Quel genre de contemplateur êtes-vous ?
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %
Temps de parole
- Présentateur32 %
- Invité31 %
- Invité 220 %
- ?6 %
- Locuteur non identifié4 %
- Locuteur non identifié 23 %
- Locuteur non identifié 33 %
≈ 28,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
France
Inter,
France
Inter,
le
18-20, Alibadou.
Amis
auditeurs, le téléphone sonne, c'est une série de 8 compositions, 22 panneaux, un paysage déployé sur près de 100 mètres dans des grandes salles ovales avec un mélange de tons bleu et vert et la sensation d'être là, au bord d'un étang jonché de nymphéas. Claude Monet a peint sa série pendant les 30 dernières années de sa vie et il les a offerts, ces nymphéas, à la France au lendemain de la Première Guerre mondiale. Des nymphéas, nous voulions vous parler ce soir à l'occasion d'une grande exposition rétrospective consacrée à Monet mais parler aussi de notre rapport, de votre rapport, amis auditeurs, au paysage et à la contemplation des paysages.
Quel genre de contemplateur êtes-vous fasciné par ces nymphéas ? Ou plutôt sensibles à d'autres champs de la nature ? Les forêts peut-être ? Les grottes même ? Que peuvent l'art et la nature quand les temps deviennent obscurs et incertains ? Appelez-nous, partagez vos témoignages au 01 45 24 7000 ou écrivez-nous sur l'application Radio France.
Le téléphone sonne, 01 45 24 7000.
Et
Catherine vient de laisser une note vocale au téléphone sonne.
Bonsoir, moi je voulais juste apporter mon petit témoignage. Je ne sais plus qui a dit, l'art on ne sait pas à quoi ça sert mais c'est vital. Et j'ai vraiment cette impression-là, moi quand j'ai un petit coup de mou, moi je vais voir des expositions. Je regarde aussi la nature, beaucoup, beaucoup, qui quelquefois fait des tableaux et est très artistique.
Et
ça me fait du bien. Je trouve que dans ce monde
qui
est lourd, qui est vraiment très lourd, c'est indispensable. C'est vraiment indispensable. Merci pour le thème de votre émission.
Et merci à vous Catherine pour ce témoignage et j'allais dire ce cri du cœur mais votre voix était douce et apaisée. Deux invités avec moi dans le téléphone sonnent, Marie-Hélène Laffont et Eva Jospin. Bonsoir à toutes les deux. Bonsoir.
Et
bienvenue Marie-Hélène Laffont, vous êtes écrivaine, pris Renaudot en 2020 pour Histoire du Fils et vous venez de publier un petit livre magnifique, Nymphéa. C'est aux éditions Bûcher-Chastel. Eva Jospin, vous êtes artiste, plasticienne. Vous avez récemment exposé vos œuvres monumentales au Grand Palais à Paris. Des forêts, des grottes en carton, spectaculaire et génial. Et vous avez relevé le défi de la collection Grande Blanche illustrée de Gallimard. Vous avez accompagné L'homme qui plantait des arbres, ce texte prodigieux de Jean Giono, avec vos dessins. Et on va en parler, nous voulions croiser vos regards.
C'est très fort ce que vient de dire Catherine, puisque c'est une thématique qui réunit au fond vos démarches respectives. L'art, on ne sait pas à quoi ça sert, mais c'est vital. Ça apaise, ça fait du bien. Marie-Hélène Laffont, Nymphéa, c'est le titre de ce texte qui vient de paraître. Et c'est justement, c'était l'objectif de Claude Monet. C'est apaiser, donner de la paix après la Grande Guerre aux Français qui pourraient voir cette œuvre-là.
C
'est peu de choses, mais c'est la seule manière que j'ai de prendre part à la victoire. C'est ce que Claude Monet écrit dans la lettre qu'il envoie à Clémenceau.
Oui, son grand ami Clémenceau.
Dès le 12 novembre 1918,
pour
offrir les panneaux dans l'état dans lequel ils sont en 1918, sachant qu'il va encore y travailler jusqu'à la fin de sa vie, et que les panneaux ne seront encore installés que plusieurs mois après sa mort.
