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InterviewC à vous (sur YouTube)· 30 août 2022 9 minContradictoireActualité / polémiqueDéfenseÉconomie & entreprisesEurope & internationalSécurité

Raphaël Glucksmann, de retour d’Ukraine - C à vous - 30/08/2022

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    On sent poindre en France la tentation de l'apaisement ou du je m'en foutisme.

  • 1:12OuverteRéponse directe

    Mais vous la craignez cette lassitude ou vous la sentez déjà ?

  • 2:02OuverteRéponse directe

    Et si cet hiver, on manque de gaz à cause de la guerre en Ukraine et du chantage russe, est-ce que vous pensez que les Européens vont tenir, vont rester solidaires ou justement seront encore plus tentés par la solution de l'apaisement et donc d'une fin de conflit aux conditions de Vladimir Poutine ?

  • 5:29OuverteRéponse directe

    Les dirigeants russes, eux, ils font comme si les sanctions économiques qui visent leur pays n'avaient absolument aucun impact.

  • 8:06RelanceRéponse directe

    de devancer l'éventuels de la fermeture de robinet.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:39Invité politiqueChiffre
    « la ligne de front en Ukraine active, c'est 2500 kilomètres. »
  • 0:45Invité politiqueChiffre
    « C'est 2,5 fois l'île Marseille. »
  • 0:48Invité politiqueChiffre
    « 60 000 obus tirés par jour par les forces russes. »
  • 6:46Invité politiqueChiffre
    « on a transféré, via nos importations de gaz depuis le début de la guerre, 86 milliards d'euros à la Russie. »
  • 7:45Invité politiqueFait
    « Pendant 20 ans, des politiques énergétiques erronées des dirigeants européens, en particulier de l'Allemagne, nous ont offert pieds et poings liés à la Russie de Vladimir Poutine. »
  • 8:09Invité politiqueFait
    « on est des victimes expiatoires pour le chantage russe. »

Temps de parole

  • Raphaël Glucksmann85 %
  • Présentateur10 %
  • Invité3 %
  • Locuteur non identifié2 %

1,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

On sent poindre en France la tentation de l'apaisement ou du je m'en foutisme. Ça c'est le constat que vous faisiez depuis Kiev la semaine dernière et qui rejoint ce que vient de dire Patrick. C'est la meilleure arme de Poutine, notre propre lassitude.

0:11
Raphaël Glucksmann

C'est tout le pari de Vladimir Poutine, la lassitude. Il sait que les sociétés occidentales, les sociétés européennes, sont des sociétés de poissons rouges. C'est-à-dire qu'on est capable de se concentrer sur un sujet pendant un laps de temps très court. Et donc il y a l'ambition du côté russe, en menant une guerre longue, la certitude que finalement nous, on va s'en désintéresser. Et c'est tout l'effort qui doit être fait aujourd'hui. C'est d'expliquer qu'on est face à un conflit qui va durer, qui sera extrêmement violent. Vous savez, la ligne de front en Ukraine active, c'est 2500 kilomètres. C'est 2,5 fois l'île Marseille. Et c'est 60 000 obus tirés par jour par les forces russes.

Et donc on est face à une guerre d'attrition extrêmement violente qui va durer longtemps et dont les conséquences se feront sentir chez nous. Et donc tout l'enjeu, c'est de montrer qu'on est capable de constance, de cohérence dans l'effort, de répartition juste de cet effort et que nos cités, finalement, sont capables de faire de la politique à long terme et d'engager un rapport de force à long terme.

1:12
Présentateur

Mais vous la craignez cette lassitude ou vous la sentez déjà ?

1:16
Raphaël Glucksmann

Je sens que cet été, par exemple, l'Ukraine n'était plus au cœur de la préoccupation générale. Je sens qu'il y a d'autres problèmes qui émergent et qui font que ce qui faisait l'ouverture des JT n'est plus que le quatrième ou le cinquième sujet. Et donc il faut répéter de manière inlassable qu'il faut aider les Ukrainiens, pas simplement parce que leur résistance est héroïque et qu'ils sont envahis sans aucune raison, mais parce que c'est notre avenir, l'avenir de l'ensemble du continent européen qui se joue aujourd'hui en Ukraine. Si Vladimir Poutine gagne, si la paix se fait à ses conditions d'envahisseurs et d'impérialistes, eh bien nous aurons d'autres conflits en Europe.

