Sainte-Soline: "parler d'écoterrorisme est une insulte" s'indigne Clémentine Autain
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
D'abord, je pense que c'est une insulte. L'éco-terrorisme, c'est une insulte aux militants de l'écologie. Et c'est aussi une insulte...
Il ne les inclut pas tous là-dedans. Il parlait des plus extrémistes.
Il s'agit d'une cause défendue, là, avec une manifestation qui, pour l'essentiel, était bon enfant. Je veux dire, qui se tramait de façon tout à fait classique par rapport à des mobilisations de ce type. Et c'est quand même interdite. Et c'est une insulte aux victimes du terrorisme. D'associer le mot terrorisme à écologie. C'est une manière aussi de banaliser. C'est aussi une manière de banaliser. Et j'ajoute une chose, c'est aussi une façon de créer une polémique. Dans la polémique, il y a quelque part un écran de fumée par rapport au contenu du combat.
Vous voulez dire qu'il fait de la provoque ? Il lâche un mot comme ça ? Il sait très bien que la presse va s'étonner, que les oppositions vont s'indigner ?
Non, ce n'est pas ça. C'est d'ailleurs de quoi on va parler, de ce terme. De quoi on va parler d'une toute petite fraction qui en effet avait envie d'en découdre. Et pas du fond du sujet, qui est de savoir si oui ou non il est juste, oui ou non il est juste, de réserver pour 12 agriculteurs des immenses bassines qui vont dérégler le cycle de l'eau et qui sont en plus financées à 70% par de l'argent public. C'est ça le sujet. Vous savez, M. Corbeil, il y a 1000 projets de mégabassines à horizon très proche.
C'est pour adapter la France à la sécheresse.
Mais non, ça n'adapte pas du tout la France à la sécheresse. Ça continue d'engloutir la France dans un modèle productiviste qui ne permet pas de résoudre les enjeux environnementaux qui sont les nôtres et qui profitent à un tout petit nombre d'agriculteurs et donc qui s'abat sur la majorité des agriculteurs. Au moment où il faudrait basculer d'une agriculture productiviste à une agriculture qui soit soutenable sur le plan environnemental et qui profite à nous tous et tous, y compris en produisant une alimentation de qualité. Donc vous voyez, ce n'est pas du tout ce qu'il faut faire. Pas du tout ce qu'il faut faire.
Juste pour comprendre et après on passera à autre chose, mais est-ce que selon vous, le ministre de l'Intérieur jette de l'huile sur le feu alors qu'il devrait essayer d'apaiser la situation ?
D'abord il y a un problème de doctrine de maintien de l'ordre, il faut le dire. Parce que quand vous avez 1700 gendarmes qui viennent avec des lacrymaux, qui viennent avec des hélicoptères pour une simple manifestation et qui n'est pas autorisée, j'aimerais bien savoir pourquoi. Pourquoi une semaine avant, à Lyon, vous avez une manifestation avec des milices d'extrême droite où on se demande où sont les policiers et où on se demande où sont les mots violents d'ailleurs de M. Darmanin et on se demande que fait au fond la police face à eux.
Et là vous avez une manifestation dont la cause est éminemment juste parce qu'elle est d'intérêt général et vous avez une présence policière hors normes et un ministre qui essaie de, non pas de trouver des formes pour apaiser avec une doctrine qui est une doctrine qui n'est pas celle de l'escalade, mais une doctrine qui permet à la démocratie de se faire entendre.
C'est parce que les renseignements avaient indiqué qu'il y avait, non pas l'ensemble des militants écologistes, mais il y aura aussi des groupes d'ultra-gauche qui profiteraient de cette situation. Et quand il y a l'ultra-droite, il se passe rien ? On a vu d'ailleurs de fait des tirs de mortier, des bouts de pétanque jetés contre les forces de l'ordre. Et d'ailleurs le ministre de l'Intérieur dit qu'il y avait une quarantaine de personnes fichées S à l'ultra-gauche qui ont été repérées dans cette manifestation. Donc il ne parle pas de l'ensemble des militants écolos, mais du groupuscule extrémiste.
D'accord. Donc je vous dis qu'il y a un groupuscule extrémiste qui attire son attention et qui mobilise 1700 policiers, et il y a d'autres groupuscules extrémistes qui ne semblent pas l'intéresser, puisque je vous évoquais la situation de Lyon où le ministère de l'Intérieur était aux abonnés absents. Donc il y a un deux poids, deux mesures. Deuxièmement, quand on est ministre de l'Intérieur, on se doit de créer les conditions d'un apaisement et pas d'une escalade. C'est le rôle du ministre de l'Intérieur. Or, il me semble que la surprésence policière est de nature, pas du tout à apaiser les choses, mais au contraire, à les tendre. Et que par ailleurs, et que par ailleurs...
