Carburants, réforme des retraites, Iran et port du voile… Ce qu'il faut retenir de l'interview de François-Xavier Bellamy
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour François-Xavier Bellamy. Bonjour. Près d'une station service sur trois est à sec ce matin, au moins pour un carburant. Que faut-il faire ?
D'abord, il faut commencer par dire la gravité de cet acte qui consiste à lancer une grève avant d'avoir ouvert des négociations. Je pense qu'aujourd'hui, tous les Français constatent l'irresponsabilité de la CGT qui, alors même que les discussions n'ont pas commencé, décide de faire une grève préventive. C'est-à-dire une manière de pénaliser tous les Français, de mettre en difficulté notre pays dans un moment pourtant critique, alors que la discussion est aujourd'hui sur le point de s'ouvrir. Une grève, ça ne sert pas à ça. Une grève, ça sert à épuiser, quand on a épuisé toutes les mesures de discussion, à témoigner de son opposition. Mais là, on n'est pas du tout dans ce cas de figure.
Ce que dit la CGT, c'est que Total vient de distribuer 2,6 milliards d'euros à ses actionnaires. On en veut une petite partie.
Non mais que la négociation ait lieu, c'est nécessaire, bien sûr. Évidemment, il faut discuter des salaires, il faut discuter de l'ajustement salarial dans une période d'inflation. Ça peut être parfaitement légitime. Mais encore une fois, même la CFDT s'insurge contre ce processus, cette procédure. Et je pense que là, il faut faire preuve d'une fermeté très claire avec la CGT en disant que ce n'est pas comme ça qu'on se comporte dans une démocratie. Ce n'est pas en prenant en otage les Français quand la discussion, encore une fois, n'a même pas encore commencé.
Une fois qu'on a dénoncé le droit de grève de la CGT en ce moment, qu'est-ce qu'on fait pour amener du carburant dans les stations ?
Il fallait effectivement mobiliser les stocks stratégiques. Heureusement, ça a été fait. Le gouvernement dit que maintenant, la situation va s'améliorer. J'espère qu'elle s'améliorera très vite parce qu'aujourd'hui, c'est des dizaines de milliers de Français qui sont pénalisés, qui ne peuvent pas aller travailler, qui ne peuvent pas vivre leur vie normalement à cause de cette situation. Et donc, ces stocks stratégiques, il fallait les débloquer. Heureusement, c'est une réalité aujourd'hui. Est-ce qu'il faut débloquer aussi les raffineries ? Je crois qu'aujourd'hui, le problème est plutôt la question de l'acheminement que la question du blocage.
Il est partout au problème. Il est à la fois dans les raffineries qui n'envoient plus de...
Oui, mais le problème, c'est que si vous n'avez pas de camions, ça pose un autre problème. Ça pose aussi la question, encore une fois, de l'organisation de l'emploi dans notre pays. Mais aujourd'hui, on manque de chauffeurs de poids lourds, on manque de chauffeurs de camions pour transporter le pétrole. Donc la question, c'est aussi celle-là. Mais si la droite était au pouvoir, elle ferait donc exactement la même chose que le gouvernement actuel, c'est-à-dire recours au stock stratégique, et c'est tout. Je pense qu'il aurait fallu ne pas attendre dix jours pour mettre la CGT devant sa responsabilité.
Aujourd'hui, on voit que sous la pression, elle a été contrainte d'évoluer dans sa position et d'accepter que la négociation commence sur des bases qui sont plus raisonnables. C'est dommage qu'on ait attendu dix jours pour en arriver là. Encore une fois, c'est complètement incroyable qu'on laisse faire des grèves qui sont dites préventives.
Par exemple, si on prend l'exemple de Total, qui est dans le huiseur des grévistes, Total est une entreprise privée, les salariés ont un droit de grève. Comment l'État peut intervenir dans ce cas-là ?
On sait très bien que la discussion a évidemment lieu aussi avec les pouvoirs publics parce que le carburant, c'est un sujet stratégique. Et donc l'État a dans ses mains le pouvoir de réquisition, s'il le veut. Et ça doit conduire le gouvernement à discuter de manière très ferme avec la CGT. Et malheureusement, il a fallu dix jours pour que les choses évoluent. Si l'État le voulait aujourd'hui, il aurait la base légale pour contraindre les salariés de Total à reprendre le travail. En réquisitionnant. Exactement. Il en aurait. Je ne dis pas que c'est ce qu'il devrait faire. Mais je dis qu'en tous les cas, ça lui donne les moyens de mettre la pression sur la CGT.
