La Grande interview de Laurence Ferrari avec François Bayrou
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Europe 1 La grande interview Europe 1 C News Laurence Ferrari Et notre invité ce matin dans la grande interview sur C News et sur Europe 1 c'est le président du MoDem, François Bayrou, bonjour Neuf mois après votre départ de Matignon, on veut publier aux éditions de l'Observatoire alerte sur l'art France qui vient, c'est un plaidoyer contre la dette une adresse aussi à la jeunesse qui selon vous va payer le plus cher c'est un livre qui est passionnant, qui est prémonitoire, on va en parler dans un instant mais je voudrais vous poser deux questions d'actualité la première, elle porte sur le texte qui sera voté aujourd'hui à l'Assemblée Nationale sur l'euthanasie, la loi fin de vie ils ont finalisé les députés ce texte il y a beaucoup de clauses qui sont considérées comme les plus permissives d'Europe est-ce que ce texte, en tant que député, vous l'auriez voté, François Bayrou ?
Non, je ne l'aurais pas voté C'est un immense problème de conscience parce que dans tous les pays où ce genre de texte est peut-être moins encore engageant que chez nous dans tous les pays où ce texte a été voté, ça a fait tâche d'huile à partir du moment, et c'est pour ça que c'est très difficile et douloureux parce qu'il y a des gens qui, eux, pour leur propre destin pensent que ça serait mieux d'avoir cette issue mais à partir du moment où on dit la mort est un soin nous qui avons construit notre société sur normalement, je ne te laisserai pas seul je ne te laisserai pas malade et je ne te laisserai pas souffrir à partir du moment où on introduit l'idée qu'il existe un soin, en fait, qui est pour mettre un terme à tout ça et qui est la mort partout, ça a fait tâche d'huile parce que ça s'introduit ça s'immisce dans la conscience générale et ça se multiplie notamment sur les populations les plus vulnérables c'est exactement ce que je voulais dire ça se multiplie pour qui ?
pas pour les gens qui sont avantagés qui ont les moyens qui ont des relations de la famille c'est pour les autres que ça vient j'ai jamais oublié une lettre qui m'a bouleversé c'est une maman qui m'écrivait alors que ou parce qu'elle avait une petite fille trisomique et elle me disait mais quand je ne serai plus là avec cette loi elle est tellement gentille elle veut tellement faire plaisir à tout le monde qu'on lui expliquera que c'est pour rejoindre sa maman et que je ne dis pas que ça se passera je ne dis pas que c'est dans les intentions de ceux qui rédigent la loi mais il y a ce risque mais en tout cas je sais une chose c'est que tous les médecins qui travaillent dans ces admirables services de soins palliatifs dans les établissements dédiés à cela à Jeanne Garnier par exemple tout cela disent il ne faut pas faire ça donnez-nous les moyens de soulager la douleur on a constaté une chose très simple parmi tous les gens qui sont en soins palliatifs et qui voulaient avant qu'on leur applique cette fin de vie parmi tout cela il n'y en a plus que 2 ou 3% s'ils sont soulagés de la douleur qui veulent continuer alors ça ne veut pas dire qu'il n'y ait pas des personnes j'en connais et j'ai parlé beaucoup avec elles qui disent mais moi j'ai une maladie très très lourde dégénérative comment je fais le jour où je ne pourrai plus bouger et bien c'est cette question là qui à mon avis se traite les yeux dans les yeux avec les médecins on est là pour comme ça se fait tous les jours alors que la loi n'existe pas
c'est pour ça que vous aviez scindé le texte en deux une partie soins palliatifs parce qu'on a une vraie pénurie sur les soins palliatifs dans notre pays et une partie sur la loi fin de vie
c'est à dire je n'ai pas voulu qu'il n'y ait qu'un vote pour deux problèmes distincts si on croit que notre démocratie ou notre république doit être transparente et honnête c'est pourquoi j'ai voulu deux votes un sur les soins palliatifs et un sur cette cette fin de vie et que vous n'appelez pas
euthanasie c'est de l'euthanasie ou pas
alors c'est compliqué parce que euthanasie ça veut dire la mort douce c'était déjà quelque chose une périphrase alors moi c'est l'aide à mourir ou c'est l'action de donner la mort en fin de vie et c'est un énorme problème de conscience parce que c'est un changement profond de la société dans laquelle on est et je dis ça en respectant tous ceux qui ont une opinion différente et que je connais aussi
