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interviewLe Média (sur YouTube)· 5 mars 2022 5 min

COMMENT LE CANDIDAT MACRON VEUT TUER LE DÉBAT

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Aujourd’hui, on va apprendre comment faire pour être aussi brillant qu’Emmanuel Macron à l’international. D’abord, le sourcil beau gosse. Tiens, je vous revois, mais je vous avais perdu.

Voilà vous y arrivez ? Ben ensuite, c’est tout, il fait rien de plus, il sert à rien. Allez nous jouons à Qui veut gagner l’Elysée ?

Alors la question du jour. Je sais pas en fait. Vous savez vous ?

On a enfin eu droit à quelques grandes lignes dans la lettre par laquelle il officialise sa candidature, lettre relayée de manière tout à fait critique par la presse. Travailler plus, baisse des impôts de production, indépendance du pays par l’innovation, méritocratie républicaine. Bref, on est dans une continuité.

Car dans cette drôle de campagne, on a un problème démocratique : le débat avec le principal protagoniste est inexistant jusque-là. Macron est malin : autant éviter le tir croisé des oppositions. Autant continuer à profiter des moyens de communication de l’Etat sans se risquer à débattre avec ses adversaires.

Laissons-les se taper les uns sur les autres. Dans le Parisien, des proches du président faisaient fuiter quelques détails. On y apprend qu’il va la jouer "campagne de terrain" sous la forme "d'un raid éclair et solitaire.” C’est donc davantage son image que ses propositions qui va jouer.

Une guerre-éclair, donc. S’il s’y prend aussi bien que Poutine, c’est pas gagné. La guerre qui s’invite dans la campagne a en effet retardé, ou lui a permis de retarder, sa descente dans l’arène politique.

Mais cette situation semble l'avantager sur au moins 3 points. D’abord, Emmanuel Macron peut camper une posture de protecteur de la Nation, ou du moins d’homme au-dessus de la mêlée qui n’a pas le temps de rentrer dans les débats de petite politique sur telle ou telle proposition. Face à ces conséquences économiques et sociales, je n'ai et n'aurai qu'une boussole : vous protéger.

Et dans cette perspective, pour savoir de quoi serait fait un éventuel deuxième quinquennat, il faut chercher laborieusement dans la presse ici ou là des éléments qui ont fuité, ou que Macron aurait lâchés de manière implicite. Par exemple on est au courant pour la poursuite de la réforme des retraites, mais il a aussi parlé de hausse des frais d'inscriptions à l'université, ou encore dans l’Education nationale de l’abandon du statut de fonctionnaire, ou du recours massif à la contractualisation. Ensuite, ce contexte international lui permet de ne pas avoir à débattre de son bilan intérieur : les inégalités, la gestion du Covid, la répression des mouvements sociaux, sa politique environnementale, mais aussi son style méprisant, ou la corruption du personnel politique de la macronie.

Or notre gouvernement représentatif repose sur la nécessité de rendre des comptes : il faut pouvoir critiquer son bilan, et que l’intéressé puisse le défendre. Enfin, parce que cette situation de guerre s'insère dans son récit de lui comme tenant d'un monde ouvert et progressiste contre les souverainistes autoritaires qui seraient complices par leur "poutinophilie". Il croit aussi pouvoir tirer de l’invasion russe des arguments pour défendre ses projets de souveraineté européenne.

Car nous avons là la démonstration que dans les temps tragiques que nous vivons, l'Europe n'a d'autre choix que de redevenir, peut-être de devenir, oserais-je dire, une puissance. Macron pensait pouvoir capitaliser sur des petites victoires diplomatiques dans le dossier Russie-Ukraine, profitant d’une union nationale et d’un storytelling médiatique largement centré sur ses extraordinaires capacités de négociateur. L’ennui c’est qu’objectivement, le gain des gesticulations diplomatiques de Macron est bien maigre.

Comme le note Marc Endeweld dans un article pour La Tribune, ce mythe de la stature internationale de Macron achoppe sur un constat : la diplomatie française n’a eu là aucun poids face à Poutine. C’est pas un échec cuisant : il a eu raison de discuter avec la Russie, et de continuer à le faire. Mais il faut bien admettre que sur toute une série de dossiers diplomatiques, industriels ou commerciaux, il y a un écart gigantesque entre les fanfaronnades de la Macronie et la réalité de ce qui advient : les visites paternalistes au Liban qui ne mènent à rien, Si ces réformes ne sont pas faites, le Liban continuera de s'enfoncer. l’affaire de la vente ratée des sous-marins aux Australiens, ou encore l’affaire Alstom et les turbines Arabelle vendues par le ministre Macron puis rachetées au prix fort aux Américains par EDF.

Je prendrais pas ce chiffre pour dire que c'est un échec...

ça n'a pas marché Toujours dans le même article du Parisien, un ténor de LREM est cité : la posture sera “je me présente pour faire les réformes que je n’ai pas pu faire”. Avec l'entrée en campagne de Macron, c’est donc la question “stop ou encore” qui est posée aux Français. Alors, habituez-vous bien au truc du sourcil, parce qu'il n'est pas exclu que vous en mangiez pendant encore 5 ans.

À moins que...

Moi je suis avec les gens, on est heureux, et tout va bien À la semaine prochaine !

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