, surtout, une inversion des boeufs et de la charrue. Il aurait dû d'abord faire cette dramatisation sur la dette, "la vie de la nation est en jeu", et à la rentrée: "Voilà mon ordonnance de docteur Bayrou." On a beaucoup parlé des jours fériés, mais sur toutes les autres propositions, les syndicats et les partis ont dit niet.

Ca l'a un peu glacé. "Pas la peine de discuter avec eux." Il a donc cherché une autre solution. - C.Roux: Est-ce qu'il y croit vraiment?

Est-ce qu'il croit Qu'il peut trouver suffisamment d'alliés pour passer entre les gouttes le 8? Ou est-ce que c'est du théâtre? - N.Saint-Cricq: C'est entre les deux.

Il n'y croit pas. Il a fait ses comptes. Ce qui l'a étonné dès sa conférence de presse lundi, c'est qu'il pensait avoir un petit répit de quelques jours, quelques heures, en se disant qu'ils allaient mettre des conditions, mais qu'il aurait une marge de manoeuvre...

Ou alors, que certains s'abstiendraient. Il suffit d'être là pour l'emporter d'une voix...

Il a été estomaqué par la réaction de M.Le Pen, du PS...

Tout ça, en une heure! La démarche qui était la sienne, c'était de se faire adouber sur le constat. Il n'y croit pas, mais il ne peut pas le dire.

Si son alternative, c'est de sortir par le haut, en étant un Cassandre, il est sur cette ligne, en disant qu'il voulait sortir comme celui qui a dit la vérité. Il va être exécuté...

Soit il sort, soit il sort bien en montrant qu'il a été cohérent. Ce n'est pas possible...

Vendredi, O.Faure propose son contre-programme. C'était à la suite de ce qui avait été envoyé.

Ils ne sont pas sur une ligne amendable et négociable. - C.Roux: On entend le Premier ministre dire qu'ils sont bienvenus à Matignon lundi, pour discuter.

Il donne le sentiment d'ouvrir des pistes sur la taxation des plus aisés... - N.Saint-Cricq: On n'a pas la réponse du PS sur leur présence. - C.Roux: Ils iront, mais pour dire qu'ils ne voteront pas la confiance. - N.Saint-Cricq: Même les autres, au niveau du RN et LFI, on n'en est même pas à lui dire qu'ils n'accordent pas la confiance.

Ils le chassent. - C.Roux: Est-ce que la page Bayrou est déjà tournée? - M.Lazar: Il faudrait vraiment un miracle...

On peut aller à Lourdes pour essayer... - C.Barbier: Ce n'est pas loin de Pau! - M.Lazar: Je crois que c'est fini.

Je ne suis pas dans sa tête. Mais il ne peut pas dire autre chose. S'il dit que c'est déjà fichu, ce ne serait pas glorieux, comme sortie.

Il sait que c'est perdu. Il faut essayer, devant l'opinion, de dire: "Je vous ai prévenus." Il pourrait rappeler: "J'ai toujours été cohérent là-dessus." Il ne faut pas exclure qu'il a une pensée pour une autre échéance politique... - C.Roux: La présidentielle. - M.Lazar: Il a un certain âge, mais il n'a jamais renoncé à ça.

C'est un petit trou de souris, mais il peut se dire qu'en 2027, il aura dit aux Français ce qui se passe, surtout si la situation financière, économique, sociale, politique se dégrade. Le discours qui apparaît inaudible aujourd'hui pourrait prendre... "Je suis un homme d'Etat.

J'avais raison. Je vous avais prévenus." Il a peut-être ça dans la tête, mais je pense que c'est fini. - C.Roux: On verra si l'histoire nous donne tort.

Mais si on se projette dans l'après...

C'est la même situation que le moment Barnier? A votre avis, on est dans une instabilité qui est un peu différente par rapport à l'échec de M.Barnier? - M.Lazar: On en sera à chercher un 5e Premier ministre depuis 2022!

C'est inédit sous la Ve République! Il y a un parfum de IVe République...

Notamment 4 Premiers ministres qui ont été écartés, 2 qui vont tomber...

Pourquoi je parle d'état d'esprit de la IVe République? Toute comparaison historique est risquée. Mais on se retrouve dans une situation où il y avait, entre 1947 et 1951, la 3e force, le regroupement MRP et socialistes, contre les 2 pôles considérés comme extrémistes, le gaullisme et le communisme.

C'est plus compliqué que ça. Le RN n'est pas le gaullisme du XXIe siècle et LFI n'est pas le PC des années de guerre froide. Mais cela fait penser à ça.

On est dans une crise politique. Je ne pense pas que nous soyons dans une crise de régime car les institutions de la Ve République fonctionnent toujours. Le président de la République a la main.

Il peut essayer de trouver un autre Premier ministre. - C.Roux: Commençons par cette première option.

Un autre Premier ministre qui aurait le goût et la couleur de M.Barnier ou de F.Bayrou, ou qui serait plus marqué à gauche... - M.Lazar: Ou à droite. - C.Barbier: Il y a une forme de logique.

M.Barnier venait de la droite. On espérait qu'il aurait l'indulgence du RN.

