La victoire innattendue du NFP ! avec Claire le Jeune et Chloé Ridel, les invitées politique
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Tu connais le Club Backseat ? Avec un abonnement à 15€ par mois, tu peux intégrer ce club très fermé et bénéficier de plein d'avantages. Parmi eux, tournons au générique de l'émission, la VOD YouTube en avant-première dès le vendredi matin, les vidéos bonus en avance, l'accès au débrief, mais surtout, la possibilité de venir dans le public gratuitement à la dernière minute, l'invitation à des événements VIP et une magnifique carte de membre ultra collector. Le Club Backseat, c'est le plus grand soutien que tu puisses apporter à l'émission, alors je te donne rendez-vous sur KissKissBankBank, le lien est en description sous la vidéo. Tout de suite, ta VOD.
Chers amis, je vous propose qu'on enchaîne avec des invités politiques exceptionnels, c'est parti pour les invités politiques. Et la première invitée politique qu'on va recevoir en visio depuis Bruxelles, c'est la députée européenne et porte-parole du Parti Socialiste, Chloé Riedel. Salut Chloé, merci d'être avec nous, on est très heureux de te retrouver sur Backseat. Chère Chloé, tu as été élue députée européenne à l'occasion de ces élections européennes, on n'a pas eu l'occasion de te féliciter formellement sur Backseat, on est très heureux pour toi. Bravo pour ton élection et merci d'être avec nous ce soir. Comment tu vas, Chloé ?
Avec plaisir. Écoutez, je ne vais pas vous mentir, je suis crevée parce qu'après six mois de campagne européenne, on a enchaîné sur une campagne législative. Donc on est soulagé que le nouveau Front populaire soit arrivé devant, mais ça commence à tirer.
Là, tu es à Bruxelles actuellement parce que tu prépares la prochaine plénière qui est la semaine prochaine. Si je ne dis pas de conneries, c'est la plénière d'installation ?
Absolument, la plénière d'installation. Donc on devient officiellement député européen et député européenne la semaine prochaine. Et donc là, on est encore dans des réunions de groupe pour essayer de discuter le futur agenda de la Commission européenne, dans un contexte où la droite et l'extrême droite sont sortis renforcés des élections européennes. Donc c'est un contexte qui est difficile, mais on essaie de faire en sorte qu'il n'y ait pas de recul sur le pacte vert, par exemple, et qu'on essaie d'obtenir de nouveaux progrès sociaux pour l'Europe, qu'on arrive à protéger notre marché, à mieux rémunérer nos agriculteurs.
En tant que bref, tout ce qu'on s'est dit pendant la campagne des élections européennes. Et donc c'est un moment assez intense. Et nous, les Français, on n'a pas été hyper présents ces dernières semaines parce qu'on était un peu occupés ailleurs sur le terrain pendant la campagne.
Est-ce qu'avec cette campagne des législatives un peu la dernière minute, un peu brouillonne, est-ce que tu as quand même réussi à poser tes bagages, à recruter des collaborateurs, trouver un endroit où crécher à Bruxelles ? Je ne sais pas, ça doit être logistiquement simplement, ça doit être un peu le bordel. Tu as un bureau, ça y est ?
On n'a pas de bureau, mais j'ai une équipe qui est là avec moi, qui est assis par terre en train de m'écouter. Et voilà, on prend nos marques, mais ce n'est pas simple. Parce que le Parlement, déjà, le bâtiment, c'est un truc énorme. Et puis, il t'arrive, il faut comprendre la façon dont les groupes fonctionnent. À l'intérieur des groupes, il y a des délégations nationales, la façon dont tous les postes à responsabilité se négocient. Et puis, voilà, c'est un Parlement où tu as 27 nationalités différentes. Donc, tout ça, c'est un peu tourné la tête, mais on prend nos marques progressivement, oui.
Alors, tu as commencé à en parler. Le Parlement européen, tu l'as dit, forte progression de la droite et de l'extrême droite, rééquilibrage à droite par rapport au Parlement précédent. Comment tu te projettes là-dedans, toi ? Ça veut dire quoi, être une femme de gauche dans un Parlement comme celui-là ?
Ça va être un mandat de résistance. Moi, je vais siéger. Alors, ce n'est pas encore faire, parce qu'on aura la composition des commissions la semaine prochaine. Mais dans une commission qui s'occupe des libertés, de l'état de droit, de la migration, du droit d'asile. Et aussi dans la commission Affaires étrangères et droits de l'homme. Et dans une troisième commission sur les droits des femmes, l'égalité entre les femmes et les hommes.
Donc, ces trois commissions sont des terrains où, demain, il va falloir résister à des offensives de l'extrême droite et de la droite, qui, franchement, a des idées de plus en plus poreuses avec celles de l'extrême droite, qui vont vouloir déléguer notre politique migratoire à des pays où les migrants sont traités de façon inacceptable et contraire à nos valeurs. Il va falloir aussi qu'on résiste à des offensives contre les droits des femmes. Et puis, on l'a bien vu cette semaine avec la création, peut-être qu'on va en parler, de ce fameux nouveau groupe d'extrême droite qui s'appelle les Patriotes. Dans lequel est le Rassemblement National ? Dans lequel est le Rassemblement National ?
Qui sera présidé par Janda de Bardella.
Oui. Et c'est, si je ne dis pas de conneries, ils se sont associés avec les députés proches de Victor Orban. C'est les russophiles, en plus, je crois, ce groupe.
Complètement, mais ce groupe, c'est le bal des horreurs. Et Jordan Bardella, il faut quand même le dire, il a menti aux Français. Parce qu'il a annoncé qu'il prenait la présidence de ce groupe et que ce groupe allait être créé le 7 juillet. Alors même qu'il négociait ça depuis des semaines. Mais il ne l'a pas fait parce qu'en réalité, le fait qu'il rejoigne ce groupe et qu'il en prenne la présidence anéantit toute la stratégie de dédiabolisation du Rassemblement National des 20 dernières années. Parce qu'il va siéger avec les députés de M. Orban, qui est le Premier ministre de la Hongrie, qui est à la tête d'un régime autoritaire.
