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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 5 juin 2025 16 minAutoproduitFond programmatiqueEurope & internationalEnvironnement & énergieCulture, médias & sportInstitutions & élections

Visite d’État du Brésil : les mots du Président Emmanuel Macron en ouverture du dîner d'État.

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  • 0:15Emmanuel MacronFait
    « cette semaine a commencé avec un Brésilien qui levait une Coupe d'Europe »
  • 2:00Emmanuel MacronFait
    « cinq siècles que les récits d'explorations du capitaine de Gonneville ont ouvert une brèche dans l'Océan Atlantique »
  • 4:00Emmanuel MacronFait
    « beaucoup ont oublié que la France était un grand pays amazonien »
  • 8:00Emmanuel MacronPromesse
    « la France est là, à vos côtés, et avec le président, nous voulons faire encore davantage »
  • 10:00Emmanuel MacronFait
    « 200 ans que le Brésil nous a appris que l'humanité pouvait s'inventer autrement »
  • 12:00LulaFait
    « peu de pays ont eu un impact aussi fort sur la culture, l'éducation et le développement scientifique et technologique du Brésil que la France »
  • 14:00LulaFait
    « Le Brésil et la France sont unis dans leur défense intransigeante de la démocratie »

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Monsieur le Président, cher Lula, Madame, Mesdames et Messieurs les Ministres, Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, chers amis. Je dirais que cette semaine a commencé avec un Brésilien qui levait une Coupe d'Europe. En effet, dimanche soir, Marquinhos était là, célébrant le triomphe du Paris Saint-Germain, et elle s'achève avec un autre Brésilien et son épouse, leur délégation, en cette salle des fêtes, qui viennent célébrer une amitié.

Monsieur le Président, cher Lula, cette visite d'État et ce dîner sont le témoignage de notre admiration pour votre pays et pour vous, pour ce parcours exceptionnel, votre résistance face aux vicissitudes de la vie politique, qui ne vous ont pas épargné, et la sincérité de votre engagement au service du peuple brésilien. Le Brésil est de retour grâce à vous, le Brésil que nous aimons, celui qui fait rêver les Français depuis des siècles, ce Brésil foisonnant et métissé, avec lequel les échanges n'ont jamais cessé. Et de Belém à Rio, de Brasilia à São Paulo, il y a à peine plus d'un an, nous étions à vos côtés pour le célébrer.

Oui, cinq siècles que les récits d'explorations du capitaine de Gonneville ont ouvert une brèche dans l'Océan Atlantique, et où se sont engouffrés ceux qui ont d'abord voulu fonder cette France Antarctique, dans la baie de Guanabara, tandis qu'un siècle plus tard, une nouvelle expédition tentait d'établir une France équinoxiale au Maranhão. Dans leur sillage, suivirent au long des siècles une cohorte de poètes, d'écrivains, Blaise Cendrars, qui y chanta de la magie du sertão, Claudel qui écrivit à Rio "La messe là-bas", ou Bernanos, qui s'exila dans sa ferme des hauts plateaux du Minas Gerais. Oui, tant et tant de Français qui en allant au Brésil se sont mis à rêver, et tant d'autres qui, n'ayant jamais accompli la grande traversée, ont rêvé votre pays à la pointe de la plume ou du pinceau, votre extraordinaire auriverde, terre précieuse et de toute beauté, ils l'ont rêvée.

Montaigne y situait son âge d'or perdu, Rousseau pensait y trouver l'homme idéal, et Victor Hugo le chantait en ces termes : "ce Brésil si doré qu'il fait du reste de l'univers un exil." C'est ce pays doré, qui fait en effet du reste de l'univers un exil, que nous retrouvions dans les photographies magnifiques de Sebastião Salgado, à qui nous pensons ce soir et qui nous manque. Oui, nos deux pays sont ainsi faits qu'un océan n'est rien entre nous.

Et c'est au fond normal, car beaucoup ont oublié que la France était un grand pays amazonien, que sa plus grande frontière, devrais-je dire même la plus grande frontière de l'Europe avec un pays tiers est entre nous, en Amazonie. Et je me félicite à cet égard que nos ministres aient trouvé enfin cet accord qui était tant attendu de nos amis guyanais, mais aussi de tant de vos compatriotes, permettant les exemptions de visas et les reprises de détenus. Oui, l'océan, l'Amazonie, c'est ce qui nous lie et ce qui fait sans doute qu'entre nos deux pays, c'est une histoire d'alchimiste et de transformation permanente.