Ca n'a pas marché. On a mis F.Bayrou en disant qu'il pourrait traiter le RN et avoir un pacte de non-censure avec le PS.

On a cru que ça allait marcher, mais on s'est trompés. Le PS avait son congrès, donc il s'est un peu calmé. M.Le Pen avait ses ennuis judiciaires et a changé de stratégie.

Après, la solution F.Bayrou échoue. Ce qui n'a pas été fait, c'est de nommer quelqu'un plus à gauche, macroniste de gauche ou socialiste modéré, pour avoir une majorité d'E.Philippe à F.Hollande et O.Faure.

La carte de la gauche modérée et raisonnable peut être tentée. Elle peut tenir 3 semaines ou 3 mois elle aussi...

Mais il y a des macronistes de gauche. E.Borne en est, mais elle n'est pas premier-ministrable. - C.Roux: F.Rebsamen, ministre de l'Aménagement Du territoire, dit qu'il appelle à la formation d'un collectif pour la France qui irait d'O.Faure à B.Retailleau. - M.Lazar: Le PS est divisé là-dessus.

Il y a ce spectre de LFI. Je parlais de la 3e force sous la IVe République. Il y a encore quelques socialistes qui ont une mémoire historique.

De moins en moins...

C'était totalement rejeté lorsque le PS s'est refondé avec F.Mitterrand et l'alliance avec les communistes. Ce serait la 3e force, exactement.

Ce serait une reproduction de ça. Cela fait peur aux socialistes les plus anciens. Plus la pression LFI!

Sur quoi on va voter? Il y a les municipales. Le PS sera confronté à un dilemme terrible et il y aura des tensions considérables. - C.Barbier: O.Faure dira: "Je refuse B.Cazeneuve car j'ai peur de Mélenchon." Ce n'est pas facile à tenir... - M.Lazar: Les socialistes veulent éviter la dissolution. - C.Roux: Est-ce que l'éléphant dans la pièce, la situation budgétaire de la France, ce serait changé avec un nouveau Premier ministre?

Est-ce que les 44 milliards sont le sujet qu'il faudra de toute façon aborder, quel que soit notre Premier ministre? - F.Guinochet: Le sujet, c'est où on met le niveau.

On s'est accordés, avec Bruxelles, à trouver 100 milliards d'ici 3 ans. On a un engagement, qu'on peut ne pas tenir, mais... - C.Roux: On l'a largement tenu. - F.Guinochet: En Europe, on est dans un moment où c'est compliqué de ne pas tenir son engagement, étant donné le conflit avec la Russie, le rapport de force qui a changé avec les Etats-Unis...

C'est ce qui se joue aussi. Les Français l'ont en tête. Il y a une situation de déclassement de la France.

Je pense que ça nourrit le populisme ou une forme de défiance qu'il y a vis-à-vis des politiques. Les Français se disent: "OK, ils vont s'arranger, mais au final, on va payer." C'est le mouvement du 10 septembre qui est derrière.

Il y a un indicateur clair, un indicateur de défiance des Français, d'inquiétude: le taux d'épargne. 19 % de taux d'épargne aujourd'hui. Tous les Français qui le peuvent essaient d'épargner un petit peu car ils se disent: "Demain, je risque de perdre mon job.

Si on a une dissolution, ça coûte à la France..." La dissolution a coûté en termes de PIB et de croissance, alors que la croissance est déjà faible. "Je risque de payer plus d'impôts." "Si la gauche passe ou si on essaye autre chose, toutes les cartes vont être rebattues, et qui va passer à la caisse?" - C.Roux: 62 % des Français se disent inquiets, 23 % en colère.

Ce fond de crise politique avec les incertitudes financières, donc budgétaires, pèse sur l'humeur des Français. - N.Saint-Cricq: Quand on a entendu les jours fériés, la notion qu'on travaillerait...

Ce sont des chiffons rouges. C'est tellement facile à comprendre...

Travailler plus pour gagner moins. C'est la reprise du slogan de N.Sarkozy, ça frappe...

Quand j'ai entendu ça, j'ai cru que c'était un leurre pour que les gens se focalisent là-dessus. Il a dit... - C.Roux: Il a dit qu'il était ouvert sur les jours fériés. - N.Saint-Cricq: C'est toujours négociable ou amendable, mais on ne sait pas vers quoi.

C'est trop tard si les autres n'y vont pas. Ils ont décidé de le faire tomber. Il ne va pas faire en 11 jours ce qu'il n'a pas fait en 5 ou 6 semaines. - C.Roux: "Je crains que la dissolution soit inéluctable." C'est E.Philippe qui dit ça.

On l'a entendu aussi dans la voix de G.Darmanin. On a aussi entendu J.-F.Copé dire qu'il fallait que ce soit E.Macron qui se mette en retrait.

C'est un scénario qu'on n'imaginait pas il y a quelques semaines. Est-ce que c'est le scénario le plus probable? - C.Barbier: Elle est possible, probable, car on cherche vainement une personne qui pourrait avoir une majorité.

