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debateFrance Inter — Le débat de midi· 10 juillet 2024 55 min

Législatives 2024 : La parité, victime collatérale de la campagne éclair ? #Oùsontlesfemmes

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Invité

France Inter

0:01
Présentateur

Bienvenue dans le débat de midi sur France Inter, très heureuse de vous retrouver. Et aujourd'hui, nous sommes dans la nouvelle Assemblée Nationale qui fera sa rentrée le 18 juillet prochain. Beaucoup de costumes gris, quelques cravates, des chevaux grisonnants, mais toujours moins de femmes pour représenter la France dans l'hémicycle. 208 femmes seulement ont été élues. C'est 36% du Parlement, on est loin de la parité et le chiffre est en recul. Alors évidemment, les partis politiques se défendent. On a dû faire les investitures en quatrième vitesse, on a eu 48 heures. Mais après ces législatives, c'est la phrase de Simone de Beauvoir qui résonne. N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise.

La parité est-elle la victime collatérale de cette campagne éclair ? Où étaient les femmes dans ces débats politiques ? Qui a parlé de leurs droits ? La politique est-elle toujours un boys club, la parole, un privilège masculin ? Pourquoi le mot tribun n'a-t-il toujours pas de féminin ? Sexisme sur la voie publique, c'est notre débat sur France Inter. Et on entend bien faire résonner tous les timbres et toutes les tessitures jusqu'à 13h.

Et pour ce débat sur la place des femmes en politique, la voix des femmes dans l'espace public qui ne porte peut-être pas assez, je vous invite justement à donner de la voix, chères auditrices et chers auditeurs, à vous enregistrer sur le WhatsApp de l'émission au 01 45 24 7000. Je répète, 01 45 24 7000 et vous êtes déjà très très nombreux et nombreuses à nous avoir fait part d'une forme de sexisme en politique. Justement, Isabelle nous a envoyé une note vocale.

1:57
Invité

Bonjour, je voulais parler de la voix des femmes à l'échelle locale. Quand on essaye de s'engager en politique, il faut savoir que c'est quand même encore très difficile parce que notre système politique est vraiment très patriarcal. On est souvent mis sur les listes uniquement pour respecter les règles de parité. Mais dans les faits, on n'a aucun pouvoir. C'est assez décourageant de participer à ça et d'être là comme une plante verte.

2:27
Présentateur

Et justement, pour débattre de toutes ces questions, j'ai à ma table trois femmes qui refusent qu'on relègue les femmes au rôle de plante verte. Bonjour Laurence Rossignol. Bonjour. Vous êtes ministre, vous avez été ministre socialiste des droits des femmes. Vous êtes aujourd'hui sénatrice, présidente de l'Assemblée des femmes. Bonjour à Fiona Texer. Bonjour. Enseignante en sciences politiques, vous avez cofondé l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Suite au mouvement MeToo politique, on s'en souvient évidemment et je signale votre podcast, il n'y a pas mordogne. Rachel Florpardo, bonjour. Bonjour. Vous êtes avocate au barreau de Paris, militante féministe.

Vous avez fait ces derniers mois vos premiers pas en politique, votre première campagne puisque vous étiez sur la liste aux européennes de Valérie Ayet et vous étiez aussi candidate au législatif sous l'étiquette Renaissance. C'est le candidat du nouveau Front populaire qui a été élu dans votre circonscription. Alors, on va se poser beaucoup de questions dans ce débat. Il y a plusieurs questions au sommaire. D'abord, pourquoi est-ce que la parité recule à l'Assemblée ? On va aussi se poser la question de la voix des femmes en politique. Elle est toujours trop ou pas assez, trop grave ou trop aiguë.

Et enfin, dans la troisième partie, on va se demander pourquoi les femmes ont voté massivement ou en tout cas beaucoup plus pour le Rassemblement National. Pourquoi un tel score réagissait dès maintenant à ces trois questions sur le WhatsApp de l'émission 01, 45, 24, 7000. Et on commence donc par un constat. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

3:51
Laurence Rossignol

La parité est une victime collatérale de la dissolution. Il n'y a plus que 208 femmes députées, soit 36%, c'est-à-dire un peu moins de femmes élues qu'au Sénat. Alors qu'en 2017, l'Assemblée avait atteint un record avec 224 femmes. Ça avait déjà reflué en 2022 et donc encore dimanche dernier.

4:12
Présentateur

Laurence Rossignol, 208 femmes élues, c'est un chiffre qui recule. Comment est-ce qu'on explique justement qu'on n'arrive pas à atteindre la parité dans l'hémicycle ? Parce que ce qui a reculé aussi, c'est le nombre de femmes investies, désignées pour être candidates. Il y en avait 44% à la fois précédente. Il n'y en a plus que 41%. Et puis derrière ce chiffre qui effectivement est une moyenne sur la composition de l'hémicycle, il faut quand même être un peu plus précis. Il faut aller regarder formation politique, par formation politique, les différentes groupes. Parce qu'il y a plusieurs groupes qui dépassent les 40%. Alors lesquels par exemple ?

Les groupes du Nouveau Front Populaire, le groupe écolo et le groupe socialiste en particulier. Je crois que les écologistes sont les seuls à avoir élu plus de femmes. Plus de femmes. Le groupe Ensemble Macroniste aussi, qui maintient un niveau de femmes important. Et puis après, ce qui fait baisser la moyenne terriblement, c'est le groupe LR et le Rassemblement National. Alors le groupe LR c'est une tradition, puisque de toute façon on a une loi en France quand même pour organiser la parité. Il faut présenter 50% de femmes candidates. Il ne faut pas en faire et dire 50%, c'est présenter 50% de femmes.

Donc ça fait déjà quelques années que le groupe LR paye des amendes, puisqu'il ne respecte pas la loi, c'est leur choix. Des amendes qui sont salées, il faut le rappeler quand même. Ah oui, c'est payé en millions. Oui, en millions d'euros, à la dernière élection. 1,3 million d'euros, très exactement. Mais il pense que le prix des hommes vaut bien le montant de ces amendes. Il s'évalue à très cher ces hommes-là, puisqu'ils préfèrent payer les amendes que de faire de la place aux femmes. Et puis le groupe RN lui a présenté davantage de femmes, mais il les a présentées dans des circonscriptions qui étaient pour eux ingagnables. Donc à la fin, ça donne des scores extrêmement faibles.

Oui, c'est ce qu'on dit souvent, c'est-à-dire qu'on met les femmes, Rachel, Flore, Pardo, dans des circonscriptions qui sont entre guillemets pas gagnables. Est-ce que vous, dans le groupe macroniste Renaissance, vous avez constaté qu'on adressait les femmes dans des circonscriptions pas gagnables ? D'abord, c'était pour le groupe Renaissance, pour le groupe Ensemble, quand même une élection assez difficile. Je pense qu'il faut le remarquer. Ensuite, quand on regarde les chiffres de l'évolution de la présence des femmes à l'Assemblée nationale, ce qu'on voit, c'est que l'Assemblée nationale la plus paritaire qu'on ait connue, c'est celle de 2017. Pourquoi ?