Mais
c'est sa façon à lui de prendre part. Et je crois que la beauté du monde, elle
nous
aide, elle nous permet de continuer. Et nous qui écrivons, vous qui êtes dans la matière, c'est une manière de donner forme aussi, et de continuer.
Vous, vous avez eu la chance de passer un très long moment seul. Il y a quelques mois, vous avez gagné à la loterie, et comme vous le dites très bien, le droit d'être seul avec les nymphéas. Qu'est-ce que vous avez ressenti dans les premiers instants de ce face-à-face avec le chef-d'œuvre de Claude Monet ?
D'abord une joie immense,
la
joie d'avoir la chance
de
pouvoir
s
'enfoncer seul dans la peinture.
Et
comment est-ce que vous vous êtes sentie
? Je
me suis sentie très affûtée, très intense et très légère, à la fois. Vous voyez ? Dans cet état d'acuité très très particulière que donne la joie. Et ça, c'est quand même une chance inouïe. Donc ça d'abord était ça pour moi, cette expérience des nymphéas.
Eva Jospin, vous connaissez très bien les œuvres de Monet, ces nymphéas. Vous avez d'ailleurs exposé au musée des impressionnismes de Giverny. Marie-Hélène Laffont parle de la façon dont elle s'est laissée enfoncer dans ces forêts profondes des nymphéas. Les forêts, elles sont justement au cœur d'ailleurs de votre travail, Eva Jospin, de monumentales forêts faites de carton. Qu'est-ce que vous voyez, Eva, quand vous regardez ces nymphéas
?
Mais d'abord, j'ai réussi à les regarder à nouveau.
Parce
que Monet, pour un peintre ou pour une jeune étudiante au Beaux-Arts, c'est un peintre compliqué à regarder parce qu'il est à la fois trop vu, mal vu. On ne
sait
plus comment le prendre.
C
'est comme si je me disais, tiens, je vais aller voir la Joconde. C'est un peu notre Joconde du XXe siècle. Donc c'est très difficile d'entrer dedans. Et j'ai retrouvé le chemin de Monet parce que je me suis intéressée au panorama. Pour moi, les nymphéas, c'était cette forme absolument monumentale et immersive. C'était lui qui l'avait inaugurée. Or,
il
y avait eu une immense vogue des panoramas au XIXe siècle qui étaient des façons de représenter des immenses toiles peintes à 360 degrés. Le panorama, ça veut dire
tout
voir. Et c'est vrai qu'au milieu des nymphéas, on a l'impression qu'il y a ce regard comme ça, scopique, de tout voir. Et moi, j'avais fait une installation qui s'appelle Panorama
dans
la cour carrée du Louvre en 2016. Et c'est vraiment
en
le reliant à mon intérêt pour ce sujet, pour cette forme, ce mélange entre la peinture et l'architecture, le dispositif. Je suis retournée voir les nymphéas. Et ça a été un choc. Un rechoc. Et enfin, j'ai pu rentrer dans cette peinture, le regarder en enlevant tout ce qu'il représentait
et
être directement en contact avec cette œuvre extraordinaire.
Marie-Hélène Laffont
?
Moi,
j'ai
beaucoup
de chance parce que sans doute que, comme je n'ai pas la même histoire avec la peinture et avec l'enaphéa et avec Monet que vous, Eva Jospin, j'ai une histoire qui est moins parcourue de représentation, eh bien, j'ai pu me dépouiller d'une manière assez sauvage et assez brutale. Vous voyez ? Quand j'étais avec la peinture seule.
Seule
? Voilà. Seule et avec une intention aussi.
Laquelle ?
Il y avait une intention d'écriture.
Vous
voyez ? Je savais que j'allais passer du temps et qu'ensuite, de ce moment-là et des notes que j'avais prises, puisque j'ai pris des notes,
ce
que je fais très rarement, eh bien, à partir de ce matériau, j'allais écrire un texte. Et donc, c'est ça, j'étais
à
la fois
nue
et affûtée, les deux en même temps.
