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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 17 mai 2019 25 minComplaisantFond programmatiqueCulture, médias & sportNumériqueEurope & internationalSolidarités & famille

Frédérique Bredin : "Le souci des plateformes comme Netflix c'est qu'ils essaient de capter tous les droits"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:31OuverteRéponse directe

    Quelle histoire pour cette année sur le monde ?

  • 3:48OuverteRéponse directe

    Avez-vous intégré le choc des Gilets jaunes et Tapis rouge ?

  • 5:02OuverteRéponse directe

    Est-ce que la vieille Europe n'est pas celle qui se porte le moins bien ?

  • 6:11OuverteRéponse directe

    La France doit-elle préserver son exception culturelle face aux plateformes ?

  • 7:35OuverteRéponse directe

    Ce texte déclaratif est-il un appel à l'urgence ou une simple tribune ?

  • 8:18RelanceRéponse directe

    Le rapport Boutonna propose-t-il de lier financement et résultats ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 9:25InvitéFait
    « La France et l'Allemagne ont été pionnières en Europe à mettre une taxe sur Netflix d'abord et sur YouTube ensuite. »
  • 9:38InvitéChiffre
    « 10 millions d'euros, ce n'est pas grand-chose comme financement à côté de 140 pour les salles et de 190 pour les télés. »
  • 14:34InvitéFait
    « Le souci aujourd'hui des plateformes, c'est dans leur pratique commerciale, on voit bien, et elles essayent de garder tous les droits. »
  • 21:02InvitéFait
    « Grâce au collectif 50-50 et aux assises de la parité l'année dernière, il y a eu cette démarche incitative qui fonctionne extrêmement vite. »

Temps de parole

  • Invité25 %
  • Invité 224 %
  • Invité 320 %
  • Présentateur20 %
  • Présentateur 212 %

2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, en direct de Cannes, Nicolas Demorand. Et laissez-moi vous présenter les invités de ce 7-9 spécial. Aujourd'hui ils sont au nombre de 3+, Eva Bétan, la régionale de l'État. Thierry Frémaux, bonjour. Bonjour. Déléguée générale du Festival de Cannes, Rebecca Zlotowski, bonjour. Bonjour. Vous êtes la réalisatrice d'une fille facile qui est sélectionnée à la quinzaine des réalisateurs. Madame la Présidente, Frédéric Bredin, bonjour. Bonjour. Présidente donc du CNC, le Centre National du Cinéma et de l'Image Animée, Eva Bétan, je vous re-salue. Bonjour. Bonjour. Impératrice du cinéma à la rédaction de France Inter.

Le Festival est lancé et j'ai l'impression cette année, Thierry Frémaux, qu'il est riche mais qu'il est surtout puissant. Il n'est pas absorbé comme l'an dernier par les réflexions dépressogènes sur Netflix. Ceux qui aiment les stars, par ailleurs, seront ravis et pourront en voir de nombreuses. Bref, on est dans une période de transition, on va y venir dans quelques instants, mais jusqu'ici, 8h23, le 17 mai 2019, tout va bien.

1:10
Invité

Oui, oui, tout va bien. Tout va toujours assez bien, mais en effet, comme vous dites, il y a des commentaires qui donnent une couleur particulière et celle de cette année est très belle.

1:17
Présentateur

L'an dernier, c'était l'oraison funèbre, quasiment, pour Cannes.

1:20
Invité

Oui, mais il faut toujours repartir dans l'histoire de Cannes, il y a tout le temps des années comme ça, où quelque chose dans l'atmosphère, dans l'opinion, fait que, en effet, Cannes devient le dernier endroit où il faut être, alors que cette année, c'est le premier d'entre eux.

1:34
Présentateur

Et qu'est-ce qui s'est passé entre-temps pour qu'on passe du caveau à la gloire ?

1:38
Invité

D'abord, je crois qu'il y a des gens qui ont compris qu'ils avaient un peu abusé l'an dernier de ça et que Cannes n'est pas indestructible et que ce n'est pas non plus une institution qui ne sert à rien. Ça sert à mettre le cinéma au cœur du monde pendant deux semaines, ça sert à attirer des professionnels, ça sert à montrer les artistes, ça sert à susciter un certain désir. Et ça raconte une histoire du monde dont il faudra bien dire et redire qu'elle est nécessaire, le cinéma comme l'art en général.