C'est parce qu'à l'époque, avec En Marche, on avait permis un large renouvellement de la classe politique, et notamment de la représentation à l'Assemblée nationale, qui avait permis l'entrée de femmes. Oui, il y avait eu toute une nouvelle génération. Alors, ce qui se pose pour, en effet, permettre davantage de parité, c'est d'abord et avant tout, et vous l'avez dit à l'instant, c'est la question des investitures des partis politiques. C'est combien ils investissent de femmes, et dans quelles circonscriptions. Et là-dessus, il faut une volonté de la part des partis politiques, en effet, de permettre à des femmes d'accéder à des mandats.

Et on voit une distinction évidente entre, d'un côté, les partis de gauche et du centre, et de l'autre côté, les partis plus à droite. Ensuite, il faut aussi s'interroger sur ce qui peut freiner l'engagement des femmes en politique. Et il faut continuer d'aller lever ses freins, que ce soit à la fois par la prévention des violences sexistes et sexuelles en politique, mais aussi par l'organisation de l'avis des mandats, avec notamment la question, je pense, des congés parentaux. Alors, évidemment, on va se poser toutes ces questions, mais d'abord, restons sur cette loi parité.

Fiona Texerre, est-ce qu'il ne faudrait pas aller plus loin, c'est-à-dire mettre peut-être plus d'amendes encore, ou alors interdire le fait qu'on puisse présenter plus d'hommes que de femmes ? Qu'est-ce que vous pensez de cette loi parité, justement ? Les lois de parité, elles ont été mises en place il y a 25 ans. Et en fait, on pensait que ça suffirait, peut-être, pour atteindre la parité, que ça se ferait progressivement. Et ce qu'on voit, c'est que la parité à l'Assemblée nationale, elle décline depuis 2017. Donc, on constate que la loi ne va pas assez loin. Et elle ne va pas assez loin parce qu'aujourd'hui, en fait, c'est une contrainte financière qui pèse sur les partis.

Ce n'est pas une obligation. Donc, on peut faire le choix d'avoir plus d'hommes que de femmes, à condition d'en avoir les moyens. Et donc, les partis se le permettent. Sur tous les partis de droite, ça a été rappelé. En fait, il faudrait que la loi soit vraiment contraignante et qu'elle n'offre pas cette possibilité de payer si on a envie de continuer à rester machiste. Il faudrait obliger, peut-être, à avoir autant de femmes que d'hommes. C'est le cas pour d'autres élections, en fait. Quand on regarde les élections locales, aux municipales, vous êtes obligés de présenter des listes paritaires. Aux régionales, c'est la même chose. Aux européennes, c'est la même chose.

Donc, on peut réfléchir à une contrainte législative plus forte, ce qui permettra, enfin, d'avoir une assemblée plus démocratique, puisqu'elle sera davantage à l'image de la société. Une assemblée plus démocratique. Qu'est-ce que ça change concrètement dans la vie des Français et des Françaises de ne pas être représentée équivalent par des hommes et par des femmes, Laurence Rossignol ? Avant de répondre à votre question, je voudrais quand même qu'on note une chose, c'est que la loi sur la parité a près de 25 ans. Et s'il n'y avait pas ces lois, il y aurait encore moins de femmes qu'aujourd'hui. Ça veut dire qu'il n'y a pas de mouvement naturel.

Quand j'entends les élus dire, vous comprenez, on est obligés de composer nos listes rapidement, c'est le gars qui vous dit, j'ai démarré vite et j'ai oublié ma femme sur le bord de la route. C'est exactement ça. Et donc, il n'y a pas de mouvement naturel, et c'est pour nous d'ailleurs assez troublant et un peu désespérant de dire que rien ne s'impose, en fin de compte, les consciences et les mentalités politiques ne changent pas. Pour maintenant répondre à votre question, est-ce que ça change, c'est la prise en compte de la condition des femmes dans notre société ?

Parce que jusqu'à présent, il est avéré que ce sont les femmes, les femmes féministes, pas toutes les femmes, qui portent au Parlement les préoccupations des femmes, conditions sociales, égalité des droits, lutte contre les discriminations. Les hommes qui ne pensent même pas à garantir la présence des femmes au Parlement, il ne faut pas croire qu'ils pensent à légiférer pour améliorer l'égalité et la condition des femmes. Donc, c'est une exigence pour que l'égalité progresse, que les femmes soient au Parlement.

Et j'ajoute quand même des femmes féministes, parce que si c'est pour avoir des femmes qui sont totalement alignées sur les traditions patriarcales, elles ne sont pas d'une grande utilité aux femmes. Juste, elles profitent de la parité, celles-là, elles profitent de la parité, elles sont élues, mais un certain nombre d'entre elles ne rejoignent pas le combat des femmes. Oui, mais il y a peut-être des femmes qui n'ont pas envie de se dire, je ne sais pas, je suis là parce que j'ai une femme. Regardez le message d'Aurélie, cette auditrice qui vient de nous écrire sur l'application de France Inter.

Elle dit, avec les lois sur la parité dans la plupart des partis politiques, on essaye de faire la part belle aux femmes. Sur les listes municipales, par exemple, on a du mal à trouver des femmes et c'est un problème. Est-ce que cette histoire de quota, justement, n'est pas contraignante ? Mais est-ce qu'ils font de la place, en fait ? Est-ce qu'ils prennent le soin, le souci de faire de la place ? Parce que des femmes, quand on leur fait de la place dans des conditions acceptables, pourquoi elles ne s'investiraient pas, en fait ? Vous l'avez dit tout à l'heure, il y a la question de la garde des enfants, il y a la question financière aussi.

Ça coûte cher de s'investir en politique et aujourd'hui, on est encore loin d'une égalité de revenus et d'une égalité de patrimoine. Et puis, il y a aussi la question du temps que ça prend. Est-ce que la charge mentale des femmes qui se lancent en politique est équitablement répartie avec leurs conjoints ? Est-ce qu'on se soucie des violences sexuelles et sexistes en politique ? Puisque les femmes sont soumises à un sexisme qui est crasse dans le monde politique et forcément, ça dégoûte. Et à force de dégoûter les femmes, qu'est-ce qui reste à la France ? On va donner de la couleur à vos propos, Rachel Flaude, parce que je rappelle que vous avez fait vos premiers pas en politique.

Si je puis dire que vous avez fait campagne dans les rues de Paris, est-ce que vous avez été victime de sexisme ? Et si oui, donnez-nous des exemples. Malheureusement, je crois qu'en effet, les comportements sexistes, les attaques sexistes, c'est peut-être le lot quotidien des femmes qui s'engagent en politique et encore plus des femmes qui s'engagent en politique. Donnez-nous des exemples concrets. Une voix féministe, c'est des attaques sur les réseaux sociaux, c'est la façon dont on tague vos affiches, c'est pas vos idées qu'on vient critiquer, c'est surtout votre féminité. On vient s'en prendre à votre sexualité, on vient s'en prendre à ce qui fait que vous êtes une femme.