L
'écriture qui dégouline sur votre carnet, il y a quelque chose d'assez amusant où vous allez nous en expliquer le sens. En général, quand on va dans un musée, on se tient debout. Vous, vous êtes allongé à la Romaine pour regarder ces nymphéas. Vous vous mettez dans la position d'un gamin, quasiment un gamin malade, qui a sa tête posée contre le creux de son coude. Qu'est-ce que vous avez vu là ? Vous avez vu les nymphéas debout, mais pourquoi
?
Alors,
dans
la salle des nymphéas, il y a un très grand banc, très raide. Et en effet, très instinctivement, sans y avoir réfléchi, je me suis allongée. D'abord parce qu'on ne peut jamais le faire. Quand on est dans un musée, personne ne se couche pour regarder la peinture. Non. Voilà.
Je vous le confirme. Ou alors,
il est viré par les gardiens dont vous dites que vous avez peur dans
votre livre. Parce qu'en effet,
j'aurais volontiers approché d'assez près les nymphéas pour pouvoir poser ma main dessus ou ma joue. Mais ça, je n
'ai
pas osé. C'était trop transgressif. Mais s'allonger, ça l'était beaucoup moins. Et à ce moment-là, on quitte notre verticalité, à laquelle on ne pense jamais, puisqu'elle est notre état sempiternel. Et à ce moment-là, dans ce dispositif panoramique, les strates de la peinture viennent à vous. À condition que vous attendiez un peu, que vous les attendiez. Elles viennent.
Elles viennent. Et d'ailleurs, vous avez une expression magnifique en parlant de ce tableau. Vous dites qu'il épuise les bleus. D'abord les bleus, tous les bleus. Mais les bleus ne font pas tout et ne sont pas tout. Les verts fusent, coulent. Et que dire du jaune ? C'est comme si notre regard se perdait. Eva Jospin, vous comprenez ce regard qu'on peut avoir avec une œuvre d'art ? Vous imaginez
quelqu'un ?
Vous remarquez, vous accepteriez qu
'on
s'allonge ?
Vous
regardez, parce que vous avez des œuvres souvent immersives. On rentre dans des grottes, on traverse des forêts.
Alors, une des fois où j'ai montré ce panorama que j'avais créé pour la Cour Carrée du Louvre, il a été montré à Istanbul. Et la directrice du musée m'a envoyé une photo de personnes qui s'étaient allongées à l'intérieur. Donc, je comprends ce besoin. Et voilà, je pense que c'est ce qui m'a beaucoup intéressé. Enfin, évidemment, c'est une œuvre merveilleuse. Mais ce qui m'a aussi beaucoup intéressée, c'est un rapport d'abolition de la perspective et du plan. En fait, ce n
'est
pas très clair. Où sont les percées ? Où est la profondeur ? Et en même temps, elle est entièrement partout. Et je l'ai rapprochée aussi beaucoup avec une autre œuvre que je trouve extraordinaire. Et c'est aussi ça qui est beau dans l'admiration et la contemplation de l'art. C'est qu'elle abolit totalement les époques. Puisque Monet, c'est déjà fait. Mais c'est une œuvre qui a été retrouvée à la Villa Livia à Rome,
à
côté de Rome. Et qui est installée maintenant au Palazzo Massimo qui a un musée antique. C'est une salle entièrement peinte avec des couleurs qui ne s'éloignent, enfin, moins audacieuses que celles de Monet, mais qui résonnent avec l'œuvre de Monet. Et c'est vraiment l'idée d'un
paysage
peint sur tous les murs. Et on peut imaginer que les Robins, à
l'époque... Antiques.
Antiques,
totalement
antiques.
Oui,
je crois même que c'est cité. Cette villa, elle est citée chez Suétone que je n'ai pas lue dans le texte. Mais en tout cas, elle est citée. Et donc, on peut imaginer les Romains qui vivaient, peut-être qui s'allongeaient pour faire des banquets. Et il y a une chose qui est assez étonnante dans cette œuvre-là. Parce que vous avez beaucoup parlé d'une vision presque spéléologique dans votre texte. Et ça, ça m'a
touchée.
Il y a des strates
et des couches.
