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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 1 juillet 2024 13 min

Législatives : "C’est une défaite pour notre majorité, pour notre camp", affirme Bruno Le Maire

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

France Inter, Législative 2024, Nicolas Demorand.

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Invité

Et le 7-10 est en édition spéciale au lendemain du premier tour des Législatives avec Yael Gauze. Nous recevons deux invités dans une quinzaine de minutes, Marine Thondelier, et tout de suite le ministre de l'Économie et des Finances. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Nicolas Demorand. Et merci d'être au micro d'Inter au lendemain d'une élection historique. Le RN et ses alliés arrivent en tête avec plus de 33% des voix, suivi du nouveau Front Populaire avec 28%. La majorité présidentielle chute, elle, à 20%. Comment qualifiez-vous ce matin le paysage politique français ? Avez-vous la gueule de bois, pour le dire simplement ?

0:51
Bruno Le Maire

C'est une défaite. C'est une défaite pour notre majorité, c'est une défaite pour notre camp. C'est effectivement un moment historique de recomposition des forces politiques dans notre pays. Et moi ça m'en plie de beaucoup de tristesse. De beaucoup de tristesse parce que je vois des millions d'électeurs qui savent parfaitement que le Rassemblement national est un danger pour notre nation, n'apporte aucune des réponses nécessaires aux questions de nos compatriotes. et qu'aujourd'hui, le vrai risque, c'est de voir arriver le RN avec une majorité absolue dimanche prochain.

Et donc le combat des jours qui viennent, c'est d'abord des combats pour nos députés, pour ceux qui sont en lice pour le second tour et qui doivent gagner. Je vais m'engager totalement pour ces parlementaires de la majorité dans les jours qui viennent. Et puis le combat, c'est de nous battre pour que le RN n'ait pas la majorité absolue dimanche prochain.

1:45
Présentateur

Est-ce que vous diriez qu'Emmanuel Macron a raté sa dissolution ?

1:49
Bruno Le Maire

Je pense que le sujet n'est pas le président de la République. Et j'ai envie de dire à tous les Français qui s'inquiètent aujourd'hui que le vrai sujet, c'est la France et les Français. Et que le seul motif d'espoir que nous ayons ce matin, après ce premier tour hier, c'est les qualités immenses de la France qui restent là. Une élection est une élection, c'est un moment de l'histoire. Mais la vraie histoire de notre pays, elle se joue sur nos territoires, avec nos forces, avec notre puissance industrielle, avec notre créativité, avec notre science, avec l'engagement et la générosité des Français. Et ça, aucune élection ne l'effacera jamais.

La France et les Français, c'est ce sur quoi il faut rebâtir désormais.

2:22
Invité

Mais sincèrement, vous ne vous dites pas quand même pourquoi cette dissolution ? Pourquoi a-t-il pris cette décision ? Sincèrement, Bruno Le Maire.

2:32
Bruno Le Maire

Le temps des pourquoi, il viendra plus tard. Aujourd'hui, le temps, il est au combat. Il reste 7 jours pour éviter que le Rassemblement national ait la majorité absolue. Depuis 20 ans que je suis engagé en politique, Nicolas Demorand, je me suis toujours, toujours, toujours battu contre le Rassemblement national. Je me suis battu dans ma circonscription, à trois reprises, contre des candidats du Rassemblement national, et je les ai battus à trois reprises. Je me suis battu aux côtés de Jacques Chirac, dont on connaît l'engagement total et sans réserve, contre le Rassemblement national.

Je me suis battu dans mes fonctions de ministre de l'économie et des finances, contre les lubies du Rassemblement national et des propositions, dont on sait qu'elles n'aideront pas les Français. Parce que ça me fait mal au cœur de voir tant de nos compatriotes séduits par des propositions économiques et financières, comme la baisse de la TVA, qui vont aller dans la poche des pétroliers et des distributeurs, et jamais dans la poche de nos compatriotes, et qui vont creuser encore un peu plus les déficits et la dette de l'État. Donc je continuerai ce combat. Le Rassemblement national ne doit pas avoir la majorité absolue dimanche prochain.