Quand en plus, le front syndical est à ce point divisé, c'est quand même incroyable qu'on ait laissé la situation s'enquister pendant dix jours avant d'arriver à cette sortie de crise qu'on espère encore voir arriver.
La ristourne de 30 centimes décidée par le gouvernement sur les prix du carburant doit passer à dix centimes dans quelques semaines, à la fin du mois, le 1er novembre. Et puis plus rien ensuite à partir de janvier prochain. Est-ce qu'il faut la prolonger ?
Le sujet, c'est que cette ristourne, quelqu'un va la payer. Si ce n'est pas les Français aujourd'hui, c'est les générations qui viennent. Et donc oui, il faut des mesures d'urgence face à l'envolée des prix du carburant. Mais le plus important, je crois, aujourd'hui, c'est de travailler sur les salaires. Et là, en effet, il y a un sujet majeur. Le grand sujet aujourd'hui dans notre pays, c'est que les gens qui travaillent ne s'en sortent plus.
Je reviens d'un mot sur la ristourne, on parlera des salaires après si vous le souhaitez, mais c'est la droite à l'Assemblée nationale qui s'est imposée face au gouvernement pour avoir cette ristourne. Et vous dites aujourd'hui qu'elle coûte cher.
Non, mais il faut des mesures d'urgence, je le redis, pour lutter face à une situation critique.
Est-ce qu'il faudra la prolonger pour tout le monde ?
La question que vous me posez, c'est la question du long terme. Dans le long terme, le vrai sujet, c'est de faire en sorte que le travail paye. Aujourd'hui, dans notre pays, on peut travailler et même travailler beaucoup et ne pas s'en sortir.
Mais on peut utiliser sa voiture aujourd'hui même si on est au chômage, même si on est à la retraite, même si on est étudiant. Et dans ces cas-là, que le travail paye ou pas, on a la même difficulté pour faire le plein.
On a quand même la chance, et ça touche aussi la question de l'assurance chômage, on a quand même la chance d'être dans un moment où vous avez des centaines de milliers d'entreprises en France qui cherchent à recruter. Des artisans, des commerçants, des petits patrons, des agriculteurs. Moi, je fais le tour de la France pour aller parler des questions européennes un peu partout. Et j'entends partout en France, partout en France, j'entends exactement le même cri de détresse de la part de tout le monde économique. On n'arrive pas à recruter.
Et je parle encore une fois aussi bien de très grandes entreprises que des agriculteurs qui terminaient les vendanges dans le Beaujolais il y a quelques semaines et qui n'arrivent pas à trouver des gens pour venir faire les vendanges avec eux.
Mais du côté des salariés, on dit que ce n'est pas attractif en même temps. Les salaires ne sont pas à la repère, les conditions de travail non plus.
Je suis totalement d'accord avec vous. Il faut que le travail paye mieux. C'est l'un des leviers pour faire en sorte qu'on puisse réussir à sortir de cette pénurie tragique qui aujourd'hui est le premier frein à la reprise de l'activité économique. C'est le premier frein de l'activité économique française. C'est les difficultés de recrutement des entreprises. C'est quand même fascinant. On a 3 millions de chômeurs au sens de Pôle emploi et les entreprises n'arrivent pas à recruter.
Il y a 300 000, 400 000 postes à pourvoir.
En réalité, c'est très difficile de comptabiliser les postes à pourvoir. Je vous le redis, je ne suis pas économiste, mais je peux vous partager cette espèce de cri de détresse. Je vois des entreprises qui sont sur le point de faire faillite parce qu'elles ne trouvent pas de bras pour travailler. Et donc, la question, c'est comment faire en sorte effectivement que dans ce pays, le travail paye. Et c'est à mon avis un sujet majeur. Et c'est un sujet majeur, y compris du point de vue de cette crise dans le prix des carburants. Parce que le problème, c'est qu'aujourd'hui, beaucoup de gens travaillent, ont besoin de leur voiture pour aller travailler, ne s'en sortent pas.
Et donc, préfèrent ne pas travailler parce que ça leur coûte trop cher, en fait, de travailler. C'est ça, la situation complètement inouïe dans laquelle on se trouve aujourd'hui.
