Conférence de presse à la suite de la visioconférence avec Olaf Scholz, Chancelier d'Allemagne.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 10 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 10:01OuverteRéponse directe
Si les comportements ne changent pas cet hiver, y aura-t-il inévitablement des coupures de gaz ou d'électricité ?
- 11:00OuverteRéponse directe
Les aides aux énergies seront-elles maintenues à partir de janvier ou ciblées ?
- 13:00OuverteRéponse directe
L'Allemagne s'est engagée sur une taxe sur les profits indus des énergéticiens. La France suivra-t-elle ?
- 14:00OuverteRéponse partielle
EDF n'a pas de patron. Avez-vous arrêté votre choix sur une direction ?
- 17:00OuverteRéponse directe
Le projet de gazoduc MidCat entre la France et l'Espagne est-il définitivement enterré ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15PrésidentChiffre
« 25 % de toute l'énergie de l'Union européenne était du gaz et 50 % de ce gaz venait de la Russie. »
- 0:45PrésidentChiffre
« En un an de temps, les prix du gaz ont été multipliés par 5 ou 6 sur le marché et les prix de l'électricité ont atteint des niveaux qu'ils n'avaient jamais connus. »
- 4:30PrésidentChiffre
« Nous nous étions donné des objectifs européens et français. L'objectif de 80 % que nous nous étions donné en Européen est en train d'être atteint et, à cet égard, l'Europe est en avance de quelques semaines sur les objectifs qu'elle s'était donnés. »
- 5:00PrésidentChiffre
« En France, nous sommes autour de 92-93 % de stockage par rapport à nos capacités. »
- 5:30PrésidentPromesse
« Notre objectif est, par ce biais-là, d'économiser environ 10 % de ce qu'on consomme habituellement. »
- 7:00PrésidentFait
« La France est l'un des pays qui a le plus protégé les ménages et les petites et moyennes entreprises en Europe. »
- 9:00PrésidentPromesse
« Nous défendons un mécanisme de contribution européenne qui serait demandé aux opérateurs énergétiques pour ceux dont les coûts de production sont très inférieurs au prix de vente sur le marché. »
- 18:00PrésidentChiffre
« Trente-deux réacteurs sont à l'arrêt. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Je souhaitais, en effet, faire un point rapide sur la situation en termes énergétique et économique, pour notre pays et pour l'Europe, dans le contexte que nous connaissons, après avoir tenu un Conseil de défense et de sécurité nationale sur l'énergie, et après des coordinations intenses ces derniers jours, à la fois avec la Commission européenne et avec l'Allemagne. J'étais à l'instant avec le chancelier Scholz sur ce sujet. En effet, nous le voyons depuis plusieurs mois, notre pays et notre continent ont été soumis d'abord à une hausse des prix de l'énergie qui a été largement conduite par une reprise de l'activité post-Covid très intense.
Situation qui a été ensuite aggravée par la guerre lancée par la Russie en Ukraine, et ce compte tenu de ce que représente la Russie sur le marché des énergies fossiles, qu'il s'agisse du gaz comme du pétrole. Début 2022, Je veux ici rappeler la situation, 25 % de toute l'énergie de l'Union européenne était du gaz et 50 % de ce gaz venait de la Russie. C'est la situation dont nous partons.
Très clairement, cette situation macroéconomique qui existe à partir de la fin de l'année 2021 puis le déclenchement de la guerre ont fait peser sur notre Europe une situation inédite, où ce qui paraissait jusqu'alors des évidences, c'est-à-dire que nous ne manquerions pas de ces ressources fossiles et que nous pourrions mener notre transition climatique au rythme où nous l'avions décidé, a été remis en cause. Donc nous avons aujourd'hui un objectif qui est d'abord de sécuriser la fourniture de gaz et d'accélérer le plus vite possible notre transition pour pouvoir nous en passer et évidemment, dans ce contexte et dans cet entre temps, de maîtriser les prix et l'inflation qui en découle. Je le dis dans un contexte où, en un an de temps, les prix du gaz ont été multipliés par 5 ou 6 sur le marché et les prix de l'électricité ont atteint des niveaux qu'ils n'avaient jamais connus, avec des phénomènes spéculatifs extrêmement importants.
Dès le début de la guerre, nous avons réagi en européens, et la France avait alors la présidence du Conseil. C'est l'agenda de Versailles, dès le mois de mars 2022, qui a acté qu'il nous fallait sortir au plus vite de la dépendance au charbon, au pétrole et au gaz russe, avec une stratégie qui consiste à confirmer et accélérer notre agenda climatique. L'agenda qu'on appelle en bon français Fit for 55 est cet agenda que nous avons porté, durant la présidence française, en passant de nombreux textes.
C'est celui qui nous permet d'accélérer le plus vite la sortie des énergies fossiles. Il prendra néanmoins, nous le savons, plusieurs années. Mais la situation actuelle le confirme et le conforte, c'est-à-dire que c'est un agenda par lequel nous allons électrifier nos usages, aller vers plus de renouvelables, de nucléaire et de sobriété énergétique, ces trois piliers qui fondent à la fois la stratégie européenne et la stratégie française.
Le deuxième pilier, c'est celui que j'évoquais, c'est d'accélérer les économies d'énergie, je vais y revenir, qui lui est en plus de l'efficacité à court terme. Le troisième pilier de contingence a consisté, dès le mois de mars, à décider de diversifier nos sources d'énergies, y compris fossiles, pour faire face à ce risque géopolitique. Cette diversification a produit ses effets, mais avec des choix qui ont été faits dans certains pays, de rouvrir des centrales à charbon, avec la licence que nous nous sommes accordée de maintenir certaines centrales thermiques que nous voulions fermer en France, et c'est ce que nous avons permis par nos lois.
Avec l'ouverture de nouveaux terminaux gaziers. Plusieurs en Allemagne qui sont en train d'être finalisés le seront et, à moyen terme en France, un terminal au Havre qui nous permettra de recevoir plus de gaz liquéfié. Nous avons surtout, dans la période, accéléré cette diversification en allant chercher d'autres fournisseurs de gaz, ce qui a permis en quelques mois de passer de 50 % de gaz russe que j'évoquais à 9 % aujourd'hui dans notre mix.
