Agnès Evren : "La protection de l'enfance dépasse les clivages partisans" - Vidéo
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– Et Agnès Elouane, vous êtes signatrice à l'Aire de Paris et vous êtes donc rapporteure de cette mission d'information sur les violences dans le péri-scolaire, vous en êtes à l'origine. C'est vous qui avez poussé pour qu'elle soit créée. Le scandale qui a éclaté pendant les municipales à Paris, depuis le parquet, a ouvert des enquêtes sur 84 écoles maternelles, une vingtaine d'écoles élémentaires et une dizaine de crèches. Depuis le début de l'année, 132 animateurs ont été suspendus.
Mais les signalements ne se limitent pas à Paris. Et on l'a vu hier lors de vos premières auditions. Et c'est pourquoi vous souhaitez plus largement faire la lumière sur le péri-scolaire. D'abord, Agnès Elouane, pour qu'on comprenne bien, pourquoi vous avez souhaité vous pencher sur ce scandale du péri-scolaire ? D'abord parce qu'on a tous été sidérés quand, il y a un an, au mois d'avril 2025, on a entendu ce qui s'est passé, via la presse d'ailleurs, à l'école Alphonse Baudin,
où on a vu qu'il y avait des pédocriminels qui avaient agi sur des enfants. On parle d'enfants de 2 ans, de 3 ans, de 4 ans, de 5 ans. Et donc, il me semblait... Il me semblait essentiel qu'en tant que responsable politique, on puisse prendre nos responsabilités. Et aujourd'hui, c'est pour ça qu'il faut contextualiser ce sujet. Moi, je considère en France que la protection de l'enfance est un sujet qui a été trop longtemps sous-traité et que la parole de l'enfant, beaucoup trop minimisée, mise en doute, voire ignorée.
Et donc, j'ai demandé cette commission d'enquête. D'ailleurs, Gérard Larcher m'a apporté un soutien absolument constant. Et on se rend bien compte, en fait, qu'aujourd'hui, le scandale du périscolaire à Paris concerne aussi plusieurs villes en France. Ça a été dit hier, 70 départements, 16 régions. Et donc, aujourd'hui, on doit faire la lumière pour les parents parce que les familles, aujourd'hui, n'ont plus confiance, non seulement dans les communes, puisque ce sont les communes, en fait,
qui ont la responsabilité du périscolaire, mais non plus dans le service public de l'éducation nationale parce que les parents ne peuvent pas comprendre que dans un lieu sacré comme Paris, comme l'école, on puisse craindre pour la sécurité de son enfant. Ça veut dire, pour qu'on comprenne bien, que votre mission d'information, qui a les pouvoirs d'une commission d'enquête, elle ne cible pas particulièrement la mairie de Paris ? Non, et vous savez, la protection de l'enfance,
elle dépasse les clivages partisans. L'enjeu, là encore, c'est de se dire que, aujourd'hui, à l'heure actuelle, on a chaque année 160 000 enfants qui sont victimes d'actes pédocriminels. C'est un enfant toutes les trois minutes. Et pourtant, il y a seulement, il y a les classements sans suite, c'est 90 %, ces chiffres sont vertigineux. Donc l'enjeu, ce n'est pas de savoir si c'est Paris, si c'est de rejouer un match politique des municipales. Absolument pas.