2:06
Présentateur

Quelle histoire pour cette année sur le monde ? Parce que vous n'êtes pas ministre des Affaires étrangères, mais la sélection que vous proposez est aussi une photographie du cinéma mondial. Quel pays vous semble aujourd'hui, cette année, particulièrement fécond, intéressant à regarder ?

2:20
Invité

Je ne dis pas ça parce que c'était justement l'un des premiers films de la compétition, mais le Brésil, paradoxalement, alors qu'il vient, je crois, d'avoir une loi qui va les empêcher, qui va empêcher les jeunes auteurs de pouvoir se financer, mais le Brésil est un pays qui présente plusieurs films. Ici, l'Amérique latine en général, et on a un président du jury latino-américain, mexicain, l'Amérique latine en général est un territoire assez... Et sinon, nous avons toujours un Roumain en compétition, extraordinaire émergence spontanée d'une génération depuis la Palme d'Or de Christian Mounjou, et du côté de la Corée aussi, et puis la France.

La zone Israël-Liban-Palestine, par exemple, on fait du cinéma partout, et maintenant une nouvelle génération africaine, à l'intérieur de laquelle, Afrique du Nord, Afrique Noire, Afrique de l'Est, Afrique du Sud, à l'intérieur de laquelle, d'ailleurs, parce que j'imagine que c'est un sujet qui sera abordé, les réalisatrices sont plus nombreuses que les réalisateurs.

3:25
Présentateur

Alors, avant de faire circuler la parole et de la partager surtout avec Eva, une dernière question. Vous le disiez pour le Brésil, le cinéma n'est pas hors sol, il intervient dans des contextes politiques et sociaux particuliers. En France, depuis des mois dure le mouvement des Gilets jaunes, tout le monde a dit qu'il était inédit, tout le monde en avait sans doute sous-estimé l'ampleur et la profondeur. Avez-vous intégré le choc de ces deux mondes, pour le dire vite, Thierry Frémaux, Gilets jaunes et Tapis rouge, ou est-ce que c'est impossible ?

3:55
Invité

Mais non, comme vous, comme des gens qui interviennent dans la sphère publique, on baigne dans cette atmosphère, en particulier dans ce pays, depuis quelques mois. Mais Cannes a toujours été comme ça, c'est aussi pour ça qu'on est en contact avec les Gilets jaunes à l'ouverture. Certains nous ont évoqué l'idée de pouvoir parler ou de pouvoir... Et quand on montre les films de Ken Loach ou le film de La Djilie, Les Misérables, ou Jim Jarmouge qui arrive en disant « Je viens de la République indépendante de New York », les gens savent que le festival de Cannes, parce qu'il n'est que la voix des artistes, n'est pas hostile à, encore une fois, une appréhension du monde qui n'est pas...

Parce qu'on pourrait dire que c'est la voix des élites. Oui, oui, on peut dire ça, on peut dire aussi « Vous vous habillez en smoking pour aller voir la misère du monde sur l'écran », mais oui, mais ça c'est parfaitement... On s'habille d'abord pour aller voir des œuvres d'art, premièrement, et puis deuxièmement, en effet, le film de Ken Loach qui a été présent en compétition hier soir en dit plus sur la société que nombre de battements de bras. Eva Bétan ?

4:59
Présentateur

Vous parlez des pays où ça bouge, effectivement. Est-ce que la, entre guillemets, vieille Europe n'est pas celle qui se porte le moins bien ? On a des pays qui sont quasiment identifiés avec une ou deux personnes. L'Angleterre, Ken Loach, l'Espagne, il y a le mot d'Ovar, l'Allemagne, il n'y a rien. Est-ce qu'aujourd'hui, ce n'est pas là où, finalement, il y a de plus de difficultés de faire du film, pour un tas de raisons que vous nous expliquerez peut-être ?

5:22
Invité

Oui, avec la France, comme Milo, toujours protégé et assez béni, mais absolument. Et autrefois, les sélections, les compétitions de Ken dans les années 60-70, c'était les pays de l'Est, par exemple, qui, à part la Roumanie, ont quasiment disparu des écrans. Il y a évidemment, comme vous le dites, des individualités, comme Bergman incarnait le cinéma suédois, alors qu'il y avait autour de lui d'autres cinéastes. Mais en effet, l'Europe, et au sens même, puisqu'on achève le festival la veille des élections européennes, l'Europe comme communauté de pays, oui, doit s'interroger sur la façon dont elle peut continuer à exister, par la manière dont elle se raconte par le cinéma.

