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interviewLCI — L'invité d'Adrien Gindre· 19 décembre 2024 12 min

Face aux experts du jeudi 19 décembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

avec notre invité politique ce matin face aux experts. Merci Pierre Jouvet d'être avec nous au redébuté secrétaire général du Parti Socialiste. Bonjour et bienvenue à vous. On attaque par la situation à Mayotte évidemment. Le chef de l'État, on vient de le vivre en direct, est arrivé sur place. Le gouvernement qui a d'ailleurs décrété le blocage des prix des produits de grande consommation. C'est un sans faute pour l'instant de la part du chef de l'État ?

0:23
Pierre Jouvet

Écoutez, il est à sa place. Et heureusement, ce qui se passe à Mayotte est absolument catastrophique. On ne sait pas le nombre de morts, on voit que la dévastation est totale. Et aujourd'hui, on doit se lancer dans la reconstruction de Mayotte. Ça va être ça, l'objectif et la priorité. Et ce que moi je veux dire aujourd'hui, c'est que j'espère que tous les moyens de l'État seront mis en place pour reconstruire Mayotte. Et ce que nous disons, c'est que comme nous avons été capables de le voir, notamment avec Notre-Dame par exemple, il faut que nous fictions collectivement des objectifs politiques en disant Mayotte doit être reconstruite dans les plus brefs délais.

1:07
Locuteur non identifié

Chaque année, l'État investit de l'ordre de 2 milliards d'euros à Mayotte. C'est le transfert de revenus sociaux, c'est de la commande publique, etc. Mais on voit que c'est une économie, enfin les problèmes existaient bien avant. Les problèmes de coexistence avec le voisin, mais les problèmes de développement économique aussi. Pourquoi est-ce qu'on n'est pas parvenu dans ce pays à donner une vraie identité à ces territoires d'outre-mer ? Parce que je pense qu'on...

1:33
Pierre Jouvet

Mais tous confondus. Alors je pense que ce n'est pas généralisé sur tous les territoires d'outre-mer, heureusement d'ailleurs. Mais je pense que Mayotte, la mesure n'a pas été prise depuis trop longtemps. Par exemple, sur ce qui s'est passé avec cet événement climatique. C'est un événement climatique dont on parle absolument catastrophique. On voit, et tous les experts sur place le disent, que rien n'avait été anticipé sur les urgences, notamment liées à la préparation de crise. Vous savez, quand on est... Moi j'ai été maire pendant longtemps. Quand on est maire, on a des plans communaux de sauvegarde.

Par exemple, j'ai découvert hier qu'à Mayotte, il n'y avait pas de plan de sauvegarde du territoire de Mayotte. Vous voyez, typiquement, les populations, une grande partie qui sont sur place, qui ne parlent pas français, n'ont pas eu accès aux informations, donc n'ont pas pu se protéger. Donc il faut prendre en compte la situation précise de l'urgence territoriale, anticiper ce qui sera demain malheureusement des crises, qui pourront être des crises à répétition, reprendre en complétude l'habitat, et notamment la partie d'habitat indigne, d'habitat insalubre qui a été fait, pour remettre pleinement Mayotte dans le territoire de la République.

2:35
Locuteur non identifié

Pardon, je vais au bout. Il faut construire du dur. Soyons très sûrs. La problématique, c'est celle de la coexistence de deux populations. Il y a 350 000 personnes. Vous avez 200 000 Mahorais, et puis vous avez 150 000 personnes qui viennent des Comores, dont une grande partie est en situation illégale. Est-ce qu'on les garde ? Est-ce qu'on les intègre ? Est-ce qu'on les reloge ?

2:58
Pierre Jouvet

Alors, pour moi d'abord, la première chose, c'est que là, on est dans un moment de crise et d'urgence. Et je pense qu'il est d'abord la nécessité de répondre aux urgences des populations qui sont encore non trouvées, blessées, entre la vie et la mort. L'État n'est pas mauvais. Et donc, l'État n'est pas mauvais. Mais j'ai entendu malheureusement déjà des débuts de polémiques, notamment de la part du ministre de l'Intérieur, que j'ai trouvé profondément abject. Je vous le dis aussi sur le plateau. Ensuite, évidemment, on a un sujet d'intégration des populations à Mayotte. Et ce sujet, il ne doit pas être mis sous le tapis.

