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Podcast / conversationPhilia - Les Soirées de la Philo· 3 mai 2021 21 minAutoproduitDivertissementSanté

#Découvrefeu​ | Reprendre sa respiration 2/3 | François-Xavier Bellamy

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 100 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:04Invité politiqueFait
    « Nous aimons le remuement, dit Pascal. Nous les modernes, nous aimons l'agitation et nous voulons courir. »
  • 4:28Invité politiqueFait
    « La vie humaine, écrit Hobbes, peut être comparée à une course, et quoique la comparaison ne soit pas juste à tous égards, elle suffit pour nous remettre sous les yeux toutes les passions dont nous venons de parler. »
  • 5:06Invité politiqueFait
    « Nous devons supposer que dans cette course on n'a d'autre but et d'autre récompense que de devancer ses concurrents. »
  • 8:34Invité politiqueFait
    « Pour bien vivre, il est certain qu'il faut l'activité, qu'il faut cet effort que nous décrit Hobbes, qu'il faut courir. »
  • 9:16Invité politiqueFait
    « La course c'est fatigant mais abandonner la course c'est mourir. »
  • 10:36Invité politiqueFait
    « Dans un système organique, on perd son énergie si on ne la dépense pas et on gagne de l'énergie en la dépensant. »
  • 12:42Invité politiqueFait
    « C'est en forgeant qu'on devient forgeron. »
  • 14:04Invité politiqueFait
    « Plus vous courrez et plus vous saurez courir. »
  • 16:57Invité politiqueFait
    « Nous courons le risque d'être dépossédés de nos propres facultés faute d'avoir à les employer. »
  • 19:05Invité politiqueFait
    « Pour pouvoir bien dormir, il faut avoir bien couru. »

Temps de parole

  • François-Xavier Bellamy100 %

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0:23
François-Xavier Bellamy

Bonjour à tous ! Je suis très heureux de retrouver le Tennis Club de Versailles où nous sommes accueillis par Michel Priou, le président du Tennis Club, dans cet endroit magnifique, avec toute son équipe. Et je voudrais les remercier encore de nous permettre de vivre ici ce deuxième épisode de notre Découvre-feu consacré au sport. Nous sommes dans l'endroit adéquat pour réfléchir à la question de l'activité physique. Lors de notre premier épisode, nous avons démontré que la philosophie n'avait rien à dire sur le sport, et rien à voir avec lui.

C'est ce qui pouvait sembler évident dans un premier moment de notre réflexion parce que la philosophie est tendue vers les choses de l'esprit et que le sport est une activité du corps, parce que la philosophie s'occupe de ce qui a un but et que le sport est une activité physique qui, par principe, n'a pas d'autre but qu'elle-même, qui est une finalité en soi tournée vers l'activité en tant que telle. De ce point de vue-là, la philosophie pourrait dire beaucoup de l'absurdité de cette activité qui, de ce fait, pourrait sembler n'être qu'une occasion de divertissement. C'est ce que nous avons évoqué en croisant l'oeuvre de Pascal.

Mais ce que nous dit Pascal c'est qu'il faudrait se garder de se moquer trop facilement de cette activité qui semble être tendue vers elle-même, parce qu'il y a dans ce mouvement du corps qui ne cherche que lui-même, quelque chose qui dit beaucoup de notre existence toute entière, qui dit beaucoup de notre condition humaine - n'ayons pas peur des mots ! Presque contemporain de Pascal, il y a au seuil de la modernité le philosophe britannique Thomas Hobbes, qui est l'un des grands penseurs de la modernité, l'un des grands penseurs en particulier de la philosophie politique moderne.

Il est connu en particulier pour le Léviathan, son oeuvre majeure sur la manière dont l'Etat se construit pour pouvoir imposer en nous tenant en respect l'ordre et la sécurité. Mais Hobbes a aussi écrit un texte peut-être moins souvent croisé aujourd'hui, le "Traité de la nature humaine", un texte assez remarquable non pas par la manière dont il se déroule - qui est finalement très classique : écrire un traité de la nature humaine c'est finalement relativement commun dans ce XVIIème siècle où Hobbes travaille.