Et finalement, cette période de paix et de sécurité qu'on a connue pendant si longtemps n'aura été qu'une parenthèse dans notre histoire. Et nous serons plongés à nouveau dans des conflits d'une extrême violence.

2:02
Présentateur

Et si cet hiver, on manque de gaz à cause de la guerre en Ukraine et du chantage russe, est-ce que vous pensez que les Européens vont tenir, vont rester solidaires ou justement seront encore plus tentés par la solution de l'apaisement et donc d'une fin de conflit aux conditions de Vladimir Poutine ?

2:17
Raphaël Glucksmann

Le chantage énergétique, la mise sous pression, sous tension de nos sociétés, c'est ça la stratégie de Poutine. Et donc nous, il faut qu'on réponde à cela. Et le rôle des politiques et des dirigeants européens, c'est d'expliquer comment justement on va surmonter cette crise. Comment on va la surmonter de manière juste. Ce qui veut dire quoi ? Ce qui veut dire que les pays les plus vulnérables au chantage russe doivent être aidés par les autres. Ce qui veut dire aussi que les personnes les plus vulnérables au sein de nos sociétés doivent bénéficier de la solidarité de la cité.

Et que les personnes qui par contre font des super profits pendant cette guerre, eh bien doivent être mises de manière extraordinaire à contribution pour sauver cette solidarité nationale. Il ne s'agit pas simplement là de justice. Moi ce que je recherche, c'est l'efficacité de nos cités. La capacité à maintenir un effort sur le long terme. Et pour que ce soit fait, il faut d'abord expliquer. Je pense qu'il y a eu un déficit d'explications. On a eu des extrêmement longs discours présidentiels au moment du Covid, de la lutte contre la pandémie. Et il y a un déficit d'explications. Donc il faut expliquer. Les mots du président de la République sont justes. Il y a un prix à payer.

Et on doit passer en économie de guerre. Mais alors il faut expliquer les conséquences et comment on va le faire. Et ensuite, il faut que les gens sentent que ces mécanismes de solidarité font qu'on peut tenir ensemble. Et c'est un test immense pour nous. Et en réalité, finalement, c'est un peu aussi un test sur la solidité de nos démocraties. Est-ce qu'on est capable d'avoir des institutions démocratiques fortes qui permettent à nos sociétés d'encaisser des chocs immenses, extrêmement difficiles,

3:51
Invité

d'une manière juste et efficace ? Non, en résumé, vous pensez qu'Emmanuel Macron devrait s'adresser aux Français sur l'idée qu'il a émise, c'était à Borme-les-Mimosa lors de l'anniversaire du débarquement de Provence, sur le prix à payer pour notre liberté en Europe ?

4:04
Raphaël Glucksmann

Bien sûr. Je pense que, contrairement à la polémique franchement pathétique qui a émergé quand il a dit ces mots-là, il avait raison de les prononcer. Mais que c'est trop court. Il faut expliquer ce que ça veut dire. Il faut expliquer pourquoi ce prix-là, il faut le payer aujourd'hui. parce que sinon, nous en payerons un infiniment plus grand plus tard. Et il faut aussi expliquer comment on va le payer et qui va le payer d'abord.

Et quand on a des entreprises comme Total, par exemple, qui annoncent des bénéfices records liés à cette guerre et à la hausse des prix de l'énergie, il faut que l'État, le représentant de l'État, le représentant de la cité, fasse d'abord payer ceux qui bénéficient de cette situation. Et c'est pour ça qu'en fait, il y a un effort d'unité à produire et un effort de justice. Et on a vu que, en fait, les situations difficiles, eh bien, on pouvait les surmonter quand on avait l'impression que l'effort était équitablement réparti.

Et on a vu que, par contre, des mesures qui, par ailleurs, peuvent être nécessaires, comme des taxes carbone, peuvent susciter, si elles sont perçues comme étant injustes, une révolte sociale immense. Et donc là, il y a vraiment un tournant à la fois dans cette guerre et dans l'histoire de nos démocraties. c'est la capacité des dirigeants européens à formuler d'abord un discours qui explique, qui donne sens, et ensuite un plan que la Commission européenne est en train de produire pour montrer comment on peut se passer du gaz russe et comment on peut répartir équitablement l'effort.