François-Xavier Bellamy, député européen Les Républicains et l'invité de France Info jusqu'à 9h, le fil info à... On me dit dans l'oreillette qu'elle n'est pas prête. Bah, tant pis, j'enchaîne. Vous parliez de la difficulté de faire baisser le chômage. Le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a fait une proposition hier en ce qui concerne l'emploi des seniors. Il dit que pour les remettre davantage sur le marché du travail, il faut peut-être envisager de raccourcir leur durée d'indemnisation au chômage, qui est aujourd'hui de 36 mois. Est-ce que vous êtes prêts, vous, à signer cette proposition ?
À condition qu'on travaille aussi sur la question de... qu'on travaille aussi avec les partenaires sociaux sur la stratégie des entreprises pour l'emploi des seniors. Parce que là, pour le coup, il y a une grande injustice. Beaucoup de seniors savent très bien qu'à un certain âge, certaines entreprises préféreront les écarter pour pouvoir recruter des plus jeunes qui leur coûteront moins cher, plutôt que de les garder dans leurs effectualités. Mais baisser la durée d'indemnisation, ça, pourquoi pas ?
Aujourd'hui, en tous les cas, ça paraît absolument indispensable de baisser la durée d'indemnisation du chômage d'une manière générale, dans la mesure où, je le redis, on est dans un marché du travail qui est extrêmement tendu. Là-dessus, vous êtes sur la même ligne que le gouvernement avec sa réforme ? Pour le coup, le gouvernement n'a encore rien fait. On attend de voir ce qu'il va mettre sur la table. Ça fait cinq ans que cette majorité est au pouvoir. Elle n'a pas bougé. Nous, ça fait des années que nous demandons qu'on ajuste la durée d'indemnisation du chômage à la situation économique du pays.
Quand on est dans un moment de crise et qu'il n'y a plus de travail, il est normal d'aider les chômeurs. C'est la sécurité sociale, c'est le principe même de cette solidarité qui fait que quand les gens ne peuvent pas trouver du travail, il faut pouvoir les aider. Mais quand on est dans une situation comme celle qu'on connaît aujourd'hui, où il y a encore une fois du travail partout et des emplois non pourvus partout, alors il est complètement inconcevable que le chômage soit indemnisé aussi longtemps, alors qu'il est facile de retrouver du travail. Et je crois que là, il y a encore une fois un sujet de révolte profonde.
Je dirais Olivier Dussopt qui parle ce matin.
Mais encore une fois, le problème, c'est qu'est-ce que ce gouvernement fait ? Nous, ça fait cinq ans qu'on dit ça. Ils proposent ça dans la loi et la rive. Pardon, ça fait cinq ans qu'on dit ça. Donc, on les attend avec impatience. Et pour le coup, si le gouvernement se met à faire ce que nous demandons depuis longtemps, évidemment, il nous trouvera au rendez-vous. Le problème, c'est qu'on attend encore les actes au-delà des déclarations. Celle que j'attendais, moi, avec impatience, c'est Mathilde Romagnon.
On l'a retrouvée 8h41. Voici le fil-info.
Une station-service sur trois connaît au moins une rupture de carburant. Dans la région Hauts-de-France, c'est même plus de la moitié des stations. La grève des raffineries se poursuit. Total Énergie a proposé d'avancer ses négociations annuelles sur les salaires à condition que les syndicats lèvent les blocages. La bataille autour du budget commence aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Les députés examinent le premier volet du projet de loi de finances 2023. Plus de 3 000 amendements ont été déposés. Le gouvernement pourrait dégainer le 49-3 en cas de blocage. Un ancien président à la barre aujourd'hui au procès de l'attentat de Nice.
François Hollande sera entendu comme témoin devant la cour d'assises spéciale de Paris. Ainsi que son ancien ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Et François Mollins, l'ancien procureur de Paris. L'attentat de Nice avait fait 86 morts en 2016. Vladimir Poutine convoque aujourd'hui un conseil de sécurité. Hier, le président russe a dénoncé un acte terroriste de la part de l'Ukraine après l'explosion samedi sur le pont de Crimée. Ce matin, plusieurs explosions ont retentit à Kiev, la capitale ukrainienne. France Info
Le 8.30 France Info Saliabrakia, Marc Fauvel
Toujours avec le député européen Les Républicains François-Xavier Bellamy. L'ancien Premier ministre Édouard Philippe s'exprime lui aussi sur la réforme des retraites. Il souhaite un report de l'âge légal à 65, 66 ou 67 ans. Vous en pensez quoi ?
