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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 19 novembre 2025 26 min

Désindustrialisation : François Ruffin dénonce "40 ans de dirigeants qui ont laissé faire le marché et les financiers"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et dans le grand entretien ce matin avec Benjamin Duhamel, nous recevons le député de la Somme, président de son mouvement Debout. Chers auditeurs, vos questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. On va parler évidemment de l'état de l'industrie en France avec la fermeture annoncée de trois usines. Novasco, on va parler du budget aussi, accepterez-vous le compromis ? Mais d'abord, François Ruffin, la France est sous le choc depuis jeudi dernier et l'assassinat de Mehdi Kessassi enterré hier à Marseille.

Un point de bascule, a dit hier le ministre de l'Intérieur. Un assassinat d'intimidation pour faire taire son frère Amine Kessassi engagé contre le narcotrafic. Je ne me tairai pas, dit-il ce matin dans une tribune au Monde et il interroge. Que fait l'état ? Il doit comprendre l'état qu'une lutte à mort est engagée. Est-ce que vous faites le même constat ? Oui. D'abord présenter mes condoléances à la famille de Mehdi Kessassi et saluer le courage de Amine qui refuse le silence et qui refuse leur mère ta.

Quand on avait organisé un colloque à l'Assemblée nationale, j'avais laissé une chaise vide sur l'estrade parce qu'on avait une témoin, une mère de famille qui devait venir et qui à la dernière minute s'est décommandée par peur, par crainte des représailles. Et cette peur-là, elle est aujourd'hui dans tous les quartiers populaires. Quand c'est des parents qui disent à leurs enfants comment pour aller au collège, ils doivent emprunter un chemin et éviter les points de deal. Et qu'en rentrant, il faut qu'ils les appellent pour être rassurés qu'ils sont bien rentrés de l'école. Voilà la peur. Il y a les victimes, il y a les morts, mais au-delà de ça, il y a la peur.

Et je dis, ce sont les nôtres, ce sont les familles populaires qui sont touchées. Et face à ça, on a un État qui fait semblant, qui a mené jusqu'ici des opérations de sécurité qui étaient davantage des opérations de communication.

2:01
François Ruffin

Juste, François Ruffin, on va venir sur les solutions. Quand vous parlez des quartiers populaires et du constat, chez vous, dans votre circonscription, dans la Somme, vous voyez aussi ce phénomène de narcotrafic ?

2:10
Présentateur

Et je l'ai dénoncé depuis longtemps, même je peux dire depuis 20 ans. Et chez moi, il y a eu un gamin avec qui j'ai joué au ping-pong et qui m'a battu, qui s'appelle Sofiane, qui était un collégien, qui avait 14 ans. Et un commando est rentré dans sa maison, cagoulé, cherchant son grand frère, le trouvant pas, et allant abattre les deux jumeaux dans leur lit le matin. Et il y a eu trois morts en un an de cette nature-là. Voilà ce qui se passe. Et donc, je dis, il y a ces victimes-là, mais il y a la peur que ça engendre.

C'est une mère de famille qui voit ce qui se passe devant chez elle, qui n'ose pas sortir, qui n'ose pas le dire, parce qu'elle se demande s'il y avait des représailles sur elle.

2:48
François Ruffin

Sur l'État, qui ne ferait que de la communication, qu'est-ce qu'il faudrait faire de plus ? Vous avez, depuis quelques jours, dans le débat, ceux qui, notamment si l'on parle de la gauche, Fabien Roussel, le patron du Parti Communiste, dit qu'il faut être beaucoup plus sévère, il faut davantage d'effectifs. Vous avez à l'inverse, ceux à la France Insoumise, qui expliquent qu'il ne faut pas de mesures autoritaires, qu'il faut un changement de doctrine. Qu'est-ce qu'on peut faire de plus ? Qu'est-ce qu'on doit faire différemment pour lutter contre le narcotrafic ?