3:31
Présentateur

On met les sous-titres, ça veut dire Front Républicain dans cet entre-deux-tours contre le RN, pour faire barrage, Bruno Le Maire, c'est la question qui s'est imposée toute la soirée d'hier. Les consignes de vote du camp du bloc central, on a vu tout un nuancier dans votre camp. Edouard Philippe, pour Horizon, a dit ni RN ni LFI. François Bayrou, c'était du cas par cas. Quant à Guerrier-Lattal, c'est le désistement. Pas une voie ne doit aller au RN. Pourquoi autant de nuances ?

3:58
Bruno Le Maire

Ça vous demanderait à chacun, je pense que ce sont des votes de conscience. Nous ne sommes pas dans une élection ordinaire. C'est une élection historique, j'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises avant le premier tour, que c'était l'élection qui aurait les conséquences les plus graves pour notre République. Ça d'accord, mais vous vous dites quoi dans notre deux tours ?

4:16
Présentateur

C'est quoi votre Front Républicain à vous, Bruno Le Maire ?

4:18
Bruno Le Maire

Moi je dis très simplement que nous devons nous battre pour nos électeurs. Et j'appelle également tous nos électeurs, lorsque nos candidats ne sont pas au second tour, à voter pour un candidat du camp social-démocrate. C'est-à-dire ? C'est-à-dire un représentant du Parti Socialiste, du Parti Communiste ou des Verts. J'appelle tous nos électeurs qui pourraient avoir des manifestations. Elle est fille, la France Insoumise, donc c'est comme Edouard Philippe. Non, je combats le Rassemblement National, mais je ne vote pas pour la France Insoumise. Je ne vote pas pour la France Insoumise parce que la France Insoumise a pris des positions qui sont contre la nation française.

Parce que la France Insoumise c'est le communautarisme, parce que la France Insoumise c'est l'antisémitisme, parce que la France Insoumise c'est la violence, parce que la France Insoumise c'est un député qui joue avec l'effigie d'un ministre sur une tête de ballon, et je ne veux pas ça pour la France. Donc un député LFI est aussi dangereux qu'un député RN pour vous ? Je ne mets jamais de signe égal entre la France Insoumise et le Rassemblement National. Je pense que c'est un raccourci qui ne tient pas compte ni de l'histoire, ni de la mémoire, ni des individus.

Mais je redis que pour moi la France Insoumise est un danger pour la nation, comme le Rassemblement National est un danger pour la République. Je suis stupéfait de voir à quel point on est passé vite sur le fait que le Rassemblement National voulait rétablir le droit du sang, en opposition complète à des siècles d'histoire de notre République. que le Rassemblement National a pointé du doigt des binationaux. Je connais une foule de binationaux autour de moi qui occupent des postes stratégiques et qui les occupent avec un amour de la France et un sens du devoir absolument total.

Ça peut être le directeur du cabinet du ministre des Affaires étrangères ou le ministre de l'Industrie lui-même, qu'elle révolte au fond de moi d'entendre le Rassemblement National pointer du doigt les binationaux. Mais la France Insoumise est un danger pour la nation. Le Rassemblement National est un danger pour la République. On ne choisit pas un danger au profit d'un autre. Mais quel est le danger le plus immédiat, Bruno Le Maire ? C'est d'avoir aujourd'hui le Rassemblement National qui est la majorité absolue, mais vous ne combattez pas un danger immédiat en préparant des dangers futurs. Je pense que ce n'est pas ça la politique.

Il faut prendre des positions qui sont des positions de principe et pas des positions de circonstance. Si on construit des positions de circonstance pour bâtir des majorités de circonstance, croyez-moi, la réalité s'en souviendra et nos compatriotes également.

6:34
Invité

Pascal Canfin, eurodéputé Rignoux sur Inter hier soir, disait que c'était à votre tour de faire ce que les électeurs de gauche ont fait en 2017 et 2022 pour faire barrage à Marine Le Pen en élisant Emmanuel Macron. Que dites-vous aux électeurs de gauche, y compris ceux de la France Insoumise, qui à deux reprises ont fait ce choix-là ? Ont voté Emmanuel Macron pour faire barrage ?