6:04
Présentateur

Mais aussi par la manière dont il y a des systèmes de financement ou pas des systèmes de financement. Le cinéma ne n'est pas de rien. Et ça, ça concerne aussi Frédéric Bredin. Frédéric Bredin, oui, puisque comme président du CNC, vous financez le cinéma français, ça on le sait. Mais pas seulement. Une très grosse tribune publiée hier dans Le Monde, qui regroupe des cinéastes de la planète entière, demande à ce que l'exception culturelle française, les types de financement que la France met en place soient absolument préservés aujourd'hui, Frédéric Bredin ?

6:40
Invité

Oui, c'est un appel des cinéastes qui est très fort et très symbolique. C'est-à-dire que lorsque l'on parle de l'exception culturelle française, cela évoque beaucoup de choses dans le monde entier, puisque, je dirais, historiquement, la France a toujours accueilli les cinéastes du monde entier. Et les finances, notamment ceux qui ne peuvent pas, pour des raisons économiques ou des raisons politiques, faire leurs films dans leur pays. Cette année, à Cannes, il y a 16 films qui sont des films étrangers, qui ont été aidés par la France, dont certains...

Il y a une cinéaste afghane, il y a un cinéaste algérien, un cinéaste du Guatemala aussi, qui parle de guerre, qui parle de situation économique et sociale terrible dans leur pays. Et ces films-là, c'est ce que disent les cinéastes dans leur appel, n'auraient pas pu se faire sans la France. Et donc, pour eux, la France est devenue un petit peu un point central du cinéma d'auteur du monde entier.

7:35
Présentateur

C'est un texte déclaratif, on peut le lire sur le site du Monde, c'est un texte déclaratif ou il y a vraiment le feu au lac, aujourd'hui ?

7:42
Invité

Il y a l'inquiétude de voir, évidemment, avec aussi les élections européennes, ce qui peut se passer en Europe. Il y a l'arrivée des plateformes qui, forcément, chamboulent l'ensemble du système audiovisuel et cinématographique. Et donc, il y a cette volonté qui est ce point d'ancrage, ce point de référence que représente la France, qui se bat pour cette exception culturelle depuis des années et des années. Oui, mais ça manifeste aussi une inquiétude.

8:06
Présentateur

Ils pourraient juste chanter les louanges de la France, ils disent, attention, les plateformes, c'est une chose, mais est-ce qu'il n'y a pas aussi des menaces qui seraient dans une sorte d'aller vers plus de libéralisme, je dirais, dans notre système de financement ? Par exemple, c'est un peu technique, mais il y a un rapport qui a été donné récemment, le rapport Boutonna, qui semblerait, ce que dit la profession, vous allez me dire si c'est vrai ou pas, lier le fait que les télévisions participent au financement du cinéma, jusque-là, c'est déconnecter des résultats. Est-ce qu'il y aurait l'idée que maintenant, il vaut mieux que vos films gagnent de l'argent ? Frédéric Bredin.

8:38
Invité

Non, le rapport de Dominique Boutonna, il dit qu'à côté du financement des projets, des œuvres qui existent aujourd'hui, il faut aider davantage les entreprises à se structurer. Donc c'est plutôt un rapport, je veux dire, qui est très positif pour le cinéma français, parce que cela signifie de trouver des fonds, des fonds privés, pour aider davantage les entreprises à se structurer et à affronter la concurrence mondiale.

9:01
Présentateur

Donc il n'y a pas l'idée de vous devez faire plus de résultats.

9:05
Invité

Ce serait mieux que vous fassiez plus de chiffres. Forcément, je veux dire, à partir du moment où vous dites investissement privé, les investisseurs privés vont regarder également la rentabilité des films. Et ça, c'est quelque chose de... Et ce n'est pas un gros mot, à part ça. Ce n'est pas un gros mot. Mais c'est quelque chose de fort. Non, ce qu'ils souhaitent aussi, ce qu'ils disent dans leur appel, c'est la régulation des plateformes numériques. C'est l'enjeu. Aujourd'hui, on a réussi déjà, et la France et l'Allemagne ont été pionnières en Europe, à mettre une taxe sur Netflix d'abord et sur YouTube ensuite. Ça, ça a été le premier pas très important.