Il faut faire une réforme des retraites. Et je suis très heureux qu'Édouard Philippe le dise. Et je suis très heureux qu'Édouard Philippe dise qu'il faut faire une réforme des retraites pour pouvoir allonger la durée du travail. Parce que ça n'était pas du tout la perspective dans laquelle il était quand il était Premier ministre. Quand Édouard Philippe était Premier ministre, souvenez-vous, on a eu le feuilleton de M. Delevoye, trois ans de débat sur la réforme des retraites. On a tout eu. Les manifs, les grèves, les blocages, les débats hystériques, etc. On a tout eu sauf la réforme. Il ne s'est rien passé du tout. Il y a eu un peu le Covid. Et le principe, pardon.
Il y a eu le Covid qui a interrompu. Oui, mais il y a eu aussi quand même le fait que cette réforme absolument incompréhensible était fondée sur un principe qui était assumé comme tel par le Président de la République qu'il ne fallait pas faire faire un euro d'économie à l'État. Or, le but, évidemment, de faire une réforme des retraites, ce n'est pas pour faire faire des économies à l'État, mais c'est pour redonner à notre pays l'équilibre dont il a besoin. Mais aujourd'hui, Édouard Philippe, il va même plus loin que vous.
Il va plus loin que la droite. Ce n'était pas le projet de Valérie Pécresse, 66-67 ans.
Moi, je ne veux pas d'abord me mêler des bisbis internes à La République En Marche. Ça les regarde. La majorité gère ces différences. Nous, nous gardons notre cap. Il est très clair. Il faut qu'on travaille plus longtemps. Notre projet, on l'a fait valoir à de très nombreuses reprises. Il a été voté par la majorité sénatoriale sous la responsabilité de Bruno Retailleau chaque année depuis des années. Et il a été rejeté par la majorité En Marche à l'Assemblée nationale chaque année depuis des années. Donc, vous voyez, ce n'est pas nous qu'on prendra un flagrant délit d'incohérence.
La réforme de l'assurance chômage, on est OK sur le principe avec le gouvernement. Aujourd'hui, la réforme de retraite, on est OK sur le principe avec le gouvernement.
Dites que le gouvernement finit par dire ce que nous disons depuis longtemps. Et là, on sera d'accord. Et oui, c'est vrai que ce gouvernement finit par dire sur beaucoup de sujets ce que nous n'avons cessé de lui dire depuis des années. Et il n'a cessé de faire le contraire. Donc, encore une fois, la question, c'est les actes.
Lors du dernier quinquennat, vous avez voté 7 lois sur 10 proposées par le gouvernement. 7 projets de lois sur 10. Donc, qui s'inspire de qui ?
Ça ne veut absolument rien dire, en fait, les statistiques, parce que toutes les lois n'ont pas la même importance, la même pertinence. Non, mais sur la ligne. Une direction politique, il y a beaucoup de sujets. Ça veut dire un peu sur la ligne ? Au Parlement européen, il y a beaucoup de sujets techniques sur lesquels on peut trouver des consensus sans trop de difficultés. Mais sur des sujets vraiment politiques, la réforme des retraites en est un. Pour le coup, pendant les dernières années, nous n'avons cessé de voter au Sénat, avec la majorité de droite, une réforme des retraites. Le gouvernement l'a refusé. Si maintenant il l'a fait, alors dans ce cas, allons-y. Il faut la faire.
Mais j'ai du mal à comprendre la stratégie de ce gouvernement qui ne cesse de faire des zigzags. J'ajoute un dernier point, c'est qu'il ne faut pas seulement travailler sur une mesure d'âge. Parce qu'évidemment, l'âge, ça compte. Et il faut dire aux Français la vérité, c'est qu'on est le pays d'Europe dans lequel les habitants travaillent le moins longtemps sur le temps d'une vie. Donc, si on veut sortir de la crise que travaille notre vie, mais on est peut-être parmi les plus productifs, mais regardez notre déficit commercial aujourd'hui. Jamais on a fait dans notre histoire autant de déficit commercial. Tous les mois, on fait un record encore pire de déficit commercial.