3:12
Présentateur

Il faut avancer sur deux pieds. J'en ai discuté avec Jérôme Durin, le sénateur socialiste, qui portait la proposition de loi sur le narcotrafic. Il y a un volet répression, il y a un volet prévention. Cette guerre contre la drogue a se mené de l'extérieur et de l'intérieur. Ça veut dire quoi ? De l'extérieur, il nous faut une police. Une police qui reste, et pas seulement une police qui passe. Une police qui reste dans les quartiers, et derrière, une police judiciaire qui a des moyens d'intervention.

3:39
François Ruffin

Donc c'est la police de proximité, c'est la solution quand on a des gens qui tirent à la Kalachnikov sur des jeunes ?

3:45
Présentateur

La police de proximité, vous savez, elle a son utilité. Pourquoi ? Parce qu'elle ramène de l'information. Elle est au contact des habitants. Elle est au contact des associations. Et deux, il faut de la police judiciaire qui puisse aller taper les gros bonnets au porte-monnaie jusqu'à Dubaï. Ça, c'est le volet répression, et il le faut pleinement. Et aujourd'hui, il n'y a pas les moyens de ce côté-là. Et d'ailleurs, c'est de réclamer dans la tramine de Amen Kessassi, il dit qu'il faut doter les enquêteurs et la police de moyens. Mais pourtant, vous vous êtes abstenu lors du vote de la loi narcotrafic, qui créait, je rappelle, un parquet spécialisé qui élargit le statut de repenti.

Pourquoi vous ne l'avez pas voté, cette loi ? Parce qu'il y a un deuxième volet qui est complètement absent. C'est le volet prévention. C'est que cette guerre contre la drogue, on ne l'emportera pas seulement de l'extérieur. Les principales forces de résistance, elles sont à l'intérieur. Ce sont les familles, ce sont les parents, ce sont les centres sociaux, ce sont les associations, ce sont les clubs sportifs. Et sur ce plan-là, qu'est-ce qu'il y a ? Il n'y a rien. Il y a 5000 contrats adultes relais qui sont supprimés. Il y a le budget politique de la ville qui, cette année encore, continue de diminuer.

4:47
François Ruffin

Pardon, François Riffin, je rebondis sur la question de Florence. Est-ce qu'il n'y a pas, parfois à gauche, une forme de frilosité quand il s'agit effectivement de durcir la loi, le parquet, spécialisé dans la lutte contre la criminalité organisée, les réactions également quand des prisons à haute sécurité ont été mises en œuvre ? Est-ce que là-dessus, il n'y a pas une forme de frilosité quand il s'agit de durcir les dispositifs ?

5:04
Présentateur

Je vous dis de mon côté, monsieur Duhamel, il y a zéro frilosité. Ça fait des années que je mène le combat, qu'auprès de mon préfet, je dis attention à ce qui se passe à cet endroit-là, à cet endroit-là, à cet endroit-là. Pourquoi ? Parce que je sais que ce sont les nôtres qui sont touchés. Ce sont les familles populaires qui sont en première ligne et qui vivent mal et qui vivent dans le malaise. Donc, je vous dis, on n'emportera pas cette guerre contre la grogue seulement avec des forces extérieures. Il faut un appui puissant aux forces intérieures. Quand on a un plan Borloo qu'on a laissé tomber à l'eau, voilà, on ne peut pas...

Et d'ailleurs, c'est dit aussi dans la tribune d'Aminité Sassi. Il dit, voilà, lutter contre l'échec scolaire, parce que sinon, c'est de la main-d'œuvre qui est apportée aux narcotrafiquants.

5:44
François Ruffin

Il y a effectivement ces deux gens, mais il y a aussi la question de la responsabilisation des consommateurs. Emmanuel Macron, hier, dit quand on achète de la cocaïne ou du cannabis, on est complice. Est-ce que vous pourriez dire la même chose ? Est-ce qu'il a raison, le président de la République ?

5:57
Présentateur

Je suis contre la responsabilisation du consommateur en général, y compris sur Chine et ainsi de suite. Ce n'est pas mon raisonnement, d'accord ? Maintenant, je vais vous dire, il y a deux drogues différentes là-dedans. Et je veux que...