Elle n'est pas inéluctable car la dissolution est avant toute une dissuasion. E.Macron évacuait cette idée dans une interview il y a quelques semaines.

Vous dites au RN que M.Le Pen sera inéligible. Cela peut les faire réfléchir, non pas sur le vote de confiance, mais sur ce qui va se passer après, l'arrivée d'un nouveau Premier ministre.

Peut-être que ces oppositions qui vont faire tomber Bayrou diront: "On laisse sa chance au suivant. On le jugera sur les actes." Ils l'avaient fait en septembre.

Cela nous rendra un budget qui pourrait être présenté courant octobre-novembre. La dissuasion de la dissolution devient très forte, là. Si ça se passe mal fin novembre, vous dites aux partis d'opposition qu'ils doivent bien réfléchir.

L'aspect dissuasif de la dissolution peut être utile pour éviter le chaos et obtenir le "sauver le budget". - M.Lazar: Mais je ne vois pas quel Premier ministre pourrait tenir. - C.Roux: Et faire voter un budget. - M.Lazar: Il y a une hypothèse qu'on n'a pas mise sur la table: le gouvernement technique. - C.Barbier: Que les Italiens connaissent bien. - M.Lazar: M.Draghi, M.Monti...

Si on fait une comparaison, ce serait plutôt M.Monti que M.Draghi.

M.Draghi bénéficiait de milliards de la Commission européenne, ce qui explique la relative bonne santé de l'économie italienne, dont profite beaucoup G.Meloni.

M.Monti, c'est l'austérité. C'est terrible... - C.Barbier: La hausse des impôts. - M.Lazar: Et l'augmentation des années de travail avant la retraite...

Cela a été terrible. Résultat: le Mouvement 5 étoiles est devenu majoritaire. Cela pourrait agglomérer un certain nombre de forces qui, pour le moment, ne veulent pas la dissolution.

S'il y a 2 partis qui ne veulent pas la dissolution, c'est le PS, car ils ne sont pas prêts...

Ils ont fait un congrès mais ils n'ont pas élaboré un programme. Ils ne sont pas prêts. Ils ont un problème d'alliance.

Mais les LR non plus. C'est trop tôt par rapport à Retailleau. Il y a peut-être cette fenêtre d'opportunité.

Peut-être, au lieu d'une personnalité comme B.Cazeneuve, venu de la gauche, une personnalité qui apparaîtrait comme indépendante et compétente, qui rassurerait les marchés financiers et qui pourrait faire un minimum de politique sociale. - F.Guinochet: On a vu la déclaration de F.Bayrou, qui bouscule le CAC 40, la Bourse...

Pourquoi les chefs d'entreprises sont très inquiets, anxieux? Ils savent que dans un contexte d'instabilité politique, ils mettent le pied sur le frein. On a déjà des niveaux d'investissement des entreprises qui sont bas, qui ont chuté, ces derniers mois.

Sur l'opinion, les Français veulent un budget. Dissolution ou pas...

Mais pas celui-là. Quand il n'y avait pas de budget, c'était: "Débrouillez-vous, mettez-vous d'accord." Les gens voient ce que ça veut dire de ne pas avoir de budget.

Il y a eu des négociations salariales qui ont été ajournées car les entreprises ne savaient pas quelles taxations elles allaient devoir payer. Il y a des salariés à qui on a dit: "Tu restes en CDD, on verra pour ton CDI. On verra pour ta prime..." Les Français le voient dans les collectivités.

On va arriver dans une campagne électorale pour les municipales, les collectivités. Elles ont besoin d'avoir un budget. Il y a un calendrier politique, mais l'attachement d'un certain nombre de Français sur "à quelle sauce on va être mangés, qui va payer", est très forte. - C.Roux: On n'a pas encore cité son nom: E.Macron.

C'est peut-être un signe...

C'est encore lui qui a les choses en main, le calendrier, les choix politiques en main. Il a dit dans "Paris Match" que la dissolution, il l'avait faite et que ce n'était pas sa solution privilégiée. Peut-il être contraint?

On va parler de "Bloquons tout". Il peut être contraint par la rue. Quel est son état d'esprit? - N.Saint-Cricq: Il a laissé entendre qu'il n'utiliserait pas la dissolution pour calmer les oppositions.

Il s'est rendu compte après qu'en disant qu'il ne dissoudrait pas, que ce n'était pas pour autant qu'il avait le soutien de ces gens-là. Son état d'esprit, c'est de rester, le concernant. On peut toujours hurler sur les toits qu'il parte, il n'en a pas l'intention.

Pour M.Monti, il y avait une relative approbation des parlementaires. Si on impose les hauts revenus, ce n'est pas technique.

C'est un choix politique. Si on ne gèle pas, on n'a pas d'année blanche, c'est aussi politique. Si on défend les bas revenus, si on fait la taxe Zucman, c'est politique. - C.Roux: Ce ne sera pas un gouvernement technique.

Ca n'a pas de sens... - N.Saint-Cricq: Il faudrait être à un point de désastre encore pire que ce que décrit F.Bayrou, pour qu'il y ait une attitude à l'italienne, qui est de dire que ça va tellement mal que...