Cette commission, elle est évidemment transpartisane. Et donc, je le redis, l'enjeu, c'est de mettre fin à cette omerta, à ce déni qui, pour ma part, à mes yeux en tout cas, est totalement systémique en France, y compris dans les communautés scolaires où chacun se renvoie la main. On se renvoie la balle, et on l'a vu hier à l'audition, parce qu'il y a en fait une forme de zone grise. Le périscolaire est en France un angle mort. Pourquoi ? Parce qu'il y a, il faut le savoir,
et ça, c'est illisible pour les familles, une direction bicéphale où on a d'un côté, en fait, le scolaire qui dépend évidemment de l'éducation nationale et le périscolaire qui dépend des collectivités. Sauf que pour toutes les familles, il n'y a pas de frontière entre les deux, théoriquement. Et chacun se renvoie la balle quand il y a des actes, des délits qui sont commis, on va voir la directrice d'école qui dit « Ah, mais ça, c'est pas de ma responsabilité,
c'est de la responsabilité de la collectivité. » Quand ils vont voir les maires, les maires ne sont pas informés, ils disent « Attention, il y a une enquête judiciaire, je ne peux rien dire. » Et c'est ce silence, en fait, qui fait que l'OMERTA est, j'allais dire, entretenue. Et donc, c'est non-assistance à personne en danger aujourd'hui. Qui vous allez auditionner ? On va parler dans quelques instants avec Audrey de ce que vous avez fait hier, les premières auditions des associations,
mais est-ce que vous allez auditionner, par exemple, à Nidalgo, Emmanuel Grégoire, l'actuel maire de Paris ? Oui, bien évidemment, je vais auditionner. Vous savez, l'enjeu de cette commission, dans un premier temps, c'est d'abord d'établir une cartographie. L'État a failli de ce point de vue. L'État est en incapacité d'avoir une vision nationale et globale. Pourquoi ? Parce qu'en fait, le périscolaire est géré par secteur dans chaque commune. Et donc, SOS Périscolaire a fait un travail remarquable, d'ailleurs,
pour commencer, en fait, à faire une cartographie. On va en parler. Et ça, c'est le premier objectif. Le second, c'est de pointer les responsabilités et les failles au plan national, recrutement, formation, organisation du périscolaire, et dans un troisième temps, faire des recommandations. Mais écoutez, évidemment, tous les responsables politiques, parce qu'à la différence de toutes ces villes, Paris, en 2015, avait été alertée via un rapport de l'inspection générale
qui disait, attention, les process ne sont pas clairs, les process sont très permissifs. Et donc, on le sait, les pédocriminels sont attirés par les maternelles, les élémentaires, où ils peuvent vivre leur délire. Attention, attention, et malgré ça, aucune initiative n'a été faite. Donc, Paris, c'est un cas particulier. Vous dites, la mairie, les élus, ils n'ont rien fait ? Absolument. Ce qui n'est pas le cas dans les autres villes ? Eh bien, on va enquêter, justement.
En tout cas, vous savez, la non-dénonciation d'un crime est un délit. Et c'est ce qui s'est produit à Paris. Alors, on va justement regarder ce qui s'est passé hier. Puisqu'on le disait, vous avez donc lancé vos travaux. Une mission d'information qui a les pouvoirs d'une commission d'enquête, ça veut dire qu'elle peut, si besoin, mener des auditions sous serment. Et hier, pour commencer, Audrey, ce sont les associations de victimes, SES Périscolaire, Innocence en danger
et MeToo École, qui étaient entendues. Et on le disait, on constate que le Périscolaire, finalement, c'est une zone grave. Oui, Auriane, parce qu'il n'existe aujourd'hui aucune donnée nationale sur cet accueil qui concerne pourtant entre 3 et 4 millions d'enfants chaque jour. Quand on parle du Périscolaire, on parle de l'accueil le matin et le soir en dehors des horaires de l'école, de la cantine, mais aussi des activités du mercredi, des vacances scolaires,
des temps qui sont organisés par les communes. Commune par commune, sous la responsabilité des mairies, vous l'avez dit, ce n'est pas l'éducation nationale qui s'en charge. Résultat, personne n'est capable de dire précisément combien de structures existent dans le public, dans le privé, combien d'enfants elles accueillent et surtout, combien de faits et quels sont les faits et violences recensés. C'est d'ailleurs l'un des premiers objectifs de votre mission, établir un état des lieux.