Dans ce "Traité de la nature humaine" il y a d'ailleurs des exercices de style relativement académiques, par exemple ce "traité des passions de l'âme", cette étude des passions dans laquelle Hobbes revient sur toutes les passions de notre existence, tous les sentiments qui traversent notre vie et qui animent notre coeur. Ce qu'il y a d'original dans ce "traité de la nature humaine" et dans cette réflexion sur les "passions de l'âme", c'est la conclusion que Hobbes propose qui est une sorte de longue métaphore qui décrit la vie à travers l'image de la course.

J'ai eu l'occasion bien souvent de revenir sur cette longue métaphore parce qu'elle me semble caractéristique de l'entrée dans la modernité, qui est d'abord la passion pour le mouvement. "Nous aimons le remuement", dit Pascal. Nous les modernes, nous aimons l'agitation et nous voulons courir. Nous passons nos journées à courir, et la course est en tant que telle l'activité sportive sans aucun doute la plus répandue.

Je suis absolument sûr que, vous qui me regardez, vous avez forcément déjà une fois dans votre vie essayé d'aller courir pour pouvoir vous mettre vous aussi à cette activité physique, élémentaire, triviale, qui ne requiert aucune espèce d'expérience ni aucun matériel spécifique, et qui est si largement pratiquée dans nos villes aujourd'hui. Peut-être même faites-vous partie de ces joggeurs réguliers qui exhibent leur ascèse en allant courir le soir lorsqu'ils ont fini de courir pendant toute leur journée de travail. La course est une expérience familière pour nous et Thomas Hobbes, dans cette conclusion du Traité de la nature humaine, décrit la vie entière sous la forme d'une course.

A travers toutes les anecdotes de la course, il décrypte toutes les passions de l'existence humaine, tous les sentiments qui traversent notre vie. C'est une sorte de résumé de son enquête sur les passions. "La vie humaine, écrit Hobbes, peut être comparée à une course, et quoique la comparaison ne soit pas juste à tous égards, elle suffit pour nous remettre sous les yeux toutes les passions dont nous venons de parler. Mais nous devons supposer que dans cette course on n'a d'autre but et d'autre récompense que de devancer ses concurrents." Voilà ce qui est incroyablement moderne : la course n'a pas pour but d'aller quelque part.

Nous retrouvons là tout ce que nous avons dit du sport : la course a seulement pour but de nous garantir que nous sommes les plus rapides à la course. Pour le dire autrement, la course est son propre but. "Nous devons supposer que dans cette course on n'a d'autre but et d'autre récompense que de devancer ses concurrents " : si ça n'est pas de la compétition sportive qu'il s'agit, je ne sais pas comment nous pourrions appeler cela ! "On n'a pas d'autre but que de devancer ses concurrents" : nous sommes désormais les uns pour les autres des concurrents, des gens qui courent les uns avec les autres. "Cum currere" : des gens qui courent les uns contre les autres.

Il y a dans cette métaphore une manière de montrer que le sport condense tout de notre existence, que le sport dit tout de la vie humaine, que le sport devient la meilleure image possible pour penser l'existence humaine dans sa généralité. Et de fait on retrouve dans le sport toutes les passions de l'existence, toutes les nuances de sentiments, toutes les variétés d'émotions. Tout ce qui anime notre vie est présent dans l'expérience sportive, dans cette expérience de la course dont Hobbes fait une métaphore filée de la vie. "S'efforcer, dit-il, c'est désirer. Se relâcher, c'est sensualité. Regarder ceux qui sont en arrière, c'est gloire. Regarder ceux qui précèdent, c'est humilité.

Perdre du terrain en regardant en arrière, c'est vaine gloire. Être retenu, c'est haine. Retourner sur ses pas, c'est repentir. Être en haleine, c'est espérance. Être excédé, c'est désespoir. Tâcher d'atteindre celui qui précède, c'est émulation. Le supplanter ou le renverser, c'est envie. Se résoudre à franchir un obstacle prévu, c'est courage. Franchir un obstacle soudain, c'est colère. Franchir avec aisance, c'est grandeur d'âme. Tomber subitement, c'est disposition à pleurer. Voir tomber un autre, c'est disposition à rire (cruauté de la réflexion !). Voir surpasser quelqu'un contre notre gré, c'est pitié. Voir gagner le devant à celui que nous n'aimons pas, c'est indignation.