À côté de ça, de manière plus structurelle évidemment, nous diversifions nos sources de production pour aller vers plus de renouvelables et de nucléaire, ce qui, dans notre mix, est plus cohérent pour sortir de cette dépendance. Maintenant, au moment où nous nous parlons, nous avons deux enjeux à court terme. Je pense que c'est la question que se posent beaucoup de nos compatriotes, comment être sûrs qu'il n'y ait pas de coupure et comment être sûrs qu'on maîtrisera au mieux les prix ?
En effet, à court terme, notre volonté de faire face, évidemment aux prochains mois et en particulier aux mois d'hiver, et nous nous sommes préparés parce que j'ai demandé au gouvernement ce qu'ont fait l'ensemble des services, c'est de nous préparer à un scénario d'un hiver froid et dans lequel il y aurait une coupure complète du gaz russe. C'est celui, je dirais, dont les hypothèses de départ seraient les plus adverses, avec un objectif qui est le nôtre, qui est de n'avoir aucune coupure ( gaz et électricité ) et de préserver notre activité économique pour ne pas rentrer dans une crise économique. Pour faire face à cela, nous avons d'ores et déjà pris toutes les mesures que j'évoquais ( diversifier et nous protéger ).
Le premier élément, c'était stocker, stocker le gaz, puisque lui peut se stocker pour pouvoir à la fois être consommé par les ménages ou pouvoir produire de l'électricité. Nous nous étions donné des objectifs européens et français. L'objectif de 80 % que nous nous étions donné en Européen est en train d'être atteint et, à cet égard, l'Europe est en avance de quelques semaines sur les objectifs qu'elle s'était donnés, ce qui a montré une mobilisation de tous les pays.
En France, nous sommes autour de 92-93 % de stockage par rapport à nos capacités. Là aussi, nous sommes en avance sur les objectifs que nous nous étions donnés. Ce qui veut dire qu'on a tous réussi à nous mobiliser, à consommer un peu moins que prévu durant les dernières semaines et, surtout, à mobiliser des capacités pour stocker et préparer l'hiver.
Le deuxième élément clé de cette stratégie pour passer l'hiver, c'est de sauver l'énergie que nous pouvons sauver, c'est la sobriété énergétique. Je veux vraiment insister sur ce point parce que nous avons chacun un rôle à jouer en la matière, et il est très important. La meilleure énergie, c'est celle qu'on ne consomme pas.
À cet égard, le gouvernement a élaboré une première série de mesures. Il en a préparé une série d'autres et nous avons, je vais être très simple et la Première ministre et les ministres entreront dans les prochains jours et les prochaines semaines dans le détail, mais notre objectif est, par ce biais-là, d'économiser environ 10 % de ce qu'on consomme habituellement. C'est faisable par une série de gestes simples, en étant d'abord dans une logique volontariste, si je puis dire, et pas coercitive ; en appelant à la responsabilité de chacun et en partageant toutes les informations qui sont les nôtres.
On est déjà en train d'économiser de l'énergie par rapport à nos comportements habituels, parce qu'elle coûte un peu plus cher, il faut bien le dire, et parce que tout le monde est en train d'intégrer cette nécessité. Mais, si nous nous mobilisons, et c'est bien à un plan de mobilisation active auquel j'appelle, nous pouvons atteindre cet objectif de 10 % : dans les consommations publiques, dans les bâtiments tertiaires, chez les ménages et, évidemment, dans tous les secteurs d'activités. Le gouvernement va décliner ce plan secteur par secteur mais chacun d'entre vous a son rôle à jouer.
Une bonne partie de cet effort et la chose la plus efficace, c'est de baisser un peu la clim quand il fait chaud, ce qui est plutôt le cas en ce moment, et c'est d'essayer de se caler sur une référence de chauffage dès qu'il commencera à faire froid, autour de 19 degrés dans la pièce pour maintenir la température ambiante. Si on fait ces petits efforts collectifs, assez spontanément le pays pourra atteindre ces objectifs de sobriété. Le gouvernement va décliner cet objectif et, pour moi, ce plan de sobriété, c'est ce qui doit nous éviter d'aller vers quelque chose qui serait plus coercitif et qui serait à ce moment-là un plan de sobriété renforcé, voire de rationnement, et qui, évidemment, nous protégera in fine des coupures.
Donc, vous le voyez, en quelque sorte c'est par gradation. Le premier étage de la mobilisation générale, c'est la sobriété volontaire. Pour ça, il va y avoir une déclinaison secteur par secteur, un travail de communication du gouvernement et on va aussi essayer que chaque personne et chacun de nos compatriotes ait des outils.
D'ores et déjà, j'invite chacun à regarder Ecowatt, où vous avez de manière très concrète la situation énergétique du pays et des conseils pour des gestes concrets, ce qui permet à chacun d'être en quelque sorte mobilisé. Pour faire face à ces difficultés de court terme, il y a le stockage. Il y a, ensuite, sauver l'énergie et ce plan de sobriété en jouant sur la responsabilité de chacun là où il est, des particuliers comme des secteurs économiques et, évidemment, du secteur tertiaire et des administrations publiques.
Et, le troisième levier, c'est la solidarité européenne. Je veux insister sur ce point parce qu'à court terme nous l'avons beaucoup travaillé, en particulier en franco-allemands. Je veux ici vous dire la coordination et la solidarité franco-allemande qui va s'établir sur ce sujet, et sur laquelle nous travaillons depuis le début de la crise.
Si je devais simplifier les choses, l'Allemagne a besoin de notre gaz et, nous, nous avons besoin de l'électricité produite dans le reste de l'Europe et en particulier en Allemagne. Et ce pourquoi ? Cela n'a rien à voir avec le conflit en Russie, mais c'est lié à un phénomène conjoncturel qui est qu'aujourd'hui le parc nucléaire installé en France est face à des défis techniques qui ont conduit le superviseur, qui est l'Autorité de sûreté nucléaire, à demander des travaux à EDF, ce qui fait que nous avons plus de centrales que prévu qui sont en maintenance.