6:07
François Ruffin

Attendez, pardon, ce que dit Emmanuel Macron et ce qui avait d'ailleurs été dit par d'autres responsables politiques, Éric Dupond-Moretti, c'est de dire quand on achète une barrette de chine, quand on achète du cannabis, à la fin, on alimente ce trafic, trafic qui donne ce genre de...

6:21
Présentateur

Vous savez, il n'a rien à voir avec le fait d'acheter des fringues sur Chine. Il n'a absolument rien à voir. Et est-ce que vous croyez, M. Duhamel, on a un million de consommateurs quotidiens de cannabis ? Est-ce que vous croyez qu'on va réussir à éliminer cette consommation quotidienne ? Donc ils n'y sont pour rien, ces consommateurs de cannabis ? Ne déplaçons pas là où on peut agir, d'accord ? Et je vais vous dire, sur le cannabis, moi, ma position a évolué. Pourquoi ? J'ai un général de gendarmerie qui est venu à ma permanence, qui m'a dit, on perd notre temps, on perd notre énergie, on ne va pas y arriver.

Et donc, là où on ne peut plus agir parce que c'est devenu une consommation tellement massive, oui, je suis favorable à ce qu'on légalise ça, et qu'en revanche, on se concentre à fond, pleinement, sur ce qui est appelé aujourd'hui un tsunami blanc. Juste, François Ruffin, vous avez déjà acheté ou consommé de la drogue ? Il m'est arrivé de fumer deux fois dans ma vie, et je vais vous dire, ça m'a produit tellement des mauvais rêves que je n'ai pas du tout renouvelé cette expérience. Mais donc vous ne dites pas ce matin aux consommateurs, il faut arrêter. Mais je dis, il faut arrêter.

Je dis, il faut arrêter d'abord pour leur santé, il faut arrêter d'abord pour leur santé, il faut arrêter pour nourrir ce trafic, mais est-ce que quand on a la moitié des adultes qui ont consommé de la drogue aujourd'hui, et on a un million qui consomment du cannabis quotidiennement, est-ce qu'on va y arriver sur ce chemin-là ? Ce n'est pas comme ça qu'on va en diguer, M. Jamel. Je vous assure qu'aujourd'hui, on a la possibilité d'aller taper les gros bonnets aux porte-monnaies, et on ne le fait pas. Donc il faut agir sur ce terrain-là.

François Ruffin, on va en venir à un autre sujet qui vous tient à cœur, c'est la désindustrialisation, qui s'invite de nouveau dans le débat avec la fermeture annoncée de trois des quatre sites de l'acieriste. Novasco, 549 salariés sur le carreau. L'État va poursuivre en justice. L'investisseur Grébul, qui n'a pas tenu ses engagements, qu'est-ce qu'on aurait pu faire, François Ruffin, pour sauver cette entreprise parmi les dernières à produire de l'acier en France ? Est-ce qu'on peut encore faire quelque chose ? D'abord, le tableau général, c'est quoi ? C'est qu'on a la part de l'industrie dans le PIB, qui est passée sous la part des 10%. Ça ne nous est jamais arrivé.

On est au niveau de la Grèce. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que derrière ça, il y a 40 ans. 40 ans de gouvernement, 40 ans de dirigeants qui laissent faire. Qui laissent faire le marché ? Qui laissent faire les financiers ? C'est le cas de Novasco, mais c'est le cas aussi de Arcelor, qu'on a donné aux Indiens de chez Mittal, qui, là, refusent d'investir. Donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Un, il faut protéger. Protéger deux choses. Il faut se protéger par l'Est des importations, c'est-à-dire de la Chine, de l'Inde, des importations à bas coût, qui aujourd'hui détruisent notre industrie. Donc, ça veut dire faire du protectionnisme ?

Eh bien, oui, je suis partisan, moi, du protectionnisme depuis 20 ans. À l'échelle de l'Europe ? À l'échelle de l'Europe, si elle veut bien le faire. Et il faut des taxes aux frontières, il faut des barrières douanières, il faut des quotas d'importation. Il faut identifier, sans produit stratégique, on ne va pas le faire surtout, mais qu'il s'agisse des aliments, des médicaments, de l'armement, de l'acier, évidemment. On identifie, sans produit stratégique, sur lequel on se protège. Et, deux, il faut protéger le capital. Plutôt que d'aller faire la danse du vent, sur la Chouze France, pour faire venir les capitaux étrangers et les fonds de pension et les financiers, on doit s'en protéger.