La Hongrie est un régime autoritaire où la liberté de la presse n'existe pas, où quasiment tous les médias sont détenus par un conglomérat présidé par le meilleur ami de Victor Orban, qui est milliardaire. Un pays aussi, la Hongrie, où la liberté de la recherche n'existe plus, où le Premier ministre est clairement homophobe, défend une vision patriarcale de la famille. Dans ce groupe, il y a aussi le parti Vox, le parti d'extrême droite espagnol Vox, avec un président, Santiago Abascal, qui nous explique que les violences conjugales, ça n'existe pas, qui est complètement climato-sceptique. Donc, c'est un groupe d'extrême droite pur et dur.
Et donc, derrière le ripollinage de façade de Jordan Bardella, en fait, il y a toujours eu ça, une espèce d'alliance néo-fasciste, néo-nazi, pro-Poutine. Un des premiers actes de Victor Orban, qui, je le rappelle, est aussi président du Conseil de l'Union européenne. Vous savez, il y a une présidence tournante de la Hongrie qui l'a. Et un des premiers actes de Victor Orban.
Ah, on a perdu Chloé, visiblement. On a un petit bug micro. C'est la censure de Victor Orban, je ne sais pas. En tout cas, j'ai le plaisir de vous annoncer que nous allons accueillir notre deuxième invité politique ce soir, la députée LFI de la 7e circonscription de l'Estonne, Claire Lejeune. Salut Claire. Très heureux de te retrouver sur le plateau de Backseat. Chère Claire, tu es élue députée de la Nation. On est très heureux pour toi. On sera intraitable ce soir.
Très bien, on n'attend pas moins de vous.
Comment tu vas, Claire ?
Ça va, fatiguée, mais on tient le bon bout. Et ces trois semaines ont été intenses émotionnellement, politiquement, et ce n'est pas prêt de se terminer, en réalité. Donc, je suis surtout fière et très honorée d'avoir le rôle que j'ai aujourd'hui. Donc, oui, c'est une période avec beaucoup, beaucoup d'émotions, oui.
Tu as posé tes bagages aujourd'hui à l'Assemblée nationale ?
Oui, tout à fait. J'en reviens. Là, j'ai mon sac, mon tote bag de l'Assemblée.
Ça y est, tu l'enfilais, le tote bag, avec tous les trucs dedans, là ?
Avec mon écharpe, voilà, et mes codes d'accès, mon badge. Voilà, c'est assez incroyable. Quelqu'un peut choper le tote bag ? Je crois savoir où elle l'a dit. Je vous connais, donc...
Ouais, on te l'aurait carrément chouré, c'est sûr. C'est sûr. Claire, tu es députée de gauche, membre du Front populaire, membre du groupe de la France insoumise, dans une Assemblée nationale éclatée entre trois gros morceaux. Personne ne peut revendiquer la majorité absolue. Il y a une majorité relative qui est celle du nouveau Front populaire. Comment est-ce que tu te projettes dans cette Assemblée ?
Déjà, il y a un état de fait, c'est-à-dire qu'on a gagné quand même l'élection de dimanche. Et on l'a gagné, en plus, et je pense que c'est important de le souligner, dans un contexte où l'abstention a fortement reculé. Donc, en fait, ça en dit long aussi sur... Quand on interroge en profondeur la volonté du peuple dans ce pays, en fait, on a la gauche qui ressort devant. Donc, oui, on a une progression qui est indubitable de l'extrême droite. Et il va falloir... C'est que le tout début de la bataille sur cet enjeu-là.
Mais on a quand même un signal d'espoir sur le fait que, quand on remobilise un électorat qui était éloigné de la politique, qu'est-ce que ça donne dans les urnes, dans beaucoup de territoires ? C'est quand même une remontée en tête des idées de gauche, avec, en plus, certaines circonscriptions, où il y a eu des désistements républicains systématiques du côté du nouveau Front populaire, lorsqu'il y avait une triangulaire et qu'il y avait un risque du RN. Donc, je pense que ce premier état de fait d'une victoire de la gauche dimanche soir est d'abord un immense soulagement, quand même, parce que c'est...
Si on regardait un petit peu les sondages qui, avant l'élection, c'est venu quand même contredire ces sondages-là, comme de plus en plus souvent, d'ailleurs. Et puis, c'est beaucoup d'espoir aussi sur la suite. Certes, c'est une majorité relative, mais aujourd'hui, d'un point de vue du fait démocratique, Macron, il ne va pas avoir d'autre choix que d'appeler cette force-là à former un gouvernement. Là, ce qui est le dernier communiqué du nouveau Front populaire et de l'ensemble des forces politiques qui le constituent, c'est de dire qu'il n'y aura pas de coalition. En fait, les gens ont voté pour un programme. Ce programme, il a sa cohérence.
En fait, si on fait un bout et pas l'autre, ça perd complètement son sens politique. C'est une vision politique, ce programme. Et du coup, on est là pour porter ce programme jusqu'au bout.
On est toujours avec Chloé Riedel, qu'on a retrouvée, qui est à Bruxelles, députée européenne et porte-parole du Parti Socialiste. Malek, je crois que tu avais une question.
Merci beaucoup. Mais vous savez que Chloé, elle est venue à mon meeting de premier tour. Sérieux ? Avec Manon Aubry. Trop bien. Elle est venue dans l'Essonne et c'était une soirée magique. Bravo. C'est trop chouette d'être ensemble sur ce plateau.
C'est très, très cool. Je suis très heureux de vous voir toutes les deux élues ce soir. Malek, je crois que tu avais une question pour Chloé. Oui.