Voilà, cette idée que ce qui affleure, en fait, est peut-être souterrain, qu'il
y
a un en-dessous ou qu'il y a un derrière. Et on a l'impression, en permanence, qu'il y
a
une autre dimension à ce qu'on est en train de voir et qu'on n'arrive pas à toucher ou à aborder ou on ne peut pas s'y rendre, en tout cas.
On va parler de cette expérience de spéléologie parce que c'est vrai qu'elle vous est commune, vous, dans vos grottes, Eva Jospin, vos grottes faites de carton. Et dans votre expérience, justement, devant les Nymphéas, Marie-Hélène Laffont, le téléphone sonne, continue. Mais d'abord, Pomme et sa chanson.
Tiens,
elle était seule comme vous, seule dans la foule.
Seule dans
la foule
Au
milieu
de
tous
ces
autres
Dans
le moule
Je
n'ai pas
su
me verser
Seule, je
déroule
Un tapis
mouillé
Dans
l'amour
Bravo
pour les victoires Et pour tout ce que tu Défends
Bravo
d'être bizarre Et surtout de ne pas
faire Semblant
Poule sur France Inter Le téléphone sonne, continue.
Le 18-20 01-45-24-7000
Avec nos deux invités Marie-Hélène Laffont Et Eva Jospin Et Chantal Qui est au standard Bonsoir Chantal
Bonsoir Et
bienvenue
sur France Inter
Merci
de m'avoir prise Dans votre émission Vous
êtes
chez vous
?
Oui, je suis chez moi
Vous
vouliez interpeller Marie-Hélène Laffont justement
?
Ah oui, oui, oui Marie-Hélène Laffont Je la connais depuis des années Par ses livres Depuis très très longtemps Et je suis toujours Je suis toujours Comment dire Fascinée par cette écriture Qui est à la fois sauvage Abrupte Et qui nous relie à la nature Voilà Qui nous relie à la nature Qui relie nos vies À la nature Et on se sent rassuré Parce qu'elle évoque Tous les problèmes de la vie Entre les êtres humains Et en même temps Elle parle de cet endroit De la nature Qu'elle a connue De la campagne Des endroits un peu déserts Et rudes Et ça c'est formidable Parce que j'ai l'impression Qu'en écrivant comme elle l'écrit Elle nous rassemble tous Dans ce qu'on a du mal à dire Dans des fois ce qu'on a du mal à vivre Et comme elle le rapporte à la nature C'est formidable On se sent tout à coup Plus enclin à accepter La dureté de la vie Merci Marie-Hélène Laffont Pour tout ça
Merci
à vous Chantal Marie-Hélène Laffont
Merci C'est très C
'est
très émouvant De recevoir Ce que vous dites Et Je crois Que dans mes livres La présence De ce que j'appelle Les choses
vertes
C'est-à-dire Non seulement les paysages Mais les Les saisons La lune Le vent Le vent par exemple Vous voyez Je crois que cette présence En effet Elle est là Pour aider A vivre En tout cas Elle prend les personnages au bras Au sens étymologique du terme Vous voyez Elle les embrasse Et je me suis rendu compte En accompagnant mes livres Que d'une certaine manière Cette façon Que Les paysages Ont d'être présents Dans mes livres Embrasse aussi les lecteurs Les prend Au bras Voilà Les consoles Peut-être
À
part l'écriture Et vous Eva Jospin Dans votre travail D'artiste Et de plasticienne C'est vrai que vous avez aussi Un rapport à la nature Est-ce que vous pourriez Le qualifier
Eh
bien je pense Vous
nous y
reliez A la nature
Oui
Alors Je pense que j'ai fait Une Je n
'ai
pas encore fait La même démarche Que Que Claude Monet Et je dois signaler Que Claude Monet S'appelait Oscar En fait
C
'est le nom de mon fils Donc c'est aussi
C'est
une des choses Qui nous
relie Puisque on