Et c'est trop souvent le cas. Et ça, c'est quelque chose qu'on remarque. On voit aussi que les femmes, et notamment les femmes politiques, sont beaucoup plus la cible de violences en ligne que les hommes et qu'encore une fois, ces attaques-là attaquent moins les idées que l'apparence et que tout ce qui a trait à leur féminité. Alors, ces violences-là, il faut absolument les combattre parce qu'on voit des chiffres, et notamment d'une formidable association qui s'appelle Élus Locales, qui montre que beaucoup de femmes requittent la vie politique, notamment du fait des attaques sexistes dont elles font l'objet.

Donc, mieux répondre, mieux protéger, notamment les femmes, en réalité toutes et tous, face aux attaques sexistes, et notamment aux attaques sexistes en ligne, c'est une façon de préserver la vie démocratique en assurant que chacun puisse s'y engager pleinement. Et ce que je voudrais dire aussi, c'est un mot. Sur l'importance, on parlait à l'instant de l'importance de la parité, de l'égalité. L'égalité, le fait qu'il y ait des femmes et des hommes davantage égaux, c'est un prérequis essentiel si on veut lutter contre les violences sexistes et sexuelles.

Puisque ce qui permet la commission des violences sexistes et sexuelles, c'est les inégalités qui subsistent trop souvent entre les femmes et les hommes et qui placent les hommes dans des positions de domination dont ils peuvent abuser. Alors, des positions de domination, il y en a eu beaucoup dans la campagne. Quand même, on a vu énormément de débats avec que des hommes. Et on se souvient encore des mots de Marine Tondelier qui demandait à débattre avec les chefs de parti.

13:20
Invité

Je voulais aussi vous parler de la place des femmes dans tout ça. Parce que les femmes, c'est quand même 50% de la France. C'est 50% de la France complètement invisibilisée de tous ces débats jusqu'à présent. Tous les débats, pas une seule femme. S'il n'y a pas un moment une femme dans un débat, on va en parler quand ?

13:34
Présentateur

Voilà, Fiona Texer, est-ce que ça, vous pensez qu'on devrait aussi légaliser, faire une loi, enfin en tout cas, mettre plus d'amendes aux médias qui ne respectent pas la parité ? Je crois que les médias, effectivement, ont un rôle à jouer qui est très fort. Et l'invisibilisation de Marine Tondelier dans cette campagne, c'est aussi la responsabilité de BFM TV qui a refusé ce débat avec Jordan Bardella. Que Jordan Bardella ait été apeuré et n'ait pas voulu débattre, on le comprend aisément. Oui, je crois que c'est Jordan Bardella qui a dit « je ne veux pas débattre avec elle ». Mais pourquoi accéder à sa demande, finalement ?

Alors qu'il avait débattu avec Manuel Bompard, pourquoi il ne débattrait pas avec Marine Tondelier ? Et donc, ça pose aussi la question de se dire « est-ce que les hommes sont en position de choisir face à qui ils débattent ou ils ne débattent pas ? » Et en fait, est-ce qu'ils doivent décider qui est à leur hauteur et à leur niveau pour débattre ? Enfin, on marche sur la tête. Oui, moi je voudrais peut-être apporter un éclairage un peu d'un autre biais. Je suis élue depuis assez longtemps, j'ai toujours observé qu'il y avait beaucoup moins de sexisme dans la société, chez les électeurs, que dans le monde politique et médiatique.

Les électeurs m'ont rarement, mais très exceptionnellement, manifesté un comportement sexiste à mon égard ou un doute sur mes compétences du fait que j'étais une femme. En revanche, dans le monde politique, là, le sexisme est très fort. Mais les violences sexuelles dans le monde politique... Vous, vous en avez été victime, Laurence Rossignol, pendant votre carrière ? J'en ai été victime, bien sûr, je les ai observées autour de moi. On a du mal à se rendre compte, qu'est-ce que ça veut dire, en fait, le sexisme ? Si vous nous donnez des exemples sans donner des noms, etc., mais qu'on comprenne vraiment, qu'on se mette à votre place. Il y a plusieurs types de sexisme en politique.

Quel sexisme brutal des violences sexuelles ? Ça, c'est conscient, c'est déterminé. C'est une façon de dire aux femmes, vous avez voulu venir sur notre terrain, vous voulez être là, alors voilà, c'est à vos risques et périls. Et le coût que vous allez en payer, c'est celui de supporter les violences sexuelles. C'est un sexisme qui est dissuasif pour écarter les femmes de la politique. Et puis, il y a le sexisme paternaliste. Il y a le sexisme qui consiste à, toujours, dans une réunion, au moment où on donne la parole à une femme, au milieu de son propos, lui dire « Bon, il ne nous reste plus beaucoup de temps. » C'est toujours aux femmes qu'on dit « Il faut accélérer ».

Forcément, les hommes se précipitent sur la parole. Les femmes attendent de savoir si elles ont quelque chose d'intelligent à dire. Elles se lancent, alors que les hommes s'inscrivent pour parler, même s'ils n'ont rien d'intelligent à dire, ou pour répéter ce qu'a dit celui qui a parlé avant eux. Ils n'ont aucun problème. Parce que parler, c'est prendre le pouvoir sur une assemblée, sur les autres. Et les femmes ne sont pas dans les mêmes stratégies de prise de pouvoir. Donc, elles sont souvent perdantes à ce jeu-là.

Le sexisme du quotidien en politique, c'est davantage que les violences sexuelles, qui, quand même, fort heureusement, ne sont pas notre exposition quotidienne de toutes les femmes. Elles sont nombreuses, elles sont présentes. Mais en revanche, ce qui est quotidien, c'est le mépris. C'est-à-dire, le mépris, il est à l'égard de la parole des femmes, à l'égard des sujets qu'elles traitent, des sujets dont elles parlent, les sujets qui concernent les questions sociales, par exemple. Vous avez les sujets nobles, régaliens, par exemple de sécurité. Oui, c'est-à-dire qu'il n'y a parité, mais il n'y a pas forcément partage du pouvoir. Il n'y a pas partage du pouvoir. Et il y a marginalisation.

Moi, j'ai observé dans de nombreuses réunions, dès qu'une femme prend la parole, une espèce de petit brouhaha s'installe dans la salle. C'est le moment où les hommes choisissent pour discuter entre eux, parce que la parole des femmes est disqualifiée, sur le fond et sur la forme. Alors, justement, on a eu un exemple, en tout cas, certaines féministes ont eu un exemple de ce qu'on peut appeler aujourd'hui le « men-spreading », c'est-à-dire le masculin qui domine sur le féminin.