Ce sont 1 500 entreprises françaises qui sont passées aux fonds de pension américains. Là, vous citez Novasco, vous citez, je cite Arcelor, je peux ajouter Tesser, une marque que connaissent tous les Français. Mais juste, attendez, protéger le capital, ça veut dire quoi, concrètement ? Ça veut dire qu'on empêche les fonds de pension étrangers d'acquérir des entreprises françaises, en particulier dans des domaines stratégiques,

10:08
François Ruffin

comme France-Henri, et ainsi de suite. Simplement, quand on regarde la situation de l'acier en France et en Europe, il y a, bien évidemment, et c'est vraisemblablement le cas pour Novasco, des investisseurs qui ne se sont pas bien comportés ou qui n'ont pas tenu leurs engagements, mais il y a plus généralement une situation qui veut que ça coûte plus cher en France qu'en Asie de produire de l'acier, que les coûts de l'énergie sont plus importants. Est-ce qu'il n'y a pas une tendance de fond contre laquelle il ne suffit pas de dire qu'il faut faire du protectionnisme ou effectivement empêcher que le capital puisse partir dans des fonds de pension ?

10:39
Présentateur

Cette tendance de fonds, c'est ce qu'on a laissé faire. Je dis maintenant, il faut arrêter de laisser faire. Je le dis depuis 20 ans. Mais oui, si on laissait faire, il n'y aura plus de sidérurgie dans notre pays. Donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Un, on se protège. Deux, on protège le capital, mais ça veut dire qu'on mobilise le capital national. Quand on a 2000 milliards d'assurance-vie, quand les Français n'ont jamais autant épargné, Michel Barnier avait proposé, par exemple, un livret industrie, moi, je propose la mobilisation du capital national.

Troisièmement, les tarifs de l'électricité, ben oui, c'est un scandale qu'on en soit sur des tarifs de l'électricité européens qui flottent au gré des marchés, alors qu'on a une production nationale avec EDF et nos centrales nucléaires et qu'on peut avoir une consommation nationale. Donc, il faut fixer un tarif et que ça soit un tarif qui soit régulé. Enfin, quatrième point, les aides publiques. On doit avoir des aides publiques qui soient ciblées. Là, on arrose de manière générale, vous savez, les 200 milliards d'euros. Bon, mais il faut cibler sur les PME, par exemple. Quand on donne 1 million d'euros aux PME, ça crée 13 emplois.

Quand on donne 1 million d'euros à EDFIMR, ça crée 0,6 emplois. On est dans un rapport

11:39
François Ruffin

de 1 à 2. François Riffin, juste je rebondis sur cette question des aides sociales. Vous avez un discours ce matin pour dire qu'il faut protéger davantage l'industrie française, il faut éviter que ces entreprises ne ferment, qu'il y ait des licenciements. Dans le même temps, quand vous êtes à l'Assemblée nationale et que vous discutez du budget, vous votez en faveur d'un certain nombre d'impôts qui sont votés. Leur application, ça, c'est une autre question. Est-ce qu'on peut être favorable à l'industrie française et dans le même temps passer sa journée à voter des milliards d'euros d'impôts en plus ?

Ça veut dire que, est-ce que franchement, c'est la meilleure chose pour inciter ces grands groupes à investir et donc à créer de l'emploi en France ? Vous savez,

12:12
Présentateur

ces grands groupes ont supprimé de l'emploi depuis 10 ans. Ils ont supprimé 100 000 emplois depuis 10 ans. Donc, ce n'est pas par les grands groupes que ça passera, c'est par les TPE quand, par exemple, on nous dit qu'on va supprimer la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises. 75 %, ce n'est pas pour l'industrie. 75 %, c'est pour la grande distribution, c'est pour les banques. Et on n'a que 25 % pour l'industrie. Mais, de manière générale, M. Duhamel, je veux vous dire ce qui se passe depuis 40 ans. Parce qu'on ne comprend rien à la situation politique de notre pays si on n'y met pas au cœur la question industrielle. On a fait...