a Voilà Dans
la toile
Et En fait Claude Monet En venant Aujourd'hui A l'émission J'ai relu Un peu des choses Et j
'ai
réalisé En regardant les dates Que
Claude Monet
Oui J'ai pas du tout fait La même expérience Que Marie-Hélène Laffont Mais très récemment Je suis allée à Giverny Après la fermeture Parce qu'il se trouve Que Giverny Dépend de l'Académie des Beaux-Arts Dont je fais partie
Et
donc Alain Charles Perrault Qui est un architecte Des bâtiments de France Qui est le directeur De Giverny Nous a
Pour
quelques-uns Fait une visite
Du
jardin Et de la maison Et c'est vrai Que Cet ailleurs Justement Ce pendant Au Nymphéa C'est ce jardin C'est cet atelier En plein air Qui s'est entièrement façonné Et comme beaucoup de choses Dans les oeuvres Les choses arrivent Parce qu'elles sont Totalement écrites Et en même temps Un hasard Parce qu'en fait Il creuse son étang Il y installe Les Nymphéas
Mais
Il ne comprend pas Tout de suite Que ça va devenir Le motif essentiel De la fin De son travail Et Et ça arrive Une dizaine d'années après Il tourne autour En fait C'est sous ses yeux Mais Ça va devenir Totalement obsessionnel Vers Vers la Plutôt vers la fin De son travail Et c'est vrai Que c'est exceptionnel Quand on se plonge Dans l'oeuvre De Monet
C
'est qu'on a l'impression Qu'elle
Elle
se déploie Jusqu'au bout Elle est D'une intensité Incroyable Et elle va pouvoir Être vue Grâce à ce qui va se passer Dans l'histoire de l'art Après C'est-à-dire Notamment l'abstraction américaine C'est-à-dire qu'il faut Passer par des choses Qui vont se passer Après Pour pouvoir voir Cette oeuvre Comme on la voit Aujourd'hui
Ou regarder Donc Ces peintures Au Palazzo Massimo Dont vous nous parliez A l'instant Le passé Le présent Vous Vous avez toujours eu Envie de sortir Du tableau Du cadre Fermé Eva Jospin De la toile Et Monet Lui-même Parlait de Grands panneaux Les nymphéas Que l'on peut voir A l'orangerie Ils font Deux mètres De haut Et vous aviez Une conversation Pendant qu'on écoutait Le disque De pommes Sur la couture Il y a quelque chose Qui vous fascinait L'une et l'autre Eva Jospin Alors racontez-nous ça
Parce que
Ce sont 22 panneaux Les nymphéas Qui sont Donc
Cousus C
'est 22
panneaux Qu'il a choisi
Parce qu'il en a peint Plus d'un d
'autres Voilà Et j'ai trouvé Très touchant Dans le livre Que vous ayez Cherché les coutures Parce que J'ai fait Parce qu'il a fallu
Les
coudre Les coudre Et puis c'est surtout En fait L'immersion N'est pas possible Parce qu'on peut pas Ça c'est vraiment Le geste du peintre Ou de l'artiste Dans son côté artisan Quand je fais Des bas-reliefs De forêt Qui peuvent être Très grands Ou quand j'ai fait Une immense broderie Qui fait 107 mètres De long Que j'avais montré A l'orangerie Mais de Versailles Pas la même Pas la même orangerie Il y a des raccords Et on veut les faire On veut les faire disparaître Pour que l'immersion Soit totale Et en même temps J'aime beaucoup L'idée Qu'on laisse tout voir Que l'artifice Est sous nos yeux Et si on veut le chercher On va le trouver Et moi C'est quelque chose Qui me touche
Vous vous l'avez fait Marie-Hélène Laffont Vous avez regardé Vous avez prêté attention A ces détails-là A cette oeuvre monumentale Où sont les coutures Oui