Un arracheur de dents brésilien visionnaire surnommé Tiradentes peut se nourrir de la philosophie des Lumières, venues de nos rives pour y façonner l'histoire sur les vôtres. Le positivisme d'Auguste Comte peut devenir, en traversant les mers, votre devise nationale : ordre et progrès. Le surréalisme peut se réinventer chez vous sous ce nom provocant d'anthropophagie, et le structuralisme de Lévi-Strauss peut devenir l'un des leviers de création de l'Université de São Paulo, entre les deux guerres.

C'est cela l'histoire du Brésil et de la France, une histoire où rien n'était écrit mais où nous inventons ensemble quelque chose que nul autre que nous deux savons faire. Le mois dernier, cet agent secret du réalisateur Kleber Mendonça Filho, issu de votre cher Pernambouco, Monsieur le Président, qui a été primé au Festival de Cannes, avec les prix de la mise en scène et d'interprétation masculine pour Wagner Moura. Ces liens culturels incomparables, cher Lula, vous nous les avez rappelés vous-même aujourd'hui, sous la coupole de l'Académie française.

Merci, Monsieur le Secrétaire perpétuel, honneur rare qui vous fut fait, puisque vous étiez le premier Brésilien à y prononcer un discours depuis l'empereur Don Pedro II en 1872. Ce sont ces liens exceptionnels aussi que les artistes français et brésiliens, tout au long de cette saison que vous avez voulue et que nous avons faite, cette saison croisée, célébreront. Je me réjouis avec vous d'inaugurer demain l'exposition d'Ernesto Neto au Grand Palais et je me réjouis qu'il y ait près de 300 manifestations culturelles qui s'organiseront dans les mois qui viennent au Brésil et tout autant en France, célébrant l'amitié et la vitalité de ces liens.

Et permettez-moi de remercier ce faisant le président de la saison, l'ensemble de nos mécènes, nos deux commissaires ici présents, qui ont fait un travail remarquable, et tous les artistes qui tout au long de cette année permettront de montrer la force des thématiques que nous avons choisies : climat et transition écologique, diversité des sociétés et dialogue avec l'Afrique, démocratie et mondialisation équitable. Je tiens à remercier, pour conclure ce propos, les artistes qui ce soir sont à nos côtés, l'Orchestre de la Garde républicaine et plusieurs dessolistes de nos armées, mais également deux magnifiques artistes, qui ont accepté de chanter et que vous retrouverez dans un instant, Madame Roberta Sa et Madame Sélène Saint-Aimée. Merci, ce soir, de faire vivre la culture dans cette salle.

Je veux ici aussi remercier les ministres, parlementaires et les entrepreneuses et entrepreneurs qui font vivre le lien si fort entre nos deux pays. Nous avons au Brésil parmi les plus grands employeurs et nos entreprises accompagnent la vie du quotidien, comme la transition énergétique, les transports, le ferroviaire, l'invention de la ville que vous voulez faire. Tous les secteurs de votre économie sont au cœur de nos ambitions.

Et du luxe aux ports et aéroports, du numérique en allant jusqu'aux infrastructures, la France est là, à vos côtés, et avec le président, nous voulons faire encore davantage. Cher Lula, nous célébrons cette année 200 ans de relation diplomatique et d'amitié. 200 ans que le Brésil nous a appris que l'humanité pouvait s'inventer autrement, comme le constatait l'immense Claude Lévi-Strauss.

Alors, permettez-moi, Président, Madame, cher Lula, Janja, de lever mon verre à cette relation unique, à ce pays de l'autre côté de l'océan et ce voisin d'Amazonie, avec lequel notre ambition est très simple, nous voulons continuer de rêver, de faire et d'inventer l'humanité autrement. Alors vive le Brésil, vive la France, et vive l'amitié entre le Brésil et la France ! Votre Excellence, Emmanuel Macron, Président de la République française, Madame Brigitte Macron, Jean Marot, ministre de l'Europe, des Affaires étrangères et de la France, au nom duquel je salue les ministres ici présents, Emmanuel Lenain, ambassadeur de France au Brésil, et je salue tous les invités français, ici, ma chère épouse Janja, Mauro Vieira, ministre des Affaires étrangères, au nom duquel je salue tous les ministres brésiliens ici présents, l'ambassadeur du Brésil en France, madame Cécilia Tavares, et je salue toutes les autorités brésiliennes ici présentes.