Mais demain, il faut aller plus loin. 10 millions d'euros, ce n'est pas grand-chose comme financement à côté de 140 pour les salles et de 190 pour les télés. Ces taxes, j'insiste, n'existaient pas dans aucun pays d'Europe. Et la France et l'Allemagne ont été les premières à le faire. Et maintenant, on peut tout à fait augmenter ces taxes pour, à la limite, rééquilibrer davantage entre les acteurs historiques, les chaînes de télévision et les plateformes.

9:58
Présentateur

Rebecca Zlotowski, pour faire vos films, est-ce que c'est une guerre de tranchées ? Est-ce que vous sentez toutes les difficultés qu'on est en train d'énumérer, de financement, de la concurrence des plateformes, tous ces points-là ? Comment vous le vivez de votre côté de la caméra ?

10:14
Invité

Évidemment que c'est des difficultés. C'est sauvage de fabriquer des films. Vraiment ? Bien sûr, ça doit le rester. C'est un peu de sport. Il faut aimer le sport. Je reviens sur le mot de rentabilité. Bien sûr, ce n'est pas un gros mot, mais il est polysémique. Qu'est-ce que ça signifie, un film rentable ? Je renvoie à une tribune des réalisateurs, la société des réalisateurs de films. Moi, je ne pouvais pas faire partie de ce symposium. Déjà, il y a de la pensée collective, là, maintenant, on doit s'y coller, qui revient sur ce mot-là. Alors, est-ce qu'un film rentable, c'est un film qui rapporte de l'argent ou est-ce que c'est un film qui nous rétribue symboliquement ?

Est-ce que c'est un film qui nous fait rayonner symboliquement, qui recrée de la pensée, qui redonne ? C'est pour ça qu'il y a un peu d'urgence et puis il y a un peu d'urgence à, d'un côté, défendre un système qui est ultra vertueux, parce que vous, vous êtes directrice du président du CNC, c'est quand même un système génial qui nous permet, il faut rappeler quand même aux gens qui nous écoutent, ce n'est pas de l'argent qui donne, ce n'est pas des subventions pour des artistes, c'est leur ticket de cinéma qui nous permet de financer les films les plus fragiles.

11:06
Présentateur

Voilà, et si Avenger est un carton, il y a plus d'argent pour tous les autres films.

11:11
Invité

Pour Justi Trié, pour Rebecca Zloutowski, pour Céline Sciamma, pour des films plus fragiles. Et ce que je veux dire, c'est que, c'est la même manière que comme je suis français,

11:16
Présentateur

c'est génial comme système.

11:17
Invité

Mais c'est génial ! C'est comme naître en France en se disant, on a une carte vitale. Bon, moi, ça me rend moins malade d'un coup de savoir que si je tombe malade, je suis en meilleure santé de savoir que je peux tomber malade. De la même manière, je suis en meilleure santé physique, créative, de savoir qu'on peut être un art et une industrie, c'est-à-dire ne pas faire d'entrée, ne pas être rentable, mais rentable sur un autre registre.

11:34
Présentateur

Et vous, vous avez déjà été approchée Rebecca Zloutowski par Netflix ?

11:39
Invité

J'en imagine un manteau, comme ça. Oui, oui, oui. Sur un pont. Oui, la réponse est oui, sur un pont public. Qu'est-ce qu'ils vous en dit ? Je trouve que c'est important d'avoir... Voilà, il n'y a pas un ancien, un nouveau monde.

11:50
Présentateur

Mais ils viennent vous voir, ils vous disent quoi ? Ah oui. Ils vous disent quoi ?

11:53
Invité

Ils proposent... D'abord, ils lisent un scénario, ils essayent de nous rencontrer. Je pense qu'il faut être honnête, il y a un moment de séduction mutuelle en ce moment. C'est-à-dire qu'il y a l'idée que le cinéma... En tous les cas, moi, je représente un cinéma d'auteur qui n'est pas forcément commercial. Donc, il faut imaginer...

12:09
Présentateur

Quel intérêt pour eux ?

12:11
Invité

Je pense que c'est un contenu culturel. Je ne sais pas, mais en tant que tététérise... C'est...