C'est-à-dire qu'en fait, on ne produit plus rien. On importe ce dont on a besoin et on alimente ces importations avec des déficits publics.
C'est parce qu'on importe beaucoup d'énergie à des prix très élevés.
Pas seulement. C'est aussi parce que notre appareil industriel, notre appareil productif est totalement ankylosé. Donc, il faut se remettre à produire. Et pour ça, il faut travailler plus. Et ça, il faut dire la vérité aux Français. Mais il faudra aussi travailler sur l'accompagnement des fins de carrière, l'accompagnement des carrières longues, de la pénibilité. Et puis, faire en sorte que, encore une fois, je le disais tout à l'heure, que les seniors soient vraiment en mesure de travailler et ne se retrouvent pas dans une situation terrible où ils auraient à vivre des dernières années d'activité qui sont en fait des années de chômage.
François-Xavier Bellamy, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, défend ce matin dans les colonnes du Parisien, aujourd'hui en France, sa réforme de la police judiciaire. Projet qui prévoit de placer tous les services de police d'un département, renseignement, sécurité publique et police judiciaire, sous l'autorité d'un seul directeur départemental. Le directeur qui serait lui-même sous l'autorité d'un préfet, c'est l'une des raisons de la colère des policiers. Vous êtes de quel côté, vous aujourd'hui ? Du côté du ministre ou du côté des policiers ?
Moi, je suis du côté des policiers, résolument. Je crois que cette réforme pose beaucoup de problèmes. Des problèmes, d'abord, de pure efficacité.
Parfois, la grève, c'est efficace, en fait.
Non, mais encore une fois, la grève, je ne conteste pas le droit de grève. Il est constitutionnel. Je dis juste que c'est absurde de faire grève avant que la discussion ait eu lieu. Là, manifestement, la discussion est bloquée. Il faut bien que les policiers fassent valoir leur révolte devant cette réforme qui leur est imposée. Et vous constaterez avec moi que, malheureusement, ce n'est pas seulement les policiers. Comme le disait mon collègue Julien Aubert, aujourd'hui, tous les ministères régaliens sont en conflit avec leurs ministres. Justice, police, intérieure, même dans la défense.
Gérald Darmanin, c'est valoir plus de coordination des services de police. Elle n'est pas acceptable, cette réforme, en ce sens ?
Ce qui n'est pas acceptable, c'est d'abord de détruire un équilibre qui fonctionne. Parce qu'aujourd'hui, on a une police judiciaire qui fonctionne. On a des taux d'élucidation, on a des taux d'investigation qui sont considérés comme excellents, y compris en Europe. Donc, on a un outil qui fonctionne.
Et puis, ce qui n'est pas acceptable surtout, c'est que malheureusement, on voit très bien, et c'est quand même l'arrière-plan de cette réforme, que placer toutes les investigations sous l'autorité in fine d'un préfet, qui lui-même est directement placé sous la responsabilité du gouvernement, et dont on voit bien comme les préfets ont été de plus en plus instrumentalisés par les gouvernements successifs au cours des dernières années.
Vous sous-entendez quoi ? Ça veut dire que malheureusement... Le pouvoir politique pourra interférer dans les enquêtes judiciaires ?
On a besoin, en tous les cas, d'avoir une confiance absolue dans le fait que le pouvoir politique ne détermine pas la manière dont sont conduites des enquêtes judiciaires. Et cette réforme n'est pas de nature à garantir cette clarté et cette confiance. Et je pense que c'est un vrai problème pour l'équilibre de nos institutions. Et les policiers ont raison de faire valoir leur inquiétude. Ils le font non seulement pour défendre leur profession, mais ils le font aussi, et je crois que c'est très important, pour défendre une certaine idée de la séparation des pouvoirs et une certaine idée de la manière dont, aujourd'hui, la justice peut faire son travail dans une vraie indépendance.
Mais ici, ils ont raison de le faire pendant leurs heures de service, dans leurs locaux, en utilisant leur matériel pour faire grève. Vous trouvez ça normal ?
La question, c'est comment est-ce qu'on peut en arriver à une situation où des fonctionnaires qui, tout le monde le reconnaîtra, sont relativement discrets ? La PJ n'a pas fait beaucoup de grèves dans son histoire, vous en êtes d'accord avec moi, j'imagine. Comment des fonctionnaires qui sont discrets, qui sont dévoués, qui sont engagés, peuvent en arriver à un tel point de crispation avec leur ministère de tutelle ? C'est quand même le signe que quelque chose a dysfonctionné dans le dialogue pourtant nécessaire. Mais comment ça se fait qu'on en arrive à virer, par exemple, le patron de la PJ de Marseille, qui est reconnu par tous comme un fonctionnaire d'une intégrité remarquable ?