Ça vient s'ajouter à la problématique que je viens d'expliquer, ce qui fait qu'on produit moins d'électricité en franco-français que prévu et on a besoin de la solidarité européenne. Donc nous allons contribuer à la solidarité européenne en matière de gaz et bénéficier de la solidarité européenne en matière d'électricité, dans les semaines et les mois qui viennent. Cela va se traduire en franco-allemand de manière très concrète.
Nous allons finaliser, dans les prochaines semaines, les connexions gazières nécessaires pour pouvoir livrer du gaz à l'Allemagne s'il y avait un besoin de solidarité et à chaque fois qu'il y en aura besoin. D'ores et déjà aujourd'hui, pour la première fois depuis très longtemps, la France est exportatrice de gaz vers l'est de l'Europe. Nous allons renforcer cela et nous mettre en situation d'être solidaires sur le plan gazier avec l'Allemagne si l'hiver est difficile et que l'Allemagne en a besoin.
Les travaux ont été actés dans le conseil de vendredi. Ils se feront dans les prochaines semaines et seront prêts pour l'hiver. De la même manière, l'Allemagne s'est engagée à une solidarité électrique à l'égard de la France et donc se mettra en situation de produire davantage d'électricité et surtout nous apporter, dans les situations de pic, sa solidarité électrique en la matière.
Cette solidarité franco-allemande, c'est l'engagement que nous avons pris avec le chancelier Scholz, c'est celle que nous tiendrons dans les prochains mois et qui s'inscrit plus largement dans une solidarité européenne qui a été structurée par les communications de la communication européenne dès le début de l'été, qui a appelé à de la solidarité entre les pays et à un plan de sobriété partout en Europe, tel que je viens de le décliner. Ça, c'est pour passer l'hiver et, si nous faisons ce que je viens de dire et que nous nous mettons en situation, notre vision est que nous pouvons regarder sereinement les choses. Donc, en quelque sorte, les solutions sont d'ores et déjà aujourd'hui dans nos mains, si nous savons être au rendez-vous de la sobriété et de la solidarité.
Ensuite, il y a la question des prix, qui préoccupe évidemment beaucoup de nos compatriotes. Sur ce sujet, les mesures sont d'abord nationales, et ce sont des mesures en quelque sorte de correction. La France les a pris parmi les premiers pays, dès octobre-novembre 2021.
Nous avons mis en place des séries de boucliers face, en particulier, à l'envolée des prix de l'électricité et du gaz. Nous avons aussi pris des dispositions par rapport aux prix de l'essence qui se sont accrus, contributions que nous avons obtenues ces dernières semaines, avec des effets concrets à la pompe ces jours-ci. En quelque sorte, nous avons évité une hausse d'environ 50 à 70 % des prix du gaz et de l'électricité pour nos compatriotes, ce qui fait que la France est l'un des pays qui a le plus protégé les ménages et les petites et moyennes entreprises en Europe.
Beaucoup de pays sont en train, aujourd'hui, de rejoindre nos mesures. C'est d'ailleurs le sens du plan qui a été annoncé hier par le gouvernement allemand et qui rejoint la logique de beaucoup de nos dispositifs. Tout cela fait qu'aujourd'hui la France est parmi les pays qui ont les taux d'inflation les plus faibles en Europe, parmi les taux les plus faibles de la zone euro, et qu'aujourd'hui nous avons protégé au maximum les ménages et les entreprises sur ce sujet.
Néanmoins, nous le savons, dans les prochains mois il nous faudra encore mieux cibler et avoir une réponse plus structurelle pour aider plutôt à la rénovation thermique et à la l'électrification des pratiques et cibler nos réponses pour accompagner les ménages. Ceci doit s'accompagner de mesures européennes. La Commission est en train de préparer le travail, j'ai eu l'occasion d'avoir plusieurs échanges avec la présidente de la Commission, et nous avons un travail depuis plusieurs mois en la matière.
Je veux ici dire en tout cas la position de la France quant aux grands axes qui semblent se dessiner. D'abord, nous sommes favorables à des pratiques d'achat commun du gaz. Ceci permettrait à l'Europe, en achetant groupé, d'acheter moins cher.
Donc nous continuerons d'agir, et je crois pouvoir dire que le chancelier Scholz partage cette vision, nous en avons parlé à l'instant, et de manière concrète d'agir en fonction de ce que nous avons acté au niveau européen. La deuxième chose, si la Commission venait à décider de mettre un plafond au prix du gaz acheté à travers les gazoducs à la Russie, la France soutiendrait une telle mesure qui me paraît de nature à être cohérente avec notre politique de sanction et à réduire ses prix. La troisième chose, c'est que nous défendons un mécanisme de contribution européenne qui serait demandé aux opérateurs énergétiques pour ceux dont les coûts de production sont très inférieurs au prix de vente sur le marché.
Il y a, en effet, des bénéfices indus qui sont faits par des opérateurs de marché aujourd'hui et, la bonne approche, c'est qu'une contribution leur soit demandée au niveau européen. Cette contribution pourrait ensuite être reversée aux États membres pour financer leurs mesures nationales ciblées. C'est l'approche que nous soutenons, et c'est l'approche que la France et l'Allemagne soutiennent.
Elle est la plus cohérente pour éviter les distorsions entre pays européens. Elle est la plus juste et elle serait la plus efficace. Si une telle approche ne pouvait aboutir au niveau européen, nous serions obligés de la regarder au niveau national.
D'ores et déjà, c'est ce que nous avons fait avec certains opérateurs ces derniers mois, comme vous avez pu le remarquer. Il y a en tout cas, là aussi, une convergence franco-allemande pour défendre un tel mécanisme de contribution européenne si la Commission le proposait dans les prochains jours. Enfin, pour réduire la volatilité des prix, il nous paraît indispensable d'avoir des mesures de lutte contre les pratiques spéculatives qui permettraient de mieux encadrer les pratiques d'appel de marges et de couverture sur les marchés, qui ont conduit à l'envolée des prix et à la démultiplication, en quelque sorte, des effets réels sur les marchés par certains opérateurs.