C'était avec Valérie Ayet, quand elle faisait campagne aux Européennes, Rachel Flore, vous étiez justement à ses côtés, et Gabriel Attal était venu un peu en surprise, et il lui avait pris le micro, ce qui avait fait beaucoup parler à l'époque. Bonjour, je vous interromps quelques secondes, parce qu'effectivement, j'ai un invité un peu spécial que vous connaissez bien, Valérie Ayet. Je crois que je le connais un peu, oui. C'est le Premier ministre de la France, Gabriel Attal. Monsieur le Premier ministre. Salut Gabriel.

17:37
Locuteur non identifié

Ça va, tout le monde ? Très bien. Bonjour, vous allez bien ? Bonjour, ça va ? Bonjour, je suis désolée, je fais irruption sur la scène.

17:46
Présentateur

Rachel Flore Pardo, justement, comment est-ce que vous avez vécu ce moment, quand vous l'avez entendu ? Écoutez, moi, ce qui m'a marquée dans cette campagne des élections européennes, c'est notamment le traitement sexiste dont a fait l'objet la candidature de Valérie Ayet dans les médias. D'abord, quand elle devient tête de liste, on ne cesse de l'interroger dans tous les interviews qu'elle fait sur sa légitimité. On ne cesse de lui dire, mais êtes-vous bien légitime à être là ? Êtes-vous bien légitime à être tête de liste ? Qui de plus légitime que la présidente du troisième groupe au Parlement européen ? Donc d'abord, j'ai remarqué cela.

Et ensuite, sur l'intervention de Gabriel Attal, moi, ce qui m'a étonnée, c'est qu'on dise tout de suite que la présence de Gabriel Attal aux côtés de Valérie Ayet l'effacerait. J'ai vu la prise de parole de Ségolène Royal à Suja, qui disait qu'en fait, en politique, on veut tout simplement être soutenu. Et je crois qu'on ne peut pas dire que dans cette campagne, Gabriel Attal n'est pas soutenu Valérie Ayet. Par contre, moi, ce qui m'a marquée, c'est que jamais, quand Marine Le Pen se présente aux côtés de Jordan Bardella, on a dit que Marine Le Pen effacerait Jordan Bardella. Jamais, quand Olivier Faure faisait des matinales, on a dit qu'il effacerait Raphaël Glucksmann.

Pourquoi, quand un homme soutient une femme, il l'effacerait cette dernière ? Ah, donc vous n'avez pas du tout trouvé que c'était sexiste, alors ? Non, j'ai trouvé, par contre, que tous ceux qui disaient que Valérie Ayet était sans cesse effacée, sans cesse pas légitime, sans cesse ont remis en cause son rôle de tête de liste, ont, eux, eu des propos sexistes. Vous êtes d'accord ? C'était une bonne chose que Gabriel Attal vienne comme ça, par surprise ?

Alors, au-delà du fait qu'il soit venu se substituer à elle sur un plateau, ce qui m'a beaucoup choquée, moi, c'est que quelqu'un puisse rentrer sur un plateau, dans une émission, et en disant, voilà, bonjour, je suis passée par là, je vais venir vous expliquer la vie, quoi. Ça ne marche pas comme ça, la radio. Enfin, moi, je n'oserais jamais faire ça. Il n'y a qu'un mec pour oser faire un truc pareil. Ou jamais une femme oserait faire une chose pareille. C'est ça qui m'a frappée aussi. Mais on a beaucoup dit que Valérie Ayers, justement, avait été invisibilisée pendant cette campagne, que tout le monde venait prendre la parole à sa place. Je pense que c'était effectivement...

Ses propres collègues ne l'ont pas sécurisée et mise en avant comme elle aurait dû. On avait l'impression qu'elle était là, effectivement, parce qu'il fallait bien qu'il y ait une tête de liste et qu'il y ait une femme. Les femmes étaient mal à l'aise. On n'osait même plus l'attaquer. On n'osait même plus la mettre en difficulté, parce qu'elle était déjà mise en difficulté par la situation et par les siens. Donc, effectivement, on se retient dans ces cas-là, nous. M. La Texer ? Évidemment, il y a une question de forme. On n'aurait pas imaginé, dans une autre configuration, Elisabeth Borne débouler sur un plateau pour venir prendre la parole face à Stéphane Séjourné, par exemple.

Mais moi, ce qui m'a choquée, c'est qu'en fait, ça nous a éloignés du fond et des propositions. Toute la semaine suivante, on n'a parlé que de ça. Quand Valérie Haillet est allée sur le plateau de BFM TV, la première question que lui pose Apolline de Malherbe, c'est « Est-ce que vous avez bien fermé la porte derrière vous ? » Et donc, ce qui veut dire qu'à cause de cette intervention, à mon avis malheureuse, du Premier ministre, toute la semaine, on la bassine avec ça, plutôt que de parler de ses propositions et du fond. Et donc, là, il y a un problème, oui. Ça a finalement invisibilisé ce qu'elle avait à dire. Vous êtes d'accord ? Vous avez constaté ça en faisant campagne pour Renaissance ?

Pourquoi est-ce que tout de suite après, on s'acharne à revenir à peut-être se moquer d'elle d'une certaine façon ? Écoutez, cette histoire, apparemment, il a été invité à se présenter sur le plateau par les journalistes. En tout cas, ce qui ressort dans la presse. Maintenant, c'était une façon d'apporter son soutien. Je crois qu'il est resté trois minutes. Moi, néanmoins, je crois qu'en effet, Valérie Haillet était parfaitement légitime et parfaitement compétente. Et je crois qu'il y a eu une sorte de Valérie Bashing.

On en avait vu un autre déjà de Valérie Bashing au cours de la campagne des élections présidentielles, à critiquer sans cesse la forme, parfois sans s'attaquer au fond de ce qu'elle proposait. On se concentrait principalement sur la forme, comme c'est trop souvent le cas pour les femmes politiques. Alors justement, l'autre Valérie Bashing, on va en parler justement, parce que Valérie Pécresse avait été en 2022 beaucoup moquée pour sa voix. Et dans le débat de midi sur France Inter, on va se demander si l'art oratoire n'est pas jugé sur des critères masculins. D'ailleurs, vous avez remarqué, on ne dit pas qu'elle est excellente tribune à l'Assemblée nationale, non ?

Est-ce qu'il y a un problème avec la voix des femmes en politique mais ailleurs ? Toujours trop aiguë, trop criarde. Et vous, dites-nous si vous aimez votre voix. Écrivez-nous le temps d'écouter Delgresse.

21:51
Locuteur non identifié

Chaque matin, quand j'ouvre les yeux, je me réveille par an, dans le chien, c'est moins qu'à m'en faire.

24:03
Présentateur

C'était Delgresse avec à la fin.

25:03
Locuteur non identifié

Le débat du midi sur France Inter.

25:09
Présentateur

On est toujours ensemble sur France Inter avec un casting 100% féminin, puisqu'on se demande, eh bien, où étaient les femmes dans cette campagne législative ? En tout cas, elles sont sur ce plateau, toujours en compagnie de Laurence Rossignol, ancienne ministre socialiste des droits des femmes, Fiona Texer de l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles et Rachel Flore Pardo, avocate au Barreau de Paris. Alors, il y a beaucoup d'auditeurs et d'auditrices qui nous écrivent et surtout beaucoup d'hommes qui nous disent « Je trouve vos interlocutrices un peu malhonnêtes. La parité forcée et contrainte, c'est vraiment bête de mon point de vue.