Vous venez de... Félicitations, Claire. Madame la députée, je ne sais pas. Pour Chloé ou pour Claire, ta question ? Chloé, Claire. Non, question pour Claire. Vas-y. Vous venez de réélire Mathilde Panot à la tête du groupe de la France Insoumise à l'Assemblée nationale. C'est quoi la suite, notamment sur ce fameux nom de premier ministre ou de première ministre ?
Oui, alors sur le nom... Parce que c'est ce que c'est le fait. Tout le monde attend ça. Je suis content, c'est pas moi qui la pose.
Ça fait plaisir.
Là-dessus, en fait, là, les représentants des différentes forces politiques sont en train de travailler. Ils sont en train de travailler dans un contexte de tensions politiques extrêmes où les journalistes suivent leur voiture, etc., pour savoir où ils vont, qui ils rencontrent, etc. Et tout ça, forcément, ne favorise pas la sérénité des débats à un moment qu'on en a particulièrement besoin. Donc en fait, les forces de gauche, elles ont réussi en une semaine quand même à constituer le nouveau Front populaire avec un programme, voilà, un programme avec une série de propositions en complet et à répartir les circonscriptions quand même, ce qui n'est pas une mince affaire.
Croyez-moi, c'est des discussions qui peuvent être très, très compliquées. Donc je pense qu'il faut qu'on ait confiance dans les représentants de ces différents partis pour faire le travail et arriver à se mettre d'accord sur une incarnation qui pourra porter le programme du nouveau Front populaire et former un gouvernement. Après, c'est sûr qu'il y a des équilibres de force au sein du nouveau Front populaire et que ça, ça pèse dans les discussions.
Ça joue, ça joue, évidemment. Chloé, nous, tout le monde se pose la question du nom du Premier ministre au nouveau Front populaire. Vous, au Parlement européen, il y a aussi la question du nom de la présidente ou du président de la Commission européenne. Ursula von der Leyen semble être candidate à sa propre succession. Est-ce que ton groupe, le groupe social-démocrate, va faire partie de l'alliance avec Ursula von der Leyen ?
Alors, on ne peut pas vraiment dire que c'est une alliance, en fait. Ce qu'on doit faire, c'est... C'est-à-dire que les chefs d'État ont proposé le nom d'Ursula von der Leyen, qui n'était même pas soutenu, d'ailleurs, par son propre groupe, le groupe de droite, le groupe du Parti populaire européen. Et, en fait, ce n'est pas juste Ursula von der Leyen. Elle, elle vient avec tout un package, en fait. Ils ont désigné aussi le président du Conseil européen, qui est pour le coup un socialiste, et tout un nombre d'autres postes à responsabilité.
Donc, en fait, ce qu'il faut voir, c'est que si ce n'est pas Ursula von der Leyen qui est la présidente de la Commission, on pourrait retomber sur quelqu'un d'encore plus à droite. Donc là, on est vraiment, nous, dans une logique de barrage, en réalité. Et on formule des demandes, nous, à Ursula von der Leyen, c'est-à-dire avec le poids qu'on pèse, parce qu'encore une fois, on est maintenant largement minoritaire au Parlement européen, nous, la gauche.
Mais on va exiger pas de recul sur l'écologie, pas de recul sur les droits des femmes, et au contraire des avancées, des choses pour l'industrie verte, pour la protection de notre marché, pour la réforme de la politique agricole commune, et surtout exiger aussi un cordon sanitaire avec les groupes d'extrême droite. On n'acceptera aucune forme de deal avec eux. Donc ça, c'est les exigences qu'on met sur la table face à Ursula von der Leyen, et on le fait aussi avec le groupe des Verts. Et donc, on va voir jusqu'où on peut la pousser, mais je crains qu'on n'ait pas d'autre choix que cette dame en réalité.
Pendant la campagne des législatives, on a entendu beaucoup monter en France des propositions de désobéissance à l'Europe. Je pense à l'extrême droite sur la question des migrants, je pense à la gauche sur la question de la discipline budgétaire et les fameux 3% de déficit. Est-ce que c'est quelque chose qui monte partout en Europe ? Est-ce que c'est une problématique qui est prise en compte au Parlement européen ?
La question de la désobéissance ? Je ne crois pas que ce soit la question principale. Je pense que là, ce qui nous préoccupe le plus, c'est d'arriver à contenir précisément la montée de l'extrême droite partout en Europe, et pour ça, de mettre fin à la crise sociale, tout ce qui fait le sous-jacent du vote d'extrême droite. Il y a un accent qui est pas mal mis sur le logement, où en fait, on a une crise du logement qui est commune à l'ensemble des pays d'Europe, où on paye de plus en plus cher pour se loger, où il y a une pénurie de logements.
Et donc, nous, on veut arriver à faire accepter un plan Marshall, par exemple, pour financer du logement social, pour réguler des plateformes comme Airbnb, parce que ça crée des économies de la rente, ça participe aussi de la pénurie de logements. Donc, il y a des thèmes nouveaux qu'on met sur la table. On veut inscrire l'avortement dans la charte des droits fondamentaux. Nous, on ne va pas cesser de se battre, même si on est clairement en minorité maintenant au Parlement européen. Mais on va continuer, par notre travail, essayer d'obtenir des avancées. Mais encore une fois, c'est vraiment pour nous, groupe de gauche, un mandat de résistance.
Et on pousse aussi beaucoup la question des droits humains, la question sur la Palestine, la reconnaissance de l'État palestinien, la révision et la suspension de l'accord d'association entre Israël et l'Union européenne, parce qu'on sait que c'est un moyen de pression très fort sur Benyamin Netanyahou. Et donc voilà, on ne lâchera pas sur ces demandes et on se bat.
Claire et Chloé, vous êtes toutes les deux représentantes des deux ailes de notre gauche plurielle en France. Chloé, tu es porte-parole du Parti Socialiste. Claire, tu sièges au sein du groupe de la France Insoumise. Une question a beaucoup été posée, notamment par les jeunes de gauche à qui le nouveau Front Populaire a fait rêver. Comment être sûre que vous allez rester ensemble ? Comment être sûre qu'il n'y aura pas de trahison, que la gauche va rester unie ?