Les dirigeants ont fait un choix qui est de plonger la France dans cette mondialisation. Quand est-ce que les Français ont voté pour ça ? Quand est-ce que les Français ont voté pour le libre-échange avec la Chine ? Quand est-ce que les Français ont voté pour les traités du GATT ? Quand est-ce que les Français ont voté pour les élargissements européens ?

13:09
François Ruffin

Peut-être en consommant des produits qui sont importés

13:11
Présentateur

hors de l'Europe ? Eh bien, on ne vote pas avec son caddie. On vote avec son bulletin de vote. Et les Français ont dit une fois ce qu'ils ont pensé. Ils l'ont dit il y a 20 ans. Ils l'ont dit le 29 mai 2005. Et ils ont dit à ce moment-là à 55 % et à 80 % parmi les ouvriers nous ne voulons pas la concurrence libre et démonfossée. Nous ne voulons pas la libre circulation des capitaux et des marchandises. Je vais vous dire qu'à partir de ce moment-là il y a une déchirure. Parce qu'on a des dirigeants qui vont dans une direction où les citoyens ou les Français ou les gens ne veulent pas aller. Et c'est dans ce gouffre-là qu'on vient tuer la démocratie.

François Ruffin, vous dites que le salut passera par les TPE, PME. Est-ce qu'il passera aussi par l'État ? Est-ce qu'il faut nationaliser Arcelor Mittal ? Une proposition de loi des Insoumis sera présentée aujourd'hui en commission des finances. On estime le coût d'une nationalisation à 3 milliards d'euros. Est-ce que vous la soutenez cette proposition ? Oui, pleinement. Pourquoi ? Parce que d'une part il faut établir de la protection. Ça c'est au niveau européen. Il doit y avoir une protection sur l'acier. Elle est en train de se mettre en place de manière très imparfaite et il faut aller plus vite.

Bon, mais deuxièmement on a là un industriel Mittal qui est un géant et qui refuse d'investir qui refuse d'investir sur le site de Foix-sur-Mer qui refuse d'investir sur le site de Dunkerque. Alors que l'État est prêt à mettre 870 millions d'euros sur la table. Quand le capital, le patron, les PDG, les sanctionnaires refusent de faire leur travail et d'investir, eh bien oui, on doit prendre le relais et c'est ce qui est là proposé.

14:34
François Ruffin

Et on a les moyens dans le moment budgétaire de trouver 3 milliards d'euros pour aller nationaliser ArcelorMittal avec toujours la même question qui est celle que je vous posais tout à l'heure de la pérennité de l'acier en France et en Europe. C'est mettre 3 milliards d'euros pour aider une entreprise en difficulté.

14:49
Présentateur

Monsieur Duhamel, je pense que vous faites des émissions ici pour dire qu'il est nécessaire qu'on ait une industrie de défense sur notre continent. Comment vous allez avoir une industrie de défense si vous n'avez pas d'industrie tout court et si vous n'avez pas de sidérurgie en particulier ? Mais vous savez, tout ici, regardez les micros, ils sont faits avec quoi ? Ils sont faits avec de l'acier. Ma montre, elle est faite avec quoi ? Elle est faite avec de l'acier. La siège sur laquelle je suis assis est faite avec de l'acier. On dit que l'acier, c'est l'industrie de l'industrie. Si on se prive de cette base-là, on renonce à avoir une industrie dans notre continent.

Mais finalement, le raisonnement que vous avez là, c'est celui de nos dirigeants depuis 40 ans. Moi, j'essaie, François Réquin, d'apporter une forme de contradiction à vos propositions. La contradiction que vous apportez, c'est celle de nos dirigeants depuis 40 ans. Ils ont fait un choix. Ils ont fait un choix que de dire que l'industrie, c'est le passé, c'est dépassé, ça pue, ça pollue, il faut s'en débarrasser. Et ils s'en sont débarrassés. Ça a été Arcelor, ça a été Alcatel, ça a été Alstom, ça a été Péchiné. Ils se sont débarrassés de tout ça. Eh bien, on voit que maintenant, ça doit changer.

