ISRAËL-IRAN : LES VRAIES RAISONS DERRIÈRE LE PRÉTEXTE NUCLÉAIRE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Israël a lancé une attaque soudaine et massive contre l'Iran. Contrairement à ce qu'on dit, l'Iran n'était pas au bord de disposer d'une arme opérationnelle de type nucléaire. 9e jour de guerre et d'escalade entre l'Iran et Israël.
Cette accélération autour de la question de la menace nucléaire iranienne. Tout ça fait un amalgame qui éloigne l'idée que il s'agissait uniquement de démantler l'arsenal nucléaire iranien. Il y avait d'autres choses.
Peut-être s'agissait-il de jeter un voile pudique sur Gaza. Des civils palestiniens à nouveau tués par l'armée israélienne lors d'une distribution de nourriture. Au lieu de donner libre cours à l'idée d'interdépendance, on essaie de les bloquer pour les ramener à l'ancienne vers l'opposition ami ennemi et on s'invente un ennemi. [Musique] On s'aperçoit que le droit international gagne une capacité énonciatrice et stigmatisante tout à fait intéressant. [Musique] Mais on avait oublié que la violence s'ajoute à la violence et c'est peut-être là le début de l'explication.
Bertrand Badir, retraité de la fonction publique, professeur émérite des universités à Science Mou Paris et mon dernier ouvrage, l'art de la paix chez Flamarion. Bah, on est toujours un peu surpris dans la mesure où c'est un événement bouleversant et le propre de tout bouleversement, c'est de vous surprendre. C'était depuis longtemps considéré comme une option, mais personne ne se doutait que cette option était si imminente et aller autant à contre-courant d'un certain nombre de tendances qui auraient pu peut-être sauver la situation, une négociation sur le nucléaire iranien, un contexte régional qui finalement devait davantage porté au compromis qu'à l'affrontement et puis je dirais un encadrement international dont on pouvait espérer qu'il nous mettrait à l'abri de ce genre de violence.
Mais on avait oublié que la violence s'ajoute à la violence et c'est peut-être là le début de l'explication. [Musique] Quand on fait face à un conflit, la première question que l'on doit se poser, c'est pourquoi ? Quel est le but ?
Quel est l'objectif ? Ça c'est mon côté claus victien, ma vision classique peut-être et trop classique d'ailleurs des relations internationales. Et là, c'est une vraie réflexion.
Quel est l'objectif poursuivi ? La réflexion est d'autant plus redoutable qu'on a le sentiment qu'il y a plusieurs objectifs et dans une logique rationnelle, il faut hiérarchiser de tels objectifs. Celle qui vient à l'esprit immédiatement, c'est le démantellement du programme nucléaire iranien avec quand même quelques irrationalités.
Contrairement à ce qu'on dit, l'Iran n'était pas au bord de disposer d'une arme opérationnelle de type nucléaire. et d'autre part beaucoup d'observateurs et en premier lieu l'ancien premier ministre Et bara ancien chef d'état-major de l'armée israélienne que nul ne peut soupçonner d'islam gauchisme ou de moquisme qui considérait que des programmes nucléaires de cette nature ne peuvent pas être démantelés par une action militaire. Donc il y a déjà quelques interrogations, mais regardons la carte des cibles.
Les cibles nucléaires sont minoritaires parmi tous ceux qui ont toutes celles qui ont été atteintes. Il y a aussi des cibles militaires classiques. Il y a des personnalités notamment du monde militaire et du monde scientifique.
Il y a des infrastructures, il y a des éléments de survie économique comme par exemple les réservoirs en carburant qui ont été atteints notamment dans la ville de Teran et puis il y a aussi la population civile. Donc tout ça fait un amalgame qui éloigne l'idée qui est venue à l'esprit de beaucoup dès le premier jour et notamment du président de la République française que il s'agissait uniquement exclusivement ou principalement de démanteler l'arsenal nucléaire iranien. Il y avait d'autres choses.
Il y avait deuxème option possible le régime change des néoconservateur. C'estàd l'idée de renverser ce régime et de le remplacer par un autre avec une interrogation énorme qui est est-ce que ça se fait ? Est-ce qu'il y a déjà eu des exemples probants de réussite d'une telle entreprise ?