Je confirme que sur les listes électorales de petites communes, il est déjà difficile de clôturer. » Et Geoffroy nous dit « Arrêtez, les femmes qui deviennent ministres se comportent généralement comme des hommes. » Alors, on va en débattre, bien entendu. On va se demander aussi, eh bien, si la parole au féminin est compliquée à exercer, si finalement l'art oratoire est toujours jugé sur des critères masculins. Et vous avez été nombreux et nombreuses à vous enregistrer. On va écouter la note vocale de Marie.

26:13
Locuteur non identifié

Bonjour, le débat de midi. Ici Marie-Anis. Je suis gérante d'une coopérative. Et la thématique me parle parce que je me suis déjà entendue dire par mes co-gérants que quand je m'énervais, je montais beaucoup trop dans les aigus et que c'était insupportable

26:36
Présentateur

et qu'on ne me prenait plus au sérieux.

26:38
Locuteur non identifié

Donc, la voix des femmes est très importante.

26:43
Présentateur

Merci beaucoup, Marie. Je vous rappelle le WhatsApp de cette émission. 01 45 24 7000. Écrivez-nous ou faites entendre votre voix. Et on va parler octave en politique. Nous sommes en ligne avec Marlène Coulonguli. Bonjour. Bonjour. Vous travaillez sur les questions de genre et de politique. Vous avez signé Sexisme sur la voix publique. La voix des femmes en politique, c'est toujours trop, c'est toujours pas assez. Dites-nous, par exemple, quels adjectifs reviennent souvent et donnez-nous des exemples, s'il vous plaît.

27:12
Locuteur non identifié

Alors, bon, point de départ de cette étude. Une fiction, je vous raconte l'anecdote qui m'a engagée à travailler là-dessus et vous aurez un exemple très concret. La série Baron Noir qui a été diffusée sur Canal+, et où dans la dernière saison, la présidente était incarnée par Anna Mouglalis, une actrice reconnaissable entre toutes par son timbre de voix extraordinairement grave et qui fait bugger, en fait, les logiciels de reconnaissance vocale. Et je me suis dit, tiens, tiens, bizarre. Pour incarner la femme d'autorité par excellence, puisqu'elle était présidente de la République, on choisit une actrice qui a une voix extraordinairement grave.

Bon, ça n'était évidemment pas un hasard et cela renvoie effectivement à une réaction permanente. Lorsque les femmes prennent la parole, leurs voix sont critiquées. Ce n'est pas le cas quand des hommes prennent la parole. Même des hommes avec une voix peut-être un peu naziarde, je ne sais pas si vous vous rappelez de celle de Chabon à Bordeaux. Quand les femmes prennent la parole, elles ont une voix trop aiguë, elles ont une voix aigre, comme le disait cette personne dont vous avez passé le témoignage tout à l'heure. Une voix qui monte dans les aigus et finalement une voix hystérique qui décrédibilise son propos auprès des gens. Une voix comme des ongles sur un tableau noir.

Une voix comme si un chat se mettait à griffer une surface plane. Bref, les qualificatifs ne manquent pas pour dévaluer, déjuger, décrédibiliser la voix des femmes parce qu'elle est trop ceci, pas assez cela. Les femmes étant finalement toujours de trop dans cet espace de parole qu'on suit par et pour les hommes. Mais oui, parce qu'en fait, quand on dit, par exemple,

29:05
Présentateur

on a beaucoup dit la voix de Mathilde Panot, c'est une voix de poissonnière. On disait déjà ça d'Édith Cresson à l'époque. On a dit de Valérie Pécresse, que tout son est faux, de Ségolène Royal, vous disiez justement, Laurence Rossignol. C'est une façon, en fait, quand on critique la voix des femmes politiques, on discrédite leurs paroles.

29:26
Locuteur non identifié

On discrédite leurs paroles et on les discrédite. La voix est à l'intersection du sociologique et du biologique. Mais critiquer une voix, une femme pour sa voix, c'est la critiquer parce qu'elle est une femme. C'est finalement ce qu'on a de plus intime, notre voix. Et les dévaloriser, les dévaluer, au motif que leur voix ne serait pas ce qu'elle devrait être, c'est leur faire passer le message selon lequel elles n'ont pas leur place dans cet espace de parole qui a été conçu par et pour les hommes. Alors, je vous rappelle quand même que l'art oratoire a été construit, élaboré depuis des millénaires par et pour les hommes.

Les grands noms qui nous viennent à l'esprit, c'est Quintillien, Cicéron, etc. Et même les top ten, aujourd'hui, des grands orateurs, ne voient figurer que des hommes. C'est Obama, Steve Jobs, etc. Jamais de femmes. Alors, on pourrait citer quand même

30:30
Présentateur

Christiane Taubira, par exemple. Christiane Taubira, ce qui est intéressant avec votre livre, Marlène Coulanguli, c'est que vous avez vraiment mesuré la voix des femmes et vous dites qu'en 50 ans, la voix des femmes a baissé de 50 Hertz et qu'elle parle de plus en plus comme ça, avec un vocal fry, on dit en anglais, une voix cassée. Alors, Rachel Flore, justement, pour revenir sur cette candidate Valérie Ayet, vous m'avez raconté hier une anecdote au téléphone, justement, que sur les plateaux télévisés, eh bien, sa voix, comment dire, ne portait pas sans micro. C'est-à-dire que vous avez vraiment expérimenté le fait que la voix dans l'oratoire féminin, c'est plus compliqué.

Oui, et en fait, il y a une réalité, c'est que les voix des femmes sont différentes des voix des hommes et pendant trop longtemps, on s'est habitué à entendre des voix d'hommes et associer ces voix d'hommes à des positions de pouvoir, si bien qu'il faut s'habituer maintenant à entendre des voix des femmes et à associer ces voix de femmes à des positions de pouvoir et je crois que c'était important de voir une femme devenir présidente de l'Assemblée nationale et de l'entendre, Yael Brown-Pivet.

Je crois que c'était important de voir aussi à nouveau une femme première ministre avec Elisabeth Borne et je crois que les semaines et les jours à venir seront importants pour voir encore, je l'espère, des femmes accéder à des fonctions importantes parce qu'en réalité, quand on critique les voix des femmes, qu'est-ce qu'on cherche ? On cherche à les faire taire les femmes et par un certain nombre d'actions, notamment toutes ces violences, toutes ces attaques notamment en ligne qui critiquent surtout la forme, on cherche à exclure les femmes de l'espace d'échange public, de ce débat démocratique et c'est ce à quoi il nous faut résister.