Serrer de près quelqu'un, c'est amour. Pousser en avant celui qu'on serre, c'est charité. Être continuellement devancé, c'est malheur. Surpasser continuellement celui qui précédait, c'est félicité. Abandonner la course, c'est mourir." Métaphore extraordinaire qui montre que la vie entière peut être condensée dans l'activité physique qu'est le sport, dans cette activité qu'est la course. Lorsque nous pratiquons l'athlétisme, lorsque nous pratiquons la course, lorsque nous pratiquons n'importe quelle forme de compétition sportive, nous retrouvons dans cette expérience tous les sentiments qui sont ceux de l'existence : l'envie, la jalousie, le bonheur, le malheur, l'amour, la pitié...

Tout cela est condensé non pas dans l'art, dans le théâtre, dans la tragédie comme le pensait la Grèce antique, tout cela est condensé dans cette autre forme de tragique qu'est l'expérience du sport, le rituel sportif, et la célébration dans le sport de ce qui fait la vie ! Le sport concentre tout de la vie. De fait, si l'on prend au sérieux ce que nous dit ici Hobbes, il n'y a pas de meilleure école de la vie que la course, que le sport. Si nous voulons apprendre à vivre et apprendre à vivre vraiment, apprendre à vivre pleinement de toutes les passions de la vie, il faut se passionner pour le sport et s'y engager pleinement.

"Si pour bien vivre, il fallait le sport ?", c'est la question que nous pouvons nous poser. En tous les cas, une chose est sûre : revenons à la question de la vie. Pour bien vivre, il est certain qu'il faut l'activité, qu'il faut cet effort que nous décrit Hobbes, qu'il faut courir. Rien n'est plus dangereux pour la vie, rien ne condamne plus sûrement à la mort que de ne pas s'activer, que de rester inactif. Rien n'est plus mauvais pour la santé que de rester sédentaire. Au fond, le grand paradoxe de la vie est le suivant : si nous voulons vivre et protéger la vie en nous, rien n'est plus catastrophique que de s'économiser, que de s'épargner l'effort, que de se mettre en retrait.

Voilà le grand paradoxe de la vie, celui que Hobbes touche du doigt : la course c'est fatigant mais abandonner la course c'est mourir. Celui qui sort de la course - et nous reconnaissons bien là quelque chose du monde moderne avec ce qu'il emporte avec lui de compétition et de volonté d'aller toujours plus vite et de tension permanente vers l'accélération - celui qui arrête de s'efforcer, celui qui arrête de s'engager dans l'activité y compris dans l'activité physique, celui-là est condamné à devenir faible, malade, et à mourir tôt ou tard. Il faut - c'est encore une fois ce grand paradoxe de la vie - se dépenser pour pouvoir posséder pleinement sa vie, et une vie accomplie.

La vie s'épuise de ne rien faire, elle s'augmente de se dépenser. Et consommer beaucoup d'énergie, c'est la condition pour pouvoir en gagner. C'est la différence passionnante et très intéressante entre un système mécanique et un système organique. Dans un système mécanique, dépenser l'énergie c'est la perdre, par définition. Alors que dans un système organique, on perd son énergie si on ne la dépense pas et on gagne de l'énergie en la dépensant. La batterie de votre portable s'épuise le moins quand vous désactivez votre téléphone. Pour votre propre corps, c'est l'exact inverse : vous atteindrez un maximum de puissance avec un maximum d'efforts.

Il faut faire le plus possible d'efforts pour pouvoir devenir le plus puissant possible. Différence majeure entre le système mécanique et le système organique : la différence entre les deux c'est exactement ce qu'on appelle "la vie". C'est le phénomène de la vie dans sa singularité. C'est d'ailleurs quelque chose que l'on peut dire pour relier, pour tenter de réconcilier deux auteurs aussi lointains, aussi distants, que le grand penseur de la modernité qui est Hobbes et ce grand penseur de l'Antiquité qu'est Aristote. Aristote, lui, n'aurait jamais pu dire que la course était un but en soi. Aristote n'aurait jamais pu penser qu'abandonner la course, c'était mourir.