Nous souhaitons, là-dessus, avoir au moins un accord franco-allemand, nous avons pris l'engagement tout à l'heure avec le chancelier Scholz, et notre souhait est qu'il puisse y avoir des mécanismes de contrôle de ces opérations spéculatives au niveau européen. Ça, c'est pour le volet prix à court terme. Donc je souhaite que la Commission puisse parachever son travail dans les tout prochains jours, et je veux ici redire tout le soutien de la France au travail de la Commission européenne depuis le début de la crise et sur ces mesures.
À moyen terme, ça veut dire dans les prochains mois, il nous faut continuer à avancer à marche forcée. D'abord, pour produire davantage et produire davantage de sources alternatives d'énergie et tout particulièrement d'électricité, en France et en Europe. C'est pourquoi j'ai demandé au gouvernement de parachever des textes législatifs pour permettre d'accélérer nos projets de production d'énergies renouvelables et de nucléaire.
Aujourd'hui, nos rythmes quant aux travaux pour permettre les capacités de production en renouvelables ou en nucléaire montrent que nos projets sont trop lents. Je serai dès que possible à Saint-Nazaire pour inaugurer le champ d'éoliennes en mer, ce que je devais faire aujourd'hui mais que le temps n'a pas permis, ce qui me permet d'avoir le privilège d'être devant vous et ce qui m'a permis d'échanger avec mon homologue allemand, mais imaginez que ce projet a été lancé par mon ante-prédécesseur. Face au défi qui est le nôtre aujourd'hui, on doit aller beaucoup plus vite dans la production de ces énergies renouvelables, et donc simplifier les choses drastiquement.
Nous sommes en guerre, c'est un état de fait. L'énergie fait partie des instruments de guerre utilisés par la Russie et donc nous devons absolument nous mettre en situation de produire plus vite des sources alternatives d'électricité. Le deuxième point, c'est d'accélérer l'électrification de nos pratiques et donc d'aller beaucoup plus vite sur la rénovation thermique des bâtiments, sur la conversion du parc automobile et sur l'installation, comme modèle clé, de transport d'énergie et d'hydrogène au niveau européen.
Et le troisième élément à moyen terme, c'est de réformer le marché de l'électricité. Aujourd'hui, vous le savez, ce marché au niveau européen a deux défauts et je souhaite que nous puissions y travailler en franco-allemand. Il y a maintenant un accord franco-allemand sur ce sujet et nous avons une vraie convergence de vue avec l'Italie aussi.
D'abord, nous devons parachever le réseau européen électrique et multiplier les connexions électriques européennes pour que l'électricité puisse circuler de la manière la plus efficace et rapide entre les pays. Ensuite, le prix sur ce marché européen de l'électricité doit être formé de manière beaucoup plus cohérente et en lien avec les coûts de production. Aujourd'hui, le prix de l'électricité sur le marché européen est beaucoup trop dépendant des contributions marginales, et en particulier celles du gaz en moment de pics, ce qui pour des pays comme le nôtre et certains autres est aberrant et fait que vous avez un prix de l'électricité qui est déconnecté de la réalité des coûts de production.
C'est ce qui fait, d'ailleurs, que vous avez certains opérateurs qui du coup font des bénéfices excessifs, ce que la Commission européenne, je l'espère, s'apprête à corriger à court terme. Donc, à moyen terme, il ne faut pas que le marché européen ait en quelque sorte cette distorsion, donc il faut pouvoir le réformer. Voilà donc les trois grands axes à moyen terme sur lesquels nous voulons avancer.
Voilà les quelques mots que je souhaitais donner, et en quelque sorte les axes que je souhaitais dresser, pour vous expliquer quelle est la stratégie à la fois française et européenne en la matière. Tout cela va donner lieu à la déclinaison d'une stratégie que la Première ministre et les ministres compétents vont expliquer. D'abord, sur le plan de sobriété qui donnera lieu donc à une présentation et surtout à un échange avec l'ensemble des branches économiques, puis donnera lieu à des engagements successifs.
En parallèle de ça, évidemment, la Première ministre aura aussi à lancer des exercices structurants pour le pays : la stratégie nationale bas carbone et la programmation pluriannuelle de l'énergie qui seront lancées dès cet automne pour pouvoir déboucher sur des exercices législatifs en fin d'année, début d'année prochaine. Nous aurons l'occasion d'y revenir de manière claire. Tout cela aussi, au niveau européen, donnera lieu à des travaux de la Commission dans les prochains jours, qui seront explicités dans le cadre du collège de la Commission et, évidemment, tout cela sera travaillé lors du prochain Conseil européen à Prague et nous permettra d'avancer, là aussi, en européens.
Voilà les quelques mots que je voulais dire avant de répondre à vos questions. Bonjour, Monsieur le Président, Mathieu Coache, BFMTV. Vous venez de demander aux Français de faire environ 10 % d'économies d'énergie avec des gestes du quotidien, notamment en mettant le chauffage à 19 degrés.
Est-ce que cela veut dire que, si les comportements ne changent pas cet hiver, il y aura inévitablement des coupures de gaz ou d'électricité ? Et, concernant les prix, vous avez parlé de mieux cibler les aides. Est-ce que cela veut dire que certains ménages doivent tout de même se préparer à payer leur énergie plus cher ou est-ce que toutes les aides que l'on connait aujourd'hui seront maintenues à partir de janvier ?
D'abord, la manière même dont vous avez formulé votre question montre qu'il n'y a pas d'inéluctabilité et donc la solution est dans nos mains. Si nous savons collectivement nous comporter de manière plus sobre et faire des économies d'énergie partout, il n'y aura pas de rationnement et il n'y aura pas de coupures. C'est ça, la clé.
Donc il n'y a pas de fatalité du tout. L'objectif c'est que, si nous avons un hiver très froid et que la solidarité européenne est appelée, nous pouvons tout à fait passer ces caps, si nous savons faire environ 10 % d'économie d'énergie. Donc il faut dès maintenant nous mettre en capacité de le faire.
Ce plan de sobriété, la logique dans laquelle on va plutôt rentrer dans un premier temps, est une logique de mobilisation générale, et pas d'obligation ou de coercition. Je pense que c'est très important parce que moi, je crois dans l'intelligence collective et nos compatriotes sont tout à fait conscients de cela. Donc on va, en fait, faire des points réguliers.
