De Gaulle, l’homme providentiel
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:11OuverteRéponse directe
Que dirait-il de la crise politique que la France traverse ?
- 1:17OuverteRéponse directe
La démission, vous la souhaitez ou pas aujourd'hui ?
- 3:05OuverteRéponse directe
Appelez-vous Emmanuel Macron à faire plus appel aux Français ?
- 5:46OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'on n'attend pas éternellement l'homme providentiel ?
- 7:27OuverteRéponse directe
Avec un tel classement, vous auriez pu intégrer la coloniale ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:34Invité politiqueFait
« Il l'a sauvé deux fois. »
- 1:55Invité politiqueFait
« Il avait lié son destin à ce référendum de 1946. »
- 8:04Invité politiqueFait
« Il y a du respect vis-à-vis du maréchal Pétain comme chef de guerre. »
Temps de parole
- Charles de Gaulle33 %
- Présentateur32 %
- Invité19 %
- Locuteur non identifié6 %
- Locuteur non identifié 26 %
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C'est dur de faire parler votre grand-père, Yves de Gaulle, mais vous avez longuement échangé tout au long de votre adolescence. Vous le connaissez par cœur. Vous êtes sans doute celui qui le connaît le mieux au monde aujourd'hui. Que dirait-il de la crise politique que la France traverse ? C'est dur de vous faire parler à la place de votre grand-père.
Je voudrais répondre à cette question. D'abord, je voudrais quand même revenir sur ce que tu viens de dire. Foutraque, dingue, moi je n'irais pas jusque-là. Je dirais plutôt inspiré.
Oui, oui, bien sûr.
Il y a dans l'histoire de France des personnages inspirés. Et je pense qu'il en était un. Deuxièmement, il a sauvé la France. Oui, j'ajouterais, il l'a sauvé deux fois.
Deux fois, bien sûr.
Et les deux fois, il l'a rendue plus grande qu'il ne l'avait trouvée. Et ça, c'est unique dans l'histoire de France. Il n'y en a pas d'autre qui a fait ça. Alors, c'est quelque chose quand même dont il doit se souvenir. Ça, ce n'est pas de la nostalgie. C'est une réalité historique qu'on peut quand même non pas regretter, parce qu'il n'y a pas des De Gaulle tout le temps, mais quand même s'inspirer de ce qui s'est passé. Alors, qu'est-ce qu'il ferait aujourd'hui ?
Et François-Olivier Gisbert le disait, juste vous le disiez tout à l'heure, c'était aussi un comportement, une attitude y compris, dans les plus hautes responsabilités, comment on gère le pouvoir. Ces dernières semaines, on a entendu beaucoup de leaders politiques appeler notre président actuel Emmanuel Macron à démissionner. Il y a eu Édouard Philippe et plus récemment, Bruno Retailleau pour les LR. La démission, vous la souhaitez ou pas aujourd'hui ? Je n'ai jamais dit que je la souhaitais. C'est au président de prendre cette décision. Vous souhaitez qu'il prenne cette décision ? Bien sûr, le Général Lugo l'avait fait. Le Général De Gaulle l'avait fait.
Mais ce n'est pas à moi de le demander, parce que ça va fragiliser la fonction présidentielle. Référence à sa démission après l'échec du référendum de 1969. Est-ce que c'est ça aussi l'héritage de De Gaulle ? Savoir partir ? Bien sûr. La raison, Bruno Retailleau.
Mais je crois qu'il ne faut pas tout mélanger non plus. Charles De Gaulle est parti, parce qu'au référendum de 1969, il a eu une majorité contre lui. Si ces choses étaient parfaitement claires, le sens de l'arithmétique électorale ne faisait aucun doute. Et il l'avait annoncé avant l'élection. Il l'avait annoncé avant. Il avait lié son destin à ce référendum de 1946. En 1946, il n'était pas obligé. Alors, en 1946, il n'était pas obligé. Non plus que, si jamais vous avez, à la suite d'élections législatives, une majorité parlementaire qui n'est pas forcément exactement la même que l'avant. Ce qui est le cas pour l'actuel président.