En Libye ? Non. En Irak non.
En Syrie ? Non. En Afghanistan ?
Non. Dans le Sahel ? Non.
Alors où ? Et du coup, on continue à chercher peut-être d'autres explications. Une troisième vient à l'esprit effectivement vous l'évoquier peut-être cacher Gaza.
Gaza commençait à devenir une source de lézard dans les solidarités occidentales derrière Israël. Et euh on a vu avec quel succès effectivement Nathanahu a pu euh reconstituer le Front uniux autour de la cause israélienne dans sa lutte contre ce qui était présenté comme une menace existentielle, à savoir le programme nucléaire iranien. Ce serait pas la première fois que l'instrument devient la fin, c'est-à-dire que reconstituer une alliance qui est un instrument des relations internationales est plus importante que la finalité elle-même.
Puis on peut continuer. Peut-être s'agissait-il de jeter un voile pudique sur Gaza. Effectivement, depuis cette entreprise du 13 juin contre l'Iran, on ne parle pratiquement plus de Gaza où ça vient tout à fait en queue des journaux télévisés.
Et pourtant, les opérations à Gaza, il faut le noter, continuent, parfois se renforce. Euh dans la nuit euh de euh jeudi à vendredi euh une opération a fait 18 morts parmi celles et ceux qui venaient se révitailler auprès d'un convoi humanitaire. Donc euh moins parler de Gaza, c'est une façon euh de rendre l'opération génocidaire qui s'y déroule d'autant plus efficace.
Et puis on peut continuer. Euh on s'aperçoit que c'est un pavé dans beaucoup de mares diplomatiques. Euh dans la mar diplomatique trumpienne, faut pas l'oublier.
Euh la grande obsession du nouveau euh président des États-Unis, c'est de remporter un succès diplomatique. Il y en avait un qui était possible à travers un accord passé à client sur la question du nucléaire. Là, les négociations sont par définition et immédiatement rompues.
Jeter un pavé dans la mar de la diplomatie française avec ce fameux rendez-vous sur la Palestine qui devait avoir lieu euh cette semaine euh aux Nations-Unies. casser ou mettre à mal les tentatives de récupération par la diplomatie trumpienne euh des monarchies du golf. Euh il y a une tournée du président des États-Unis dans le golf qui s'est traduite notamment par des accords un peu sur le dos d'Israël.
Là, l'opération israélienne crée l'effroi dans la péninsule arabique et contribue à distendre les liens entre les États-Unis et ces nouveaux partenaires arabes. Donc ça fait beaucoup de choses. Ça fait beaucoup de choses.
Il est trop tôt pour savoir si c'est tout ça en même temps, ce qui est pas impossible ou si il convient de hiérarchiser toutes ces tous ces objectifs aussi divers et variés soit-il. [Musique] Alors, il y a effectivement dans la manière dont la question est posée un certain goût euh de retour, d'archaïsme dans ce qui s'est produit ces derniers temps. Une sorte d'archaïsme diplomatique reposant, vous avez employé le terme de bloc occidental, c'est exact. cette volonté à tout prix de préserver un bloc occidental qui n'a plus grand sens depuis la chute du mur du Berlin.
C'est quand même depuis 1989. Euh ça fait plus d'un/ers de siècle. Euh puis d'un siècle, l'Occident essaie désespérément de se maintenir alors que ce qui lui faisait face et lui donnait sens, le bloc soviétique a disparu.
Lorsque le bloc soviétique s'est effondré, le président des États-Unis de l'époque, George H. Bouche avait décidé de maintenir l'OTAN et il y a euh chez les principaux protagonistes de l'OTAN cette volonté de faire survivre euh ce bloc occidental, cet Occident, ce que Poutine appelle l'Occident collectif, ce que l'on appelle encore dans notre vocabulaire courant, pas seulement politique ou scientifique, l'Occident. Et effectivement euh le jeu de Nathanahou en particulier, mais de bien des euh euh premier ministre chef de gouvernement israélien avant lui a toujours été de présenter Israël comme la pointe avancée du bloc occidental dans le Moyen-Orient.