Mes amis, ce dîner vient conclure en beauté un programme de travail productif, que le président Macron et moi-même avons eu tout au long de la journée. On dit que les pays n'ont pas d'amis, mais plutôt des intérêts, mais pour nous, notre partenariat avec la France est profondément ancré. À chaque fois que j'ai été président, mes échanges avec toutes les forces politiques démocratiques françaises ont toujours été constructifs.

J'ai entretenu d'excellentes relations avec les présidents Chirac, Sarkozy, Hollande, et maintenant, avec le président Macron. Nous avons tissé des liens qui vont bien au-delà des relations économiques, commerciales ou d'investissement. La France, qui a accueilli tant de Brésiliens durant les périodes difficiles de notre histoire, a été le compagnon de la première heure du Brésil dans sa quête d'unité et de reconstruction.

Depuis 2021, année où j'ai entrepris de regagner la confiance du monde en notre pays, j'ai eu plusieurs échanges et rencontres avec Monsieur le Président Macron. En fait, peu de pays ont eu un impact aussi fort sur la culture, l'éducation et le développement scientifique et technologique du Brésil que la France. Et cet impact, on le retrouve dans notre administration publique, notre législation, mais également il est inscrit sur la devise de notre drapeau.

L'Institut Pasteur a contribué à la création de la Fondation Oswaldo Cruz, devenue aujourd'hui une référence mondiale en matière d'infectiologie, et également la contribution d'universitaires français comme Lévi-Strauss aux universités brésiliennes est notoire. Le Brésil s'est inspiré de la France et a apporté au monde sa contribution originale dans plusieurs domaines que les Français ont toujours su reconnaître et valoriser, parmi lesquels le 14-bis de Santos Dumont, la musique de Villa-Lobos, l'architecture d'Oscar Niemeyer et les photographies de Sebastião Salgado. Des stars de foot comme Raí et Juninho Pernambucano ont enchanté les supporters français.

Aujourd'hui, cet échange poursuit sa vitalité chez des milliers d'étudiants brésiliens dans les établissements français, et vice-versa, ainsi que dans le cadre de notre collaboration pour la promotion des langues portugaises et françaises. Les saisons culturelles croisées que nous avons lancées en avril dernier visent à garder la flamme de la collaboration et des échanges humains vivants. Le Brésil et la France sont unis dans leur défense intransigeante de la démocratie.

Cette même démocratie est en proie à une extrême-droite qui prône l'autoritarisme, le négationnisme, la haine et l'intolérance. Ensemble, nous pouvons prévenir l'érosion des droits si durement acquis, en garantissant la protection des travailleurs et des migrants, ainsi que la promotion de l'égalité des sexes et des races et de la liberté du culte. Nous souhaitons également œuvrer pour un ordre international multipolaire, en préservant notre autonomie face à des rivalités géopolitiques croissantes.

Tels sont, Monsieur Macron, les objectifs communs qui animent notre partenariat. Ce partenariat revêt aujourd'hui un caractère encore plus stratégique que lorsqu'il a été établi en 2008. Nous sommes fiers de nos projets bilatéraux dans les domaines de la défense, de la science et de la technologie.

La France et le Brésil sont des voisins amazoniens et partenaires naturels dans la lutte contre le changement climatique. À Nice, lors du troisième Sommet des Nations Unies sur les océans, nous allons réaffirmer la nécessité de prendre soin de ce biome, avec le même soin que nous accordons à nos forêts tropicales. Ensuite, à la COP30 à Belém, je sais que je pourrai compter sur votre engagement pour que la communauté internationale tienne ses promesses pour un avenir durable et sobre en carbone.

Mon ami Macron, Mesdames et Messieurs, la mémoire affective la plus récente chez nos populations de peuples a également été marquée par les défaites douloureuses, entre guillemets, infligées au Brésil par la France lors des Coupes du monde de 1986, 1998 et 2006. Cela ne nous empêche pas du tout de reconnaître le mérite de la récente et inédite victoire du PSG en Ligue des Champions. Au nom de Janja et en mon nom personnel, je tiens à remercier une fois encore le Président Macron et la Première Dame, Brigitte Macron, pour leur accueil chaleureux.

Avec la ferme intention de continuer à travailler main dans la main, je vous invite à porter un toast à nos deux peuples à qui je souhaite un avenir commun et partagé. Merci beaucoup.