15:44
François Ruffin

Encore un mot avant de parler du budget rapidement. Vous allez déposer une proposition de loi qui vise à interdire les licenciements économiques ou plus exactement à contrôler ces licenciements économiques pour s'assurer qu'il y ait un motif réel et sérieux quand des groupes décident de licencier. Là encore, question très précise et pragmatique. Si vous mettez en œuvre cette proposition et qu'un groupe a le choix d'investir entre eux et d'implanter une usine entre la France et l'Italie, France où il y aurait un tel dispositif, Italie où il n'y en aurait pas. Est-ce que vous pensez vraiment que ce groupe-là, cette entreprise-là va faire le choix d'investir en France ?

16:12
Présentateur

Mais moi, je pense à toutes les industries qui existent aujourd'hui dans notre pays, à toute l'industrie nationale qui peut se développer dans notre pays et simplement vous dire, vous vous placez là, mais qu'est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, on a, par exemple, chez Tesser demain, c'est un groupe britannique qui a racheté la marque Tesser qui a liquidé là en un an, on a liquidé avec Carlsberg 120 millions d'euros de trésorerie et on va dire aux salariés il y a un motif économique voilà pourquoi on vous le licencie. Et dans 2-3 ans, il y aura un tribunal qui viendra juger qu'il n'y a pas de motif économique mais l'industrie n'existera plus et les gens y seront sur le carreau.

François Ruffin, vous êtes député, vous siégez donc en ce moment à l'Assemblée en plein examen chaotique du budget. La gauche a obtenu un certain nombre de concessions de la part du gouvernement. La suspension de la réforme des retraites, la hausse de la fiscalité, vous qui vous disiez il y a 3 ans social-démocrate, vous allez le voter ce budget ? Vous êtes très haut compromis. Je dis toujours je suis social et démocrate. Mais le problème de la social-démocratie c'est que ça fait 40 ans qu'elle n'a pas fait grand chose de social et qu'elle n'est pas démocrate parce qu'avoir été démocrate ça aurait été respecté par exemple le vote sur le traité constitution européen de 2005.

Ok, vous allez le voter ou pas ce budget ? Il y a plusieurs volets dans le budget. Le volet sur le les dépenses de la sécurité sociale eh bien on a nettoyé un certain nombre de choses. Il n'y aura pas de taxation sur les apprentis, il n'y aura pas de taxation sur les tickets des restaurants, sur les chèques vacants, sur un certain nombre de choses comme ça. Il n'y aura pas de gel des retraites. Donc ce volet-là, je veux dire, je suis assez satisfait du travail qui a été effectué. Malheureusement, on n'a pas pu aller jusqu'au vote. Bon, en revanche, sur le volet recettes, on n'y est pas du tout. Moi, sur le volet recettes, j'avais dit écoutez... Donc ça ne suffit pas.

Sur le volet recettes, j'avais dit vous me trouvez 15 milliards. Vous me trouvez 15 milliards sur les grandes fortunes. Vous faites comme vous voulez. Vous relevez la taxe sur les dividendes. Vous mettez en place la taxe Jutman. Vous mettez en place un impôt de solidarité sur la fortune. Vous imposez les grandes transmissions. Vous faites ce que vous voulez. Donc il n'y a pas assez d'impôt pour les plus riches. Il n'y a rien. Sur les recettes, il n'y a rien. En revanche, sur les dépenses, on a nettoyé le budget comme il fallait. Donc, en l'état, pas possible de voter ce budget. Je ne peux pas voter un volet recettes. C'est clair.

On n'assure pas pour que, si jamais je veux qu'il y ait de la lutte contre le narcotrafic à Marseille et dans tout le pays, ça suppose que l'état dispose de moyens. Et là, il ne fait pas le nécessaire pour disposer de recettes et aller chercher des moyens. 50 milliards d'euros sur les entreprises, dit le président du MEDEF. Je pense qu'il délire. Il n'y a rien là. Je vous assure, il n'y a rien. L'état des lieux qui a été effectué par les fonctionnaires de l'Assemblée nationale comme point d'étape sur le volet budget, on était à moins 2 milliards ou à plus 1 milliard. Donc, on ne sait pas trop. Mais on n'assure pas des recettes supplémentaires aujourd'hui à l'État.

