L'invité politique Sud Radio - Avec Hervé Novelli, président du Cercle des entrepreneurs et ancien ministre
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-François Aquili. Il est 8h16 sur Sud Radio et votre invité Jean-François Aquili est président fondateur du Cercle des Entrepreneurs Engagés. Bonjour Hervé Novelli. Les Français sont-ils en avance sur la classe politique ? Vous venez de publier un sondage Opinion Way pour le Cercle des Entrepreneurs Engagés, sur la fonction publique, l'entreprise, les retraites, des thèmes que nous retrouverons au cœur de la campagne de 2027 qui démarre. Vous le direz, Hervé Novelli, au sortir de ce week-end très politique, après l'entrée en piste d'Edouard Philippe, quelles sont à vos yeux les chances de la droite à la présidentielle ?
Mais tout d'abord, votre regard d'ancien ministre sur les explications de Stéphanie Riste, la ministre de la Santé hier soir aux 20h de France 2, à propos de l'antavirus, sont-ils à même de rassurer les Français ?
Je pense que le gouvernement a pris la mesure, en tout cas il le montre. Alors, ce que je voudrais, c'est qu'on n'oublie pas les leçons de la crise Covid précédente. Il y a deux leçons à tirer. D'abord, est-ce que nous sommes prêts aujourd'hui à affronter une crise, je pense notamment aux équipements et aux masques ? Et deuxièmement, est-ce que nous avons compris que nous avons beaucoup mutilé la liberté individuelle des Français pendant cette période ? Pendant la crise Covid, il y a eu une atteinte évidente aux libertés, et je ne pense pas que cela doive se reproduire. Je pense qu'il faut concilier la nécessaire prévention avec le respect de nos libertés, on l'a vu.
Et j'en profite pour dire qu'on s'est aperçu, et l'opinion publique à cette occasion s'est aperçu, qu'on a mis les entreprises à l'arrêt, et on s'est aperçu qu'il n'y avait plus de croissance, plus d'emploi, plus de richesses créées, et ça participe de la maturation de l'opinion qui se reflète dans ce sondage.
Donc vous ne dites plus jamais ça, en quelque sorte. Si d'aventure, que ce soit ce virus ou un autre, cela devait se produire, plus jamais ce que nous avons enduré pendant la crise Covid ?
En termes de liberté, oui. En termes de liberté, j'en suis convaincu. Et par contre, bien sûr, il faut ne pas rester inerte, il faut agir, prendre des mesures de prévention, mais surtout pas revivre ce que nous avons vécu.
Ne pas revivre ce que nous avons vécu, les entreprises pourraient faire face à une nouvelle épidémie, le quoi qu'il en coûte nous a coûté cher au final.
Oui, ça nous a coûté très cher, mais surtout ce qui nous a coûté, c'est de mettre tout un peuple dans une sorte de ghetto. Et nous avons accepté assez facilement, mais peu à peu, cela s'est révélé insupportable, et je ne veux surtout pas revivre cela.
Alors vous avez interrogé dans votre enquête Opinion Nouvelle, Hervé Novelli, les Français sur le principe de précaution. Tiens, on en parle face aux doutes raisonnables pour la santé ou l'environnement. 54% des Français souhaitent soit l'assouplir, soit le supprimer. Comment vous expliquez ce résultat ?
D'abord, je trouve que l'opinion est beaucoup plus mûre que la classe politique. Et ça, c'est une nouvelle qui nous est révélée par ce sondage, mais que je pressentais au cours des sondages précédents que nous avons menés avec le cercle des entrepreneurs engagés. Et cela, c'est une donnée qui est très importante. L'opinion sait que l'entrepreneur est indispensable à l'économie de tous les pays, à l'économie de ce pays particulièrement. L'entrepreneur, l'entreprise, la communauté entrepreneuriale. Et donc, cette opinion réagit différemment de la classe politique.
La classe politique reste engoncée dans une posture, qui est une posture où l'entrepreneur, au mieux, est une vache à lait, l'entreprise est une vache à lait, et au pire, est un délinquant.
Et ça, c'est la vieille... Vous trouvez que ce discours culpabilisant sur l'entreprise, y compris sur le règne d'Emmanuel Macron, il perdure aujourd'hui ?