Alors, une information peut-être, même si elle est très parcellaire. SOS Périscolaire, hier, dit avoir été contacté par 530 familles dans 70 départements et donc 16 régions, en métropole et en Outre-mer et tout ça depuis 2021, preuve que le phénomène dépasse largement le périscolaire parisien. Alors, il y a quelque chose, moi, qui a retenu mon attention hier dans les auditions, c'est qu'il existe deux formes de périscolaire et notamment une forme de périscolaire dit de garderie
où il n'y a aucun contrôle. Oui, en fait, il faut bien comprendre que les communes, parfois, ne déclarent pas ce qu'on appelle les accueils collectifs de mineurs, ACM, et donc n'ont pas les mêmes obligations que dans les villes qui, elles, ont déclaré. Et donc, quand on a déclaré aux autorités accueils collectifs mineurs, on a des obligations. BAFA,
taux d'encadrement, formation, qualification. Or, là, aucune obligation. Et donc, les communes peuvent recruter par exemple le jardinier municipal qui va faire de la garderie. Et c'est là où, en fait, il y a une zone, une zone grise, c'est qu'en fait, il y a une telle hétérogénéité. Moi, je pense qu'il faudra d'ailleurs harmoniser pour qu'on puisse vérifier la vocation, en fait, des animateurs qu'on emploie, leur qualification parce que c'est une vocation. Prendre un jardinier
municipal, ça s'est produit dans certaines communes, il n'a pas l'empathie, il n'a pas la considération, il n'a pas tout simplement l'habitude d'être au contact des enfants. Et c'est ça qui crée un vrai problème. Et les associations, Audrey, elles permettent d'un problème systémique. Oui, elles insistent sur un point, il ne faut plus considérer ces affaires comme des cas isolés. Selon elles, il existe des dysfonctionnements profonds dans l'organisation du périscolaire qui
créent les conditions de ces violences. On les écoute. C'est une même mécanique qui est un peu réglée comme une horloge. C'est la famille qui alerte quand il y a un cas. C'est l'institution qui bien souvent minimise ou alors se tait, ne donne plus de nouvelles. Et l'agent qui reste en poste, bien souvent, ou alors qui change d'école pour continuer ailleurs, soit dans une autre ville, soit même juste dans l'école privée d'à côté, ce n'est pas un problème.
Aujourd'hui. Et la famille qui insiste et qui subit des pressions, soit par l'institution, soit par la mairie, soit par l'école. Et c'est l'enfant, bien sûr, toujours qui trinque. Cette répétition d'un bout à l'autre du pays, ce n'est pas une marque d'accident isolé, c'est bien la signature de ce système-là. Alors, vous commencez les auditions, mais vous l'avez un peu évoqué. Pour vous, c'est systémique ? C'est systémique. Les chiffres sont glaçants.
110 écoles, vous l'avez dit, à Paris, 84 écoles maternelles, 20 élémentaires, 10 crèches. À Montreuil, par exemple, 52 écoles, 11 sont concernées. Dans le département du Rhône, 55 animateurs suspendus. Donc, le sujet, et c'est là où il faudra regarder toute la chaîne de protection de l'enfant. À Paris, par exemple, le vrai sujet pour moi, il est dans l'application de la réforme des rythmes scolaires de 2013, où il a fallu, parce que ça a été un passage
en force, recruter massivement des animateurs, même des milliers, et que donc, entre le recrutement très peu regardant parce qu'il fallait boucher des trous, en fait, on a pris des vacataires, la formation n'était pas suffisante. Vous savez qu'aujourd'hui, le BAFA, en fait, tout le monde l'a. C'est deux jours de formation. Comment est-ce qu'en deux jours, on peut apprendre un métier, encore une fois, qui est très sensible, puisque c'est la protection de l'enfance.