C'est pas une idée nouvelle. Si vous relisez Herz dans euh son euh sa volonté euh de promouvoir, d'inventer, de promouvoir le sionisme, l'idée était bien de s'établir euh au Prochorient de manière à faire avancer la civilisation occidentale face à ce monde musulman qui du temps de Herzel était encore décomposé et placé sous la tutelle de l'Empire ottoman. Mais l'idée a persisté et s'est même renforcé.
Et donc il y a une double idée et à mon avis qui est un double archaïsme, faire vivre à tout prix la spécificité occidentale avec l'idée de renforcer sa prétention et satisfaire sa prétention hégémonique et il y a de le réaliser à travers une alliance qui commençait à se relâcher. C'est cette convergence qui explique cette solidarité à un moment et c'est ça qu'il faut comprendre où l'alliance est complètement démodé. C'est fini le temps des alliances.
Si vous regardez le monde, il y a une alliance, une seule alliance militaire actuellement qui persiste dans le monde, c'est l'OTAN, c'est l'alliance atlantique. Et puis vous avez des multitudes de partenariats qui appartiennent à ce que j'appelle de manière peut-être un peu osé le polyamour diplomatique, c'est-à-dire où les États changent de partenaire au gré des circonstances, où les effets d'OBen viennent constituer, destituer et reconstituer les partenariats. Le bloc occidental fait exception. il se cristallise autour euh d'Israël ce qu'il n'a pas totalement réussi à faire autour de la cause ukrainienne.
Autre élément très important, on retrouve Carl Schmid et sa théorie de l'ennemi, c'est-à-dire quelle meilleure manière de se reconstituer en bloc qu'en désignant un ennemi. Depuis la chute de l'Union soviétique, depuis cette fameuse phrase prononcée en décembre 1989 par Gorbatchev à l'adresse de George H Bush, son homologue États-unien, l'URSS n'est plus intéressé à la compétition avec l'Occident. Donc c'était fini.
Il y avait plus d'ennemis et c'est une tragédie quand il n'y a plus d'ennemi pour un bloc qui veut demeurer bloc et qui veut satisfaire sa prétenion hégémonique. Alors on a cherché d'autres on a pensé à la Chine et puis la Chine n'a pas voulu jouer ce jeu de l'ennemi favori. Alors on a inventé des termes un peu bizarres de rivalité systémique comme si dans un système il y avait des rivalités.
On est ou système ou ou rival et et ça a pas collé avec la Chine et même si les États-Unis relancent cette opposition entre Chine et États-Unis, ça ne marche pas véritablement. Alors, on a cherché l'islam, mais l'Islam c'était une abstraction. Une abstraction qui a pris un sens tragique au moment des grands attentats terroristes, je pense au 11 septembre et puis qui peu à peu sàd cet ennemi n'a pas de visibilité. euh l'islamisme comme on dit avec plaisir et délectation euh en Occident qui se cristallise dans un certain nombre de mouvements euh au Moyen-Orient et dont on dit euh que euh l'Iran serait en quelque sorte le centre névralgique, ça reconstitue les habitudes conceptuelles.
On se retrouve dans le monde tel qu'on l'imagine. Et donc briser l'Iran qu'on appelle la République des Molas, briser cet islamisme que l'on présente comme étant une sorte de gigantesque complot articulé, structuré, organisé, centralisé. C'est une manière de vivre contre l'autre et et je suis très inquiet au moment où se perère la mondialisation de voir que au lieu de donner libre cours à l'idée d'interdépendance, de partenariat, de complémentarité qui fait l'ordinaire des nouvelles relations internationales, on essaie de les bloquer pour les ramener à l'ancienne vers l'opposition ami ennemi et on invente un ennemi qui bien entendu peut renvoyer à des situations fragmentaires réelle.
Il y a des organisations terroristes, il y a des organisations djihadistes, mais celles-ci sont loin de constituer un tout organisé et systémique. Et donc l'imaginer se cristallisant autour de l'Iran pour reconstituer un front commun contre lequel enfin on existe et non seulement on existe mais on a le rôle de la vertu. Ben c'est ce qu'il y a dans la tête de toutes celles et tous ceux qui ont joué ce rôle de réveil.