E.Macron souhaite rester, continuer. - C.Roux: La motion de destitution, ce que pousse LFI... - C.Barbier: Si dissolution il y a, on passe de la crise politique à la crise de régime.

Le problème monte à l'Elysée. E.Macron est visé par 3 offensives.

Une première règle folklorique, c'est la destitution. Mais elle va agiter les débats parlementaires. Elle pourrait passer au bureau de l'Assemblée et être mise en débat.

Il y a l'offensive de J.-F.Copé, qui demande à Macron d'annoncer sa démission d'ici janvier, de manière à avoir une vraie campagne présidentielle.

Sinon, c'est la foire à la démagogie et la garantie d'avoir Mélenchon-Le Pen au 2e tour. La 3e offensive, c'est la rue. Rappelez-vous de ce qu'a dit Mélenchon dans son tweet: "Chassez Bayrou le 8 et attaquez Macron le 10." Le rêve de la France de chasser les rois peut revenir.

Les "gilets jaunes" se sont approchés près de l'Elysée, à l'époque. - C.Roux: C'est l'un des moteurs de la contestation du 10 septembre.

D'ailleurs, "Bloquons tout", il y a des revendications hétéroclites, mais on retrouve la rancoeur contre un système injuste où le travail ne paye plus suffisamment dans les familles depuis si longtemps, en mode survie. - Ce jour-là, dans ce quartier populaire de Beauvais, réunion politique improvisée pour une poignée de citoyens. Certains se sont connus sur les réseaux sociaux.

Tous se mobiliseront le 10 septembre. - Est-ce qu'il faut un signe de reconnaissance, de manière à marquer le coup? - Si, tout de suite, quelque chose qui apparaît comme partisan, si un mouvement essaie de reprendre le 10 septembre, ça va braquer tout le monde...

Il va y avoir une division qui va ressortir. Ce n'est pas ce qu'on recherche. - Vu le ras-le-bol général, on peut bloquer le pays ce jour-là avec une grève générale et pourquoi pas des blocages...

Selon quels points, peut-être des ronds-points, des sites logistiques...

Clairement, la colère gronde. - J'espère que ça va faire bouger les choses et que les gens vont sortir et être présents. - Cette femme est mère au foyer et son compagnon est enseignant.

Ils vivent avec un peu plus de 2000 euros par mois. Avec 2 enfants, difficile de s'en sortir. - On est dans une société où les salaires ne suivent pas.

En termes de logement, on paye un loyer trop élevé par rapport à la valeur de l'appartement. Tous ces facteurs font que c'est compliqué de boucler les fins de mois. - On est toujours en mode survie.

On mange, on prend ce qu'il nous faut pour notre hygiène, et on ne peut plus se faire de petits plaisirs. On ne se fait plus de restaurant, de cinéma, de théâtre. On ne peut pas mettre ça dans notre budget. - Un constat auquel vient s'ajouter un sentiment d'injustice. - C'est "marrant" de voir les mesures qui sont prises pour faire des économies, sur les jours fériés, toujours sur le dos des personnes qui travaillent.

On taxe toujours ces personnes. On fait des allégements de cotisations sociales pour les entreprises. Le chiffre qui a tourné, c'était 200 milliards d'euros.

On a l'impression que l'argent circule entre les mains des plus riches. La théorie du ruissellement de Macron...

On attend encore de recevoir son ruissellement! - A quoi s'attendre pour cet appel à la mobilisation lancé sur Internet? Les jeunes parents veulent espérer qu'il prendra forme en dépit des résultats des derniers mouvements sociaux. - Je vois beaucoup de gens qui râlent... "La dernière fois, on s'est mobilisés pour les 'gilets jaunes', et ça n'a rien changé." Je comprends les gens qui ont été déçus d'avoir donné de l'énergie, du temps à se battre pour ça, et au final, on n'a pas eu les retours qu'on voulait.

Mais il faut qu'on continue plus que jamais. Ce n'est pas en restant les bras croisés à rien faire que le pays va bouger. - Tenter de se faire entendre auprès de dirigeants auxquels ils n'accordent plus vraiment de crédit... - Je pense que beaucoup de politiques ont des salaires monumentaux par rapport à nous.

Des fois, quand on les entend parler, j'ai l'impression qu'ils sont déconnectés. - Si le gouvernement Macron persiste dans ce sens, l'issue peut être dramatique. Il faut qu'ils prennent conscience de ce qui se passe et qu'ils agissent de manière réfléchie. - Peu importe que le gouvernement Bayrou obtienne ou non la confiance.

Ils comptent dans tous les cas se mobiliser. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Oui et non.

La situation s'est aggravée. Les "gilets jaunes", c'est avant l'inflation, le covid, le "quoi qu'il en coûte". Non, car quand je regarde les grands soulèvements passés, ce n'est jamais quand ça va très mal.

Quand on est le nez dans le guidon, on ne sort pas dans la rue pour tout bloquer. Faire grève le 10 septembre, descendre dans la rue, ce n'est pas facile, quand on perd un jour de salaire. - C.Roux: C'est difficile d'apprécier, avec 10 jours d'avance, ce à quoi pourrait ressembler ce mouvement.