Oui. Je peux donner un premier élément de réponse. Moi, sur ma circonscription, par exemple, on a fait une vraie campagne Nouveau Front Populaire, c'est-à-dire que mon suppléant, Yanis Laloucy, que je salue, qui est maire adjoint d'Attis Mons, il est d'UPS. Donc, on a réussi. En fait, il faut qu'on prouve que localement aussi, c'est possible de travailler ensemble. Donc, on a fait une campagne où vraiment toutes les forces de gauche étaient incluses, respectées le plus possible, je l'espère. Et du coup, je pense que c'est ça qu'il va falloir faire. Mais on avait déjà une base, c'est-à-dire qu'en 2022, on avait la NUPES qui fonctionnait, qui a très bien fonctionné.
Ça s'est un peu réendormi parce que, malheureusement, on a fait des listes aux européennes qui étaient séparées. Ça fait monter un peu la tension entre les militants, mais on avait une base sur laquelle travailler. Et là, je veux dire, les enjeux sont encore plus immenses qu'en 2022. Donc, on n'a pas d'autre choix que de rester ensemble et de faire bloc. Donc, moi, je crois très fort en l'avenir du nouveau Front Populaire. Et en fait, plus on travaille ensemble aussi, plus on arrive à se comprendre et à avancer ensemble. De toute façon, on a un programme. On s'est mis d'accord sur un programme. Donc, c'est ça, la ligne d'horizon.
C'est ça, la base pour l'ensemble de nos débats, si on a réussi à se mettre d'accord.
Un programme qui va peut-être devoir être négocié avec les macronistes.
En fait, là, on en est à l'étape où Macron doit d'abord inviter le nouveau Front Populaire à fournir un Premier ministre et former un gouvernement. On n'en est pas du tout à l'étape. Là, la ligne d'horizon, c'est l'application du programme parce qu'on a une majorité. Enfin, je veux dire, Macron, il avait une majorité relative. Personne n'est venu lui dire, oui, il faut que tu fasses. Donc, en fait, on est dans une situation où on a gagné l'élection et on est en mesure de former un gouvernement.
Ce qu'il faut aussi mentionner, c'est que le talent de Claire, mais aussi le nouveau Front Populaire, a fait tomber une circonscription avec un député de droite, Robin Reda.
Oui, bravo. On avait perdu à 200 voix en 2022 et là, on gagne à plus de 5000 voix.
Surtout qu'il n'a pas été très sympa pendant la campagne.
Il n'a pas été très gentil avec moi. Il a été soutenu par la major parce que normalement, il est de droite, lui.
Il a rejoint la major, lui.
Il est des Républicains à la base. Il avait fait la campagne de Pécresse en 2022. Après, les résultats des présidentielles, il a retourné sa veste et il est allé chez Macron. D'accord.
Il est toujours de droite.
Oui, et là, il nous a fait une campagne, clairement, dès le premier tour, les mots d'ordre. Il a clairement intégré certains des mots d'ordre de l'extrême droite. Donc, c'était une campagne vraiment axée ordre, sécurité. Et du coup, la France insoumise, c'est le chaos, etc. Donc, voilà. Comme quoi la diabolisation...
Émilien avait une question.
Oui, une question pour vous deux. On va revenir à nos obsessions et passions tristes. Malgré tout, il y a les différentes possibilités que vous avez de gouverner ou d'avoir une influence sur les différents projets de loi. L'extrême droite progresse. Elle progresse beaucoup en France. Elle progresse un peu, ce n'est pas une vague, mais un peu en Europe, sur un niveau vraiment transnational.
C'est quoi que vous pouvez faire, vous, en tant qu'élu, qui peut-être aurait la main directement ou peut-être pourrait fortement peser dans des coalitions ad hoc au Parlement européen pour que les gens aient moins envie de voter pour le RN ou pour n'importe quelle autre partie de l'extrême droite, la droite radicale en Europe ? C'est quoi une ou deux mesures que vous auriez en tête, que vous pourriez mettre en place rapidement en l'espace d'un an ?
On laisse Chloé répondre.
Oui, sur la question de ce qu'on pourrait faire en l'espace d'un an, je pense que déjà la première chose à redire, c'est ce qu'a dit Claire juste avant, c'est de pousser Macron et de le contraindre à respecter le vote des électeurs, c'est-à-dire de nommer un Premier ministre issu de la première force de cette Assemblée, qui est le nouveau Front populaire. Et pour l'instant, on voit bien que c'est encore loin d'être le cas, qu'il est dans des magouilles de coulisses pour essayer de nous prendre de revers en négociant avec LR. Donc la première chose à rappeler, c'est que les électeurs doivent être respectés et que c'est au nouveau Front populaire de former un gouvernement.
Après, ce gouvernement sera minoritaire, comme l'était le gouvernement d'Emmanuel Macron en 2022. Et nous, on doit inventer une nouvelle méthode pour arriver quand même à faire appliquer notre programme. Parce que je crois que beaucoup de mesures de notre programme, même si notre gouvernement sera minoritaire, beaucoup de ces mesures sont majoritaires dans le pays. Quand on prend le rétablissement de l'impôt sur la fortune avec un volet climatique, l'impôt sur l'héritage plus progressif, la lutte contre les déserts médicaux, la police de proximité, toutes ces mesures-là, c'est les sondages qui le montrent, sont très, très, très, très majoritaires dans l'opinion.
Donc, charge aux députés de l'Assemblée nationale de les adopter, ou sinon d'en rendre compte de devant les électeurs, mais vraisemblablement qu'il faudra qu'on puisse s'appuyer sur la société civile, organiser sur les syndicats, qu'il faudra mettre une pression d'enfer pour pousser, en fait, les autres groupes à voter les mesures de notre programme qui sont, en réalité, majoritaires dans l'opinion, même si nous serons, nous, un gouvernement dit minoritaire. Mais voilà, ce sera une nouvelle méthode à avancer, à inventer. En tout cas, pour résumer ma pensée, je pense qu'on fera l'inverse de ce qu'a fait Macron en 2022.