Oui, oui, il perdure, parce que les faits sont là pour le démontrer. Dès qu'on a un problème, compte tenu de l'état, de la situation de notre pays, dès qu'on a un problème, on tourne vers l'entreprise et on découvre des super profits à la place des profits. Donc, sur ce principe de précaution, j'ai une petite fierté à cet égard. J'étais parlementaire, lorsqu'on nous a fait ratifier dans la Constitution cette inscription d'un principe qui dit que dès qu'il y a un doute raisonnable, on doit s'arrêter. On doit s'arrêter d'innover. Et on a été une trentaine de parlementaires à ne pas voter ce principe de précaution. Certains ont voté contre, d'autres se sont abstenus.
Mais au total, il y en avait trente et j'en faisais partie. Alors que toute la classe politique, dans son ensemble, ratifiait ce principe qui, aujourd'hui, je crois, induit une sorte d'inertie pour la recherche, le développement, dans notre pays, qui est très dommageable. Et l'opinion le ratifie ce sentiment que j'ai. Vous savez, l'ouverture du parapluie, eh bien, c'est ce qui se passe lorsque vous dites « Oh là là, si ça se passe mal, qu'est-ce qui va m'arriver ? Je vais être mis en examen. » Eh bien, c'est cela que, de proche en proche, dans toute la fonction publique ou dans les collectivités, on déploie à cause de ce principe de précaution. Et l'opinion dit « Il faut le réformer ».
Hervé Ninoveli, 79% des personnes interrogées, j'égraine votre sondage, assez spectaculaire, il faut le dire, souhaitent qu'un fonctionnaire élu député ou sénateur choisisse désormais entre l'un et l'autre. Fini le confort.
Oui, j'ai toujours été persuadé de cela. Vous savez, lorsque je suis arrivé à l'Assemblée, on était cinq entrepreneurs. Cinq ? Cinq sur l'ensemble de l'Assemblée, sur 577. Oui, et donc, il y a une sorte de biais extraordinaire qui fait que, souvent, des lois s'appliquent qui n'ont aucune réalité. Ça m'avait frappé et j'avais observé que, dans d'autres pays, eh bien, on se prémunissait contre cela et on faisait en sorte que le haut fonctionnaire qui veut faire de la politique, et c'est naturel, s'il en a envie, il peut le faire, eh bien, le fasse avec les mêmes risques que tous les autres qui se présentent devant nos concitoyens.
Et cette incompatibilité, j'ai voulu la tester avec ce sondage sur 2000 personnes. On n'est pas sur un sondage. C'est un gros sondage. Un gros sondage. Et près de 80% des Français disent oui, c'était une bonne idée. Vous savez, l'opinion, depuis longtemps, aujourd'hui, fait de l'entrepreneur une figure sympathique. Et cela aussi, on ne l'a pas bien vu dans la classe politique. Pas les politiques. La classe politique reste prisonnière de cette vision que je décrivais tout à l'heure, très empreinte de lutte des classes. Y compris sous le double règne d'Emmanuel Macron ? Il a fait ce qu'il a pu, Emmanuel Macron.
Mais il l'a fait en se muant de président émancipateur des débuts en président Père Noël, distributeur de chèques pour avoir la paix. Ça n'était pas une bonne option. Je crois qu'aujourd'hui, l'opinion, elle est mûre pour des changements. Elle a compris comment se faisait de la création de richesses. Elle va plus vite que les politiques, l'opinion publique. Oui, ça a mis du temps. Et ça a mis du temps. Vous savez, je ne voudrais pas être trop fier, mais lorsque j'ai créé le statut de l'auto-entrepreneur, dans les années 2008... C'est une réforme qui a marqué le... Oui, mais il y a un aspect de cette réforme qui n'a pas été vu, que j'ai vu a posteriori.
C'est que cette réforme faisait de toute personne en France un entrepreneur en puissance. C'est-à-dire qu'on pouvait être salarié et entrepreneur. Donc la vieille lutte des classes entre un salarié d'une part et l'entrepreneur d'autre part n'avait pas de raison d'être. Et l'opinion l'a bien compris. Et aujourd'hui, l'entrepreneur est réévalué partout, sauf par la classe politique.