La CGT appelle à construire la grève pour le 10 septembre. J.-L.Mélenchon s'est emparé de cette mobilisation.

Est-ce qu'on a un moyen d'apprécier la forme que pourrait prendre ce mouvement? - M.Lazar: Je crois que c'est très difficile.

J'ai fait des recherches, comme chacun d'entre nous, depuis quelques jours. Il y a différents sites très actifs. Ca a été beaucoup dit de l'extrême droite, mais il y a un autre site qui n'est pas du tout comme ça: indignonsnous.fr.

C'est presque marqué à gauche. C'est très étonnant, cette mobilisation. Elle s'organiserait de manière différente.

Ca m'inspire une réflexion. D'un côté, il y a l'idée d'occuper des lieux, de bloquer des lieux, comme les dépôts d'Amazon. On va lancer une grève générale.

Pas facile à organiser. Il y a aussi: "Restez chez vous ce jour-là. N'allez pas travailler et ne consommez pas.

Retirez des caisses d'épargne ce que vous avez épargné pour mettre la France en plus grande difficulté". C'est très hétéroclite, pour le moment. On va voir ce que ça va donner.

Je crois que vous avez raison, C.Barbier. Sociale et une colère sociale très fortes.

Je crois que ça montre quelque chose qui est structurel en France depuis quelques années: l'incapacité des organisations syndicales, qui sont très faibles en France, à canaliser ce type de mouvements. Le cas de la CGT est très intéressant. Dans un premier temps, S.Binet a dit: "Non, ça vient de l'extrême droite.

On ne veut pas y être mêlés." Je ne suis pas dans les secrets de l'organisation confédérale, car beaucoup ont adhéré tout de suite à des niveaux locaux...

Elle a dû se faire taper sur les doigts. - C.Roux: Au moment des "gilets jaunes", la CGT n'y était pas allée. - F.Guinochet: C'est le risque, de se faire déborder. - M.Lazar: Deux petites dernières observations.

LFI s'est précipitée là-dedans avec l'idée de la grève générale. Je le mets en relation avec le passé de J.-L.Mélenchon.

Il ne faut jamais oublier qu'il a été militant de l'Organisation communiste internationale, une branche du trotskisme. Cette branche a toujours pensé qu'il fallait organiser la grève générale pour faire la révolution. Il y a une exploitation de J.-L.Mélenchon de ce mouvement qui vient du bas.

Tous les partis se sont ralliés, de gauche, les écologistes, les communistes et même le PS. On renvoie au dilemme du PS, qui a mis un jour et demi ou deux jours. F.Hollande a pris ses distances. - C.Roux: Ce qui ressemble à un hara-kiri du Premier ministre, ça ne change rien à la mobilisation.

Est-ce que ça ne coupe pas l'herbe sous le pied à cette mobilisation? - F.Guinochet: Bien sûr que si.

M.Léon le dit très bien dans une interview au "Monde": "On n'aura pas d'interlocuteur." C'est ça, le sujet.

La liste des revendications de ce mouvement est très large, contrairement au moment des "gilets jaunes", où il y avait un point de crispation, la taxe sur l'essence. Au moment de la réforme des retraites, il y avait un point de crispation, le décalage de l'âge de départ à la retraite. Là, c'est très confus.

C'est ce qui fait que la CFDT garde ses distances. D'autres syndicats, comme la CFE, ont aussi pris leurs distances. - C.Roux: La CFE organise une mobilisation intersyndicale en septembre en parallèle de ce mouvement. - F.Guinochet: "On ne fait pas partie de ce mouvement car on est très prudents.

On ne sait pas exactement d'où il vient. En même temps, on a peur qu'il déborde." Il y a une réunion demain de tous les syndicats pour convenir d'une date de mobilisation.

Le jeu des syndicats, ça va être de dire: "Quel que soit l'homme politique qui portera le budget, ce n'est pas notre affaire. On se décolle du politique. En revanche, on est là pour défendre dans ce budget les droits et les intérêts des travailleurs." Certainement qu'il y aura un appel à une mobilisation plus tard en septembre pour laisser les Français...

Ils sont pris un peu en tenaille, les syndicats. Ils se disent d'un côté, et c'est ce qui s'est passé pour la CGT...

S.Binet s'est fait taper sur les doigts. Quelque part, ses troupes locales lui ont dit: "On ne peut pas rester à regarder passer les trains." Comme la CGT veut marquer une indépendance avec tous les partis politiques, même s'il y a des sensibilités plus proches avec la gauche du PS...

La CFDT, tout de suite, a dit qu'elle n'y participera pas. - C.Roux: R.Glucksmann a dit: "Le 8 septembre, le Premier ministre va tomber.

A quoi sert ce mouvement? Le but, ce n'est pas le chaos." - N.Saint-Cricq: On voudrait tous qu'il y ait des interlocuteurs au pouvoir, aux syndicats, à la colère.

On a des abstentionnistes. L'idée, c'est de savoir plus profondément ce qui ne va pas. Les syndicats risquent d'être dépassés par ces mouvements et par leur base.