Semaine après semaine, on va regarder où on en est. Je vous dis où on en est des stockages. Chaque semaine, on va faire le suivi des choses, et mon objectif, c'est qu'on puisse partager cette information et qu'on la rendre transparente.
J'ai donné un premier instrument, mon Ecowatt me donne déjà beaucoup d'informations sur la situation énergétique : est-ce qu'on dépense trop, pas assez ou autre ? Et on va essayer d'améliorer tous ces instruments pour que chacun puisse se l'approprier. Au niveau individuel, si on met déjà la climatisation, en ce moment, un peu moins fort, et si on arrive, quand il commencera à faire froid, à mettre le chauffage un peu moins fort que d'habitude, on y contribue.
Ensuite, nous, on doit aussi changer les comportements - et je dis ça...
Personne n'est exemplaire aujourd'hui ; on doit tous se bouger, tous changer les habitudes et parfois les mauvaises habitudes. Et donc, ce sont des réflexes qu'on va devoir prendre dans les administrations publiques, au niveau de l'État, des collectivités publiques, dans le secteur tertiaire, puis branche par branche, pour pouvoir le faire. On va faire le suivi de tout ça.
Ensuite, l'étape d'après, à mesure qu'on va avancer vers l'automne-hiver, il y aura des rendez-vous chaque semaine. On va regarder les choses et on va regarder où on en est. Si on voit qu'on n'est pas au rendez-vous de la responsabilité collective, à ce moment-là, on se posera la question : est ce qu'on doit être plus contraignant ?
Est-ce qu'on doit mettre des mesures de contrôle, des mesures pour commencer à aller vers de la stratégie, soit de contrainte, soit de rationnement. Ça, ce sera la deuxième étape. Je pense que - et encore une fois, ça, c'est dans nos mains - si nous sommes tous responsables et qu'on prend notre part, tout porte à croire qu'on n'atteindra pas ce deuxième seuil.
Mais en tout cas, il y a ensuite un deuxième seuil où on a la sobriété plus contrainte. Je ne veux pas qu'on commence par là parce que je préfère jouer sur la liberté et la responsabilité. Mais il y aura ensuite cette deuxième étape.
Si on voit qu'on commence à déraper, peut-être qu'on dira : on va regarder dans les secteurs, dans les endroits où, manifestement, les mécanismes, ce qu'on attendait de manière volontaire n'est pas appliqué. Donc on va mettre plus de contraintes. Et ensuite un nouvel étage à la fusée, c'est ce qu'on appelle le rationnement.
C'est-à-dire que là, on va, dans certains secteurs, rationner, c'est-à-dire contraindre, limiter la part d'énergie disponible. Ça, c'est vraiment, je dirais, presque le mécanisme d'avant-dernier ressort, si le plan de sobriété ne marche pas. Évidemment, on le prépare, avec tous les secteurs.
C'est quelque chose qu'on connaît, sur le plan électrique comme sur le plan gazier. C'est quelque chose qui est contraignant. Aujourd'hui, si nous savons être au rendez-vous de la sobriété et de la solidarité, nous n'en aurons pas besoin.
Mais on doit se préparer au cas où. Ce plan de rationnement, c'est celui qui nous évitera justement les coupures. Et donc la coupure, elle n'interviendra qu'en dernier ressort.
Donc aujourd'hui, je vous parle en toute franchise, instruit par les bilans qui m'ont été donnés et l'information partagée avec les experts nationaux européens, nos dialogues. Il ne faut pas jouer sur la peur. On n'est pas dans cette situation-là.
Nous avons notre destin en main parce que depuis le mois de février, on a fait beaucoup de choses et on a changé beaucoup de choses et parce qu'on sait que si on arrive à être au rendez-vous de la solidarité et de la sobriété, c'est dans notre main. Mais avant la coupure, il y a beaucoup d'étapes, comme je viens de les décrire. [INAUDIBLE] Pardon, vous avez raison !
Sur les prix, donc aujourd'hui, on a des mécanismes très larges. Il va jusqu'à la fin d'année. Il appartiendra au gouvernement et au Parlement, dans le projet de loi de finances, de les adapter.
Ce qui est sûr, c'est qu'on ne pourra pas, pendant des mois et des mois, avoir des mécanismes aussi larges, qui financent aussi massivement la consommation d'énergies fossiles. Et donc, la tendance va aller vers deux choses : le plus grand ciblage de l'accompagnement, c'est-à-dire qu'on va devoir continuer d'accompagner les familles, les classes moyennes et les familles les plus modestes, qui ne pourraient pas résister à une hausse des prix, et donc on va devoir cibler les choses. Je prends un exemple : aujourd'hui ce qu'on fait sur l'essence n'est pas ciblé.
Vous pouvez gagner quatre ou cinq smic, vous avez les mécanismes qui sont payés par le contribuable à la pompe. Est-ce que c'est une bonne politique ? C'est la plus simple.
C'est une mesure d'urgence, ce n'est pas la plus intelligente. Donc on va devoir recibler nos politiques d'aide, pour mieux accompagner, plutôt les classes moyennes, en particulier nos compatriotes qui travaillent, et puis les ménages les plus modestes - ça, c'est la première chose - donc aller vers un ciblage progressif. La deuxième, c'est qu'il faut plutôt utiliser l'argent du contribuable pour aller vers ce que j'appellerais des mesures plus structurelles, c'est-à-dire les mesures qui nous aident à nous passer durablement de ces énergies fossiles.
Mieux vaut utiliser l'argent du contribuable pour aider à changer de véhicule. Mieux vaut utiliser cet argent pour vous aider à changer vos portes et fenêtres et à faire votre rénovation thermique, et à vous équiper de capteurs. Et donc, on va plutôt mettre de l'argent pour accompagner les ménages, les collectivités publiques et les entreprises dans cette transition, et l'accélérer.
Angel Calvo, de l'Agence espagnole de presse, EFE. Est-ce que vous avez parlé avec le chancelier du projet de gazoduc entre la France et l'Espagne, c'est-à-dire l'ancien MidCat ? Et d'après les déclarations de votre gouvernement ces dernières semaines, est-ce qu'il faut comprendre que c'est un projet définitivement enterré par la France ?