Alors, il y a les critiques en ligne mais j'imagine qu'il y a les critiques dans l'Assemblée Nationale pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'aller au Palais Bourbon, on se rend compte que c'est un espace clos où quand une femme fait un discours, souvent il y a des moqueries, des raillements. Laurence Rossignal, est-ce que vous avez pu expérimenter dans d'autres chambres au Sénat la violence que peut y avoir un brouhaha pendant un discours ? Oui, c'est très violent. Ça, c'est la manifestation que j'évoquais tout à l'heure du désintérêt pour la parole des femmes, pour le contenu de leur parole aussi, pour leurs propos.

Mais peut-être il faut quand même à cet instant dire que les choses ont évolué. On n'en est pas au même point qu'il y a dix ans. Alors, c'est là où c'est paradoxal. Les réseaux sociaux sont à la fois un facteur et un propagateur de haine en ligne, mais ils sont aussi un propagateur d'événements ou de moments totalement insupportables et inacceptables. Je me souviens d'une collègue députée pendant qu'elle parlait, un député s'est mis à faire cote, cote, cote, cote, cote. C'était un grand moment de sexisme dans l'hémicycle. Moi, il y en a un qui m'a dit c'est qui cette nana pendant que j'étais en train de parler au Sénat. C'était en 2014. Donc, c'est pas si loin. Non, c'est pas si loin.

Mais, dans le cas que je connais, c'est qui cette nana, le soir même, il y avait 100 000 vues sur le site de Public Sénat. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les hommes qui se comportent mal de manière flagrante dans l'hémicycle sont exposés immédiatement à être diffusés et acquérir une notoriété à laquelle ils n'avaient jamais pensé en tant que sexistes et que misogynes. Donc, les choses progressent et on n'entend plus ça et tout le monde a compris qu'il fallait quand même baisser d'un ton dans la manière de s'adresser aux femmes. On est loin d'être au bout mais il faut quand même noter les progrès. Il y a une désapprobation qui peut s'exprimer très vite s'il y en a qui se comportent mal.

D'où l'importance de ce hashtag MeToo de la politique que vous continuez à faire vivre Fiona Texer et d'afficher les hommes qui se comportent mal. Oui, l'idée c'est de montrer que ce ne sont pas des cas isolés. Ce n'est pas une remarque dans les mystiques de temps en temps ou une petite main aux fesses on parle bien d'agression sexuelle de temps en temps mais qu'il y a aussi un caractère systémique dans tout ça et qu'il y a aussi une sorte de continuité. Plus on va tolérer les remarques... Vous parlez d'un caractère systémique mais il n'y a pas des mains aux fesses quand même tous les jours à l'Assemblée Nationale. Moi j'en ai subi beaucoup.

Mais il y a un côté où si on va tolérer des comportements sexistes des petites remarques un petit bruit de fond désagréable dans l'hémicycle eh bien on va peut-être moins s'offusquer quand on passera à quelque chose plus grave comme du harcèlement sexuel et peut-être qu'on va banaliser aussi les agressions sexuelles parce que c'est encore le cas on ne les prend pas assez au sérieux et d'ailleurs la preuve de ça c'est qu'il n'y a pas de réel plan de lutte contre ces violences au Parlement aujourd'hui. C'est Adrien Quatennens le député de la France Insoumise qui a failli être investi dans ses législatives qui a été investi mais après il a oui il a été investi c'est lui qui a renoncé.

C'est-à-dire que les féministes ont bataillé pied à pied ça a été ça a été des jours et des jours de pression mise par les militantes féministes et il faut saluer leur détermination dans ce combat pour que la France Insoumise ne fasse pas ce choix malheureux de le soutenir de le soutenir pour les législatives et d'ailleurs ça a eu des effets en cascade puisque ça a aussi obligé le camp présidentiel à débrancher entre guillemets Damien Abad qui lui est mis en examen pour tentative de viol ou Jérôme Perra condamné pour violence conjugale également.

Mais ce que je voulais dire en fait pour revenir sur la question de la voix c'est qu'il y a un passif historique dans tout ça c'est-à-dire que la politique en France elle a été faite par et pour les hommes en gros de la révolution française jusqu'aux années 40 et qu'on a conçu tous les codes de l'époque comme universel on a pensé que le suffrage était universel alors que le suffrage était masculin on a pensé que la façon de se comporter c'est-à-dire un gros monsieur avec un costume cravate et une grosse voix c'était ça les codes de la politique alors que ça non ce sont des codes masculins de la politique c'est pas des codes universels de la politique ce ne sont pas des codes neutres et en fait aujourd'hui il faut apprendre à concevoir que la politique ça peut être aussi autre chose que les femmes ont le droit à la parole dans un style différent alors oui on ne mettra pas de cravate et on n'aura pas une grosse voix mais il faut aussi écouter ce que les femmes ont à dire ça fera beaucoup de bien notamment à ces messieurs Vous nous demandiez il y a un instant quel bénéfice y a-t-il à ce qu'il y ait plus de femmes dans les hémicycles entre autres la solidarité que les femmes peuvent développer déployer entre elles tout groupe confondu de manière totalement transpartisane à l'égard des comportements sexistes ça ça joue quand même beaucoup moi je suis élue je suis parlementaire depuis plus de dix ans et je pense que c'est important de dire les femmes se sont organisées collectivement pour lutter contre le sexisme quotidien la misogynie d'atmosphère comme on appelle ça parce que pourquoi c'est important de le dire parce qu'on combat on mobilise les femmes elles s'engagent et il faut quand même dire que quand ça progresse il faut le noter parce que sinon c'est désespérant ça veut dire ça progresse avec la féminisation en fait mais c'est les femmes parce que plus un milieu est masculin aussi plus il est violent et là vous parlez des parlementaires mais je voudrais aussi dire un mot sur les collaboratrices moi j'étais collaboratrice pendant quinze ans et ce sont les statuts les plus précaires dans les assemblées et ce sont ce sont évidemment elles qui trinquent en premier des agissements sexistes des élus bien sûr et en fait je crois qu'il faut aussi rappeler que les violences sexistes dans le milieu politique et dans un certain nombre de milieux professionnels elles ne viennent pas de nulle part c'est à dire qu'il y a des situations qui sont des situations à risque et qui existent en particulier dans la vie politique par exemple quoi comme exemple il faut illustrer je pense au temps d'une campagne ce sont des horaires à rallonge il y a des moments alcoolisés il y a des rapports hiérarchiques des rapports de pouvoir qui ne sont pas très bien encadrés on parlait des collaborateurs on parlait des élus mais il faut aussi parler des militants des militantes qui s'investissent pleinement corps et âme dans une campagne et il faut absolument qu'on agisse là-dessus qu'on propose des solutions pour mieux encadrer pour mieux protéger pour mieux prévenir les violences sexistes sexuelles dans le cadre de rapports d'autorité de rapports de pouvoir et ça je crois que ça va être un des enjeux majeurs peut-être de cette assemblée nationale parce qu'on le sait cette assemblée nationale est fracturée est divisée mais je crois qu'on pourra peut-être en tout cas je l'espère voir une union sur les réponses qu'il faudra apporter sur la question des violences sexistes et sexuelles parce qu'on a vu ces dernières années qu'on arrivait sur ces sujets-là à avoir parfois un large consensus des voix à travers les partis alors j'espère que les députés élus s'en saisiront Marlène Coulon vous êtes avec nous toujours avec nous en ligne depuis Toulouse je rappelle que vous avez étudié énormément le genre et la politique pourquoi est-ce que cette sphère du pouvoir dans l'histoire depuis la nuit des temps est liée à la masculinité