Il y a eu des dispositions, des dispositions migratoires, notamment qui ont été mises en place ces dernières années. Moi, je crois qu'elles doivent aujourd'hui s'appliquer pour permettre à la fois d'intégrer ceux qui peuvent être intégrés, qui veulent s'intégrer, qui doivent s'intégrer. Et ensuite, retravailler les partenariats, notamment avec les îles voisines, pour ceux qui sont là de manière illégale, et où, en réalité, Mayotte et les élus maorais ne peuvent pas, à eux seuls, gérer l'ensemble des flux qui arriveraient demain. Donc, je crois que les dispositifs légaux existent. Il faut le faire, mais il faut que la République...

Ce que je veux vous dire ce matin, de manière très claire, c'est que je crois qu'il faut que la République se réancre à Mayotte. Et que depuis de trop longues années, ce n'est pas le cas. Ce n'est pas possible de voir la quantité...

4:17
Locuteur non identifié

Il ne suffit pas de payer, c'est ça que vous dites ?

4:18
Pierre Jouvet

Non, je pense qu'il faut aller sur place, il faut des préfigurateurs sur place, il faut des missions de l'État spécifiques. On ne peut pas se dire que Mayotte est un département français, et voir des images où on a l'impression qu'on est tout sauf dans un département français. Et les populations de Mayotte ne peuvent pas être laissées à l'abandon, comme si elles n'étaient pas accompagnées par l'État. Donc, je pense que l'État doit prendre la mesure de ce qui va se passer dans les années qui viennent, parce que malheureusement, ce qu'on a vécu la semaine dernière, et ce que les maorais ont vécu, vont être amenés à le revivre sans doute dans les années...

4:48
Présentateur

Pierre, j'aimerais revenir à la politique politicienne, si vous le voulez bien. François Bayrou qui va réunir les forces politiques cet après-midi à Matignon. L'EPS sera là, représenté par Olivier Faure. Vous avez fait parvenir un courrier, je viens de voir sur les réseaux sociaux, où vous vous dites inquiet après les premiers jours de François Bayrou au poste de Premier ministre. Pourquoi ?

5:06
Pierre Jouvet

C'est le moins qu'on puisse dire. On va se parler très clairement et très franchement.

5:10
Présentateur

Encore cette polémique de peau ?

5:11
Pierre Jouvet

Non mais la polémique de peau, elle est pour moi symptomatique d'un homme qui n'est pas prêt à la fonction, pas prêt à relever les défis qui sont face à lui aujourd'hui dans une situation du pays qui est extrêmement difficile. Moi, ce que j'observe depuis plusieurs jours, maintenant près d'une semaine que François Bayrou est Premier ministre, c'est qu'on a face à nous un homme qui est heureux de sa situation personnelle, c'est bien pour lui, qui vit de manière quasi jubilatoire le fait d'enfin avoir eu une reconnaissance à titre personnel d'un point de vue politique, mais qui sur le plan de la gestion du pays ne fait rien.

Quand vous avez la crise telle qu'on vient de la décrire à Mayotte et qu'on a un Premier ministre qui préfère aller à son conseil municipal de peau en jet privé, voyons les choses quand même de manière très claire, tout ça est tubé, est-ce qu'on dit aux Français qu'il n'y a plus d'argent ? On a un Premier ministre qui prend un jet privé pour aller à peau... Un jet de la République. Oui, d'accord. Non mais il n'est pas privé. Pardon, un jet de la République, vous avez raison, pour aller à un conseil municipal, puis ensuite pour revenir et disant ne vous inquiétez pas, je fais une visioconférence.

Nous avons posé un certain nombre de demandes et d'exigences pour les urgences auxquelles sont confrontés les Françaises et les Français et nous n'avons aujourd'hui aucune réponse. Donc tout ça est inquiétant et n'est pas à la hauteur du moment.