12:14
Présentateur

Comment dire ? On finance une métaphysique, un supplément d'âme en vous achetant, entre guillemets. Mais il est toujours

12:20
Invité

dans l'histoire de l'art, dans l'histoire de la peinture, dans l'histoire de... Mais là, c'est intéressant parce que c'est contre-intuitif. Non, pas forcément. Alors, dites-moi, expliquez-moi. Je pense qu'il y a une intelligence globale de ces plateformes, qui est une intelligence, évidemment, sans doute, à vocation commerciale, davantage, qui est de représenter un maximum, de produire des contenus qui plaisent à tous les publics. Les publics sont divers et c'est les premiers à avoir compris, ce qui est un petit peu la raison pour laquelle on se bat d'un autre côté. Là, je parlais de la protection d'un paradigme qui marche, qui est celui vertueux du CNC.

Et de l'autre côté, l'ouverture à quelque chose d'autre parce qu'il y a une urgence économique à ça. Ces plateformes, elles ont compris qu'on allait chercher un cinéma queer, un cinéma lesbien, un cinéma d'auteur, un cinéma commercial. Alors, évidemment, ça fout le bourdon quand c'est dit comme ça et ce n'est pas ma manière de voir les choses. C'est pour ça que le cinéma doit garder une pensée d'ouverture sur ces cinémas-là. Donc, concrètement, ils sont, je pense, intéressés à produire du contenu. Moi, je suis spectatrice de Netflix mais je suis aussi une grande cinéphile qui va en salle et je suis aussi une grande consommatrice de SVOD.

13:11
Présentateur

Il y a une petite différence importante par rapport à n'importe qui d'autre qui vous apporterait d'argent, c'est la politique du coffre-fort. C'est-à-dire, vous produisez pour Netflix et s'ils veulent que jamais ce soit dans une salle, ce ne sera jamais dans une salle. C'est quand même extrêmement différent. Je crois que les frères Cohen, peut-être que Thierry Frébault pour en dire quelque chose, ils sont un peu mortifiés de voir que leur film, il n'a quasiment pas existé, même médiatiquement. Donc, oui, vous l'avez vu parce que vous avez Netflix. Mais produire pour un coffre-fort, c'est-à-dire que c'est très égoïste faire du cinéma.

13:40
Invité

Ça me fait plaisir et ça rire dans le coffre. Ah, mais non, Eva, parce que ce n'est pas un coffre-fort puisque on est sur une... Attendez, Internet, ce n'est pas un coffre-fort, ce n'est pas fermé. pour aller en salle aussi. Attendez, je me fais l'avocat du diable aussi parce que moi, on est typiquement la génération qui est entre deux chaises. Je suis en 1980, mais c'est fini, elle vient du vidéoclub. Moi, j'ai commencé à avoir des films aussi sur mon ordinateur portable, sur mon téléphone portable. Je n'ai aucune fétichisation de la salle et pourtant, je sais que j'ai besoin qu'elle existe.

Donc, c'est un petit peu comme il faut défendre l'un et aimer l'autre, c'est-à-dire se dire comment on peut sortir victorieux de ce système-là. Moi, la chose qui disparaît avec Netflix, et c'est la raison pour laquelle je n'ai pas fait ce film avec eux, c'était parce que ça faisait disparaître le producteur. Et d'une certaine manière, la disparition de mon producteur, je ne pouvais pas la tolérer. J'ai besoin de cette conversation, j'ai besoin de cette collaboration, j'ai besoin de rendre collectif quelque chose, d'avoir un visage sur des décisions et pas un call avec des gens qui donnent des avis, même si ça peut être intéressant.

14:33
Présentateur

Frédéric Baudin, vous vouliez dire un mot ?

14:34
Invité

Oui, c'est le souci aujourd'hui des plateformes, c'est dans leur pratique commerciale, on voit bien, et elles essayent de garder tous les droits. Il y a un problème autour des droits d'auteur, il y a un problème même autour des droits des producteurs puisqu'ils veulent capter les droits le plus longtemps possible et pour le plus possible de territoire. Donc c'est la fonction même des métiers, leur indépendance, auteur, réalisateur, producteur qui peut être en cause.