Ce qui est le cas pour l'actuel président, ce qui a été le cas avant, il n'y a pas d'obligation juridique à s'en aller. Simplement, De Gaulle, il a une attitude particulière consistant de dire, moi, je ne me trompe pas sur l'arithmétique électorale. Si d'une manière ou d'une autre, les Français signifient que ce soit directement ou indirectement, que bon, la majorité que je défends, le gouvernement que j'appuie, que je maintiens, n'a plus l'appui, entre guillemets, des Français, je m'en vais. Il faut quand même aussi rappeler qu'il y a un deuxième élément qui est très important, c'est qu'à l'époque de De Gaulle, on ne le fait plus maintenant. On ne le fait plus.
Malgré les âneries du référendum d'initiative populaire partagée, partagée, j'allais dire populaire, partagée, etc., on ne consulte plus les Français. C'est bien simple. Souvenez-vous, souvenez-vous, qu'entre 1958, le 4 septembre, et le référendum d'avril 1969, il y a eu, quand on mélange les référendums, les élections générales, les élections présidentielles, il y a eu dix consultations nationales.
Vous appelez par exemple Emmanuel Macron, le président de la République, à faire plus appel aux Français, à travers des référendums, par exemple, Yves De Gaulle ?
Écoutez, depuis qu'il y a eu cette réforme imbécile du quinquennat, avec juste derrière la combinaison des élections législatives, à la suite, pendant cinq ans, on demande aux Français de voter une fois, puis pendant cinq ans, ils ferment leur gueule. Je veux dire, ce n'est pas les élections, entre guillemets, européennes qui constituent quelque chose d'important, parce que de toute façon, ce sont des élections de protestation, à la fois sur le sujet, sur le fond, et sur le mode de scrutin. C'est de la protestation. Si vous consultez par les gens, il ne faut pas s'étonner, après, un, qu'ils se défaussent de la vie politique, et deux, qu'ils ne s'intéressent plus. Il faut les consulter.
Il faut les consulter, on a compris votre message, Yves De Gaulle. Je reviens sur la question d'Yael. François-Olivier Gilles Diver, le magazine où vous écrivez chaque semaine, le jeudi, le point, très bon magazine, a appelé à un départ du président de la République, Emmanuel Macron, en une, il faut partir, monsieur le président. Certains ont dit, notamment après les propos d'Edor Philippe, que c'était une insulte à la Ve République, et une insulte au gaullisme.
Oui, enfin, c'était plus nuancé que ça. Ce n'était pas « partez, monsieur Macron », comme ça a pu être fait, par exemple, par le même journal Le Point, quand il a dit « partez, Messmer », vous vous souvenez ? Qui était le Premier ministre de Pompidou à l'époque. Et là, c'est beaucoup plus nuancé, c'est dire « voilà comment vous pourriez faire ». C'est différent. Et moi, je pense que ce n'est pas à nous de dire « partez ». Mais en même temps, je pense que c'est à lui de réfléchir. Et effectivement, il y a quelque chose de grand. Franchement, moi je dis toujours « 1946, il n'est pas content du résultat des élections, parce que ça sera très compliqué pour lui.
Allez hop, il va au Conseil des ministres quand même. Je fous le camp. » Et puis, effectivement, 1969, il y avait beaucoup de grandeur. C'était d'ailleurs, je dois dire que, mais ça, peut-être Emmanuel Macron n'a pas compris ça, mais c'est aussi une façon de redevenir populaire. Parce que dès qu'il a quitté le pouvoir, il est redevenu très populaire et les Français se sont rendus compte de ce qu'ils avaient perdu. Vous voyez ? Moi, j'ai vécu ça. J'ai vécu ça. Et quand il est mort, un an après, quand il est mort, moi je me souviens très bien, je suis passé dans un café où les gens pleuraient, et puis je me suis mis à chialer aussi, sur le zinc, et tout le monde pleurait. Vous voyez ?
C'était parce qu'on avait l'impression d'avoir perdu quelqu'un qui avait refait la France. C'est ça. C'est pour ça que je dis, c'est important d'en parler, parce que ça montre qu'on peut toujours refaire la France. Et ça montre la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui, quelqu'un avec un peu de trempe, et il ne s'agit pas d'être un personnage historique comme De Gaulle, mais avec un peu de courage, il peut tout refaire. Il suffit de s'inspirer des préceptes du général, qui ne sont pas si nombreux que ça, et qui sont juste extraordinaires.
Mais du coup, est-ce qu'on n'attend pas éternellement l'homme providentiel ? Mais non, ça n'a rien à voir. On a un peu ce sentiment-là ?