6:17
Locuteur non identifié

Vous êtes presque plus dur avec François Bayrou, centriste, qui a voté pour François Hollande en 2012 qu'avec Michel Barnier, issu de LR, candidat à la primaire LR. Donc vous nous expliquez, en une semaine, tout a changé ?

6:30
Pierre Jouvet

Non, rien n'a changé en une semaine. Ce qui n'a pas changé depuis une semaine, c'est que le Président de la République a commis une nouvelle fois une faute politique. C'est de ne pas nommer un Premier ministre issu de la gauche comme nous l'avions proposé, un Premier ministre ouvert aux compromis. Ça, c'est une faute politique. Je le dis, je le redis, parce que c'est ce qui crée de l'instabilité dans le pays. On a eu un vote le 7 juillet, ce vote n'est toujours pas respecté. Ensuite, nous nous avons dit depuis 10 jours que nous étions ouverts et prêts à des compromis sur le fond. Répondre aux urgences sociales et écologiques auxquelles sont confrontés les Français.

Retraite, pouvoir d'achat, services publics, santé, soins, etc. Je ne vais pas vous faire la liste. On n'a pas de réponse de la part de M. Bayrou.

7:07
Locuteur non identifié

Mais en même temps, pour faire un compromis, il faut que chacun bouge un petit peu. Pour faire un compromis, il faut être deux. Et vous y allez à ce rendez-vous cet après-midi. Est-ce que vous vous dites, c'est sûr, il n'y aura pas de socialiste ou d'ancien socialiste, puisque c'est la question qui se pose au gouvernement, ça, vous en êtes certain. Et deuxième question, l'accord de non-censurabilité dont on parlait depuis déjà plus d'une dizaine de jours, est-ce que ça, c'est mort et enterré ?

7:29
Pierre Jouvet

Alors, je vais vous répondre à vos deux questions. La première, c'est que je vous annonce, je vous dis, je vous confirme ce matin qu'il n'y aura pas de socialiste dans le gouvernement de François Bayrou pour une raison simple. Le parti socialiste que je représente ce matin est dans l'opposition. Une opposition, certes, prête à faire des compromis, à débattre, à discuter, on pourra y revenir, mais nous ne participerons pas de cette majorité. Nous ne participerons pas d'une coalition dans laquelle on tend encore la main, comme c'est le cas de M. Bayrou, à M. Retailleau, qui lui, contrairement à moi, n'a pas fait le front républicain pour éviter que Jordan Bardella soit...

Et alors, sur la censure ? Sur la question de la censure, ça dépendra de la politique qui est mise en face. Vous savez, si M. Bayrou reproduit la même politique que M. Barnier, je vais vous dire simplement, les mêmes causes produiront les mêmes effets et la censure arrivera de la part du parti socialiste de la même manière. Vous savez, on n'a pas fait une liste de demandes exorbitantes. On a parlé de l'abrogation de la réforme des retraites. Puis après, on est même allé... C'est pas rien, mais ça change la vie des gens.

8:29
Locuteur non identifié

Et nous, on a été élus sur ce programme. Sur les 1 000 milliards de coulages, c'est la moitié. Non, c'est faux. Ah oui, je vous le garantis. Je vous le démontre. Bah, c'est faux. Bah, démontrez-le-moi, mais c'est faux.

8:38
Pierre Jouvet

La réalité, c'est que si on abroge la réforme des retraites, par exemple, jusqu'à la prochaine élection présidentielle, en 2027, ce sera un coût maximum de 5 milliards d'euros.

8:48
Locuteur non identifié

Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non. Je vous dis que c'est, François, François Clémenceau. J'essaye de comprendre. Comment pouvez-vous affirmer les positions que vous venez d'énoncer là maintenant, nous nous refusons de participer au gouvernement, et en même temps, vous êtes député européen, avoir voté avec tous vos camarades, sociodémocrates allemands, les socialistes espagnols, la gauche italienne, etc., en faveur d'une commission où tout le monde est représenté, la droite, la gauche et le centre.