Oui parce que Ça dit quelque chose aussi D'une recherche Ça dit quelque chose Des tâtonnements Ça dit quelque chose De cet homme Qui a dû Essayer tel panneau Puis finalement Tel autre Écarté tel autre On sait qu'il l'avait construit Il fait construire des rails Et que ça a circulé Ça a roulé Et j'aime bien Penser à ça Vous voyez Parce qu'on a Nous l'état Achevé Mais tout ça Relève D'un long désir De tâtonnement Et aussi Vous avez dit tout à l'heure Ça donne à voir Et ce qui est très émouvant Pour moi dans les Nymphéas C'est que Cet homme donne à voir Alors que lui Il voit de moins en moins
Oui
Il va vers la cécité Et il lutte contre ça Comme si la nuit montait
Exactement C'est
ce
que vous écrivez C'est magnifique Comment ne pas penser A cette nuit intime Qui monte derrière Les paupières De Claude Monet Monte et menace Menace Le monde entier Saccagé et aboli Derrière les paupières Comme il l'est Depuis août 1914 C'est-à-dire que Monet a peint Avec cette nuit Cette nuit A la fois physique Puisqu'il avait Un trouble de la vision Il ne voyait plus bien Les couleurs Et qu'il y avait La longue nuit De la grande guerre Derrière ses paupières aussi Oui
Et Cette
Ces
strates de peinture Elles sont Habitées Pour ne pas dire Hantées
Alors
Par Aussi Par les morts Par les jeunes morts Voilà Tous ces jeunes morts Tous ceux qui Qui
Qui
ne reviendront pas Voilà C'est le C'est le texte d'Aragon Tous ceux qui n'en reviendront pas Ils sont là
Ils
flottent aussi Ils
sont là
Dans les interstices Des nymphéas
Bonsoir Marie-Christine
Bonsoir
Et bienvenue dans le téléphone Sun Sur France Inter
Merci Vous
aviez Oui vous Une expérience Dont vous vouliez Partager Partager Alors je ne sais pas L'apaisement
La
beauté
La beauté La beauté Le fait que ça soit Très nourrissant Pour moi J'ai la chance
J'ai la
chance d'avoir Deux fenêtres Qui donnent sur l'ouest Ma maison surplombe Une petite Une petite vallée Et Et j'ai En permanence Deux tableaux Qui évoluent Avec La lumière Les couchants Les saisons Quand Les arbres sont givrés Et que Le soleil de l'Est Vient juste frapper Le haut des arbres Il y a quelque chose Absolument Contemplatif Et aussi Passionnant Pour moi Avoir Ces
Ces
deux Ces deux fenêtres Sur un paysage Immuable Mais qui change tout le temps
Et
moi je suis à la même place
C
'est le paysage qui bouge Et moi je regarde Je ne
fais
que regarder
Merci
Marie-Christine Pour ce magnifique témoignage Marie-Hélène Laffont Vous même vous dites Que vous êtes née Dans le paysage Qu'est-ce que vous Répondez A l'expérience De Marie-Christine A cette expérience Sans cesse renouvelée
Oui
Alors moi J'ai la grâce D'être née Plantée dans un Grand paysage A mille mètres d'altitude Sur
une île
Voilà Dans
le Cantal
Voilà Et je suis absolument Persuadée Que le fait D'avoir commencé D'être au monde Et d'avoir ouvert D'abord les yeux Sur ces cieux-là Sur ces horizons-là A évidemment Donné Une inflexion A ma vie Mais a aussi Formé mon regard Pour le coup Formé mon regard Pour plus tard Par exemple Voir la peinture Chercher les lignes Dans la peinture Ça J'ai une intuition Très très forte Et très douce De ce côté-là D'une part Et d'autre part Ce que j'aime beaucoup Dans ce qui vient De nous être dit C'est cette idée Du recommencement Voilà C'est-à-dire que Voir et revoir Et n'en jamais Faire le tour Et aussi Dans les musées Regarder par les fenêtres Je crois que c'est Bonnard Qui disait Qu'il fallait regarder Par les fenêtres Dans les musées Et ça C'est tout à fait Formidable Eva Jospin