Comment est-ce qu'on en arrive à écarter de leur service des gens qui sont, à ce point, dévoués à la cause de la sécurité publique, à la cause de la justice ? Si on en arrive là, c'est que vraiment, on est dans un moment de crispation tel qu'il me semble que le plus important, ce n'est pas de commencer par critiquer et surtout par sanctionner tous ceux qui témoignent de leur désaccord, mais tenter peut-être de les écouter. Gérald Darmanin doit abandonner sa réforme, pour vous ? Gérald Darmanin doit abandonner sa réforme ? Moi, je crois que c'est une mauvaise réforme, dans son principe. Après, je ne suis pas, encore une fois, un spécialiste de la police judiciaire, je ne prétends pas l'être.
Certainement, il y a des choses qui peuvent être améliorées. Mais, encore une fois, commençons par discuter avec les premiers intéressés, avec les policiers et puis avec les magistrats, qui sont aussi, évidemment, en première ligne sur ce sujet. 8h50, le fil infomatique de Romagnon.
Les députés examinent à partir d'aujourd'hui le premier volet du projet de loi de finances 2023. Plus de 3000 amendements sont sur la table. L'ambiance s'annonce tendue dans l'hémicycle. Et si ça coince, l'exécutif utilisera le 49.3 pour faire passer le texte. La grève se poursuit aujourd'hui dans les raffineries. La CGT réclame 10% de hausse de salaire chez Total Energy. Une station-service sur trois connaît au moins une rupture de carburant. Dans la région Hauts-de-France, c'est même plus de la moitié des stations qui sont concernées. Ouverture aujourd'hui du procès du crash du Rio-Paris. Airbus et Air France sont jugés pour homicide involontaire. 13 ans après le drame.
En 2009, 228 personnes avaient perdu la vie dans le crash d'un avion entre le Brésil et la France. Le retour de Laurent Blanc en Ligue 1 de football. Mais sur les bancs, le champion du monde 98 devient l'entraîneur de l'Olympique lyonnais. Il remplace Peter Bosch, limogé, pour ses mauvais résultats. Après la contre-performance face à Toulouse, vendredi, l'OL avait concédé un nul un partout. France Info
Le 8.30 France Info
François-Xavier Bellamy, député européen Les Républicains. Depuis plusieurs semaines maintenant, les iraniennes et les iraniens se battent pour leur liberté contre le pouvoir en place. Que peut faire l'Europe à part sanctionner les dirigeants du pays ?
La difficulté, c'est que l'Iran est déjà un pays qui est sous sanction depuis longtemps. Et donc on a peu de levier du point de vue des sanctions, même s'il faut évidemment pouvoir continuer de le faire. Je pense que c'est absolument décisif d'envoyer un message de fermeté déterminé au régime iranien qui est en train de massacrer sa propre jeunesse. Et donc il faut sanctionner les criminels qui se rendent coupables de cette situation terrible.
Et puis deuxièmement, il faut aussi que l'Union Européenne puisse envoyer un message de protection à toutes les femmes iraniennes qui seraient aujourd'hui en danger pour leur garantir justement que nous sommes capables, que nous sommes déterminés aussi à les protéger s'il le faut.
Alors comment on fait ? Qu'est-ce qu'on fait ?
Notamment les iraniennes, il y en a aujourd'hui, ça se passe maintenant, qui peuvent arriver en Europe parce qu'elles sont mises en danger. C'est à chaque sert le droit d'asile et le droit d'asile dans cette situation, il est nécessaire. Mais je crois qu'il y a un dernier point, qui n'est pas le dernier d'ailleurs. Parce que le combat contre l'islamisme, il ne se joue pas seulement en Iran. Et le courage incroyable de ces femmes iraniennes, il devrait nous inspirer pour être plus déterminés dans notre propre travail, dans le travail que nous avons à faire pour que jamais dans nos pays, une femme ne soit contrainte de porter le voile sous la pression ou la menace.