38:59
Locuteur non identifié

parce que les femmes ont été exclues de l'espace public depuis presque toujours à de rares exceptions près donc effectivement les codes de la politique que ce soit les codes oratoires que ce soit les codes vestimentaires ou les codes comportementaux sont liés à la sociabilisation des hommes par exemple cet esprit de compétition qui est quand même inhérent à la vie politique est très présent dans la socialisation des hommes l'est beaucoup moins dans celle des femmes même si c'est toujours un petit peu embêtant de les opposer l'un à l'autre mais pour revenir sur cette question de la voix je crois quand même que la prise de parole reste vécue pour les femmes en tout cas comme une épreuve sexuée et au-delà de la question du Parlement le Parlement je vous rappelle que c'est le lieu où l'on parle au-delà de la question du Parlement les femmes sont très peu audibles dans l'espace public alors vous avez aujourd'hui un plateau qui est 100% féminin mais les chiffres de l'ARCOM d'ailleurs ça nous dit quelque chose sur l'intérêt que peuvent éprouver les hommes à parler de ces questions qui les concernent aussi malgré tout mais voilà les chiffres de l'ARCOM concernant le temps de parole des femmes dans les médias audiovisuels radio et télévision sont quand même éclairants on entend elles prennent 34% du temps de parole globalement et s'agissant des femmes politiques seulement 26% du temps de parole sont consacrées à des femmes c'est-à-dire que 66% des voix qu'on entend à la radio ou à la télévision sont des voix d'hommes et 74% des politiques sont des voix d'hommes donc ça nous dit quelque chose quand même de ces polarités extrêmement différenciées entre les hommes et les femmes dans l'espace public merci beaucoup Marlène Coulon

40:56
Présentateur

merci on va continuer ce débat sur France Inter allez-y Laurence Rossignol je vois que vous brûlez de répondre c'est vrai qu'on a un plateau 100% féminin mais parce qu'on parle des femmes je n'ai jamais vu de plateau 100% féminin pour parler de la guerre en Ukraine ou du poids de la dette c'est quand on est 100% de femmes pour parler de nous-mêmes et de notre condition mais moi en tant que parlementaire en tant qu'ancienne ministre je suis multicarte je peux venir parler de quantité de sujets et je pense que vous deux également c'est pareil vous nous mettez au défi Laurence Rossignol essayez de faire un plateau la semaine prochaine mais des plateaux 100% masculins j'en vois continuellement oui c'est pas faux c'est vrai pour la défense des journalistes c'est vrai qu'on propose à certaines femmes de venir mais qu'elles se sentent quelquefois moins légitimes que d'autres hommes qui n'hésitent pas à y aller alors que certains ne sont pas forcément toujours légitimes mais ils viennent beaucoup plus facilement dans les médias Frédéric nous dit nous écrit sur l'application France Inter il nous dit bonjour je souhaiterais qu'il y ait plus de femmes en politique on a pu voir récemment si c'était encore approuvé leurs compétences et leur pugnacité Vivienne nous dit n'oubliez pas quand même comme on s'est moqué d'Emmanuel Macron en 2017 sa voix montait souvent dans les aigus lui aussi une belle voix n'est pas donnée à tout le monde on va continuer ce débat on va aussi parler et bien se demander pourquoi Jordan Bardella a-t-il lui abordé le droit des femmes provoquant lire des féministes on va se demander finalement aussi pourquoi est-ce que les femmes ont beaucoup plus voté pour le parti de Marine Le Pen lors de ses dernières législatives

42:32
Locuteur non identifié

en voilà une belle voix

45:56
Présentateur

c'était Fabiana Paladino avec Stay With Me Through The Night

45:59
Locuteur non identifié

débat de midi on est toujours ensemble

46:11
Présentateur

jusqu'à 13h sur France Inter on interroge le sexisme en politique la parité qui recule à l'Assemblée Nationale et le discours sur le droit des femmes on est avec Laurence Rossignol ancienne ministre socialiste des droits des femmes Fiona Texer de l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles et Rachel Flore Pardo avocate au barreau de Paris militante féministe qui a fait ses premiers pas dans la campagne politique alors le droit des femmes et bien on en a peu parlé finalement pendant cette campagne est claire pendant ces trois semaines mais il y en a un qui a pris la parole et qui a provoqué l'ire de toutes les fiers ministres c'est Jordan Bardella pour le Rassemblement National

46:45
Locuteur non identifié

Demain je serai le premier ministre qui garantira de manière indéfectible à chaque fille et à chaque femme de France ses droits et ses libertés l'égalité entre les femmes et les hommes la liberté de s'habiller comme on l'entend le droit fondamental à disposer de son corps sont des principes non négociables en France la femme est libre et elle le restera