19:01
François Ruffin

François Ruffin, avec Florence, on voulait vous soumettre ce matin à un sondage publié hier par l'IFOP et qui a suscité beaucoup de commentaires. Une enquête sur le rapport à la religion des musulmans en France qui constate que l'intégrisme progresse, surtout chez les jeunes. Un musulman sur trois qui éprouve de la sympathie pour une mouvance islamiste. 81% des 18-25 ans sont des qui considèrent que la religion a raison lorsqu'elle s'oppose à la science sur la question de la création du monde. Le port du voile qui, dans cette même tranche d'âge, donc 18-25 ans, passe de 16% à 45% en l'espace de 20 ans. Est-ce qu'il vous inquiète, ces chiffres ?

19:30
Présentateur

Je vais vous répondre, M. Duhamel. Mais permettez-moi d'abord d'avoir un message de fraternité à l'égard de nos compatriotes musulmans qui, là, se lèvent le matin, allument leur radio ou leur télé et entendent à nouveau leur foi accusée. Pourquoi ?

19:50
François Ruffin

Pourquoi ? Parce que, vous savez, il y a... C'est un sondage qui les interroge et je crois que, ici, tout le monde fait la différence entre ce qu'est la pratique de l'islam et, là, des dérives qui sont catégorisées comme étant intégristes. Je vais vous répondre, M. Duhamel,

20:02
Présentateur

mais il faut mesurer l'usure, la fatigue, voire la souffrance de nos compatriotes musulmans quand on a des chaînes de télé qui sont tout entières consacrées à venir les pointer du doigt et les stigmatiser. Pour moi, il y a des visages de ça. Vous savez, quand j'ai Mohamed qui, chez moi, est un cadre de la SNCF et trésorier d'un club de foot et qui vient me dire « Moi, je me sens français, pleinement français et pourtant, je dis à mon fils « Prépare-toi à ne pas avoir un avenir en France. »

20:31
François Ruffin

Mais François Ruffin, pardon, mais personne ne conteste ça. Là, on vous soumet avec Florence des chiffres qui montrent une sorte de tendance rigoriste et vous nous répondez sur la stigmatisation et certains que vous croisez. C'est quoi ? Est-ce qu'il y a une forme de déni à gauche sur la progression d'un rigorisme ? Vous savez,

20:49
Présentateur

M. Duhamel, que je ne suis pas dans ce déni. Non, je ne suis pas dans ce déni. Vous répondez pas à la question. Je tiens à dire que l'organisation du débat public, aujourd'hui, y contribue à une stigmatisation régulière de nos compatriotes musulmans. Or, la difficulté, c'est qu'aujourd'hui, on a deux séparatismes qui sont alliés. On a un séparatisme de l'extrême droite. Oui, vous pouvez faire les grands yeux. Pourquoi ?

21:12
François Ruffin

Non, mais ce n'est pas ça. C'est que là, on vous interroge

21:13
Présentateur

sur des chiffres précis et ça fait deux minutes que vous ne répondez pas. Mais si je vous réponds sur ce qui se passe dans le pays, sur pourquoi il y a cette réaction-là dans le pays, on a deux séparatismes qui sont alliés. On a un séparatisme de l'extrême droite qui ne veut pas que les musulmans fassent partie de la République et on a de l'autre côté un séparatisme de l'islam radical qui veut se mettre en marge de la République. Et le rapport qui était paru au printemps dernier, remis à Bruno Retailleau et Gérald Darmanin, qu'est-ce qu'il disait ? Dans ses recommandations, il disait ceci. Il faut envoyer des signes forts et positifs à destination de la communauté musulmane.