C'est-à-dire que lui, il avait un gouvernement minoritaire et il a fait passer des mesures qui étaient, elles aussi, minoritaires dans l'opinion, comme la réforme des retraites, la retraite à 64 ans, qu'il a fait passer au forceps et qui était massivement rejetée. Nous, on est un gouvernement minoritaire, mais nous savons que les mesures que nous portons pour changer la vie des gens, elles, elles sont majoritaires et donc il va falloir que l'Assemblée les accepte.
Claire, la lutte contre l'extrême droite ?
Oui, je pense qu'il y a deux dimensions là-dessus. En fait, Chloé, tu le disais très bien, le diagnostic, c'est qu'il y a un sous-jacent économico-social au vote RN, c'est-à-dire qu'il y a des situations, il y a une précarisation sociale, il y a les classes populaires, mais il y a aussi une partie des classes moyennes qui se sent être déclassées, qui sent qu'elles ne tiennent plus, les fins de mois c'est difficile, le statut social, elles ne s'y retrouvent plus. Donc il y a ça.
Et pour ça, il y a effectivement des mesures dans le programme du monde Front Populaire qui viennent soulager tout le monde, permettre à tout le monde de respirer et permettre à tout le monde d'arrêter de regarder son voisin en regardant le petit bout d'aide qu'il a et de regarder le tableau plus large et la division la plus importante, c'est-à-dire celle qui sépare la vaste majorité des gens par rapport aux ultra-riches. Donc de remettre l'accent et la visibilité là-dessus. Néanmoins, je pense qu'il y a quelque chose quand même qui s'est passé dans le pays et là ça demande un travail plus profond, plus de long terme.
Je pense qu'il y a une partie de l'électorat RN aujourd'hui, on peut leur mettre sous les yeux autant qu'on veut l'arnaque sociale qu'on pose le RN. On peut leur dire mais regardez, ils ont voté toutes les lois antisociales, leur programme économique, c'est du néolibéralisme, saupoudré de racisme, ils vont quand même glisser le bulletin de vote RN. Donc on a une lutte antiraciste, une lutte contre les idées d'extrême droite, une bataille culturelle énorme à mener dans le pays. Et ça, on peut la décliner sur plusieurs fonds.
Il y a le travail de terrain que l'on va faire quand on va voir les gens en porte-à-porte, la discussion constante pour arriver à les réarimer à des idées républicaines de base. Mais il y a aussi la lutte contre la bolorisation des esprits et du coup contre l'état dans lequel nos médias sont aujourd'hui. Et je pense que Usul pourra nous faire un diagnostic assez étendu sur comment les médias, certains médias se sont comportés dans cette campagne législative. Et c'est très grave en fait, c'est un problème démocratique extrêmement grave. Donc je pense qu'il y a ces deux dimensions-là aujourd'hui.
Il y a la dimension vraiment mesure économique et sociale pour que tout le monde arrive à vivre dignement, à vivre bien. Et ça déjà, je pense qu'on fait reculer l'extrême droite comme ça, on réarime les ouvriers, les employés au vote de gauche comme ça. Mais aujourd'hui, je pense qu'il y a vraiment une autre bataille qui est une bataille antiraciste de base.
Chloé ?
Oui, je voudrais rebondir sur ce que dit Claire qui est hyper juste. Moi, je suis d'un département, le Gard, qui dimanche a éli 100% de députés d'extrême droite. C'est-à-dire que sur les six circonscriptions du Gard, nous avons six députés d'extrême droite. Et j'ai fait dans le Gard une campagne de terrain qui était honnêtement hyper difficile. On a un pays qui est très, très fracturé. Et honnêtement, j'ai vu des villages où le vote RN dépasse les 50%, où on a une situation, je ne sais pas le dire autrement, pré-guerre civile. Et Claire a raison de souligner que le vote RN, c'est bien un vote raciste et xénophobe. Il ne faut pas se voiler la face.
Ce vote raciste et xénophobe, il prend racine effectivement sur des situations de précarité. Et du coup, après, ce sont des gens qui se laissent avoir en fait par l'extrême droite qui va leur montrer un bouc émissaire de leurs problèmes en leur disant « Votre problème, c'est l'étranger, c'est l'immigré qui prend vos aides, etc. » Moi, j'ai entendu partout, dans les petits villages de mon enfance, qui sont des villages RN, des gens me dire « Les étrangers ont droit à tout, nous, on n'a droit à rien. » Alors que c'est faux, quand tu prends le RSA, par exemple, s'il y a seulement 14% d'étrangers qui touchent le RSA, le reste, ce sont des Français. Pareil pour les logements sociaux.
Mais eux, ils ont droit à tout, nous, on n'a droit à rien. Et puis, c'est toujours les mêmes qui foutent le bordel, etc. Et c'est terrible, parce que dans ces villages-là, les gens, comme ailleurs d'ailleurs, ne vivent pas côte à côte, mais face à face. Et pendant que l'extrême droite divise le peuple et la classe ouvrière, les classes populaires, pendant ce temps-là, les milliardaires, les grands patrons, les privilégiés, ils sont bien tranquilles. Donc, c'est une situation catastrophique qui menace la paix civile dans notre pays. Je le dis vraiment aussi clairement que ça. Il faut revenir à de la base.
C'est-à-dire que les gens se parlent parce que tous ces gens qui votent ERN me disent « Non, mais moi, ces gens-là, je ne leur parle pas » alors que ce sont leurs voisins. Et ils les voient, en fait, à travers la télé. Ils ont peur, en réalité. Le racisme derrière, il y a une peur, en fait, de l'étranger. Et donc, moi, j'en veux énormément à tous ces responsables politiques encravatés d'extrême droite qui sont allés expliquer sur tous les plateaux télé que les étrangers étaient responsables de tous les malheurs de notre pays. Donc, il y a une vraie contre-bataille culturelle à mener sur ce sujet-là.