Pour lui, abandonner la course aurait été arriver quelque part et consacrer son effort par le fait d'avoir atteint la destination qu'on s'était fixé. Aristote, pourtant, a ceci de commun avec Hobbes et nous permet de penser ce que dit Hobbes parce qu'Aristote est celui qui sait, celui qui a le mieux montré qu'on n'atteint le maximum de la puissance que par le maximum de l'activité. Chez Aristote, ces deux termes ont une signification très précise : l'acte c'est l'accomplissement de ce qu'il y a en nous initialement à l'état de potentiel, c'est-à-dire de ce qu'Aristote appelle "la puissance". Par exemple, je suis, si je décide d'apprendre à devenir forgeron, un forgeron en puissance.

Je pourrais être forgeron, je suis capable de le devenir. J'en ai, j'espère, les aptitudes, et si je voulais me donner la peine d'apprendre ce métier, je pourrais, de ce forgeron potentiel que je suis, devenir un forgeron réel, ce qu'Aristote appellerait un forgeron "en acte". Du forgeron en puissance qui est en moi, je pourrais faire un forgeron accompli. Comment devient-on forgeron ? Comme le veut le dicton, qui est totalement aristotélicien dans son esprit, "c'est en forgeant qu'on devient forgeron ". Si je veux devenir forgeron, il faut que j'apprenne à forger, et donc il faut que je forge, avec un maître de forge, avec quelqu'un qui est expert dans l'art que je veux apprendre.

Mais il faut que je fasse moi-même, que je fasse et que j'essaye et que je recommence, et que je m'entraîne, et que je m'éprouve, et à la fin de ce parcours je serai moi-même un maître dans l'art de la forge. Il en va exactement de même de toutes nos capacités, et en particulier de nos capacités organiques. Comment devient-on un bon coureur ? On devient un bon coureur en courant. Il y a en nous une capacité organique à l'action, une capacité à l'acte, par exemple à la course, aux déplacements... Mais cette capacité ne peut devenir un acte, elle ne peut être actualisée, elle ne peut s'accomplir en nous que si nous commençons d'agir. Il faut courir pour bien courir.

C'est un cercle étrange mais ça n'est pas un cercle vicieux. C'est un cercle vertueux. Plus vous courrez et plus vous saurez courir. C'est exactement l'inverse que dans un système mécanique comme je le disais tout à l'heure. Une machine, plus elle opère, plus elle s'use. Plus elle opère, plus elle se fatigue, elle s'épuise, elle finit par se dérégler, elle finit par se défaire. Et si elle a beaucoup servi, elle deviendra inutile, inopérante, et il faudra la jeter ou même la réparer. Ce qui, au contraire, en nous est la matière de nos actes, ce sont tous nos actes passés.

C'est en courant souvent que l'on apprend à bien courir, c'est en faisant beaucoup de sport que l'on maîtrise vraiment son corps, que l'on accomplit les facultés de son corps. C'est en activant ses capacités que l'on peut devenir vivant, que l'on peut vivre vraiment. Le phénomène de la vie, c'est ce phénomène particulier par lequel l'énergie s'augmente par le fait d'être dépensée. Soit dit en passant, cultiver son corps et cultiver son esprit peuvent se lire de la même manière de ce point de vue-là. On ne devient pas par exemple plus doué pour apprendre si l'on n'a jamais rien appris. Notre mémoire, par exemple, est l'exact inverse de la mémoire de la machine.

La mémoire de la machine, de l'ordinateur, plus vous mettez de choses dedans et plus elle se réduit, plus la taille disponible diminue, alors que la mémoire humaine fonctionne exactement à l'inverse. Exactement comme un muscle, plus vous la sollicitez et plus elle devient rapide, plus elle devient étendue, plus ses facultés s'accroissent et s'actualisent avec le temps. Un muscle qui n'est jamais utilisé s'atrophie et il s'atrophie au point qu'un jour vous ne pourrez plus l'activer. C'est le grand paradoxe de la vie, et c'est ce grand paradoxe qui fonde le sport. Le sport est de ce point de vue-là le plus bel hommage à la vie, le plus bel éloge de la vie.