Tout ce qui est un peu structuré en France, les partis politiques, les syndicats, ne sont plus audibles. Quand il y a un discours public à base de populisme de "ils se gavent, ils s'en mettent plein les poches"...

C'est peut-être vrai dans certains cas, mais je ne suis pas sûre qu'un politique ait à parler dans ces termes-là. C'est une incitation à la haine sociale. Ce n'est pas moi qui ai inventé le mot "bordélisation".

Maintenant, certains disent "on est là pour bordéliser". F.Bayrou a cité 2 fois de suite J.-L.Mélenchon et S.Rousseau, qui a dit "j'en ai rien à péter des agriculteurs"... - C.Roux: De leur rentabilité. - N.Saint-Cricq: Comment voulez-vous raisonner des gens qui en on marre, qui n'ont pas d'argent, qui ont un raisonnement simple, voire simpliste, voire démago, voir poujadiste...

Les cahiers de doléances des "gilets jaunes" sont passés aux archives. - C.Roux: Que dit le RN là-dessus? - M.Lazar: Il est très prudent. - N.Saint-Cricq: Très, très, très prudent. - C.Barbier: Ils ne veulent pas être assimilés au chaos. - N.Saint-Cricq: Ils veulent se légitimer en montrant qu'ils sont un parti de gouvernement.

S'il y a des complotistes, de l'extrême droite...

Comme ils cherchent des candidats propres sur eux, ils sont très prudents. - C.Roux: Il y a les universités d'été du Medef.

Il y a une grosse inquiétude des patrons? La dette, une croissance très faible, le risque de crise financière, même si le ministre de l'Economie l'écarte, une crise politique, pas encore de régime, mais un horizon bien sombre, peut-être une crise sociale à venir...

Dans ce contexte, comment réagissent... - F.Guinochet: Beaucoup mettent le pied sur le frein en réduisant leurs investissements, en ayant...

Ils sont attentistes. On ne prend pas de risques. On fait le dos rond.

On ouvre le parapluie. Les droits de douane...

Toute la difficulté de l'économie française, aujourd'hui...

Certes, elle était moins ouverte sur le monde que d'autres, mais les droits de douane américains, ça a été une douche froide pour beaucoup de secteurs qui allaient bien. Le 15 juillet, P.Martin, le président du Medef, était plutôt en accord avec le budget... - C.Roux: Vous les sentez irrités, fatigués de la politique et du politique? - F.Guinochet: Ca, clairement.

Depuis la dissolution. Ce n'est pas qu'avec F.Bayrou.

Il y a eu une forme de distance prise avec le pouvoir, avec le grand P ou le grand J de Jupiter. Les politiques prennent des décisions irraisonnées où irraisonnables qu'ils ne comprennent pas. P.Martin était sur franceinfo hier matin.

On voyait bien qu'il avait été surpris par la décision de F.Bayrou. Pour eux, ce budget, ça leur allait plutôt pas mal.

Certes, ils ont dit "les jours fériés, ça pose problème", mais globalement, dans ce budget, il y avait un certain nombre de garanties pour que les entreprises soient relativement préservées. Ils ne sont pas contre le discours "il faut travailler plus, faire travailler plus longtemps". C'est là où il y a un hiatus.

Il y a toujours une différence entre les grandes entreprises, qui sont très exposées au contexte international, et les petits patrons. Eux s'inquiètent de la consommation. Regardez le bâtiment.

Une instabilité politique, ça tombe mal. - N.Saint-Cricq: Petit bémol: ils n'ont pas été très coopératifs. - F.Guinochet: Clairement.

Sur le conclave... - N.Saint-Cricq: M.Léon, au moment du conclave, ils ont été très durs. - C.Roux: On évoquait le scénario de la dissolution.

On entendait T.Breton dire qu'il fallait appeler le RN à Matignon car c'était le 1er groupe à l'Assemblée nationale. Le RN n'attend pas le 8 septembre pour se projeter dans l'après-Bayrou.

M.Le Pen et J.Bardella ont convoqué une réunion et tentent d'imposer le scénario d'une dissolution. - C'est une question à laquelle aucun responsable du RN n'échappe. - Vous êtes prêts, s'il y a une dissolution? - Oui. - Bien sûr qu'on est prêts. - Evidemment qu'on est prêts.

Ca fait des années qu'on s'y prépare. - Depuis lundi et la chute annoncée du gouvernement de F.Bayrou, le RN n'a plus qu'une obsession.

C'est J.Bardella qui l'assume au journal de 20h. - J.Bardella: Je viens dire ce soir devant vous et nos compatriotes qu'il n'y a qu'une seule possibilité pour sortir de cette impasse politique dans laquelle nous sommes: revenir aux urnes, se rendre devant le peuple français.

Il faut qu'E.Macron entende ce blocage institutionnel qu'il a lui-même suscité et qu'il prononce soit la dissolution de l'Assemblée nationale, soit qu'il remette sa démission. - J.Bardella se verrait bien Premier ministre de cohabitation en cas de victoire après une nouvelle dissolution.