Voilà. Donc, le sujet est systémique. Et l'enjeu, c'est de voir comment est-ce qu'on peut, justement, dans toute cette chaîne de protection, depuis le recrutement jusqu'aux évolutions législatives et pénales, faire en sorte qu'aujourd'hui, la circulation de l'information, soit plus importante. On a passé beaucoup de temps hier là-dessus parce qu'il y a une omerta systémique au sein des écoles. C'est-à-dire que dès qu'un parent apprend qu'il y a un délit ou un crime, il va voir la directrice
d'école et elle dit, attention, il ne faut pas affoler les autres parents. Mais ne pas affoler les autres parents, ça augmente l'angoisse parce que désormais, tout se passe dans des boucles WhatsApp. On va nous dire, tiens, aujourd'hui, tel animateur a été suspendu sans dire les raisons pour lesquelles. Vous savez, j'ai été très touchée. J'ai un parent qui m'a dit, moi, j'ai la chance, dans mon malheur, de savoir que mon enfant a le statut de victime. Il est victime. Mais d'autres
parents ne savent pas encore s'ils sont victimes. Il y a aussi tout le problème de la brigade de protection des mineurs, où on sait qu'en fait, la parole de l'enfant s'efface au bout de 2-3 mois. Et il y a aujourd'hui, par manque de moyens, des délais qui sont beaucoup trop longs et donc des enfants qui, pendant des mois, n'ont pas été entendus. Donc moi, cette circulation de l'information, je reviens sur le fait que ce soit systémique. C'est qu'en fait,
à tous les niveaux, il y a des obstacles sur la libération de l'enfant. La parole. Parce que certains parents ne veulent surtout pas savoir. Parce que certains directeurs d'école pensent que ce n'est pas de leurs compétences. Voyez, à chaque fois, chacun se renvoie la balle. Moi, je pense qu'il faut que tous les parents qui ont été témoins ou qui savent des choses, devraient s'exprimer aujourd'hui. Et ce sujet de l'information des familles, il en a été
question hier, Audrey. Oui, parce que, vous l'avez dit, certaines familles ne savent même pas si leur enfant a été victime. Concerné, résultat, justement, les victimes ne peuvent pas être prises en charge correctement, ni même entendues. Et alors, c'est ce qui a révélé l'audition d'hier, ces situations, elles perdurent, même après la déflagration du périscolaire parisien, dans une école à Agnières, commune limitrophe de Paris.
Hier, j'ai été informé de ce qu'une procédure de suspension avait eu lieu dans l'une des écoles, l'école Concorde à Agnières-sur-Seine, et de la même manière que dans plein d'autres situations, et malgré tous les retours qu'on a pu avoir de ce que la réponse n'était pas suffisante, eh bien, la mairie fait le black-out. On n'a aucune information donnée ni aux parents, ni évidemment aux personnes concernées, ce qui est absolument dramatique. Il n'y a pas de réunion publique, il n'y a aucune
information sur la nature des faits qui ont été reprochés à la personne mise en cause, aucune information sur la période non plus des faits qui sont reprochés à cette personne. Ça vous surprend, ça vous interpelle que même à la lumière des scandales qui ont été révélés, il n'y a encore aucune information. Parce que, je vous le disais, l'OMERTA est encore très puissant, et l'OMERTA est puissant, pas seulement au niveau des écoles, mais au niveau de l'État aussi.
Il faut savoir qu'aujourd'hui, les parents sont complètement paniqués, parce qu'on voit encore de ce type d'informations, et qu'il y a un chiffre qui est très inquiétant et qui démontre désormais la défiance qu'il y a vis-à-vis des communes et vis-à-vis de l'éducation nationale. On a 13% à Paris d'inscriptions en moins dans les centres de loisirs pour cet été. C'est-à-dire que des enfants, désormais, ça va être le système D. Les parents vont s'arranger. L'un ne va pas
aller travailler pour garder son enfant. L'autre va faire du télétravail. Cette défiance, elle est anormale. Et moi, encore une fois, le sujet de la confiance est aussi important que celui de la sécurité. Comment se fait-il aujourd'hui que dans nos écoles, encore une fois, dans un lieu qui est censé être sacré, on puisse craindre pour l'intégrité physique de son enfant ? Ça, c'est inadmissible, et moi, je ne l'admets pas. Et je pense, encore une fois, à tous ces parents que j'ai au téléphone,