Encore un résultat. 86% des Français favorables, Hervé Nouvelli, à l'intégration d'un cours sur la vie de l'entreprise et des entrepreneurs pour les collèges et les lycées. Ça ne va pas faire plaisir à l'éducation nationale, ça.
Ça, c'est un peu indifférent. Ce qui est important, c'est ce qui marche. Ce qui est important, c'est que les lycéens, les collégiens puissent apprendre de la vie d'un entrepreneur, des raisons pour lesquelles il se lance, pour lesquelles il développe un projet. Et c'est une véritable histoire de vie qu'il faut aujourd'hui raconter aux lycéens et aux collégiens. Moi, j'avais été très frappé lorsque j'étais au gouvernement de voir qu'il y avait une association qui le faisait. Mais de manière très discrète, non officielle, d'entrepreneurs qui allaient raconter leur histoire. Il le faut. Parce qu'il faut faire entendre aux lycéens et aux collégiens comment fonctionne la vie.
C'est une révolution nécessaire à vos yeux pour que le pays reparte ?
Vous savez, c'est une révolution assez prudente, puisqu'il s'agit d'une heure de cours par semaine. Donc, on est là. Mais c'est indispensable parce que la formation, l'éducation, la formation à la vie, à la vie réelle, pas à la vie qu'on vous raconte dans des manuels orientés.
– Hervé Novelli, dernier résultat, 74% des personnes interrogées dans votre enquête veulent un système de retraite mixte avec de la capitalisation. Ça y est.
– Les Français ont compris. Ils ont compris que la retraite par repartition… – Ça ne peut pas marcher, ça ne peut plus marcher à un moment où les progrès de la médecine font que vous augmentez la durée de vie et que vous avez de moins en moins d'actifs. Parce qu'il y a aussi une donnée, c'est qu'il y a des salariés, mais il y a de plus en plus d'indépendants. Le travail évolue, le travail mute, et tout cela doit être pris en compte. Et l'opinion le sent, et la classe politique s'y refuse.
– Alors Hervé Novelli, vous n'êtes plus, on va dire, actif dans la vie politique, vous êtes auprès des entrepreneurs aujourd'hui, vous avez fait partie du gouvernement de Nicolas Sarkozy. Édouard Philippe, qui entre en piste, je ne vais pas m'excuser, dit-il, c'était hier à Reims, d'avoir été le Premier ministre d'Emmanuel Macron. Il est pour vous, à vos yeux, le candidat évident de la droite républicaine aujourd'hui ? – Il le pense, en tout cas.
– Il le pense ? – Il le pense, ça c'est sûr. – Je pense qu'il ne peut pas s'abstraire du travail qu'il a fait auprès d'Emmanuel Macron. Il a fermé Fessenheim, il a renoncé à Notre-Dame-des-Landes. Il a donc des options qu'il a choisies à l'époque et dont il devra s'expliquer devant les Français. – Vous pensez que les Français ont soif de changement ?
– Il est comptable, Édouard Philippe, de ce qui s'est passé au début du quinquennat, du premier quinquennat ?
– Vous ne pouvez pas être Premier ministre et dire « Non mais le Président me l'a ordonné, donc je l'ai fait, sinon on est un collaborateur ». Et dans ce cas-là, on ne peut pas prétendre à la charge suprême. Donc non, je crois que l'opinion, elle a une soif de changement, mais un changement maturé, un changement responsable. Et je suis plutôt en phase avec l'opinion sur le changement que la continuité.
– Sans trahir de se créer, Hervé Novelli, vous citiez hors micro Einstein ce matin concernant cette candidature. Que dites-vous ?
– Oui, c'est une phrase que j'aime beaucoup d'Einstein qui dit qu'on ne règle pas les problèmes avec ceux qui ont contribué à les créer. Et donc cette phrase peut s'appliquer à beaucoup.
– À beaucoup. Aujourd'hui, il y a un trop-plein de candidatures à droite. Aujourd'hui, quand vous regardez Édouard Philippe, Bruno Retailleau, quelque part Gabriel Attal qui se situe au centre de l'échiquier et puis vous aurez évidemment Éric Zemmour, forcément. Et puis d'autres candidatures aussi, comme peut-être certains qui vont se déclarer. Vous avez David Lissnard, vous avez Xavier Bertrand. Qu'est-ce que cela signifie aujourd'hui, Hervé Novelli ? C'est un trop-plein de talent ou c'est une dispersion à vos yeux ?