Alors sur le sujet MidCat, j'en ai parlé, évidemment, avec le chancelier Scholz, et j'en parlerai avec le président du gouvernement espagnol, Sanchez. Nous en avons parlé à plusieurs reprises. La France soutient les interconnexions énergétiques en Europe, je le dis ici avec beaucoup de force, et nous soutenons avec force, nous sommes en train d'en faire une avec l'Allemagne.
Enfin, en tout cas, techniquement, on l'aménage pour pouvoir avoir un flux de la France vers l'Allemagne - ce sont les travaux que j'évoquais tout à l'heure - et nous sommes pour développer toutes les interconnexions qui ont du sens. Et je suis en particulier favorable, au-delà de ce que nous avons déjà porté durant le premier quinquennat, à continuer à intensifier les connexions et les interconnexions électriques entre la France et l'Espagne. Pour ce qui est des connexions gazières entre l'Espagne et la France, je voudrais qu'on parle simplement de la réalité, des besoins et de l'avenir.
La réalité, c'est qu'aujourd'hui, entre la France et l'Espagne, il y a deux gazoducs. La réalité, c'est que si je prends l'utilisation de ces gazoducs depuis la période de stress, c'est-à-dire février, ils sont utilisés à 53 % de leur capacité. Et la réalité, c'est que quand je regarde les chiffres du mois d'août, le sens de la marche est que la France exporte du gaz vers l'Espagne.
Donc aujourd'hui, au moment où je vous parle, qui est celui d'un pic de crise gazier, nous ne sommes pas en train de saturer les connexions existantes et il n'y a pas un besoin de l'Espagne d'exporter ses capacités gazières vers la France, puisqu'elle en importe. Au moment où je vous parle, les centrales à gaz produisant de l'électricité en Espagne sont en sous-utilisation. Donc je le dis avec beaucoup de naïveté, je ne comprends pas le problème à court terme qu'on essaie de résoudre.
Je ne le comprends pas. Et pour plagier un de mes prédécesseurs, je ne comprends pas pourquoi on sauterait comme des des cabris pyrénéens sur ce sujet, pour expliquer que ça règlerait le problème gazier. C'est faux, c'est factuellement faux.
Si on était à 100 % de l'utilisation de nos gazoducs et s'il y avait aujourd'hui un besoin d'exporter les gaz vers la France, l'Allemagne ou autre, je vous dirais oui. Ce n'est pas vrai. La deuxième chose, c'est que si on décidait aujourd'hui MidCat, les travaux ne seraient pas sans mal, parce qu'il y a beaucoup d'oppositions, en particulier environnementales, qui ne sont pas sans fondement.
Et vous irez voir au pic d'Aneto ou dans d'autres endroits qui nous sont chers, les questions qu'un tel gazoduc soulèverait. Est-ce qu'investir aujourd'hui pour avoir un gazoduc, un troisième gazoduc entre la France et l'Espagne répond à notre question ? Je ne crois pas.
Est-ce qu'il répond à terme à une production de gaz ou à une importation de gaz venant des pays du Sud, que l'Espagne ferait ? Je n'ai pas eu cette information. Je ne l'ai pas eue.
Ça voudrait dire que l'Espagne doublerait ou triplerait les importations de gaz qu'elle ferait du Sud. Honnêtement, je ne le crois pas. Donc il faut me partager l'information.
D'aucuns nous expliquent que ces infrastructures seraient utiles pour l'hydrogène, qui pourrait y passer demain. J'ai deux réserves à cet égard, que je veux partager avec mes collègues. La première, tous les experts aujourd'hui me disent : il est faux de dire qu'un gazoduc pourra demain transporter de l'hydrogène.
Cela supposera de nouveaux travaux, très lourds, parce qu'il se trouve que les caractéristiques de l'hydrogène ne sont pas du tout les mêmes, et ce n'est pas vrai qu'un gazoduc d'aujourd'hui transportera de l'hydrogène. La deuxième, c'est que plusieurs m'expliquent même qu'il serait aberrant de transporter de l'hydrogène de l'Espagne à la France ou de l'Espagne à l'Allemagne, que ce qu'il faudrait transporter, c'est l'électricité bas carbone produite en Espagne, pour aller faire l'électrolyse sur les lieux de production qui auraient besoin de l'hydrogène. Et ceci va plutôt dans le sens de ce que je vous disais : on a besoin de plus d'interconnexions électriques.
Je ne suis pas convaincu qu'on ait besoin de plus d'interconnexions gazières, dont les conséquences, en particulier sur l'environnement et les écosystèmes, sont plus importantes. Donc je veux ici dire : voilà, moi, je pars des faits. Je ne fais pas de politique, je parle des faits.
Les faits sont ceux que je vous ai donnés. Il n'y a pas d'évidence de besoins, il n'y a pas d'évidence aujourd'hui, il n'y a pas d'évidence demain et il y a des vraies difficultés. Mais je dis ici : la France, en tout cas, est un pays européen coopératif, qui croit à la solidarité européenne et je ferai tout ce qu'il faut pour améliorer la solidarité énergétique européenne.
S'il y a des faits qui viennent amender ce que je viens de dire, je les prendrai en compte et je reviendrai devant vous dire : voilà ce qui m'a été dit et expliqué par l'Espagne, l'Allemagne ou tel autre pays, et voilà pourquoi je défends MidCat. Mais aujourd'hui, je donne les faits. Je suis à la disposition de mes collègues pour me donner d'autres faits qui me convaincraient du contraire.
Je viens de parler au chancelier Scholz. Il ne m'a pas donné des faits différents, qui m'ont convaincu qu'il y avait besoin d'une interconnexion gazière. Si demain le président Sanchez me dit : voilà les faits, je suis tout à fait prêt à revoir ma position.
Bonjour Monsieur le président, Ania Nussbaum, de Bloomberg News. Une question sur cette contribution obligatoire sur les profits indus des énergéticiens, que vous avez évoquée. L'Allemagne s'est d'ores et déjà engagée sur cette voie.