J
'avais laissé Toutes les fenêtres Ouvertes Dans la dernière exposition Au Grand
Palais Il y avait
un paysage Encadré À l'intérieur De l'exposition Mais je trouve Que c'est très intéressant Ce que vous racontez Sur le fait Que votre environnement Paysager Vous ait donné La possibilité De voir des oeuvres Parfois On pense aussi Dans l'histoire de l'art Que c'est exactement Le contraire C'est-à-dire que la nature Était vue Pour ce qu'elle donnait Son côté nourricier Ou les bois Pour chasser Et que ce sont Un peu les artistes Qui En représentant Une forme nouvelle Et étrange Qu'on a appelé Le paysage Qui nous ont fait Contempler la nature Justement Dans cette idée D'un tout voir D'embrasser Une composition Ou un lieu Plus vaste Depuis un point de vue Et donc C'est assez étonnant Parce qu'il y
a
Un va-et-vient Entre Le bonheur Qu'on a À observer la lumière Comme cette auditrice A pu nous le dire Sentir les paysages Et en même temps Parfois Ce sont vraiment Les artistes aussi Qui nous ont appris À les regarder Parce qu'ils les ont représentés
Et
comme vous Vous représentez Par exemple Des forêts Dans ce livre magnifique L'homme qui plantait Des arbres De Jean Giono On en parle Dans le Téléphone Sun Avec vous deux Juste après Proud Mary C'est le groupe Credence Clearwater Revival Sur France Inter
Un
paysage de rivière Et Proud Mary Sur France Inter Le Téléphone Sun Fidèle Alain Baraton Bonsoir
Bonsoir Ali Bonsoir à tous Et très heureux D'être avec vous Je prends un plaisir Immense à vous écouter
Écoutez Nous avons un plaisir Immense à vous écouter Le week-end Et le matin Sur France Inter Vous avez la charge De veiller Au jardin de Versailles L'un des plus beaux jardins Du monde Et vous avez justement Vous aussi Un rapport aux arbres Dont vous vouliez nous parler L'homme qui plantait des arbres C'est ce texte génial De Giono Magnifiquement illustré Par Eva Jospin Qu'est-ce que c'est Que planter un arbre C'est un certain rapport Au monde A la vie Alain Baraton
?
C'est la vie C'est l'avenir Dans ce merveilleux livre De Jean Giono Un livre d'ailleurs Qui est paru Dans les années 1950 A une époque Où l'on se souciait Fort peu d'ailleurs De replanter des arbres Il y avait le monde paysan Bien sûr Qui plantait des fruitiers Et des oliviers Mais l'idée De replanter des arbres Simplement pour donner vie A une région N'était pas encore Une idée Qui vraiment Était retenue Et cette idée De Jean Giono De parler De ce fameux bouffier Qui va passer Sa journée Son temps Sa vie A planter des arbres Est merveilleux J'ai une phrase En particulier Quand il dit Qu'il plante des arbres Parce qu'un pays Qui meurt Par manque d'arbres C'est merveilleux Un pays meurt Par manque d'arbres C'est toute la philosophie Du livre de Giono
Merci
Alain Baraton Merci infiniment Maître Eva Jospin C'est vrai qu'il est magnifique Ce texte de Giono Il raconte la vie De cet Elzéar Bouffier Qui plante Dans la vallée De la Durance Dans des paysages Magnifiques Mais qui plante Et qui plante Et qui plante Des arbres Qui en plante Des milliers La guerre de 14 Et ça fait un point Commun Avec Monet La guerre de 14 Il ne s'en s
'est
pas Soucié Il a continué De planter Des arbres Qu'est-ce qui vous a
Qu'est-ce qui vous a
plu Dans ce texte Et dans cette histoire-là
?