et qui sont encore aujourd'hui traumatisés, vous savez, dans certaines familles, ça fait remonter aussi des faits qui sont très anciens, qui ont été tués depuis très longtemps. C'est un véritable séisme dans les familles qui sont concernées. Et on le disait, cette question des violences dans le périscolaire ne se limite pas à Paris. On va aller à Marseille. Justement, on retrouve Pascaline Lécorché. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes
adjointe au maire de Marseille, en charge de l'éducation et du périscolaire. Chez vous, un seul cas de violence a été recensé. De quelle manière la municipalité a réagi ? Alors, je tiens déjà à préciser que c'est un seul cas qui a été recensé, gravissime ces derniers mois, sur les violences sexistes et sexuelles. Mais qu'en réalité, évidemment, qu'il y a des cas qui peuvent être remontés également par ailleurs, notamment des cas qui peuvent être remontés pour les violences
intrafamiliales, mais également des violences ordinaires ou tout type de violences, quelles qu'elles soient. Ce cas-là qui nous a été remonté, évidemment, il a été pris à bras-le-corps, toutes ces situations. C'était il y a quelques mois maintenant, dans une école du centre-ville, où un intervenant qui se rendait dans cette école pour des raisons techniques a commis une agression sexuelle sur un enfant et évidemment, tout de suite, une cellule a été mise en place
en lien avec l'éducation nationale. Un lien a été fait avec les familles de manière à ce qu'il y ait une information qui puisse être donnée. Il y a eu un rétexte, un retour d'expérience aussi de cette situation pour comprendre ce qui s'était passé, et évidemment, pouvoir réagir. Mais je tiens aussi à vous dire que nous, depuis 2023, nous avions mis en place à la ville de Marseille une mission droit des enfants qui a été enrichie en 2024 pour devenir
une mission de lutte contre les violences faites aux enfants, et qu'en 2026, c'est une adjointe qui a été nommée au droit des enfants, en plus de mon adjointure à l'éducation et au périscolaire, de manière à ce que ce sujet soit traité de manière massive et à la hauteur des enjeux. – Écoutez, je me dis, ce serait intéressant de vous auditionner justement, parce que voilà, il y a des lieux où ça se passe bien. On a vu hier d'ailleurs un témoignage d'un animateur
qui avait embrassé sur la bouche un élève et qui a été condamné. Et c'est comme ça qu'il faut agir. En fait, le sujet, c'est aussi d'ailleurs le traitement des signalements. Et à Paris, on a vu qu'il y avait une chaîne de défaillance, c'est-à-dire que parfois, il n'y a même pas de signalement. Et une des auditionnées d'ailleurs le disait, je crois que c'est SOS Périscolaire, les maires, parfois, ne savent même pas qu'ils peuvent faire un article 40. Ils ne savent même
pas que l'article 40 existe. Or, n'importe quel citoyen aujourd'hui, s'il a pris connaissance en fait d'un délit ou d'un crime, peut immédiatement saisir le procureur. Et donc, moi, je suis rassurée, parce qu'il faut aussi le dire. Vous savez, il y a 90% des animateurs qui font parfaitement bien leur travail. Mais aujourd'hui, encore une fois, je le redis, il n'y a pas suffisamment de contrôle et de recrutement en amont qui vérifient en fait la vocation et les profils.
Et ça, ça me semble vraiment essentiel. Mais ça m'intéresserait d'avoir le cas de Marseille pendant nos auditions. Merci, madame. Pascaline Lécorchet, qu'est-ce que vous attendez, vous, de cette mission d'information au regard de votre expérience d'élu et de ce que vous vivez à Marseille ? Alors, déjà, je voudrais aussi rajouter, par rapport à ce qui vient d'être dit, en disant que tout va bien à Marseille, je pense que, comme nous, ce qu'on a décidé de prendre en main,
c'est cette question fondamentale et de se dire que, encore une fois, on ne doit plus regarder les choses en face, on se doit d'être à la hauteur et on a la responsabilité des enfants qui nous sont confiés sur le temps scolaire et périscolaire. Le maire de Marseille a utilisé vendredi dans l'hémicycle le mot « intraitable ». Moi, je voudrais parler aussi d'intransigeance et c'est vraiment la manière avec laquelle on veut travailler. Ça ne veut pas dire qu'aujourd'hui, tout est encore
bien fait, il y a une marge de manœuvre et donc nous sommes justement dans la disposition de nous améliorer, de mettre en place cette stratégie pour les violences faites aux enfants, de manière transversale à la ville de Marseille et, en particulier, en ce qui me concerne, dans le milieu scolaire et périscolaire. Ce que nous, on attend, je dirais, d'une mission parlementaire comme celle-ci, c'est justement qu'elle objective un certain nombre de chiffres.