Est-ce à dire qu'en France on ne verra pas de telle taxe d'ici à l'adoption au niveau européen d'un mécanisme ? Et à ce moment là, quelles sont les entreprises françaises qui pourraient être affectées ? Et une question de ma consœur également.
Oui, bonjour. Bonjour Monsieur le Président. Alors, on nous a demandé de poser la question à la suite.
Donc la mienne porte sur Électricité de France, EDF. Nous sommes face à une crise énergétique et EDF n'a pas de patron. Alors, Monsieur le Président, avez-vous arrêté votre choix sur un candidat, pour une direction unique ou bicéphale ?
Et EDF a à gérer un parc nucléaire qui est en mauvais état. Trente-deux réacteurs sont à l'arrêt. Vos détracteurs vous reprochent cette situation.
Que leur répondez-vous ? Merci. Merci beaucoup pour ces deux questions.
Sur la première, la France et l'Allemagne ont la même position. Nous privilégions en effet une contribution européenne, et notre souhait est que cela passe par l'Europe. L'Europe, ensuite, restituera à chaque nation, justement, les sommes ainsi perçues pour pouvoir financer les mesures nationales prises pour accompagner les ménages et les entreprises.
Et nous partageons, et je crois que c'est la même chose que nous partageons avec plusieurs autres pays et dirigeants, la même vision des choses en la matière, que c'est plus cohérent et que ça évitera de créer des distorsions. En fonction de la finalisation de ce mécanisme, on pourra alors vous dire, et soit je reviendrai moi-même, soit les ministres compétents reviendront vers vous pour vous dire les entreprises qui sont concernées et les montants. D'ores et déjà, nous-mêmes, nous avons mis plusieurs de nos entreprises à contribution, pour le dire très clairement, et je veux ici l'expliciter.
De fait, on a demandé des efforts volontaires, par exemple à des énergéticiens comme Total Énergies nouvelles, avec les mécanismes qu'on a pu obtenir d'eux, sur à la fois la raffinerie et les contributions pour le prix de l'essence à la pompe. C'est des contributions, mais dont on sait d'ailleurs organiser, à mon avis à bon escient - et je pense que les ministres ont bien fait - pour qu'elles aient un impact sur le prix payé par le consommateur. Vous êtes en train d'en bénéficier.
C'est une contribution qu'on a demandé à l'entreprise. De la même manière, on a demandé une contribution à notre énergéticien qu'est EDF quand on a augmenté les volumes d'ARENH, parce que c'est une contribution, puisqu'en fait c'est un prix garanti sur le marché, et ce qui fait qu'on a couvert le prix pour les acteurs qui l'utilisent. C'est un peu technique mais c'est la réalité.
Cette contribution européenne, est soutenue en France et en Allemagne. Notre souhait est plutôt que ça passe par là et en effet, qu'il n'y ait pas de mécanismes nationaux. Si à la fin, l'Europe échoue à le faire ou dit finalement qu'elle ne le fait pas, nous reviendrons, à ce moment-là, à des débats nationaux et je souhaite que, dans les meilleurs délais, en fonction des critères que l'Europe donnera, on puisse répondre à votre point, par entreprise et par montant.
Sur ce qui est d'EDF, je n'apporterai pas ici de réponse sur la présidence et la direction de l'entreprise. Ce sera fait en bon ordre. Il y a un travail qui est conduit par l'Agence des participations de l'État, en lien avec les ministres qui en ont la tutelle, et des candidatures me seront soumises, pour pouvoir prendre des décisions.
Je veux ici d'abord et avant tout avoir un mot de remerciement et de solidarité pour l'ensemble des personnels de l'entreprise et de la filière, qui jouent un rôle si important pour la nation aujourd'hui, mais comme depuis le début, je suis attaché à cette entreprise. C'est aussi pour ça qu'on a fait le choix, d'ailleurs, de la renationaliser, compte-tenu de son importance stratégique et de la stratégie qu'elle porte. Et donc je veux dire ici mon respect, mon soutien, ma confiance dans EDF et l'ensemble de ses personnels.
Sur les procès qui sont faits, c'est normal...
Pardon ? Non, dites-moi ! Ah non, c'était une protestation technique, qui n'avait rien à voir avec mon propos.
Pardon ! Sur, ensuite, les critiques qui me sont faites, c'est tout à fait normal dans ces moments-là. Je vais quand-même défendre mon action sur un point.
Quand j'étais ministre de l'Économie et de l'Industrie, la feuille de route avait été déterminée par d'autres que moi. J'ai montré ma confiance dans le nucléaire, à une époque où j'étais plutôt minoritaire, et j'ai agi pour que nous puissions sauver la filière nucléaire française. C'est le moment où nous avons fait l'opération de sauvetage de ce qu'était Areva, nous avons réunifié la filière, bâti Framatome, et aujourd'hui, on peut encore parler de nucléaire français parce qu'il y a eu cette opération industrielle et que beaucoup a reposé, je vous le rappelle, alors sur EDF. et nous avons redonné notre confiance.
Ensuite, élu président de la République, je vous le rappelle, le peuple souverain avait voté une loi, qui était la réduction de 50 % du nucléaire à l'horizon 2025. Quelques mois après mon élection, avec le ministre en charge de la transition climatique, qui était alors Nicolas Hulot, nous avons porté de repousser cette échéance de dix ans, et donc dès le début, nous avons redonné de la visibilité à la filière nucléaire. C'est absolument inacceptable que les gens qui ont eu la responsabilité des travaux de maintenance du parc installé puissent expliquer aujourd'hui que nous n'avons pas pris nos responsabilités, parce que dès les premiers mois de mon premier mandat, nous avons redonné de la visibilité à la filière, en expliquant qu'on allait décaler de dix ans les objectifs qui étaient initialement prévus, en redonnant de la confiance à la filière, en redonnant des objectifs.
Les travaux de grand carénage ont été décidés et les investissements en formation et pour l'entreprise ont été pris. Donc chacun à sa place doit prendre ses responsabilités. Pour ma part, je les ai prises et la visibilité a été donnée.