La majorité des élus socialistes les socialistes français ont voté contre et vous vous rendez compte que c'est incompréhensible au regard des citoyens de savoir qu'il y a aujourd'hui des gens de gauche au parlement européen qui votent pour une commission centre, droite et gauche pour gérer les affaires de l'Europe qui sont bien plus importantes que celles de notre propre pays et là en France et bien non, on retombe dans les travers on est incapable d'aller au compromis

9:42
Pierre Jouvet

je vais vous dire pourquoi, parce qu'il y a une différence fondamentale avec le parlement européen c'est qu'au parlement européen vous avez une élection ensuite de l'élection vous avez une coalition qui arrive en tête, c'est le cas de la coalition de madame von der Leyen qui représente le PPE ensuite quand elle arrive en tête de cette coalition, elle arrive avec un projet politique qui est celui qu'elle a présenté devant les européennes et les européens, de la base de son texte, elle fait ensuite des compromis sur le fond, texte par texte, et bien nous ce que nous disons et c'est ce que nous avons proposé à monsieur Bayrou depuis le départ, quand Olivier Faure le premier secrétaire du parti socialiste dit n'utilisez pas le 49-3 c'est-à-dire n'écrasez pas le débat parlementaire laissez vivre le débat parlementaire laissez les parlementaires justement faire les compromis, il n'y a pas de 49-3 par exemple au parlement européen

10:26
Locuteur non identifié

mais vous voyez il y a des compromis mais vous avez une commission européenne où vous avez des commissaires socialistes, centristes et de droite et qui travaillent ensemble

10:32
Pierre Jouvet

vous avez des compromis qui sont faits sur la base des textes et du fond faire un compromis, c'est pas faire une compromission et moi aujourd'hui je ne me reconnais pas ni dans les propos par exemple de celui qui va être un des ministres principaux de monsieur Bayrou, c'est-à-dire monsieur Retailleau je ne me reconnais pas dans les orientations politiques qui sont prises je ne me reconnais pas dans la construction du budget il n'y a pas d'orientation c'est bien ça le problème et c'est la raison pour laquelle nous nous avons fait des demandes précises

10:58
Locuteur non identifié

ça veut dire que clairement si Bruno Retailleau est au gouvernement avec ou sans loi immigration c'est censure immédiate c'est un cas de censure ?

11:06
Pierre Jouvet

parce que vous voyez je ne vous dis pas ça et moi je vais même vous dire plus loin je pense qu'on en fait un faux débat depuis des semaines sur la question censure ou non censure la censure n'est pas l'alpha et l'oméga de la vie politique française vous savez pendant longtemps il y a eu des censures madame Borne elle a été censurée je ne sais pas combien de fois personne n'en parlait

11:23
Locuteur non identifié

ça n'a pas été voté elle n'a pas été voté

11:25
Pierre Jouvet

un gouvernement est tombé il y a 10 jours le sujet c'est pas la censure le sujet c'est de dire vers qui monsieur Bayrou veut-il se tourner est-ce qu'il veut continuer de se tourner vers la droite et vers l'extrême droite ou est-ce qu'il veut se tourner vers le bloc de gauche c'est à lui de faire les choix il aimerait se tourner un peu vers vous vers les socialistes mais il faut lui donner du grain à moudre non mais s'il vous plaît parce que le grain à moudre moi je veux bien mais on a fait des propositions sur la réforme des retraites sur la question d'urgence du pouvoir d'achat oui mais ce sont des enjeux immédiats pour les français monsieur Bayrou peut faire comme s'il n'y avait pas eu d'élection comme si on ne voulait pas changer de politique les salaires augmentent mais les salaires vont augmenter

11:59
Locuteur non identifié

mais c'est les entreprises qui décrètent les salaires c'est pas monsieur Bayrou

12:02
Pierre Jouvet

c'est une conférence sociale qui peut le décider

12:04
Présentateur

merci d'être venu ce matin face aux experts