5:29
Présentateur

Les dirigeants russes, eux, ils font comme si les sanctions économiques qui visent leur pays n'avaient absolument aucun impact. Vendredi dernier, sur LCI, Dimitri Medvedev les a balayés d'un revers de la main.

5:41
Locuteur non identifié

Je suis au service de mon pays. Je m'en fous de ces sanctions. Je suis sûre que le président Poutine partage la même position. Nous sommes citoyens russes et nous sommes au service de notre pays. C'est comme si rien ne pouvait

5:53
Présentateur

faire trembler le Kremlin.

5:55
Raphaël Glucksmann

Alors, leur côté bravage, d'ailleurs, que j'oppose aux côtés vraiment puissants et calmes des Ukrainiens que j'ai rencontrés, il ne faut pas qu'ils nous trompent. L'économie russe est affaiblie par les sanctions. Mais c'est vrai.

6:09
Invité

Elle n'est pas à genoux.

6:10
Raphaël Glucksmann

Voilà. C'est vrai qu'elle n'est pas à genoux. Et c'est vrai que nos sanctions ont des trous dans la raquette. Et au Parlement européen, c'est sur ça qu'on travaille. C'est des trous dans la raquette. On a bien vu, par exemple, on a dit qu'on avait déconnecté les banques russes du système international SWIFT. Mais en fait, on a déconnecté certaines banques russes du système international SWIFT. Donc, il y en a qui sont toujours connectés. Celles liées au gaz, notamment. Notamment, celles liées au gaz. Pas seulement, mais principalement, Gazprom de Banque et celles liées au gaz, mais pas seulement.

Et donc, évidemment, dans ce cas-là, si vous avez certaines banques qui sont encore connectées, l'argent se déplace vers ces banques-là. Donc, finalement, l'impact, il est bien plus faible. Par ailleurs, on a transféré, via nos importations de gaz depuis le début de la guerre, 86 milliards d'euros à la Russie. Donc, effectivement, on soutient le rouble. La vérité, c'est qu'on soutient le rouble par nos importations d'énergie depuis le début de la guerre. Et donc, il y a un effort de cohérence, j'en parlais tout à l'heure, à produire. Et il faut combler ces trous dans la raquette. Et simplement, quelle est l'alternative aux sanctions ? Ce serait quoi ?

J'entends, là, tous les discours les plus démagogiques et les plus populistes qui nous expliquent qu'il faut arrêter ces sanctions qui nous heurtent, nous, avant de heurter le régime russe. Mais on fait quoi sans les sanctions ? On sait qu'on n'ira pas faire la guerre militairement. Donc, l'alternative aux sanctions, eh bien, c'est finalement l'acquiescement. C'est la soumission. C'est, en fait, on se retrouve dans la situation, si vous voulez, d'un drogué face à son dealer d'héroïne. Et c'est ça. Pendant 20 ans, des politiques énergétiques erronées des dirigeants européens, en particulier de l'Allemagne, nous ont offert pieds et poings liés à la Russie de Vladimir Poutine.

On est devenu complètement accro, dépendant à son gaz. Et c'est pour ça qu'il a lancé cette guerre. C'est parce qu'il pense qu'on est tellement accro qu'on ne sera pas capable d'avoir des sanctions cohérentes sur le long terme. Alors, pour l'instant, on a pris des sanctions qui ont une forme d'efficacité, mais elles sont encore trop faibles, trop incohérentes. Pourquoi ? Parce qu'on ne touche pas au cœur du problème, le gaz. Et qu'est-ce qui se passe ? Eh bien, en ne prenant pas nous-mêmes la décision de se passer plus rapidement qu'aujourd'hui,

8:06
Présentateur

de devancer l'éventuels de la fermeture de robinet. Eh bien,

8:09
Raphaël Glucksmann

on est des victimes expiatoires pour le chantage russe. Et aujourd'hui, on apprend. On va y arriver. De toute façon, Robin est coupé, donc c'est une question de moi. Il faut le planifier et il faut le faire beaucoup plus vite que ce qui est prévu. Et par ailleurs, il faut, encore une fois, expliquer aux Françaises et aux Français, mais aux Européens en général, comment on va faire. Il faut qu'il y ait une communication beaucoup plus proactive, en fait, et pas simplement dans la réaction par rapport à cette crise énergétique. Oui.

Raphaël Glucksmann, de retour d’Ukraine - C à vous - 30/08/2022 — Raphaël Glucksmann · Pourquijevote