Or, aujourd'hui, l'Union Européenne a un message ambigu, plus qu'ambigu, elle a un message coupable sur ce sujet. Dans les dernières années, la Commission Européenne a publié des campagnes de promotion qui disaient littéralement « la joie est dans le hijab » ou « la liberté est dans le hijab » ou bien encore « apporter de la joie, accepter le hijab ». J'ai déposé un amendement la semaine dernière au Parlement Européen dans une résolution sur la situation en Iran. J'ai déposé un amendement pour dire que la Commission devait, à l'avenir, ne plus jamais financer des campagnes de ce type. On devrait tous en être d'accord.
Quoi qu'on pense du voile, ça n'est pas le rôle d'une institution publique de faire la publicité d'une norme religieuse.
En même temps, vu la polémique, l'Union Européenne a mis fin à la campagne.
Elle a mis fin à une campagne. Je demandais justement qu'on vote un amendement pour que plus jamais ça ne se reproduise. Eh bien, à ma sidération, des élus de gauche, des écologistes, des élus de la France Insoumise se sont levés pour empêcher que cet amendement ne soit voté. Il n'a même pas été rejeté. Il n'a pas pu être voté. Parce que la procédure autorise des députés à se lever pour que l'amendement ne soit même pas mis au voie. Eh bien, moi, je dis que cette gauche-là, qui veut que la Commission Européenne continue de dire, parce que c'est le sens de leur geste, que la liberté est dans le hijab. Cette gauche-là, elle trahit la cause des femmes.
Elle trahit la cause de la liberté des femmes. Elle trahit les Iraniennes qui sont en train de se battre pour dire que leur hijab, c'est leur oppression et pas leur liberté.
La gauche française, en tout cas, dit la liberté. Nous, on veut la liberté pour les femmes. Qu'elles portent ou pas le hijab, c'est leur choix.
Mais je ne dis pas qu'il faille contester cela. Je dis que ce n'est pas le rôle d'une institution publique de faire la promotion du hijab. Et une gauche qui se lève pour empêcher cela, c'est une gauche qui, en réalité, montre qu'elle est complice de l'islamisme. Je ne vois pas d'autres explications. Elle dit qu'elle veut que les institutions publiques continuent de dire que la liberté est dans le hijab. Qui dit cela ? Les mollahs iraniens. Et donc, on est dans une situation révoltante où vous avez des gens qui se coupent les cheveux sur les plateaux de télévision pour dire leur solidarité avec les femmes iraniennes.
Et ensuite, la même gauche explique que les institutions publiques doivent promouvoir le hijab dans nos propres pays. Mais pardon, mais c'est une folie. Et je crois que cette situation est incroyablement révélatrice, incroyablement triste. Moi, en tout cas, je n'abandonnerai pas ce combat. Oui, cet amendement n'a pas pu être examiné. Mais dès la semaine prochaine, je vais déposer un nouvel amendement budgétaire. J'espère qu'il sera mis au voie et on verra qui vote quoi. Il y a d'ailleurs des députés macronistes qui se sont levés eux aussi. J'espère que le gouvernement saura ne montrer aucune ambiguïté sur un combat d'une importance aussi grande.
François-Xavier Bellamy, vous soutenez Bruno Retailleau dans la course à la présidence des Républicains. Il sera opposé notamment à Éric Ciotti. Est-ce que c'est la droite sécuritaire face à la droite ? Manif pour tous.
Non, c'est la droite qui veut se refonder. Et moi, je soutiens Bruno Retailleau parce qu'il a été capable pendant toutes les années passées de mener une opposition déterminée au gouvernement socialiste puis au gouvernement macroniste tout en étant capable de faire des propositions qui sont cohérentes et globales et qui, je crois que c'est ce qui nous a le plus manqué, qui sont capables de présenter une vraie vision pour l'avenir de notre pays. Ce n'est pas le cas d'Éric Ciotti, ça aussi ? Vous aimez bien caricaturer peut-être sous le trait du conservatisme, mais moi, par exemple, je vois en Bruno Retailleau quelqu'un qui a apporté depuis longtemps la question environnementale.
Et oui, si on est conservateur, puisque c'est le terme qui est souvent employé pour réduire l'option que nous essayons de défendre, si on est conservateur, on croit à la nécessité de la transmission, on croit à la nécessité de transmettre notre environnement, de transmettre la nature. Et Bruno Retailleau est de ceux qui se sont engagés depuis très longtemps sur cette question. Donc oui, il faut défendre notre culture, il faut défendre la nature, il faut transmettre ce dont nous avons hérité. Ça, c'est précisément le rôle de la droite de le rappeler à temps et à contre-temps.