Et puis, après, il faut faire en sorte que les gens ne soient pas dans une précarité telle qu'ils en veulent à leurs voisins, entre guillemets, en l'occurrence immigrés, d'être coupables de leur précarité. Il faut leur montrer les vrais responsables et puis, il faut leur donner de l'air. Souvent, les gens qui votent ARN sont des gens qui ne sont pas forcément dans la grande précarité, d'accord ? Ils sont propriétaires d'un pavillon, etc. Mais en même temps, ils ont peur de perdre le peu qu'ils ont. Ils sont contraints dans leur déplacement, dans leur mobilité, dans leur vie quotidienne. Ils ne partent pas beaucoup en vacances.
Et donc, il faut redonner de l'air à ces gens-là du pouvoir d'achat, de l'accès à des services publics de proximité, de santé, l'éducation, la sécurité aussi avec la police de proximité. Toutes ces mesures-là, nous, c'est les solutions qu'on les a à gauche, on les porte. Mais il est vraiment urgent de les appliquer parce que ce qu'on a vu dans cette campagne, je vous assure que c'était hyper, hyper préoccupant. Moi, j'en ressors très inquiète. Il ne faut surtout pas relativiser la progression de l'extrême droite dans le vote de dimanche.
Chloé, je sais que tu dois partir. J'ai une dernière question à te poser. Tu es porte-parole du Parti Socialiste. Et désolé, je reviens à des considérations très terre-à-terre de formation de gouvernement. Emmanuel Macron a dit qu'il ne voulait pas gouverner avec la France insoumise. Qu'est-ce qui se passe s'il propose de scinder en deux le nouveau Front Populaire et de faire une alliance entre les macronistes et les socialistes, les écolos, les communistes ?
Non, mais c'est hors de question. Nous, on tient une ligne qui est très claire. Le nouveau Front Populaire est un bloc uni. On a fait campagne sur un programme. Et donc, il n'y a pas de division à chercher entre nous. Et vraiment, j'invite tout le monde à ne pas jouer ce jeu-là. Il y a eu un communiqué de presse très clair qui a été publié par toutes les forces du nouveau Front Populaire ce soir pour appeler Emmanuel Macron à respecter le verdict des urnes et à nommer un Premier ministre issu du nouveau Front Populaire. Mais il n'y aura pas de division. Il n'y aura pas de coalition. Moi, je l'ai dit très clairement dimanche soir. On va former un gouvernement qui sera minoritaire.
Et ensuite, on ira chercher des majorités de projets à l'Assemblée autour des mesures de notre programme.
Merci beaucoup, Chloé, d'être venue avec nous ce soir sur le plateau de Vaccine depuis Bruxelles. Merci à toi. Merci. A bientôt. Merci pour l'accueil. Chloé qui doit partir, mais Claire qui reste avec nous. Safia, je crois que tu avais une question.
Tout à fait. C'est bon, excusez-moi, j'ai été perturbée par le visio, plus visio. Non, je voulais simplement réagir et ensuite poser une question à Claire. Je pense qu'il faut juste faire très attention à la formule de pré-guerre civile parce qu'en plus, Emmanuel Macron l'a utilisée pendant la campagne. Guerre civile signifierait qu'on aurait deux fractions à matériel, à armes égales qui pourraient s'affronter. La réalité, c'est que moi, je pense que, alors je partage les constats d'une campagne qui est très, très difficile. On a vu, Mediapart a fait un ratio, c'est presque une agression raciste par jour qui a eu lieu depuis le 9 juin, ce qui a été visible, effectivement.
Donc en fait, ce n'est pas un contexte de guerre civile. Moi, je pense qu'on peut possiblement retomber dans un contexte qui est celui des années 70 avec beaucoup, voilà, de crimes racistes par année, beaucoup d'agressions, un contexte où le droit à la sûreté pour les personnes issues d'immigration n'est pas garanti. Donc ce n'est pas un contexte de guerre civile, c'est un contexte où les personnes précaires matériellement et exposées à l'oppression sont, elles, exposées à des personnes qui se montent la tête à cause de la valorisation des esprits. Moi-même, quand j'étais toute petite, je l'ai vécu. Il faut faire très attention aux conflits de voisinage.
On a vu la vidéo d'un voyeur spécial avec Divine, etc. Moi, à 8 ans, j'étais en ruralité avec mon père. On sortait, on devait aller à un dîner. En fait, le voisin de là où on devait aller est sorti avec son fusil et il nous a regardé en disant, moi, je vais faire la guerre d'Algérie. Donc en fait, c'est quelque chose qui va s'accentuer, qui existe déjà et je pense qu'on va un peu connaître un climat similaire aux années 70. Trêve de plaisanterie. Maintenant, je pose ma question. Te concernant, Claire, tu as un... Voilà, exactement.
La petite vengeance. Non, elle est acceptée. Je n'ai pas sifflé, je n'ai pas sifflé la faute.
Ce qui me paraissait important, c'est que tu as insisté sur qu'est-ce que signifie le vote ARN. Et moi, effectivement, je suis persuadée que le vote ARN, c'est en fait un vote où on ne peut pas dissocier racisme et raison économique. Et là, je ne parle pas pour la petite bourgeoisie raciste, notamment là, on parlait de Dakar dans le sud de la France, notamment les villes comme Martigues ou les circonscriptions à Marseille qui ont basculé ou dans les Outre-mer ou dans les quartiers populaires. C'est un vote où en fait, l'immigration, elle est utilisée comme variable d'explication des problèmes économiques et sociaux.