Le sport est ce qui nous permet de comprendre le phénomène de la vie. Nous avons bien raison de ce fait de cultiver les capacités de nos corps dans une période de notre histoire où elles sont moins sollicitées. Bien sûr, il y a toujours des personnes qui, dans la société, font des travaux manuels, qui engagent leurs corps, font des travaux physiques, qui représentent un effort du corps pour produire l'oeuvre à accomplir. Mais il est vrai que le phénomène de l'automatisation, de la mécanisation, éloigne de plus en plus le travail de nos corps et externalise de plus en plus le travail nécessaire à la vie de l'effort physique.

Au fond, nous vivons pour beaucoup d'entre nous des métiers intellectuels qui ne requièrent pas de contribution de nos corps et nous vivons dans des univers où tout est organisé pour ne pas solliciter l'effort. Nous n'avons plus, pour nous déplacer, à mobiliser notre propre énergie physique puisque nous avons des moyens de transport. Nous n'avons plus besoin de grimper les étages puisque nous avons des ascenseurs, et nous courons le risque d'être exactement comme Rousseau le disait dans le second discours : nous courons le risque d'être dépossédés de nos propres facultés faute d'avoir à les employer.

C'est le grand paradoxe de la condition humaine dans la période moderne que nous n'avons plus besoin de faire d'efforts et que parce que nous n'avons plus besoin de faire d'efforts nous ne retrouvons pas de l'énergie pour faire autre chose. Mais nous pouvons, si nous n'y prenons pas garde, perdre complètement cette énergie vitale qui était jusque-là sollicitée et qui s'accomplissait parce qu'elle était sollicitée par les besoins de l'existence. Si vous avez une voiture, si vous avez l'occasion de prendre le train, le métro, vous n'avez plus besoin de savoir courir.

Par conséquent vos muscles s'atrophient, vos facultés physiques diminuent, et c'est la vie-même dans vous vous trouvez potentiellement dépossédés. Raison pour laquelle il est si important de refaire une place à la vie en refaisant dans nos vies une place aux mouvements du corps, à l'effort du corps, à la tension du corps, à la dépense d'énergie qui est la condition pour garder notre énergie, pour la cultiver, pour l'accroître. On ne garde pas - pardon, le mot est d'ailleurs impropre - son énergie, on la conquiert. Ce n'est que dans des systèmes mécaniques que l'on peut stocker de l'énergie mais notre corps n'est pas une batterie. Il faut dépenser l'énergie pour pouvoir la retrouver.

Nous revenons ici à ce que nous disions lors de notre dernier Découvre-feu de l'expérience du sommeil. Souvenez-vous de ce que nous disait Péguy : pour pouvoir bien dormir, il faut avoir bien couru. C'était le mystère qu'il fallait contempler dans la sagesse des enfants qui passent leurs journées à courir et qui viendront puiser dans le sommeil cette réserve d'être qui leur permet de repartir. Mais pour pouvoir bien dormir, encore faut-il s'être bien dépensé. Pour pouvoir retrouver son énergie, encore faut-il l'avoir dépensé. Mouvement paradoxal, mouvement singulier, mouvement étrange de la vie mais qui fait toute la vie elle-même.

Au fond, le sport est peut-être ce qui nous dit ce qu'est la vie, cette course qu'il nous faut choisir pour pouvoir nous mesurer au monde qui nous entoure, pour nous mesurer aux autres, pour nous mesurer à nous-mêmes, mais surtout pour faire grandir en nous ce qui est en nous susceptible d'être cultivé, d'être réalisé, d'être affuté, d'être accompli. Le sport est sans aucun doute la meilleure école de la vie.

Le terme pourrait paraître galvaudé mais c'est le meilleur lieu pour comprendre ce qu'est la vie et pour la cultiver - non pas seulement comme nous le disions lors de notre premier Découvre-feu consacré à ce sujet une manière de culture du corps et de l'apparence physique mais une forme de reconnaissance de ce que dans nos corps et dans nos vies nous avons besoin d'agir pour pouvoir garder, cultiver, augmenter, accroître notre énergie. Et c'est à cet accroissement d'énergie, à ce "plus d'être", à ce "plus de vie" que nous reviendrons lors de notre prochain et dernier Découvre-feu consacré au sport. Merci beaucoup, et à très bientôt !