Il a su se rappeler au bon souvenir de ses électeurs pendant l'été. Montages vidéo sur les réseaux sociaux, une communication bien rodée dans une stratégie plus large de campagne permanente. En mai, nous l'avions suivi lors d'un de ses déplacements. - J.Bardella: Comment vas-tu depuis hier?

Monsieur le député... - Déjà, il détaillait Sa stratégie électorale: séduire les électeurs de droite en discréditant les dirigeants LR. - J.Bardella: La question, c'est celle de la sincérité de ces gens, qui ont appelé à voter E.Macron au 2d tour de la présidentielle.

Aujourd'hui, ils font des déclarations d'amour à Reconquête!, aux électeurs du RN pour se faire bien voir de ses militants. Quand ils sont en campagne interne ou en campagne électorale, ils parlent comme le RN, mais ils gouvernent comme les socialistes quand ils sont au pouvoir.

Mon ambition, c'est de convaincre les déçus des Républicains et de leur dire qu'une partie de leurs idées et de leurs convictions se trouvent aussi dans le projet de redressement du pays qu'on porte. - Mais quelle place pour M.Le Pen.

Inéligible depuis son procès, elle voit son poulain grandir. - M.Le Pen: Je ne suis pas sûre que Jordan, pour le coup, connaisse très bien les problématiques de la Nouvelle-Calédonie.

On partage nos talents, dirons-nous. - Le jour même, mise au point de la patronne sur les rôles de chacun. - M.Le Pen: Je considère qu'il a la stature pour être Premier ministre parce que c'est précisément la responsabilité que je compte lui confier.

Pour l'instant, je suis candidate à la présidentielle. Je crois savoir que Jordan a également indiqué qu'il soutiendrait bien entendu ce duo. - M.Le Pen continue à fixer le cap.

Lundi soir, une heure après l'annonce de F.Bayrou, c'est elle qui appelle clairement à une dissolution en se posant comme la seule opposante. ...

En juin dernier, un sondage avait placé le RN en tête des intentions de vote avec 32,5 % en cas de nouvelle dissolution. - C.Roux: Si on votait aujourd'hui, ils auraient la majorité? - C.Barbier: Tout dépend du fonctionnement du front républicain entre les 2 tours, après un 1er tour sans doute réussi du RN.

Ce qui s'est passé en juillet 2024, "tout sauf le RN", est-ce que ça se reproduirait? Je suis sceptique. Je pense que ça ferait un gros plus de députés pour le RN.

Passer de 138 à 289, ce n'est pas évident. Ils n'auront aucun autre allié. Ils doivent avoir 289. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Oui.

Ce n'est pas un poste électif. C'est un poste nominatif. S'il y a dissolution, je pense que ça change tout.

Elle va se représenter à Hénin-Beaumont. Elle va être déclarée inéligible. Elle ira au Conseil d'Etat, au Conseil constitutionnel...

Si l'inéligibilité est définitivement prononcée, elle ne peut plus être candidate à la présidentielle, donc J.Bardella devient candidat à la présidentielle. Pour ne pas s'user, il ne peut pas aller à Matignon. - C.Roux: M.Lazar, vous faisiez la liste de tous ceux qui n'avaient pas intérêt à la dissolution.

M.Le Pen et J.Bardella ont-ils intérêt à la dissolution? - M.Lazar: Manifestement, c'est leur stratégie, actuellement.

Ils jouent de la situation. Sinon, ils n'arrêteraient pas de le répéter sur tous les tons. Je crois qu'il y a vraiment une intention très forte parce qu'il y a ce climat social, ce niveau de défiance considérable à l'écart du Premier ministre et du président de la République.

Ils ont le vent en poupe. Il y a une dynamique politique très forte. J'ai un point de divergence avec vous, C.Barbier.

Je pense que le front républicain aura du mal à se reconstituer. Les rapports entre la gauche et LFI sont extraordinairement tendus. Etant donné tout ce qu'a fait LFI depuis quelque temps, même des électeurs centristes...

G.Attal avait quasiment appelé à voter pour LFI. Je pense que ça ne peut pas se reproduire.

Une partie de l'électorat de gauche ayant voté pour des candidats du centre et de la droite, ayant vu le choix d'E.Macron sur son Premier ministre, vous ne les reprendrez pas à jouer à ça une 2e fois. Il y a, semble-t-il, de la sensibilité au sein du RN.

La position traditionnelle de M.Le Pen, le peuple contre les élites, donc on ne parle pas droite-gauche...

La tentative Bardella est très inspirée par ce qui se passe en Italie, non pas de faire une alliance avec un parti, mais essayer de prendre des électeurs de droite qui se radicalisent aujourd'hui. Ils ont un point de faiblesse pour une éventuelle élection anticipée: l'abstention. Leur électorat aux dernières élections, en 2024, s'est diffusé dans quasiment toutes les catégories sociales.

L'ossature, c'est l'électorat populaire. Est-ce qu'il va se remobiliser? Ce n'est pas certain.

Ce sera leur grand problème. Je suis persuadé que s'il y a des élections, ils feront tout pour essayer de mobiliser leurs électeurs car ils savent que c'est leur talon d'Achille. - C.Roux: Visiblement, ils ont déjà commencé.