Les travaux de maintenance du parc existant ne sont en rien conditionnés à la création des décisions de nouveaux nucléaires, que j'ai prises en fin de mandat. C'est tout à fait vrai, et je vais y revenir dans un instant. Mais qui pourrait raisonnablement penser qu'un pays avec un tel parc installé puisse conditionner les travaux de maintenance de son parc à des décisions de création de nouveaux réacteurs ?
Nous serions fous. Ça n'a jamais été le cas. Il n'y a jamais eu de conditionnement à ça.
Et ce que j'ai entendu dans le débat public ces dernières semaines est inacceptable, parce que c'est faux et irresponsable. Ça, c'est la première chose que nous avons décidée. Je l'assume.
Et donc vous voyez la cohérence qui a été donnée. Ensuite, pour Fessenheim, je vous le dis très simplement : Fessenheim était la plus vieille centrale de notre parc. Elle était à la frontière de l'Allemagne, qui aujourd'hui n'est pas alignée avec nous sur le nucléaire.
Quand je vois aujourd'hui la difficulté que nous avons à ouvrir des centrales beaucoup plus récentes que Fessenheim, Fessenheim était une entreprise, pardon, une centrale ! sur laquelle il n'y avait plus de travail de maintenance depuis plus de cinq ans. L'analyse factuelle qui a été faite, c'est que le choix le plus rationnel était en effet de confirmer sa fermeture.
Et je vais vous dire simplement : les travaux de maintenance, s'ils avaient simplement été faits correctement sur le reste du parc, nous n'aurions même pas cette discussion aujourd'hui. Donc ce n'est pas un sujet, Fessenheim. Mais quand je vois les difficultés qu'il y a à ce que certaines centrales soient maintenues ouvertes, alors même qu'elles sont beaucoup plus récentes, et qu'il n'y avait pas de question, qu'on ne vienne pas me rechercher sur Fessenheim.
Fessenheim, en quelque sorte, la messe était déjà dite, la décision stratégique avait été prise cinq ans avant sur la plus vieille centrale du parc. Elle était donc cohérente dans son maintien. Enfin, j'ai voulu créer du consensus stratégique et politique en France sur ce sujet, là où, je vous le rappelle, il y a cinq ans, il n'y en avait aucun.
Aucun. Et donc j'ai demandé aux experts de faire un travail en profondeur sur le mix énergétique, et en particulier électrique, pour le pays. C'est le rapport qui a été produit à l'automne 2021, l'été-automne 2021 par nos experts d'RTE, AIE, etc, et qui a permis de voir que pour répondre à nos défis - je vous redonne le schéma pour la France - premièrement, nous devions, d'ici à 2050, faire 30 % d'économies d'énergie.
Donc la sobriété, elle est comme un pilier. On en a besoin. Que deuxièmement, si on veut être au rendez-vous de notre stratégie, on va devoir électrifier les pratiques et que, quand bien même on fera ces économies d'énergie, on aura besoin de produire 40 % d'électricité en plus qu'aujourd'hui.
Et donc que pour en arriver à cet objectif à 2050, eh bien on doit avoir un pilier économie d'énergie, un pilier renouvelable accentué et un pilier nucléaire, et que le "tout renouvelable" n'est pas soutenable et que le "tout nucléaire" n'est pas soutenable non plus. C'est la conclusion de ces travaux. Ils ont ensuite conduit un travail de programmation nationale, que j'ai annoncé il y a quelques mois, en février dernier, à Belfort, où j'ai donné la stratégie française.
C'est ça, la réalité. Et donc, à chaque étape, j'ai une stratégie qui a été cohérente et qui n'a pas attendu la crise que nous sommes en train de vivre et la guerre que nous vivons pour remettre la France sur un chantier soutenable, qui n'est pas le tout nucléaire mais qui est à la fois économie d'énergie, accélération du renouvelable et intensification du nucléaire. Voilà !
Je ne peux pas être plus exhaustif et plus pédestre, comme on dit. Je prends une dernière question, et puis je vais devoir aller retrouver les élus. [INAUDIBLE] D'abord, je dis bienvenue à Liz Truss.
Je lui exprime toutes les félicitations de la France et nous sommes à disposition pour pouvoir travailler entre, comme on dirait, alliés et amis. Et en la matière, il n'aura échappé à personne que le Royaume-Uni n'est pas dans l'Union européenne, qu'elle ne l'est plus. Donc, les connexions et les solidarités sont différentes.
Néanmoins, nous avons des coopérations énergétiques, nous avons des interconnexions existantes, nous avons d'ailleurs une perspective, en 2026, qui est un agenda de révision pour les coopérations futures, et donc nous devons y travailler ardemment, et nous avons une coopération qui est très structurante dans le nucléaire, qui est aussi une preuve de la force du nucléaire français et de la confiance que les Britanniques ont eue, en 2015. J'étais alors ministre, mais j'ai mis beaucoup d'énergie pour œuvrer en la matière et je pense que ça a été un geste très fort du Royaume-Uni de faire confiance à la France et à EDF. Et donc je souhaite que nous, nous soyons industriellement à la hauteur de cette confiance et je n'ai pas de doute là-dessus mais nous serons aussi, en tant que pays, à la hauteur de cette confiance.
Et je pense que, quoi qu'il advienne, nous devons, sur le sujet de l'énergie comme sur d'autres, avoir une coopération renforcée. Nous avons les mêmes valeurs, nous avons une histoire d'amitié, nous sommes face à des défis communs. Le Royaume-Uni est un grand pays, qui est engagé avec nous pour défendre les valeurs de la démocratie aux côtés de l'Ukraine, et qui a besoin aussi de renforcer sa souveraineté énergétique et de gagner la bataille du changement climatique.
C'est ça, les vrais agenda. Le reste, c'est l'écume des jours. Et donc moi, je ferai tout pour que nous puissions, sur ce sujet, avoir une politique très volontariste et de confiance avec le Royaume-Uni, et que nous puissions, sur nos interconnexions et sur le nucléaire, avancer ensemble et aller au plus loin des projets existants, et décider de nouveaux projets.
Voilà. Je crois que je vais devoir y aller. Merci à vous, en tout cas, et à très bientôt.
Merci.
Emmanuel Macron