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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 6 juillet 2026 10 min

Rencontres de la Photographie d’Arles : décentrons le regard

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

C'est le plus grand festival international de photographie, à une époque où les images saturent pourtant la mémoire de nos smartphones sur lesquels on scrolle avant même parfois de les effacer. Arles, 175 000 visiteurs l'an dernier, c'était un record. La 57e édition des Rencontres de la Photographie démarre aujourd'hui et jusqu'au 4 octobre sous le titre assez ambitieux, des mondes à relire. Il est question cette année des indépendances africaines et de la question du vivant. Et on est très heureux d'accueillir depuis Arles son directeur Christophe Wisner. Bonjour à vous.

0:42
Invité

Bonjour, bonjour à tous les auditeurs et auditrices.

0:45
Présentateur

Six ans déjà que vous êtes aux commandes. Elle a un goût particulier cette 57e édition ?

0:52
Invité

Oui, elle a le goût de la découverte mais aussi du questionnement. elle a le goût de la possibilité de relire l'histoire et peut-être de se poser des questions. Et notamment, vous le disiez vous-même tout à l'heure, d'aller sur le continent africain, de voir le rôle que la photographie a joué, notamment au moment des indépendances et comment la photographie a participé à l'écriture d'une histoire pour des nations qui étaient libres du joug colonial et je pense notamment à l'exposition sur le Ghana dont la commissaire Damaris Samao a fait un travail de recherche sur plus de 5 ans. Et c'est ce qui fait aussi, je pense, la richesse de ce genre d'exposition.

1:44
Présentateur

Ceux qui étaient là à votre arrivée en 2020 se souviennent que vous vouliez un festival ouvert sur le féminisme, sur l'histoire postcoloniale et sur l'écologie. Je me trompe ou cette fois, on est en plein dedans ?

1:54
Invité

Non, cette année, on est vraiment en plein dedans, absolument.

1:59
Présentateur

Alors, concernant les femmes, il y en a deux qui avaient été très peu exposées en France et qui sont à l'honneur. Parlons de Martine Barra qui est une Française, on peut dire son âge, 93 ans, qui a beaucoup photographié le quartier de la Goutte d'Or à Paris, New York, le Bronx, Harlem, dans les années 70. En quoi Martine Barra et son œuvre sont-elles féministes ?

2:23
Invité

Alors, Martine Barra est une... Je dirais qu'elle est féministe dans sa posture et dans son attitude, par son indépendance, par l'acuité de son regard, par la place qu'elle donne en fait à l'individu, qu'elle donne aux femmes, aux hommes, à tous les gens qu'elle rencontre. C'est quelqu'un qui a une empathie incroyable pour toutes les personnes qu'elle a photographiées tout au long de sa vie. Et je dirais par sa posture à exister et à faire exister les autres, elle est pour moi très féministe.

2:56
Présentateur

Et féministe égale empathique. Il y a quelques hommes qui nous écoutent qui vont adorer. Si, sans commentaire manifestement. Une autre femme qui est exposée cette fois pour la première fois en Europe, c'est Ming Smith, artiste américaine. Le commissaire des Idérosiers parle de pionnière. Il dit qu'elle photographie la vie noire américaine et qu'elle photographie moins la réalité qu'elle n'en capte le souffle intérieur. Est-ce que vous voulez m'expliquer ça ?

3:26
Invité

Oui, je crois que Ming Smith, c'est quelqu'un qui est aussi très proche du monde musical, très proche notamment du jazz. Et quand on voit ces images, quand on voit les images de Ming Smith, on rentre tout de suite dans un univers qui est très poétique et qui est presque une sorte de transcendance de la réalité. Les images sont l'essence de ce qu'une image peut donner. Quand elle photographie par exemple le grand Jazzman Sun Ra, on a l'impression qu'il est quasiment en lévitation avec sa cape dorée qui flotte autour de lui. Et on a vraiment l'impression presque d'entendre les sons de Sun Ra. Et c'est ça qui est vraiment très particulier dans les photographies de Ming Smith.

4:15
Présentateur

Sun Ra, Coltrane aussi j'ai vu ?

4:17
Invité

Absolument, tout à fait.

4:20
Présentateur

La chaleur d'Arlem et donc ça c'est Ming Smith. Arles, je le disais, a 57 ans, mais la photo faite cette année c'est 200 ans. Donc 1826-2026. C'est cette date qui est considérée comme le tout début de la photo. C'est quoi exactement 1826 ?