7:01
Bruno Le Maire

Mais depuis 2017, Écola Demorand, on a vu ce qu'est la France Insoumise. On a vu la manière dont elle attaquait la police, les agents de sécurité, la manière dont elle répandait la violence et la haine. On a vu la façon dont la France Insoumise a joué avec l'antisémitisme. On ne peut pas se compromettre avec la France Insoumise. Et le vrai sujet, c'est la manière dont les socialistes, les verts, les communistes, beaucoup de personnalités d'ailleurs pour lesquelles j'ai du respect, avec lesquelles je pourrais travailler, se sont acoquinés avec la France Insoumise, et dans le fond, ont mis les valeurs de côté.

Le fond de cette élection, Nicolas Demorand, c'est que deux choses ont été mises de côté. Les valeurs et les réalités économiques, financières et internationales. Et ça donne ce résultat. Ça donne ces choix si difficiles. Les valeurs ont été mises de côté, parce que des personnalités pour lesquelles j'ai beaucoup de respect. Prenez un Raphaël Glucksmann. J'ai beaucoup de respect pour Raphaël Glucksmann. Je l'écoute, je ne suis pas toujours d'accord avec lui. Mais j'ai du respect.

Et quand je le vois rejoindre la France Insoumise, toute honte, but, un parti qui a défendu l'antisémitisme, qui est une ligne rouge absolue de notre République, je dis, il y a quelque chose qui ne va plus dans la République. Il y a quelque chose de pourri dans la République et dans la nation, quand il n'y a plus de valeur,

8:13
Présentateur

et que toutes les lignes rouges sont franchies comme si elles n'existaient pas. Vous ne vous dites pas qu'il y a d'un côté une coalition ciotiste-RN quasiment aux portes du pouvoir, et de l'autre côté une coalition où elle est fiée minoritaire à l'intérieur ?

8:24
Bruno Le Maire

Mais si vous commencez à faire ce genre de calcul, Yael Gauze, vous commencez à justifier l'injustifiable. Et pas à pas, je vois les digues qui cèdent. Je vois les valeurs qui disparaissent. Je vois les principes fondamentaux dont on se dit « ce n'est pas si grave ». Bon, d'accord, ils ont eu des paroles antisémites. D'accord, ils ont appelé à taper contre la police. D'accord, ils répandent la haine. D'accord, ils défendent le communautarisme contre l'unité nationale qui est le cœur même de ce qu'est la nation française. Mais ce n'est pas si grave. Si ça peut nous faire gagner 10, 15 députés, tant pis. Eh bien non, il n'y a jamais de tant pis chez moi.

Je prends des positions de principe, des positions de conscience, jamais des positions de circonstance.

8:59
Invité

Que ferez-vous lundi prochain si le rassemblement national a une majorité absolue et qu'il arrive dans la foulée au pouvoir ? Mais nous verrons, pour l'instant,

9:09
Bruno Le Maire

il reste 7 jours. Et il peut se passer beaucoup de choses en 7 jours. D'abord, nous avons, je le redis, des parlementaires qui vont être élus à 50, 100, 150 voix près. Il va falloir aller chercher chaque voix. Et je le redis, j'appelle tous ceux qui n'ont pas voté, tous ceux qui ne se sont pas mobilisés et tous ceux qui, dans notre camp, doivent faire le choix d'un candidat socialiste, d'un candidat vert, d'un candidat communiste. N'hésitez pas à aller voter pour eux. N'hésitez pas. Si ça nous permet d'éviter d'avoir un rassemblement national avec la majorité absolue dimanche,

9:38
Présentateur

tant mieux. Quels que soient les résultats, où serez-vous lundi prochain, Bruno Le Maire ? Parce que vous serez encore à Bercy. Vous voyez bien que dans les circonstances actuelles,