Et face à ça, donc voilà, tu disais, il y a un programme, notamment avec la question du pouvoir d'achat. Chloé a évoqué l'impôt, l'ISF, etc., qui est très important et qui est significatif pour une majorité des gens. La majorité des gens qui travaillent, qui sont ouvriers, qui sont employés. Cependant, en fait, parfois, on peut douter de s'il n'y aura pas de trahison parce que quand on regarde y compris la composition du NFP, on n'a que deux ouvriers à l'Assemblée nationale, alors que les ouvriers, c'est 19,1% de la population active. On a un ouvrier qui est au Rassemblement national, effectivement. En fait, on en a deux au NFP et trois sur l'ensemble de l'Assemblée.
C'est trois sur l'ensemble de l'Assemblée. Un qui est au Rassemblement national et deux qui sont au nouveau Front populaire. Plus une défaite qui a été cataclysmique, c'est celle de Rachel Kéquet qui m'a fait énormément de peine parce que c'est celle qui pointait du doigt l'ensemble du Parlement en disant mais qui ici a déjà gagné 800 euros, 900 euros, etc., qui portait des discours de la majorité de la population.
C'est quoi ta question, du coup ?
Ma question, c'est... Comment est-ce que que toutes les deux, on est filles d'ouvriers et d'ouvrières ? Toi, tu comptes te placer comment dans des coalitions parlementaires qui vont être très dures, dans des compromissions qui vont être très dures, dans un contexte où le gouvernement va être... Ça va être aussi très compliqué d'appliquer ces mesures pour toi de tenir le cap. C'est quoi là les mesures en termes de pouvoir d'achat et d'inflation que tu veux porter ? C'est quoi tes combats ? Est-ce que c'est écologie ou inflation ? Est-ce que ça va être les deux ? Ça va être comment ? C'est quoi les mesures qu'on a envie de porter ?
Oui, déjà sur la composition du NFP, c'est loin d'être parfait. On a perdu aussi des personnes comme Caroline Fiat, par exemple. Après, bon, il faut toujours voir une partie du verre qui est à moitié plein. On est rejoint par Zaya Hamdan qui est assistante sociale, par Béranger Sarnon qui lui est syndicaliste, qui est dans le rail. Donc, il y a des incarnations fortes quand même, y compris sur cette législature de ces combats-là. Après, sur ta question précisément, c'est sûr que moi, je viens de l'écologie politique, c'est mon sujet de thèse, c'est ce que je porte, mais c'est... Désolé,
parce qu'on a parlé de mon ex-thèse. C'est mesquin, c'est pas bestien. C'est le sujet
de mon ex-thèse, voilà, mais que je finirai un jour, vraiment. Oui, oui, oui. Mais en fait, je porte une écologie, enfin, je porte l'idée qu'en fait, on ne peut pas dissocier les mesures écologiques des questions d'inflation, que si, en fait, on veut arriver à faire la bifurcation écologique, on ne le fera pas sans des mesures de justice sociale radicales, en fait.
Donc, je pense que c'est ça aussi la force d'un programme comme celui du Nouveau Fonds Populaire, c'est de tenir ensemble ces deux goûts, de dire, en fait, on n'arrivera pas à faire bouger les gens dans leur comportement, dans leur mobilité, etc., sans que le système dans lequel ils sont pris, sans que les incitations dans lesquelles ils sont pris changent aussi radicalement. Donc, en fait, moi, mon combat, il est pour la justice climatique et sociale, mais simultanément, dans un même mouvement, en fait. Si on applique une mesure écologique, qu'on va appeler écologique, mais qui a des conséquences sociales néfastes, typiquement, en taxe carbone, ça donne les gilets jaunes. Voilà.
Donc, en fait, on n'a pas d'autre choix. Si on fait la bifurcation écologique, il faut qu'elle se fasse dans un contexte de reconception totale de notre machine économique. Tu fais confiance aux autres groupes politiques pour ça ? Oui. Alors, de toute façon, on va être obligés, je veux dire, on n'a pas le choix, là. On est obligés de travailler ensemble, de se faire un minimum confiance. On a un programme qui nous donne le cap, c'est notre base de discussion. Oui, moi, je ne pars pas dans cette mandature en me disant qu'on ne peut pas compter sur les autres. On est obligés de compter les uns sur les autres. Après, on vient de traditions politiques différentes.
Et moi, je sais ce que j'ai à apporter, ce que j'ai à dire sur l'écologie, sur comment l'apporter, etc. Et après, charge à nous, élus, de convaincre, y compris nos partenaires à gauche, de travailler dans cette direction-là. Donc, en fait, oui, mon rôle, je le vois justement à cette manière de faire la jonction entre les questions économiques, sociales et écologiques parce qu'elles ont été beaucoup trop longtemps dissociées. Et je trouve que, justement, la force du programme la vie en commun et puis maintenant, sa version remaniée dans le programme du Nouveau Front Populaire avec l'ajout des autres forces politiques, c'est justement ça.
C'est de ne pas avoir une vision technique qui s'encorerait strictement sur des questions de décarbonation sans prendre en compte les questions systémiques, les questions d'opposition au capitalisme, voilà, pour commencer. Et voilà, donc moi, mon rôle, je le vois plutôt là-dedans.
Malek, dernière question ?
Oui, juste pour revenir sur Rachel Keké, les cadres insoumis étaient affectés vraiment personnellement par la défaite de Rachel Keké et sache que la rotonde de Stalingrad a hurlé à l'annonce de ta victoire claire. Tu n'étais pas là, tu étais dans ta circo. Le tchat aussi a hurlé. On est là pour te le dire. Il y a cette configuration de majorité relative et il y a plein de gens qui se sont mobilisés là. Tu as dû le voir aussi dans ta circo avec des gens qui n'étaient pas forcément dans le jeu politique et qui ont voulu donner la main à la patte. C'est quoi la suite d'ailleurs pour tout ça ?
Avec tous ces gens qui se sont mobilisés pour la première fois, est-ce qu'il doit y avoir une organisation qui organise tout ça ? C'est quoi la suite ? Un grand parti démocratique de la gauche ? Il y a des guerres qu'il va falloir aller gagner ?