Mais non, vous voyez, tous les pays, ils ont des hommes providentiels qui sont des petits, des types qui n'ont l'air de rien, ou des femmes présidentielles d'ailleurs, qui n'ont l'air de rien. La petite bourgeoise étriquée, Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, le poivreau, Gérard Schröder, social-démocrate, etc. C'est dur le poivreau. Non, enfin, il picole beaucoup, quoi. Je l'ai connu, il est très sympathique d'ailleurs et intelligent. Et d'ailleurs, il a sauvé son pays aussi. Ce qu'il a fait en Allemagne est absolument extraordinaire. Il est social-démocrate de gauche, même en plus. Il est allé contre ses propres électeurs, il y avait des manifestations monstres.
Un million de personnes, 400 000 adhérents du parti social-démocrate qui ont quitté le parti parce qu'ils n'ont envoyé plus de sa politique. Et à l'arrivée, l'économie repart. Et après est arrivée la cloche Merkel qui a arrêté le nucléaire pour bien plomber son pays.
C'est beau cette passion, François-Olivier Gisbert, quand vous évoquez l'amour que vous avez pour le général de Gaulle. D'ailleurs, mardi soir, à l'occasion de la journée spéciale pour la commémoration de l'armistice de la Première Guerre mondiale, sera diffusée sur France 2 un film formidable. De Gaulle, le commencement, une fiction mêlée à des archives sur une facette moins connue de Charles de Gaulle, celui du jeune officier du sous-lieutenant du 33e Régiment d'Infanterie en 1912, sous le commandement du colonel Pétain. Vous réagirez juste après, François-Olivier Gisbert. Regardez.
Qu'est-ce qu'on va faire de vous, De Gaulle ? Merci, vos notes dans les matières intellectuelles sont bien meilleures. Et vous avez terminé l'école au rang de 13e. Avec un tel classement, vous auriez pu intégrer la coloniale ? Ça ne vous a pas tenté ? Non, mon colonel. J'ai choisi l'infanterie sans hésiter. Je veux défendre mon pays. Félicitations. C'est un choix qui vous honore. Avec le nouveau plan de mobilisation et toutes ces recrues qui nous arrivent, nous allons avoir besoin d'officiers comme vous.
Soyez un meneur d'hommes, De Gaulle. Yves De Gaulle. Plus tard, Charles De Gaulle lui dira non. Mais avant ça, on peut dire qu'il y avait du respect avec le maréchal Pétain ?
Oui, certainement. Certainement, il y a du respect vis-à-vis du maréchal Pétain comme chef de guerre. D'ailleurs, rappelez-vous le discours que le général De Gaulle a prononcé. Je crois que c'était à Douaumont. Je ne sais plus si c'était en 1964-1965. J'ai oublié les dates. où il rend hommage au maréchal Pétain en disant « n'oublions pas et ne lui retirons pas ce qu'il a été et la gloire qui a été la sienne pendant le premier conflit mondial ». Et ça, oui, bien sûr, oui. Alors après, les destins sont séparés. Il y a eu des bêtises d'un côté, très graves d'ailleurs. Mais bien sûr, au départ, évidemment.
Ce docu-fiction suit le jeune De Gaulle blessé sur le front belge en 1914, puis à Verdun en 1916.
Aujourd'hui, j'ai 24 ans et cet anniversaire a été salué par une canonnade épouvantable toute la nuit.
On découvre aussi dans ce documentaire les années de captivité du général De Gaulle et ses multiples tentatives d'évasion jusqu'à sa libération en 1918. C'est un personnage romanesque, en fait, le général De Gaulle. Il est reparti au front avec une balle dans le corps.
Oui, et ça montre aussi le côté, comment dire, c'est un courage de fou, quoi. C'est-à-dire que quand on regarde la Première Guerre mondiale, il a d'ailleurs eu des problèmes avec ses supérieurs hiérarchiques puisqu'il a engagé le combat alors qu'il n'avait pas donné l'ordre, vous voyez. Il est toujours comme ça. Après la Deuxième Guerre mondiale, ça recommence encore. C'est-à-dire qu'il est censé bloquer l'avancée des chars nazis. Et bon, il prend des risques énormes. C'est ça, c'est dans la vie comme à l'armée, vous voyez.
Merci à vous, Yves De Gaulle. Je vous offre ce fabuleux ouvrage de France-Olivier Gisbert. Vous venez de publier Voyage dans la France d'avant aux éditions Gallimard.
Charles de Gaulle