Mais la différence avec Éric Ciotti ? Éric Ciotti, il n'a pas le même projet ?
On n'a pas besoin, pour soutenir un candidat, de critiquer les autres, surtout quand on est dans une même famille politique. Je n'ai pas critiqué, mais voir en quoi ils sont différents, tout simplement. Mais je crois qu'encore une fois, le premier sujet, c'est, en tout cas, ce que j'ai toujours reconnu en Bruno Retailleau, c'est cette capacité de défendre une vision d'ensemble, une vision globale pour l'avenir de la société. C'est ce dont on a le plus besoin pour redonner une espérance à notre pays. Et puis, la deuxième chose, et là, on est en train de vivre ce débat aujourd'hui, mais c'est un débat nécessaire pour la droite, que j'ai toujours cru indispensable.
On ne pourra pas retrouver la confiance des Français si on n'est pas capable de redire clairement, paisiblement, respectueusement, comme Bruno Retailleau est en train de le faire en ce moment, que quand la droite était au pouvoir, elle n'a pas tout réussi.
Et peut-être que c'est pour Nicolas Sarkozy qu'il a étrillé Bruno Retailleau hier dans une émission concurrente et néanmoins ami. Pourquoi une telle détestation aujourd'hui de Nicolas Sarkozy ? Pourquoi brûler l'homme que la droite a adoré pendant des années, vous compris ?
Ce n'est pas de la détestation. D'abord, oui, il y a une déception, mais ça, tout le monde le reconnaîtra. Même pendant la campagne des Européennes, Nicolas Sarkozy a choisi de ne pas soutenir notre liste. Donc, ce qu'il a fait pendant les élections présidentielles n'était que la continuité de ce rapport qui a désormais avec la droite. Et la droite semble le découvrir aujourd'hui.
Mais surtout, le plus marquant pour moi, ce n'est pas encore une fois les questions de personne, le plus important, c'est que si les Français ne nous écoutent pas, y compris quand nous alertons sur les dérives réelles des gouvernements actuels ou passés, si les Français ne nous écoutent plus, c'est peut-être parce que nous n'avons pas su dire que la crise que la France traverse, elle n'a pas commencé en 2017. Elle n'a pas commencé même en 2012. Et que si la droite avait été, quand elle a été au pouvoir, si la droite avait été complètement à la hauteur de sa responsabilité, elle n'a pas tout mal fait.
Mais si la droite avait été complètement à la hauteur de sa responsabilité quand elle était au pouvoir, la France irait sans doute mieux aujourd'hui. Et la droite aussi d'ailleurs. Et donc je crois qu'il faut qu'on soit capable de le dire paisiblement. Ça veut dire que ce qui se passe aujourd'hui,
c'est la conséquence du quinquennat de Nicolas Sarkozy.
Mais en tous les cas, certaines choses allaient beaucoup mieux. Et je ne suis pas relativiste, je ne mets pas tout dans le même sac. Quand Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac étaient au pouvoir, la France tenait mieux son rang, elle tenait mieux ses comptes, elle tenait mieux sa place dans le monde. C'est une certitude. Malgré tout, encore une fois, je le redis, sur beaucoup de défis majeurs qui sont aujourd'hui devant nous, sur les questions migratoires, sur les questions d'éducation, sur les questions d'environnement. Si on avait été complètement à la hauteur, eh bien aujourd'hui, on n'en serait sans doute pas là.
Et donc je dis ça, encore une fois, avec beaucoup de respect, parce que ça ne sert à rien de dire du mal de manière gratuite de ceux qui nous ont précédés, mais parce qu'il faut qu'on regarde aussi avec lucidité notre propre héritage pour pouvoir se projeter vers l'avenir encore une fois. Beaucoup de gens ne nous écoutent plus, peut-être parce qu'ils ont le sentiment qu'on ne s'est pas assez remis en question. Et cette remise en question, il faut la vivre. Et c'est aussi une part du débat qui nous réunit aujourd'hui. Voilà, ça s'appelle le droit d'inventaire, je crois. Merci beaucoup François-Xavier Bellamy, invité de France Info ce matin.
François-Xavier Bellamy