Si je suis votre événement, s'il y avait des extrémistes aux manifestations à Lyon d'ultra-droite, vous les comparez au fond à des militants d'ultra-gauche, à une minorité de gens qui participaient aux manifestations écolos ?
Non, ce n'est pas du tout cette comparaison que je suis en train de faire. Je suis en train de dire que le ministre de l'Intérieur choisit quels sont ses ennemis numéro un. Voilà. Et que ça, ça fait écho à l'ambiance du pays général, excusez-moi, l'ambiance du pays général où, en gros, les militants écologistes, la gauche est la cible, la NUPES en l'occurrence, est la cible numéro un du pouvoir en place qui banalise l'extrême droite et qui, justement, renvoie dos à dos les extrêmes, mais au fond, en s'occupant essentiellement de la partie qui est celle qui prône un progrès humain. C'est ça la situation politique dans laquelle on est.
Sans reprendre l'argument du ministre de l'Intérieur et sans reprendre ce mot de terrorisme. Et vous voyez qu'on n'arrive pas à parler du fond et des méga-bassines. Et sans reprendre l'accusation d'apologie de la violence.
Non, mais vous êtes d'accord que là, on va passer trois plombes à parler du maintien de l'ordre et de ces problèmes-là, et certainement pas du combat de fond. C'est juste pour comprendre.
Non, mais c'est juste pour comprendre, mais c'est un... Sans vous accuser de faire l'apologie de la violence, est-ce qu'au fond, d'une certaine manière... Vous nous connaissez, non ? Mais justement, je ne reprends pas cette accusation-là.
Jamais, jamais, nous n'avons cautionné la violence comme méthode politique.
Mais est-ce qu'au fond, est-ce que vous ne défendez pas l'idée d'une forme de désordre ? Vous assumez une forme de désordre dans les manifestations. C'est ce que Sandrine Rousseau appelait par ambir sur BFM TV, une désobéissance. Est-ce que vous assumez l'idée qu'au fond, il faut parfois, même quand un projet comme celui-là a été validé par la justice, en tout cas les recours ont été épuisés, même quand une manifestation est interdite, vous défendez l'idée qu'il y a des manifestants, je ne parle pas des extrémistes, mais qu'il y ait des manifestants écolo qui protestent contre un projet qui a été validé par la justice, il y a une forme de désobéissance.
Est-ce que ce n'est pas l'idée de valider un désordre ?
Non, je pense que ceux qui créent le désordre aujourd'hui, c'est ceux qui mettent en œuvre des projets, qui sont des projets délirants, des projets...
Mais ils ont été validés par la justice ? Et alors ? Et alors ? Donc si vous vous y opposez, il y a une forme de désordre assumé ?
Mais enfin, c'est une question politique. savoir si on fait des méga-bassines qui vont, encore une fois, ne pas permettre de partager l'eau, ne pas permettre d'avancer vers une nouvelle agriculture indispensable si on veut faire face aux défis climatiques, si on veut faire face aux enjeux écologiques. Est-ce que vous pouvez comprendre ça ? Donc vous avez les militants qui sont pour une cause d'intérêt général, là, pour défendre ces choses-là, et vous avez un gouvernement qui s'en prend à eux...
Même Yannick Jadot, qui protestait contre ce projet, a été pris pour cible, sa voiture a été taguée, il a été écrit crevure, il est député écolo, ça fait des dizaines d'années qu'il fait des manifestations contre des projets d'OGM, aujourd'hui, contre Sébastien, il est légitime. Pourquoi est-ce que lui-même est attaqué ?
Il y a bien quelque chose, une forme de désordre ? Mais non, ce n'est pas une forme de désordre. Moi, je regrette que Yannick Jadot, qui vient apporter son soutien à la manifestation, voit sa voiture taguée, bien sûr. Encore une fois, je ne suis pas favorable à ce qu'on ait des méthodes violentes. En revanche, je dis que le pouvoir en place interdit cette manifestation, ne donne pas l'autorisation. C'est un problème démocratique. Et que le gouvernement s'en prenne à des gens qui visent à interdire un projet qui est un projet délirant, délirant, et qui va se multiplier partout en France, eh bien oui, je suis du côté de celles et ceux qui ont manifesté.
qui sont un projet délirant, délirant, délirant, délirant.
Clémentine Autain