Il est l'heure de retrouver vos questions. Question. - N.Saint-Cricq: C'est une maladresse.

Ca a été un peu corrigé par le Medef. Effectivement, ce n'était peut-être pas très malin ou astucieux. - C.Roux: Ca a beaucoup heurté nos téléspectateurs, visiblement, comme Marcel. - N.Saint-Cricq: Tout vient de la responsabilité.

Il a laissé entendre que c'était une faute, avec un jugement moral...

C'est complètement idiot. Il se trouve que vous avez été à une période heureuse, même s'il y avait des choses pas heureuses...

Si vous voulez assurer la retraite de vos petits-enfants, il faut y aller. Ce n'est pas "vous êtes des grands méchants". - C.Roux: Question.

Sur ces sujets, on a systématiquement ces questions. F.Bayrou l'avait un peu anticipé dans ses vidéos sur YouTube.

Il avait lancé une mission pour passer au tamis les dépenses de l'Etat et les privilèges des politiques. On a toujours cette question. - F.Guinochet: Ca revient de plus en plus, et de plus en plus fortement.

C'est vrai que les Français sont peut-être prêts à faire des efforts dans une certaine mesure, mais il n'est pas question que ce ne soit pas égalitaire. Il n'est pas question, chez nous, qu'on ne fasse pas des efforts à due proportion de ce que l'on a et de ce qu'on a hérité. Ce mouvement s'oppose à un vrai sujet qui n'a pas été abordé: le travail ne paye plus comme avant.

Ca pose un sujet par rapport aux héritiers, aux boomers, quelque part, qui vont transmettre à ceux qui auront la chance d'avoir un héritage. Ceux qui vont travailler, qui vont s'épuiser au travail, ne pourront pas se constituer un capital de la même façon. On a des systèmes de génération où la génération suivante peut être déclassée.

C'est très fort. Ca se sent au niveau économique. C'est le sentiment du déclassement, sur lequel M.Le Pen et le RN font souvent campagne.

C'est présent sur ce travail qui ne paye plus et ces Français travailleurs pauvres. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Chiffrées, on en a. "Si on supprime l'AME, on économise tant." C'est le viable qui est problématique.

A l'extrême droite, on propose de privatiser l'audiovisuel public, que ce serait 4 milliards, mais qui va acheter France Musique? Le chiffré, on l'a. Le viable est très problématique dans les contre-propositions faites. - N.Saint-Cricq: Et il est idéologique, en plus. - C.Barbier: C'est pour gagner les élections. - C.Roux: Question. - C.Barbier: C'est plié, sauf événement cataclysmique. - C.Roux: Question.

On va ressortir les noms qu'on sort habituellement: B.Cazeneuve, S.Lecornu, le gouvernement technique, C.Vautrin... - C.Barbier: Il y aura des consultations.

Le gouvernement technique, ce n'est pas du tout la tradition française. Ca pourrait arranger les partis politiques. Je pense qu'il y a un créneau pour cette solution un peu plus à gauche que Bayrou. - M.Lazar: L'avantage, c'est qu'il fait le sale boulot.

Les partis politiques peuvent dire "ce n'est pas nous qui l'avons fait". Il y a 2 types de gouvernements techniques en Italie. Il y a celui où il n'y a que des techniciens, comme le gouvernement Monti.

C'était un gouvernement de professeurs. Et puis, il y a le gouvernement de M.Draghi, où il y a des techniciens et des responsables politiques.

Dire "gouvernement technique", attention. C'est compliqué à composer. - C.Roux: N.Saint-Cricq disait que de toute façon, il n'y a pas plus politique que le vote d'un budget.

Ce sont des décisions qui amèneront à une censure, par exemple. - C.Barbier: Il faudrait la tutelle du FMI pour qu'il y ait vraiment un gouvernement technique. - C.Roux: C'est exclu, ça. - C.Barbier: Oui. - F.Guinochet: E.Lombard l'a dit, même s'il a rétropédalé.

Le FMI ne va pas reprendre la main. On en est loin. - C.Roux: Question. - N.Saint-Cricq: C'est récent, qu'ils soient les meilleurs amis.

Ils l'ont été au début et il a fallu attendre cet été pour qu'E.Macron en parle comme d'un ami. - C.Roux: Ils sont totalement alignés sur ce qui est en train de se passer? - N.Saint-Cricq: Ils sont globalement dans le même bateau.

Il n'y en a pas un qui peut réussir sans l'autre. - C.Barbier: Pince-mi va tomber à l'eau mi-septembre! - C.Roux: Question. - C.Barbier: Non, car il y a ce mystère sur le fonctionnement du front républicain.

Est-ce que ça suffira pour que le RN ait une majorité absolue? Ce n'est pas sûr. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Pour qu'il soit respecté, il faut qu'il soit clair. - C.Roux: Merci.

Fin de cette émission, rediffusée ce soir à 22h35. Demain, je suis très heureuse d'accueillir dans "C dans l'air" A.Casse.

Vous pouvez nous retrouver quand vous le souhaitez en replay