Et dans la directive des médias qui vient d'être adoptée par l'Europe, il y a quand même des progrès tout à fait importants et toutes les plateformes vont être obligées d'avoir 30% dans leur catalogue d'oeuvres européennes, d'oeuvres françaises. Donc ça participe aussi de ce désir d'avoir des oeuvres locales. C'est que ça va être également une obligation. Et je voudrais ajouter sur Romain parce que moi c'est une des choses qui m'a frappée. Romain sur Netflix et c'est quand même triste pour l'oeuvre Romain n'a pas du tout été un succès. Alors que quand on regarde ce qu'a pu permettre la palme d'or de Cannes avec le film de Coréida, ça a été 800 000 spectateurs.

Comment c'est que ce n'est pas un succès puisqu'il n'y a pas de neutralité, il n'y a pas de transparence des chiffres ? C'est ça qui manque ? Il y a des sondages Oui, mais il y a des sondages qui permettent de savoir ce que les Français ont vu sur les plateformes.

15:44
Présentateur

Avant de donner la parole à Eva Bétan, je voudrais juste Rebecca Zlotowski que vous précisiez. Je vais citer les propos d'une de vos interviews sur Netflix. Vous l'avez dit en quelques mots mais expliquez-le plus précisément. On leur abandonne les seules représentations d'un cinéma queer, féminin ou des diversités. Où trouve-t-on les gens en surpoids, les noirs, les transidentitaires ? Sinon sur Netflix. C'était ça vos propos. Je vous les cite. Je vous les remets en tête. Comment l'expliquer ça ? C'est parce qu'il y a une sur-segmentation du marché. On considère les téléspectateurs de Netflix comme un certain nombre de niches à adresser. Mais du coup, ça a une vertu aussi, non ?

16:23
Invité

Oui, une vertu paradoxale mais qui est vraiment qui n'est pas mon... Vous êtes contents, vous avez eu le mot. On passe à autre chose. Non, mais je pense qu'il y a des acteurs typiquement, moi qui suis folle de séries américaines aussi, je pense que James Gandolfini, cet acteur-là, même avant Rosenbach d'une certaine manière, la représentation de physique qui n'existait pas en fait dans l'imaginaire, dans l'imagerie hollywoodienne et qui arrive en fait à un moment à l'existence qui nous arrive à nous, c'est parce qu'on s'est rendu compte...

16:49
Présentateur

Le soprano.

16:49
Invité

Oui, le soprano bien sûr. C'est qu'on se rend compte qu'il y a un public qui s'identifie. C'est la question identificatoire du cinéma qui fait qu'à un moment, si on ne représente pas... Et je rejoins la question des gilets jaunes et du tapis rouge. Si on ne ressemble pas et on ne regarde pas, si on ne se regarde pas, si on ne se regarde plus, on n'a plus de place en fait dans les salles.

17:07
Présentateur

Et va détendre. Thierry Frémo, déjà, est-ce que c'est vrai ou est-ce que c'est une rumeur que Roma, vous étiez prêt à le prendre à Cannes et le film était prêt, donc financé, ils n'avaient pas besoin de l'argent de Netflix et ils ont craqué devant un gros chèque ?

17:20
Invité

Oui, d'abord, le film n'est pas du tout produit par Netflix et en effet, moi, quand je l'ai sélectionné en compétition, c'était très, très... en amont des polémiques qui a eu ensuite et qui fait que le festival de Cannes avait décidé de ne pas mettre en compétition des films qui ne sortaient pas en salle sur le territoire français. Non, mais je parle d'avant

17:38
Présentateur

qu'ils soient achetés par Netflix. Ils ont craqué devant le chèque.

17:41
Invité

Et donc, lui, il avait son film qui était sélectionné à Cannes. Il l'avait produit tout seul et donc, il fallait qu'il retrouve son investissement et en effet, l'offre la plus forte a été faite par Netflix. Donc, ce n'est pas qu'il y a succombé, c'est qu'il a aussi testé cette offre-là. Ce serait intéressant de lui en parler comme en effet, il serait intéressant de parler au frère Cohen ou à Bong Joon-ho, le cinéaste coréen qui était venu à Cannes avec un film Netflix et qui est retourné, disons, dans un processus de production traditionnel.