Je crois qu'aujourd'hui, il y a vraiment un tabou encore très présent sur ces questions des violences faites aux enfants et qu'il faut lever absolument ce tabou et pour le lever, on a besoin d'avoir des chiffres, de connaître la réalité des faits pour pouvoir également la prendre en charge de manière adéquate. Oui, d'ailleurs, c'est, comment dire, c'est le commencement, justement, de cette commission d'enquête d'avoir un état des lieux, c'est ce que vous disiez, exhaustif
parce qu'aujourd'hui, il n'y a pas de recensement national parce qu'encore une fois, c'est cette zone grise, c'est cet angle mort qui est le périscolaire où, en fait, chaque commune gère son périscolaire et c'est ça la difficulté, c'est qu'en l'occurrence, comme parfois, il y a des affaires qui ne sont pas judiciarisées, il est très, très difficile, en fait, de savoir à peu près, précisément, le nombre de traitements, de signalements. Donc, c'est notre premier objectif,
c'est pour ça que je proposais éventuellement de vous rencontrer lors d'une audition, mais est-ce qu'il y a eu tout de même des signalements qui ont été faits dans d'autres villes de Marseille ? Parce que là, vous donnez un exemple, mais j'ai entendu dire qu'à Marseille, il y avait quand même aussi quelques délits qui avaient été signalés. Alors, je vous parle là du fait le plus grave avéré chez nous. Nous avons mis en place, à la ville de Marseille, il y a quelques mois,
une adresse signalement pour être en mesure de centraliser l'ensemble des doutes qui sont remontés à la ville de Marseille, d'où qu'ils viennent, par ailleurs, d'où qu'ils viennent. Et tous ces doutes sont traités selon ce qui ressort. Tout est transmis au département, c'est partagé le cas échéant avec l'éducation nationale et évidemment avec les acteurs du périscolaire pour que la décision puisse être en adéquation avec le signalement qui est fait. Donc, évidemment,
nous avons un nombre de signalements qui est effectivement de quelques dizaines depuis le début de l'année et qui ont été traités de manière à ce que ces signalements ne se transforment pas en fait. Et lorsqu'il y a des faits, il peut y avoir, il y a eu, il y a quelques semaines, un fait de violence qui n'est pas caractérisable par de la violence sexiste ou sexuelle, mais il y a un fait de violence et l'animateur a immédiatement été suspendu. Donc, des signalements, il y en a.
Ils sont traités dans les 48 heures pour que, en effet, ces signalements, ne donnent pas lieu à des faits si ça n'a pas encore été fait ou ne s'étendent pas et que la personne qui est mise en doute puisse être retirée du contact des enfants immédiatement. Mais qui a fait le signalement ? Est-ce que vous-même, vous avez été amené à en faire ou non ? En tant qu'élu, non, puisque en fait, c'est au niveau des écoles, c'est du terrain que doivent partir ces signalements.