4:38
Invité

Alors 1826 c'est la découverte... Alors on n'est pas complètement sûr si c'est 1826 ou 1827. C'est la raison pour laquelle le bicentenaire de la photographie va être célébré de septembre 26 à septembre 27. C'est la découverte par René Sefford-Nieps d'un procédé de reproduction photographique. C'est la première image, c'est la première fois en fait qu'une image est fixée sur un support. Donc ça correspond vraiment à la possibilité de fixer le présent sur une image, sur un support qu'on va pouvoir transporter, qu'on va pouvoir montrer. Dans ce cadre-là, nous on a deux événements. On en a un qui relie l'histoire de la photographie, de la représentation animalière.

C'est modèle animal, 200 ans de photographie avec Nathalie Herschdorfer. Et vous verrez à quel point l'animal, le monde animal en fait, a toujours été aux côtés de l'humain. C'est ce que dit Emmanuel Kochia, on a souvent pensé que c'était deux mondes séparés, mais en fait ils sont ensemble et là on ira donc des premières images de photos d'animaux puisque dès que la photographie existe, il y a des reproductions d'animaux jusqu'à aujourd'hui en fait.

5:52
Présentateur

Alors la figure tutélaire cette année, c'est William Klein qui aurait eu 100 ans, qui est mort en 2022, qui était contemporain des débuts de la télé, dont il craignait manifestement les dérives. Et quand je disais tout à l'heure que la photo s'est banalisée avec les smartphones, avec les réseaux sociaux, je me demandais, et là on redécouvre son engagement politique assez radical, très critique sur les médias de masse, le regard qu'il aurait selon vous, et donc le regard que vous avez vous-même, sur cette photo, cette pratique photo banalisée par les smartphones et par les réseaux sociaux.

6:29
Invité

Oui, c'est très intéressant parce que c'est vrai que l'exposition est vraiment construite autour de ce regard critique qu'il a développé dès les années 50 en fait, et notamment par rapport à son pays d'origine qui était les Etats-Unis, même s'il a vécu après une très grande partie de sa vie en France. Ça serait très très intéressant de voir ce qu'il penserait de cette invasion d'images puisque finalement l'exposition est presque comme une sorte de regard prémonitoire finalement sur l'invasion de l'image dans notre vie. J'invite en tout cas, je pense que beaucoup de visiteurs en fait seront vraiment surpris par l'acuité qu'il avait déjà à l'époque sur le développement de notre monde moderne.

7:13
Présentateur

En même temps, il y a une espèce de paradoxe dans cette pratique totalement banalisée de la photo mais aussi de plus en plus exposée et avec de plus en plus d'appétit du public. Comment vous observez ce paradoxe ? Ça ne dissuade pas les smartphones et les photos vite faites, ne dissuade pas, Dieu merci, le public d'aller voir des expos photo. C'est une affaire de pro ou d'amateur finalement la photo ?

7:40
Invité

C'est les deux en fait, c'est exactement ça puisque d'ailleurs cette première semaine d'ouverture accueille les professionnels mais accueille aussi tout amateur qui désire déjà venir découvrir le festival. Et la photographie fait partie en fait de notre univers quotidien certes mais tout le monde n'est pas forcément artiste comme toute peinture n'est pas forcément une peinture d'un artiste et je pense qu'en photographie c'est la même chose. Vous parliez tout à l'heure de Ming Smith et vous parliez de ce souffle qui sort de ces photos.

Tout le monde ne réalise pas des photos comme Ming Smith et tout le monde ne fait pas la même chose que William Klein a fait en déconstruisant finalement notre réel et en le mettant en abîme.

8:19
Présentateur

Juste un tout petit mot très pratique sur la chaleur parce que la dernière semaine de juin lors de la grosse canicule vous savez sans doute qu'un certain nombre de musées parisiens notamment ont fermé plus tôt au Louvre c'était à 16h les conditions de visite et de travail devenaient trop difficiles. Comment vous allez gérer ça à Arles alors qu'une nouvelle séquence caniculaire s'ouvre ?

8:40
Invité

Alors je dirais que pour le moment en fait on est moins touché déjà à Arles il fait toujours chaud alors c'est quand même pas une nouveauté et quand il fait 35 degrés je dirais que ça fait partie quand même des choses qui sont relativement normales. Nous on a mis en place des priorités de lieux, il y a des lieux qu'on visite plus tôt le matin et ça on l'a indiqué clairement et puis certains lieux qui ne sont pas climatisés comme par exemple d'ancienne petite halle industrielle et bien si la température devient trop élevée et bien on les fermera plus tôt.

9:11
Présentateur

Merci Christophe Wissner, directeur des rencontres de la photographie d'Arles qui démarre donc aujourd'hui jusqu'au 4 octobre, 47 expositions, près de 4000 oeuvres exposées et je vous propose si vous êtes d'accord qu'on laisse le mot de la fin à Martine Barra sur France Culture dans un avoinu qui remonte à 2007 produit par Caroline Bourguin et réalisé par Annie Duelles. Il faut danser, nager, s'amuser, vivre, voilà, et penser à l'amour.

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