9:46
Bruno Le Maire

ça n'a mais aucune espèce d'importance de savoir où je serai lundi prochain. J'ai fait mon travail le mieux possible pendant 7 ans, de mise à l'économie et des finances. J'ai sûrement fait des erreurs. Vous parlez au passé ? Oui, je parle au passé. C'est fini ? Il est assez probable que les Français en aient décidé ainsi et qu'ils le confirment dimanche prochain. Et peu importe. Ce qui compte, c'est la conscience d'avoir fait le travail le mieux possible, avec des erreurs, bien entendu, des choses qui n'ont pas été parfaites. Mais j'ai toujours fait le mieux possible

10:13
Présentateur

à la place qui était la mienne. Tout le monde guettait la publication du décret sur la réforme de l'assurance chômage. Finalement, il n'y en aura pas. Il n'y a pas de décret. Pourquoi ? Est-ce que c'est un gage de bonne volonté pour la gauche dans notre deux tours ? Je suis très circonspect

10:26
Bruno Le Maire

sur les gages que l'on peut donner, sur les positions de circonstances, sur les accommodements, sur les calculs. Je considère qu'il faut une réforme de l'assurance chômage. Je l'ai dit à votre micro. J'ai dit à votre micro, il y a maintenant plusieurs années, qu'un modèle social constant, nous ne pouvions pas arriver au plein emploi. Moi, je souhaite qu'on arrive au plein emploi à 5% de taux de chômage. J'ai toujours dit qu'il fallait poursuivre la réforme de l'anonymisation du chômage. Je ne vais pas changer de conviction, là, en l'espace de 24 heures, parce qu'il faudrait que j'arrive à convaincre un tel ou un tel.

10:54
Présentateur

Gabriel Attal a eu tort de renoncer à sa réforme hier soir ?

10:58
Bruno Le Maire

Il est Premier ministre, il fait son travail de Premier ministre. Moi, je vous donne ma conviction de ministre de l'Économie et des Finances. Si la France veut le plein emploi, si elle veut sa réindustrialisation, si elle veut rester une puissance économique de tout premier plan, il faut aller vers le plein emploi et donc il faut poursuivre la réforme de l'indemnisation au chômage.

11:14
Invité

Et le prix du gaz qui augmente de 12% ce matin, ça, ça ne change pas ?

11:19
Bruno Le Maire

Non, mais c'est bien la preuve, Nicolas Demorand, que le climato-scepticisme du rassemblement national son refus d'aller vers énergies vertes, son incapacité à défendre le véhicule électrique ou les batteries électriques sont une faute contre l'esprit, sont une faute contre nos intérêts économiques et nous mettent pieds et points liés avec les pays producteurs de gaz et de pétrole. La Russie, ce qui ne doit certainement pas déranger le rassemblement national et Mme Le Pen, mais les États du Golfe, avec le pétrole, est-ce qu'il pourrait peut-être déranger un tout petit peu plus le rassemblement national qui est dans le fond le parti des intérêts étrangers ?

Quand on est climato-sceptique et qu'on n'a pas la volonté de défendre l'indépendance énergétique de la France en produisant du nucléaire que Mme Le Pen estime dangereux et des énergies renouvelables que Mme Le Pen veut déconstruire, on se met dans les mains des intérêts étrangers. L'augmentation du prix du gaz est la preuve par A plus B qu'il est indispensable d'accélérer notre transition énergétique.

12:11
Invité

Bruno Le Maire, dans une minute, Marine Tondelier sera à ce micro. Qu'avez-vous à lui dire ?

12:17
Bruno Le Maire

Essayons de travailler ensemble. Regardons ce qui peut être fait avec les Verts, avec les communistes, avec les socialistes, avec les Républicains qui n'ont pas franchi le mur de la honte et qui sont restés dans le camp des Républicains. Essayons de voir ce que nous pouvons encore bâtir et construire ensemble. Merci Bruno Le Maire

12:37
Invité

d'avoir été au micro de France Inter ce matin.

Législatives : "C’est une défaite pour notre majorité, pour notre camp", affirme Bruno Le Maire — Bruno Le Maire · Pourquijevote