Les élus peuvent le faire aussi. C'est bien ce qu'on reproche à la Ville de Paris, les élus peuvent le faire. Oui, si j'en avais connaissance, évidemment. Mais nous, les signalements, quand ils m'arrivent, ils ont déjà été pris en compte et moi, je suis les ensembles des signalements qui sont faits au niveau de la Ville de Marseille par les personnes qui sont sur le terrain. Évidemment que moi aussi, je peux en faire si jamais j'ai une connaissance et je le ferai,
évidemment, et toute personne qui aura connaissance d'un fait de cette nature à la Ville de Marseille, qu'il soit élu ou non, a le devoir de faire ce signalement et nous avons le devoir de traiter ce signalement. Merci beaucoup. Merci, Pascaline Lécorché, d'avoir été avec nous adjointe au maire de Marseille, en charge de l'éducation et du périscolaire. On entend ce que demandent les élus. Audrey, pour terminer, que demandent les associations ? Eh bien d'abord, une meilleure prévention,
meilleure formation des animateurs aussi. Elles souhaitent aussi que les contrôles ne se limitent pas au moment du recrutement, car certains fichiers mettent du temps à être mis à jour, donc ils veulent que les contrôles soient réalisés tout au long de la période d'embauche. Autre sujet soulevé, les outils de vérification des antécédents. Les associations estiment que les fichiers actuels présentent des limites, notamment parce que certaines mises en examen
n'y figurent pas. Et c'est là que le gros du sujet arrive. Elles demandent que le principe de précaution soit davantage appliqué lorsqu'un professionnel fait l'objet de soupçons graves, même sans condamnation définitive. D'après vous, est-ce qu'il faut un principe de précaution dès la mise en examen, même sans condamnation ? Oui, alors il faut faire attention à ne pas tomber dans les excès. Désormais, le principe de précaution égale suspension fait qu'on a des animateurs qui sont chez eux
parce qu'ils ont tiré par la manche un enfant. Et qu'ils sont, je le dis, au bord du suicide. Parce qu'en fait, ils sont chez eux depuis six mois sans aucune information, sans aucune perspective, en fait, sur le fait de retourner ou non devant l'école. Donc il faut avoir du discernement et c'est le cas de le dire, du bon sens. Attention, encore une fois, à ne pas jeter l'opprobre sur tous les animateurs. Mais moi, je suis pour le principe de précaution
par principe, c'est-à-dire que dès lors qu'il y a une suspicion, évidemment qu'il faut retirer l'animateur. Mais attention, encore une fois, aujourd'hui, il y a des situations où les animateurs sont chez eux et sont assez traumatisés aussi. Alors que pour le coup, pour certains, ils n'ont rien à se reprocher. Merci, Agnès Evren va nous parler du début de cette mission d'information commission d'enquête. Le rapport, il est attendu ? Pour l'automne.
Et on suivra, évidemment, avec attention vos travaux. Un petit mot politique avant de terminer. On l'a vu dans le journal ce matin, dans le Figaro, Laurent Wauquiez, qui dit, en parlant de Bruno Retailleau, sans le citer toutefois, il faut savoir se retirer si nécessaire, et ce, pour éviter un duel entre le RN et la France Insoumise. À la présidentielle, est-ce que c'est un peu le coup de poignard fatal pour Bruno Retailleau ? Est-ce qu'on peut rassembler le pays quand on n'arrive pas
à rassembler son parti ? Écoutez, franchement, cette désunion, elle panique nos électeurs parce que l'enjeu, c'est la qualification au second tour. Et moi, ce que j'ai envie de dire à Laurent Wauquiez, je comprends son idée de vouloir rassembler toute la droite, mais pourquoi est-ce que en fait, Gabriel Attal et Édouard Philippe se décideraient, eux, au mois de février 2027, puisqu'ils ont décidé d'un accord, à cause de revoyure, ils se décideraient
quand nous, on est en juillet 2026 et on doit d'ores et déjà se retirer. Ça n'a pas de sens, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de raison qu'il y ait aujourd'hui 50 nuances de gauche entre des candidats, gauche sociale-démocrate, gauche radicale, gauche républicaine, et qu'on dise à des millions d'électeurs qui veulent une offre politique de droite, vous avez le choix entre ou le centre, ou le RN. Eh bien, moi, je dis, au milieu, entre le centre et le RN,
il y a la droite. Nous n'allons pas mettre notre drapeau dans la poche, et Bruno Retailleau, aujourd'hui, il porte tout simplement le drapeau des Républicains, parce qu'il y a des électeurs de droite qui, par définition, veulent voter à droite. Merci, Agnès Evren. Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
Agnès Evren