C'est un texte magnifique Que j'ai lu Il y a très longtemps Et je pense qu'au début Je n'avais pas compris Que c'était un personnage Inventé Parce qu'on a vraiment envie Des œuvres Qui vont devenir D'incroyables Classiques Qui vont sortir Du temps Justement Parce qu'en fait On ne les relie plus À une époque Ils flottent Au-dessus du temps Comme les Nymphéas Comme ce conte moderne De Jono Et au départ C'était un concours De nouvelles Pour le Rider Digest Qu'il avait remporté Et puis quand Les journalistes Du Rider Digest Ont voulu aller interviewer Ce fameux Berger Il n'existait pas Non
Cet
homme Qui plante
sa
forêt Patiemment Année après année Éloigné du fracas De la grande guerre Oui
On a
l'impression Qu'il existe
On
a l'impression Qu'il existe Et ce que je pense Que dit Je pense que Jono dit De chaud C'est Pendant qu'il y a Un chaos humain Il y a aussi Le temps de la nature Et le silence De cette nature Et puis Il y a aussi L'idée D'un refuge Dans l'imaginaire Parce qu'on aimerait Qu'il existe Mais c'est dans son C'est dans son imaginaire Qu'il a existé Et donc Il est Il est Ça devient impossible C'est-à-dire Une Est-ce que vraiment On laisserait Quelqu'un De totalement Modeste Anonyme Seul Loin du chaos Du monde Et qui pourrait Replanter Entièrement Une vallée Et du coup L'eau reviendrait Le travail reviendrait Les enfants reviendraient Parce qu'il y a des maladies Dans ce texte Quand il n
'y a
pas d'arbre
Oui bien sûr Il
se passe des choses Il
se passe des choses
terribles Les villages sont abandonnés Les gens ont des maladies Et puis tout d'un coup Tout ça devient un jardin Enchanté Donc c'est impossible
Inexplicable Avec ces êtres Avec ces chaînes C
'est l'idée Surtout Qu'il y ait Un contre-monde Possible Pendant qu'on est Dans des périodes Brutales Et violentes Et que peut-être Il y
a
un contre-monde À côté Pas loin Qui continue à pousser Qui continue à croître Et qui échappe Au désastre
Vous avez
l'air superfaite Que Alain Baraton Nous appelle L'ami Valin
Oui parce que pour moi Alain Baraton C'est complètement mythique C'est un être mythologique
C'est comme Elzé Arbouffier C'est un être
mythologique
Mais il existe réellement Contrairement
à Elzé Arbouffier Vous aussi vous avez Une passion Et une admiration Pour Giono
Immense Et j'aime énormément Ce texte Et ce que vient de dire Eva Jospin Est tout à fait juste Et ce que j'aime beaucoup Dans ce texte aussi C'est son caractère Novateur Et son caractère visionnaire Ce que Giono dit De l'eau Par exemple Ce que ce texte dit De l'eau Et de la place de l'eau Quand on l'entend Aujourd'hui
Quand on le lit En
2026 C'est stupéfiant C'est-à-dire qu'il y avait Dans ce texte-là Qui au départ En effet Pour paraître Assez annexe Dans l'oeuvre De Giono Il y a vraiment Quelque chose Qui est très essentiel Je crois Et qui court Ailleurs dans son oeuvre
Mais
qui là Se déploie D'une manière Extrêmement efficace
Eva
Jospin
Je
voudrais donner Quand même Une note d'espoir C'est qu'il y
a
Un très grand photographe Qui nous a quittés Il n
'y
a pas très longtemps Qui s'appelait Sébastien Osalgado
Extraordinaire photographe Vous l'avez reçu ici Au Brésil Il a planté Des millions d'arbres Il a planté Des milliers
d'arbres Pendant
20
ans Et l'eau est revenue Donc en fait On a toujours La possibilité De la fiction Pour échapper au réel Mais parfois Heureusement Le réel Devient une belle fiction Donc Et par un artiste Donc Elzéar Salgado Existe Voilà c
'est
ça Elzéar Salgado Existe Et il a existé Alain Baraton Est très réel Il y a cette magnifique phrase Dans le livre de Giono A propos de ce planteur d'arbres Quand on se souvenait Que tout était sorti Des mains et de l'âme De cet homme On comprenait Que les hommes Pourraient être aussi efficaces Que Dieu Dans d'autres domaines Que la destruction C'est vrai que Planter des arbres C'est être peut-être Du côté de la vie Merci infiniment En tout cas A toutes les deux D'avoir été Les invités Du Téléphone Sun Sur France Inter Marie-Hélène Lafon Nymphéa C'est donc Aux éditions Bûcher Chastel Eva Jospin Donc c'est L'homme qui plantait Des arbres Dans cette magnifique Collection La Grande Blanche Chez Gallimard Merci d'avoir été Nos invités Merci
Merci