Oui, mais là, c'est que le tout début d'une immense bataille et on n'a pas beaucoup dormi ces trois dernières semaines et je pense que ça ne va pas s'arranger dans les semaines à venir. Il y a deux enjeux. Déjà, on a un nouvel électorat qui vient d'arriver, qui a peut-être voté pour la première fois, qui est revenu voter pour la première fois depuis longtemps. Donc la question, c'est la fidélisation de cet électorat-là, d'arriver à cerner pourquoi ils se sont mobilisés là, c'est quoi le facteur de vote, etc. Et puis, il y a effectivement, vraiment, le Nouveau Front Populaire, ce n'est pas un cartel de partis.
Non, on s'est fait submerger par des gens qui arrivaient de partout dans la circonscription, des jeunes, des moins jeunes qui venaient aider. Et pour les militants qui sont là depuis 20 ans, qui travaillent le terrain, qui tiennent leur panneau d'affichage où ils sont là. Et c'était magnifique, en fait. C'est magique, ce qui s'est passé dans cette campagne, vraiment. Donc, en fait, on a une responsabilité immense de déjà pas décevoir à la fois les électorats et les militants qui nous ont rejoint.
De ne pas trahir, ça a été la demande des gens.
Ah oui, mais de toute façon, ça va être ça, la boussole première. Et aussi de constituer les cadres au niveau locaux pour que ces personnes-là puissent continuer à militer, continuer à travailler avec nous sur le terrain. Donc là, le programme de cette semaine, pour ceux qui ont été élus et même pour ceux qui n'ont pas été élus mais qui n'étaient pas loin, parce qu'en réalité, on risque aussi la dissolution dans un an. Donc en fait, là, on part pour une campagne. J'espère que vous êtes en forme parce qu'on part pour une espèce de campagne constante pendant des mois.
Donc oui, le travail-là, c'est à la fois l'installation à l'Assemblée et puis aussi mettre en place des choses au niveau de nos circonscriptions pour continuer les actions. Là, bien sûr, retourner dans notamment les endroits où il y a un très fort vote pour le Nouveau Front Populaire pour remercier, montrer qu'on est encore là, leur donner les clés de la suite, arriver aussi à faire comprendre un petit peu la situation politique dans laquelle on est. Parce que même pour des gens qui sont politisés, là, ce n'est pas clair. On est un peu dans le brouillard sur qu'est-ce qui pourrait se passer, qu'est-ce qui est possible, qu'est-ce qui est d'emblée impossible, c'est quoi les équilibres.
Et donc, en fait, on a un immense travail de mobilisation, d'éducation populaire sur ce qui est en train de se passer. Et en réalité, on a aussi un travail de terrain qui est un travail de résistance antifasciste, en fait, qui est plus ou moins grand selon les circonscriptions. Et je suis très, très fière de si j'ai avec Raphaël Arnaud, militant antifasciste, qui a été élu dans une circonscription qui est à la base du RN. Et en fait, on a dans les batailles à venir, on a aussi ça. C'est-à-dire que la montée de l'extrême droite, c'est des agressions au quotidien. Et je te rejoins, Safia, sur ce que tu as dit. Pendant la campagne, on les a vécues, on les a vues quand on tractait.
À un moment, il y a quelqu'un du RN, enfin, pas du RN, mais qui votait RN, qui s'est approché, qui a pris un autre acte et qui nous a dit non, moi, je voterai pour le RN, etc. Et donc, on commence à essayer de discuter, d'essayer de justement comprendre c'est quoi la raison de ce vote-là. Et il y a une dame âgée, voilée, qui passe et devant elle, il lui dit mais ça, j'en veux plus. Donc, c'est ce genre de violence et de déshumanisation-là qu'on est en train de voir et c'est contre ça qu'il va falloir se battre. Et c'est quoi le plan pour ça, du coup ? Je pense qu'il y a effectivement... Parce que c'est urgent, il y a de la mobilisation quotidienne sur le terrain, bien sûr.
Il y a ne pas laisser passer ce genre de choses. Mais c'est pas ça à travers quoi comme action ? C'est la mobilisation, c'est assez vague. Oui, en fait, nous, sur le terrain, ça va être du porte-à-porte, ça va être des... Pour les militants, ça va être de la formation, ça va être des temps de débats collectifs, de la présence dans l'espace public aussi, c'est ça. C'est reprendre terrain, reprendre du terrain dans l'espace public, montrer qu'il n'y aura pas... Voilà, qu'on sera intransigeant sur les actes et les propos racistes. En fait, c'est un travail un peu du quotidien de tous les citoyens. C'est de rien laisser passer et de, comme ça, faire reculer cette vague-là.
Mais honnêtement, c'est profond, en fait. Donc, ça va prendre du temps. Et je pense que là, vraiment, le travail sur les médias, il est extrêmement important. Sur médias, réseaux sociaux, comment, en fait, on arrive à contrer la vague qui s'y déploie du côté extrême-droite, ça va être vraiment capital.
Merci beaucoup, Claire, d'être venue sur le plateau de Baxi, d'être venue sur le plateau de Baxi, de répondre à nos questions. J'espère que tu reviendras à cette place qui te revient d'invités politiques. Cher Claire, tu peux rester avec nous si tu veux, on va conclure cette émission, on va conclure cette saison. C'est la dernière émission.
Quelle commission pour toi ? Ah, quelle commission ?
Oui ! Alors, on fait... Là, on s'organise... Je fais des vœux. Oui, on s'organise au niveau du groupe. Non, non, on s'organise au niveau du groupe pour les répartir. Mais moi, vu les sujets sur lesquels je travaille, le plus cohérent, ce serait de demander la DDAT, donc le développement durable et l'aménagement du territoire. Voilà. Mais je vous dirais ça.
OK. Écoute, on regardera ça. Merci beaucoup. Merci beaucoup, Claire, chers amis. Merci beaucoup.
Chloé Ridel