18:06
Présentateur

Quatre films réalisés par des femmes sont en compétition pour La Palme sur 21 films en tout. L'année dernière, il y en avait trois. On avance donc doucement. Rebecca Zlotowski, est-ce qu'un festival comme Cannes peut en faire plus ou est-ce qu'il est aussi tributaire de ce qu'est le monde du cinéma à un instant T ou sauf à procéder par quota, ça ressemble à ça.

18:31
Invité

C'est drôle parce que j'allais vous dire depuis qu'il y a Netflix, ce qui est génial, c'est qu'on ne parle que de cinéma et ce qui est beau, c'est de re-questionner systématiquement son outil. Avant, on me parlait du fait que j'étais une femme, maintenant on me demande si je veux faire des films avec Netflix. J'adore parler de cinéma et pour ça, merci. Ensuite, j'adore aussi l'idée de défendre un monde dans lequel ce sera plus inclusif. Je ne parle pas uniquement des femmes, sauf que je suis porte-parole aujourd'hui du collectif 50-50 qu'on a confondé avec toute une bande mixte d'hommes et de femmes d'industrie du cinéma, plus de 1500.

Et on se dit, bien sûr qu'il y a quelque chose de vertuée qui est montré, mais c'est Thierry qui peut en parler mieux que moi, c'est que plus il y a de femmes qui soumettent des films, plus il y a des premiers films qui sont soumis, plus il y a de premiers films qui viennent de la diversité et de la mixité sociale, plus ils se sont sélectionnés, on s'est rendu compte de ça. Mais ça passe par tout un système, ce n'est pas immédiat, ça passe par une transparence des comités de sélection parce qu'à un moment, il faut aussi comprendre qu'il y a de l'arbitraire dans ces sélections-là.

Il y a de l'arbitraire et c'est bien, c'est sain, mais pour que cet arbitraire soit un petit peu inclusif, il faut que le comité soit un petit peu plus représentatif et c'est ce qui s'est passé.

19:36
Présentateur

Eva ? Alors, une de vos idées, des idées de ce collectif, c'est une chose qui a été lancée par l'actrice française McDormand et qui est la clause d'inclusion que vous voudriez voir adaptée en France, d'après ce que j'ai compris. Expliquez-nous ce que c'est, la clause d'inclusion.

19:52
Invité

Rebecca Zlotowski. C'est une clause qui est américaine, qui n'existe pas encore en France. Voilà, tout à fait. Comment elle existe aux Etats-Unis ? C'est un article que des réalisateurs, des actrices, des réalisatrices peuvent inclure dans leur contrat pour expliquer qu'il y a tout un type de demandes pour inclure davantage, pour utiliser, faire le vie en fait avec leur pouvoir pour qu'il y ait davantage de représentativité des diversités dans le film à tous les postes. C'est-à-dire,

20:15
Présentateur

je suis bankable et j'ai dit, je le fais le film que si tel chef opérateur

20:19
Invité

peut venir ou telle actrice ou être payée à égal, d'accord, de manière égale avec cette costard qui vient de la diversité. Donc ça, c'est des... Bon, il y a tout un tas de... Il faut voir avec des juristes et la différence avec l'inclusion rider telle qu'on aimerait le faire en France, c'est qu'il y a des sanctions aux Etats-Unis. C'est que si on ne le fait pas, il est convenu qu'il y aurait des sanctions. Je pense qu'en France, nous, notre système, notre levier, c'est de travailler davantage en incitation qu'en sanctions. Oui, mais en plus,

20:44
Présentateur

le droit français ne permet pas de... On ne peut pas... Il n'y a pas de classement ethnique ou de classement ou quoi que ce soit. Donc, ce n'est pas évident de l'adapter au droit français. Il faudrait que ce soit de la bonne volonté. Absolument. Frédéric Bredin, Thierry Frémaux.

20:57
Invité

Pour la parité, en tous les cas, grâce au collectif 50-50 et aux assises de la parité l'année dernière, il y a eu cette démarche incitative qui fonctionne extrêmement vite puisqu'il s'agit d'un effet de levier économique. C'est-à-dire que sur une idée des assises de la parité, du collectif 50-50, on a institué un bonus pour lorsque les équipes de tournage étaient vraiment mixtes sur un certain nombre de postes clés qui sont vitaux dans un tournage. Donc, aujourd'hui, déjà, depuis le début de l'année, on voit qu'il y a un tiers des films qui sont en tournage qui ont demandé ce bonus. Ça veut dire que les équipes de tournage sont mixtes. Donc, l'effet de levier, il est immédiat.