– Non, je pense que c'est le fait que tout le monde se dit « j'ai ma chance ». Tout le monde se dit « j'ai ma chance ». Moi, ce qui m'intéresse, c'est que le candidat que je soutiendrai comme citoyen, vous l'avez dit, je ne suis plus dans la politique active, même si je reste très attentif au mouvement d'idée.
– Oui, parlez bien dans le micro parce qu'il y a des… voilà.
– Je suis très attentif. Pour l'instant, la campagne n'a pas démarré, soyons clairs. Mais ce qui sera important pour moi et pour mon choix, c'est qu'on soit en phase avec la soif de changement, de rupture de l'opinion sur des bases qui sont des bases qui ont toujours compté pour moi, celles de la liberté et de la responsabilité.
– Cela a fait polémique, Hervé Novelli. Les patrons ont raison de sonder et Marine Le Pen et Jordan Bardella. Vous pensez que le RN, d'ailleurs, au passage, est compatible avec la droite classique désormais ? – Alors, le RN, ce suffit à lui-même.
Pour l'instant, il y a un tiers des Français qui votent pour lui. Donc, c'est une force en marche, en progression. Moi, ce que j'aimerais, c'est que ce que demande l'opinion et qui est très réaliste et qui est prouvé par ce sondage des entrepreneurs engagés, ce que j'aimerais, c'est que le RN s'en rapproche. Je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui, il adopte les mesures que souhaite l'opinion et qui sont aujourd'hui à la base, me semble-t-il, d'une nouvelle vision, d'un nouveau projet pour notre pays dont il a bien besoin.
– Un grand patron ou une grande patronne candidat, pourquoi pas président de la République en 2027 ? Vous le souhaitez, Hervé Novelli, aujourd'hui ?
– Ce que je souhaite, c'est que toute cette vision entrepreneuriale énerve la société politique. Il est temps, ça fait des décennies, que nous n'avons pas une sorte de réalité économique qui s'impose partout ailleurs. Cette réalité économique sur les lois de la création de richesses, de la création de l'emploi sont observées. Il n'y a qu'en France qu'on veut taxer, surtaxer, réglementer, surréglementer comme si c'était le seul moyen de faire avancer notre pays. Non, cela l'a fait reculer et on voit l'état dans lequel il se trouve aujourd'hui.
– Et vous dites, au final, pour conclure, s'il n'y a pas cette prise de conscience, ce sera le mur pour notre pays, désormais ?
– S'il n'y a pas cette prise de conscience, les entrepreneurs, je l'espère, c'est en tout cas pour cela que j'ai créé ce cercle des entrepreneurs engagés, les entrepreneurs se mobiliseront, seront une force d'influence, voire imposeront un rapport de force si, décidément, on prend des mesures anti-entreprise.
Merci à vous, Hervé Novelli. – Et merci à vous, mon cher Jean-François Aquili, qu'on retrouve plus tard à 9h pour La Vérité en face jusqu'à 10h, avec notamment les auditeurs que j'appelle à appeler immédiatement 0826-300-300, on va s'intéresser à l'actualité. Vous l'avez évoqué, un certain candidat à la présidentielle qui s'appelle Édouard Philippe, il a fait un meeting hier à Reims. C'est très étonnant de voir aujourd'hui les commentaires, les analyses. Tout le monde aime plutôt Édouard Philippe en réalité, mais est-ce que pour gagner, il ne faut pas être un véritable homme de droite ? Est-ce qu'Édouard Philippe est quelqu'un de la droite trop molle ?
Appelez-nous 0826-300-300, et une société qui continue, on va dire, de dériver avec un jeune homme, que dis-je, un enfant, 9 ans, tabassé violemment aux abords d'un stade de foot. Est-ce que nous nous sommes d'ores et déjà habitués à cette violence du quotidien ? On a l'impression de lire cette nouvelle avec presque aucun étonnement. Doit-on s'y habituer ? 0826-300-300, ce sera notre discussion et le grand débrief de cette matinale jusqu'à 9h avec Philippe David, Françoise Degoy et vous amis auditeurs. 0826-300-300, à tout de suite.
Hervé Novelli