C'est le c'est en disant réveil, je dirais c'est le wisme à l'occidental. c'est-à-dire ou le wisme conservateur, c'est-à-dire reconstituer, réveiller des vieilles antinomie pour les ripeliner à la source du temps. [Musique] Le droit international a eu une histoire intéressante à suivre parce que c'est vrai qu'originellement ce droite internationale est un droit occidental.
Les géniteurs du droit international, ils ont pour nom euh Grossius Vatel et ensuite ces école de droit de la France a occupé une place tout à fait importante. Je pense à Gès et à beaucoup d'autres grands théoriciens du droit international. Et il y a eu cette dénonciation souvent d'ailleurs caricaturée de ce droit occidental comme étant un instrument de l'impérialisme.
Du temps de la guerre froide et de l'opposition est-ouest, le droit international était dénoncé comme tel. Et ensuite, lorsqu'on appelait d'abord le tiersmonde euh dans l'esprit de Bonung et du nonalignement, on avait tendance à dénoncer ce droit international comme étant produit exclusivement par l'Occident et il y avait une demande très forte de réappropriation du droit international par ces nouvelles puissances qui apparaissaient sur la scène internationale. Alors, tout ça a fait que en fait le droit international a été longtemps mis entre parenthèses.
Pendant la guerre froide et la bipolarité, le droit international n'avait qu'une place limitée et n'organisé que certains secteurs de la vie internationale à travers les institutions qui existaient qui étaient elles-mêmes plus ou moins manipulées au gré des circonstances. Depuis la fin de la bipolarité, le droit international a connu une très curieuse aventure parce que la dénonciation de son caractère monoculturel s'est poursuivi. Mais en même temps, et ça c'est quand même une source d'espoir, ce droit international n'a cessé de s'affirmer.
C'est-à-dire il est il a acquis une lisibilité, une visibilité qu'il n'avait pas auparavant. Alors, la Russie le viole de manière considérable, notamment à travers la guerre d'agression mené par Moscou contre l'Ukraine. Mais ce qui est intéressant, c'est que dans ce contexte nouveau débarrassé de l'absolutisme de la bipolarité, on s'aperçoit que le droit international gagne une capacité énonciatrice et stigmatisante, ce que les Anglo-saxons appellent le shaming.
Tout à fait intéressante. Quand par exemple la Cour internationale de justice s'exprime dénonçant le risque génocidaire dans les territoires palestinien, c'est essentiellement à Gaza mais aussi en Jordanie, lorsque la Cour pénale internationale lance un mandat d'arrêt contre Poutine puis ensuite contre Benjamin Nataniaou Joab Galand son ministre de la défense et les responsables du Hamas C'est une énonciation qui fit tilte, qui est qui marque la communauté international et on voit ce mouvement de bascule. Ceux qui se considéraient comme bafoués, ignorés ou marginalisés par le droit d'international se sentent rassuré par le fait que désormais ce droit touche ou cherche à sanctionner cherche à sanctionner des dirigeants issus de l'ancien monde, que ce soit de la Russie à travers Poutine ou que ce soit de ce monde occidental tel qu'incarné par Benjamin Nataniaou et son ministre de la défense France et ça c'est bon signe parce que ça prouve que enfin le droit international est entré de plein pied dans le langage des relations internationales.
Alors évidemment on me dira il manque l'essentiel. L'essentiel ce serait la sanction. Le grand problème du droit international, c'est que il n'a pas de sanction qui contraignent réellement euh euh le euh fauteur euh et euh c'est dit-on euh ses limites.
C'est vrai. Et moi ce que je retiens et qui teinte encore à mes oreilles, c'est que la seule énonciation commence à être une sanction immatérielle, symbolique mais stigmatisante et qui probablement peu à peu vient structurer la vie internationale. Alors évidemment, on trouvera toutes les astuces de la terre pour ne pas exécuter le mandat d'arrêt contre Nathaniaou et et Galante et contre Poutine également.
On trouvera les arguments les plus falaux, parfois même les plus ridicules, mais il reste que euh il y a une parole et cette parole du droit international, je ne connais pas dans l'histoire des relations internationales de moment où elle a été si forte et si déterminante des comportements sociaux. [Musique]
Xavier Bertrand