Et il citait l'enseignement de l'arabe dans les collèges et il citait les carrés musulmans dans les cimetières. Pourquoi ? Pour que les musulmans se sentent pleinement appartenir à la République. Une question politique au standard parce qu'on a des auditeurs qui veulent vous parler. François Ruffin, on accueille Marc. Bonjour Marc. Vous nous appelez de Corse et vous avez une question à poser à M. le député. Oui, bonjour. Merci beaucoup de prendre ma question. En fait, je voulais demander bonjour à François Ruffin s'il regardait ce qui se passait depuis quelques mois maintenant aux Etats-Unis où il y a un vrai réveil de la gauche.

Alors, c'est vrai que ce réveil, il est lié à l'arrivée de la tornade fasciste Trump. Mais l'élection du maire de New York, Zoran Nandani, en Californie, Gavin Newsom et la Californie va être le premier Etat américain qui va réussir à mettre en place une taxe contre les super milliardaires. C'est en train d'être mis en place, ça va être voté à l'été prochain. Donc, est-ce que les Etats-Unis, finalement, curieusement, ne pourraient pas, la gauche américaine, ne pourrait pas être une source d'inspiration très prolifique pour la gauche française qui, alors, j'allais dire, François Ruffin ne fait pas partie de la bande, mais quand même qui roupit.

quand j'entends François Hollande encore invité sur France Inter, je me demande ce que François Hollande fait encore sur France Inter. Voilà, donc, est-ce que la gauche américaine ?

23:08
François Ruffin

On invite toute la classe politique. Marc-François Ruffin sur le regard que vous portez et peut-être les influences que vous pourriez tirer de la gauche américaine.

23:17
Présentateur

Je regarde ce qui se passe, évidemment, aux Etats-Unis comme ailleurs et quand j'entends Bernie Sanders qui tirait comme conclusion de la victoire de Trump l'an dernier que quand les démocrates abandonnent les travailleurs, il ne faut pas s'étonner que les travailleurs abandonnent les démocrates. J'en fais une leçon pour nous. Maintenant, je veux dire qu'il faut faire attention parce que oui, on a la victoire de Mamdani à New York et tant mieux. On a une victoire en Californie et tant mieux. Mais qu'est-ce qui se passe dans le cœur du pays américain ? Et on ne gagnera pas seulement là-bas avec la côte ouest et la côte est et il en est de même en France.

23:52
François Ruffin

Ce que vous voulez dire, François Ruffin, là encore, sans toujours dupliquer des situations qui ne sont pas les mêmes, c'est que quand vous entendez des responsables politiques de gauche à la France Insoumise qui célèbrent ces victoires américaines, ils passent un peu à côté des phénomènes de fond et notamment du Rassemblement National en France ?

24:06
Présentateur

Je dis que les bonnes nouvelles, elles sont bonnes à prendre, qu'on doit en tirer des leçons, que par exemple, c'est une primaire qui a permis à Mamdani d'émerger à New York et donc, c'est peut-être quelque chose à regarder aussi. Maintenant, je veux dire, la gravité du moment, on ne va pas se la raconter. là, il y a quasiment une victoire annoncée de l'extrême droite avec une entrée de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella à l'Elysée. Nous, nous avons pour devoir, dans les quelques mois qui nous restent, de venir étonner la catastrophe.

je veux dire, ce n'est pas Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Marine Tondelier, François Ruffin, Jean-Luc Mélenchon, vous pouvez mettre tous les noms qui vont y arriver. Ma conviction, c'est que le seul chemin pour y parvenir, ce sera les gens, le peuple, les citoyens. Ma question, c'est comment on fait pour faire qu'il y ait des millions de personnes qui surgissent. C'est pour ça que j'ai dit primaire. Une primaire populaire, une primaire geyser, une primaire de débordement. Parce que... Les deux favoris à gauche ne veulent pas.

Si jamais on a deux millions de personnes qui se saisissent dans le butin comme on reprend son destin en main, et bien ensuite, ils se sentent engagés sur un chemin et ça réancre la gauche dans tous les coins du pays. Et j'espère dans tous les cantons. Merci François Ruffin, député debout de l'Assemblée nationale, député de la Somme.

Désindustrialisation : François Ruffin dénonce "40 ans de dirigeants qui ont laissé faire le marché et les financiers" — François Ruffin · Pourquijevote