Thierry Frémeau, sur ces sujets, un mot ? Oui, le festival de Cannes est toujours au cœur de ces discussions. Moi, j'aimerais bien qu'on ne parle pas de ça qu'une fois par an et à Cannes, mais dès le mois de janvier ou dès le mois de septembre, juste après Cannes, toute l'année.

21:51
Présentateur

Eva Bétan. Je vais avoir l'air d'être vraiment celle qui fait la douche froide chaque fois, mais quand on regarde les chiffres, ce sont les chiffres du CNC. Par exemple, vous avez fait une étude sur les femmes dans le cinéma. Et on voit que quand un distributeur sort un film qui est réalisé par une femme, il dépense environ 400 000 euros pour faire la publicité, la promotion des équipes en province, etc. Et pour un homme, 600 000. Donc, ça, c'est la réalité. C'est-à-dire que ça veut dire que les changements, ils doivent être tout le temps partout, à tous les points. Ils sont sur le temps long.

22:21
Invité

Ils sont sur le temps long. C'est ce que disait Rebecca. Je veux dire, c'est tout un système, des stéréotypes à bouger. l'importance des effets incitatifs et considérables à l'AFEMIS. Aujourd'hui, il y a 50% d'élèves qui sont des femmes. Si vous regardez le premier collège à l'avance sur E7 qui récompense les premiers films. Il y a encore une uniformité sociale sur laquelle il faut lutter. Voilà. Il y a aussi plus de femmes. Je pense qu'il y a une nouvelle génération qui est en train de venir au cinéma. Non, mais l'affiche du Festival du Cannes c'est Agnès Varda. Quand elle a commencé le cinéma à la Pointe Courte en 1953, elle était seule.

En tout cas, elle n'était au pluriel pas très nombreuse. Et aujourd'hui, il y a de plus en plus de réalisatrices dans le monde et donc il y a de plus en plus de réalisatrices dans les festivals.

23:06
Présentateur

Si je vous dis Alain Delon, Rebecca Zlotowski ?

23:09
Invité

Mélodie en sous-sol, immense acteur et quelques interviews un peu foireuses.

23:12
Présentateur

Et vous, Thierry Frémaux ? Pareil. Et vous, plus en présence de votre avocat et vous Frédéric Bredin ?

23:20
Invité

Un immense acteur et je me souviens immédiatement des films de Visconti.

23:24
Présentateur

Rebecca Zlotowski ?

23:25
Invité

Mais quitte à mettre les pieds dans le plat, juste moi ma position là-dessus c'est en vrai, il y a des hommes, il y a des artistes, chaque vie est un misérable petit tas de secret comme disait l'autre. Juste une chose, c'est parfois pour protéger les artistes il ne faut pas honorer les hommes. Ça maintenant, si les décideurs des institutions culturelles anticipent cette chose-là parce que ces polémiques il faut comprendre d'où elles viennent et c'est des polémiques qui sont initiées d'abord par ceux qui les subissent aussi un peu.

23:46
Présentateur

Il y a une question de moralisme qui arrive de l'autre côté de l'Atlantique.

23:50
Invité

Oui, il y a une grosse question. D'ailleurs, les attaques contre Alain Delon viennent de l'Amérique par des gens qui l'accusent d'antisémitisme et qui n'ont vraisemblablement pas vu M. Klein, qui l'accusent d'homophobie et qui ne connaissent sans doute pas son histoire personnelle, qui l'accusent d'être un homme de droite ou d'extrême droite et qui ne savent sans doute pas qu'il était ami avec un cinéaste communiste chassé par McCarthy dans les années 50. Donc, il faudrait voir revenir un petit peu plus d'érudition, de compréhension et ne pas, là encore, se servir de ce qui fait média, de ce qui fait actualité pour défendre des combats par ailleurs légitimes.

Mais Alain Delon n'a pas à être jugé pour autre chose que ce pourquoi nous le remettons. Cette palme d'ordre d'honneur, c'est-à-dire sa carrière d'acteur.

24:33
Présentateur

Merci à tous les trois et quatre. Merci Thierry Frémaux, merci Frédéric Bredin, merci Rebecca Zlotowski d'avoir été au micro d'Inter ce matin et un immense merci évidemment à Eva Bétan.