47:07
Présentateur

Rachel Flore Pardo je vous ai vu un peu étonnée voire un peu consternée par les mots de Jordan Bardella dites-nous pourquoi vous qui militez pour le féminisme depuis des années plus c'est gros plus ça passe quand on entend Jordan Bardella dire ça en fait le Rassemblement National est dans une opération de dédiabolisation et je crois que ce parti a trouvé dans les thématiques féministes un argument utile pour poursuivre cette dédiabolisation pourtant quand ils en parlent des droits des femmes quand ils parlent des violences sexuelles notamment Jordan Bardella mais en réalité à peu près tous les représentants de ce parti sur les plateaux de télévision ils véhiculent une vision qui est loin de la réalité notamment des violences sexuelles à chaque fois on les voit parler d'un chiffre 70% des violeurs seraient des étrangers mais ce chiffre concerne un nombre de viols restreints c'est les viols qui ont lieu dans les rues de Paris dans l'espace public à Paris ils ne disent rien de la réalité de ce que sont les violences sexistes et sexuelles dans 9 cas sur 10 la victime connaît son agresseur et je crois que quand on véhicule ce stéréotype du violeur étranger c'est une façon d'invisibiliser d'effacer la diversité des violences sexistes et sexuelles et donc ça empêche de les appréhender et ce que je veux rappeler ici c'est que partout où l'extrême droite est au pouvoir et on le voit chez nos voisins il n'y a pas de raison que ce soit différent ici les droits des femmes reculent alors moi j'ai regardé le programme de Jordan Berdella pour le Rassemblement National par exemple ils veulent aller beaucoup plus loin sur l'endométriose donc on a plutôt l'impression d'un parti progressiste qui défend les femmes Laurence Rossignol non mais je crois que ce que vient de dire Rachel est la vérité il y a pour le Rassemblement National et précédemment le Front National il y avait deux plafonds de verre c'est d'une part les femmes et d'autre part leur antisémitisme et ils ont décidé de faire sauter ces deux plafonds de verre mais pour autant et ça a marché je rappelle les chiffres juste 32% des femmes ont voté pour un candidat Rassemblement National au premier tour de ces élections législatives ce qui a marché c'est qu'avant il y avait un différentiel entre le vote des hommes et le vote des femmes en faveur de l'extrême droite les hommes votaient davantage pour l'extrême droite que les femmes et ce différentiel il existe dans tous les pays où il y a un combat entre l'illibéralisme les régimes totalitaires les partis totalitaires et les démocraties et là depuis cette élection on n'a plus de différentiel les femmes votent autant à l'extrême droite que les hommes il y a l'enfumage que fait Jordan Bardella là-dessus qui ne résiste pas ou fait mais pourquoi enfumage pardon par exemple sur les violences sexistes et sexuelles à chaque fois qu'on a eu à traiter d'un cas de violences sexuelles en politique et qu'il a fallu mettre au banc de la société politique un homme mis en cause pour viol le Front National ou le Rassemblement National n'ont qu'une seule ligne de conduite c'est il faut que la justice ait passé tant qu'un homme n'a pas été condamné il n'y a pas lieu de le mettre à l'écart de la vie politique ce qui est une façon de nier la diversité des violences sexistes et sexuelles et le fait qu'elles existent indépendamment de la condamnation des auteurs et que dans bien des cas les victimes n'arriveront pas à faire condamner les auteurs et que pour autant les violences sexistes et sexuelles ont lieu et les autres parties là-dessus ont quand même un peu progressé dans la mesure où ils n'attendent plus une condamnation pour le plus souvent il y a encore des cas ils n'attendent plus une condamnation ou du moins la pression est très forte sur eux mais ce que je voulais dire aussi parce que c'est important moi en tant que militante féministe en tant que présidente de la station féministe cette évolution de chiffres me trouble et me me contrarie beaucoup où est-ce qu'on qu'est-ce qu'on rate voilà on rate quelque chose et je m'interroge sur l'adéquation entre le narratif féministe le plus courant mainstream mais déjà rien qu'en disant narratif féministe mainstream je sais que je ne parle pas à tout le monde avec ces mots-là sur le narratif féministe et la condition sociale des femmes qui votent pour l'extrême droite et qui pensent qu'aujourd'hui l'extrême droite est le parti qui les protège le mieux qui les protège le mieux qui sont très troublés très affectés par l'insécurité celles qui visent les enfants l'augmentation de la délinquance sur les mineurs mais surtout des mineurs victimes il y a dans le narratif féministe toute une série d'angles morts c'est là où l'extrême droite va aller planter ses mauvaises graines c'est dans ces angles morts-là et je crois qu'on a un vrai travail à faire entre nous entre féministes pour tirer les leçons de ces élections et échanger un certain nombre de choses dans la hiérarchie de nos préoccupations féministes et c'est vrai que le Rassemblement National a beaucoup parlé de pouvoir d'achat et que ce sont les femmes qui sont les plus précaires en France à hauteur de 62% qui sont payées au SMIC Marc nous dit les femmes qui votent Marc notre auditeur nous dit les femmes qui votent pour Bardella sont la plupart sous le charme de sa jeunesse propre sur lui ça c'est son avis je ne suis pas pour des idiotes vous pensez que ça c'est pas ça je pense que ça c'est prendre les femmes pour des idiotes qui votent en fonction du physique ou du charme c'est pas vrai Alors Alain autre auditeur a une autre théorie par exemple il dit féminisme de la plainte versus féminisme de l'action Marine Le Pen c'est vrai qu'en tant que femme forte chef de parti divorcée Fiona Texer est-ce que ça peut attirer des femmes finalement cette figure forte Alors si Marine Le Pen ou Marion Maréchal Le Pen aujourd'hui sont des femmes fortes divorcées et élues de la République c'est grâce aux combats féministes et ça il faut le rappeler sans les combats de nos mères nos grands-mères nos arrières arrière-arrière-grand-mères elles n'en seraient pas là aujourd'hui et le simple fait qu'elles menacent nos droits aujourd'hui est un scandale absolu et elle bénéficie en fait de dizaines et de dizaines d'années de militantisme féministe qu'elles ont combattu qu'elles ont combattu et à ce propos je voudrais d'ailleurs qu'on salue l'engagement des militantes féministes dans cette campagne parce que moi j'ai fait campagne sur le terrain j'ai aussi fait campagne sur les réseaux sociaux et il y avait beaucoup de femmes beaucoup plus que sur les pâteaux télé beaucoup plus que sur les listes beaucoup plus que dans les investitures il y a des femmes qui faisaient campagne pour la première fois il y avait des femmes de tous âges moi j'ai fait du porte-à-porte avec ma maman pendant plusieurs jours et les influenceuses il y a des influenceuses qui ont parlé de maquillage et de fringues d'habitude ce qui est très bien qui là se sont mis au service de la campagne qui se sont engagées pour la première fois et il y a eu des femmes qui ont su comment dire aider à se mobiliser je pense à Caroline Devasse je pense à Camille Etienne et qui ont fait un travail formidable et il faut aussi que les députés du nouveau Front Populaire mais aussi du Centre droit et LR qui ont été élus aujourd'hui pensent à elles et les remercient parce que s'ils sont là aujourd'hui c'est aussi grâce à ces militantes féministes il faut peut-être penser à elles et penser à leurs droits Rajelle Fleur le mot de la fin vous allez refaire campagne en politique cette expérience ne vous a pas j'allais dire dégoûté en tant que femme écoutez moi j'ai une volonté c'est de porter des combats pour défendre les idées auxquelles je crois pour défendre les valeurs auxquelles je crois et évidemment pour continuer à faire progresser les droits des femmes la lutte contre les violences sexistes et sexuelles l'égalité sur internet ce sont les combats de ma vie je les porterai comme avocate et peut-être comme femme politique et bien merci à toutes d'avoir porté votre voix dans ce débat merci aux auditrices d'avoir porté leur voix sur les ondes d'avoir fait résonner tous les timbres dans cette émission demain on débat de la trahison en politique avez-vous été choqué des jeux d'alliance entre Eric Ciotti et le Rassemblement National des dîners secrets d'Edouard Philippe avec Marine Le Pen la trahison fait-elle partie des jeux de pouvoir c'est notre débat demain et vous pouvez réagir dès maintenant sur le whatsapp de l'émission 0145 24 7000 merci à mon équipe qui a préparé cette émission Lison Chambre Johan Duval Alexandre Bigot et Raphaël Bauduret-Ibanez à la réalisation Étienne Bertin à la programmation musicale Valentine Chaudbois à la technique aujourd'hui Jérôme Ragano et à suivre après le journal de 13h et bien c'est rendez-vous avec X de Patrick Pénaud aujourd'hui le général Sikorski je vous dis à demain Merci à mes Tipeurs