vous comprenez l'entêtement d'Emmanuel Macron à vouloir voter faire voter absolument cette loi maintenant alors qu'il y a tant de problèmes dans notre pays et on va les évoquer
il y en a beaucoup mais il n'est pas vrai que ce soit un entêtement personnel la pression des députés au sein de l'Assemblée il y a un très grand et j'ai donc séparé ces deux textes et un jour le promoteur principal que je connais bien qui est un ami Olivier Falorni est venu me voir et il m'a dit au fond tu as eu raison de séparer les deux textes parce qu'on a pu avoir des débats plus concentrés mais le problème de conscience que je rapporte et dont j'atteste ce problème de conscience il est pour l'avenir de la société qui est la nôtre très importante
François Bayreault l'autre grand thème dans l'actualité c'est tout ce qui concerne la justice tout ce qui concerne le fonctionnement de notre société on a les drames quotidiens qui émaillent l'actualité les prénoms comme Liana comme Philippine comme Louis qui chaque jour représente ses victimes et ces familles qui désormais refusent de se taire qui refusent de se faire silencier par le système et qui disent non on veut une justice qui soit une vraie justice et qui nous protège une fracture désormais entre les français et la justice deux tiers d'entre eux ne font plus confiance est-ce qu'il y a un moyen de réparer cela François Bayreault ?
il va falloir le réparer je veux dire vous avez des attitudes qui sont des attitudes très antagonistes vous avez les français qui voudraient juger les juges ou qui exigent de juger les juges en tout cas qui faisaient des sanctions et vous avez les juges qui disent mais ne touchez pas à magistrats il va falloir trouver et c'est un bon exemple de toutes les réconciliations qu'il va falloir conduire en France et vous voyez que vous avez ces antagonismes qui excitent complètement les positions moi je suis du côté des parents alors c'est pas très original de dire ça ça fait homme politique qui a ses formules sur ces sujets et aucun d'entre nous ne peut être indifférent mais dans l'affaire Iliana par exemple on voit bien que ce qui a provoqué le drame c'est une erreur de fonctionnement de la justice ou un dysfonctionnement comme on dit c'est à dire non seulement ça n'a pas fonctionné mais ça a fait le contraire c'est à dire ça a poussé sous le tapis la poussière et ce dysfonctionnement est hélas et je dis ça en pensant aux parents de cette petite fille ça a hélas provoqué le drame
il y a aussi la mort de Louis
qui a été subi c'est un drame qui a été provoqué
provoqué c'est très lourd ce que vous dites il y a aussi Louis ce jeune homme qui a été massacré par cinq autres jeunes dont trois mineurs est-ce qu'on peut parler d'ensauvagement vous avez souvent fait ce constat là il figure aussi dans ce livre François Bayrou est-ce qu'aujourd'hui il y a un ensauvagement de la situation en France
il y a des secteurs de la société qui sont tellement en panne et tellement enflammés par exemple l'aide sociale à l'enfance c'est exactement le cas qu'on évoque nous avons dans nos rangs dans notre groupe à l'Assemblée Nationale une jeune femme formidable sur ce sujet qu'elle connait intimement qui s'appelle Périne Goulet et qui mène le combat sur la réforme en profondeur qu'il faut conduire parce que ces jeunes garçons et ces jeunes adolescents dans des familles d'accueil qui sont parfois démunies pour maîtriser ou pour orienter leur développement c'est un immense travail à conduire bien sûr et dans un pays qui n'a plus les moyens d'augmenter les dépenses perpétuellement
ma question c'est en sauvagement est-ce qu'on assiste et c'est un vrai sujet à une faillite morale éducative sociétale qui nous permet plus d'élever nos jeunes nos enfants qui s'entretuent les uns les autres
oui peut-être peut-être il ne faut pas avoir une formule en pensant que c'est dans toutes les villes et dans toutes les rues mais c'est très important et très choquant ça existe c'est Jean-Pierre Chevènement qui avait dit je crois des sauvageons des sauvageons vous savez c'est dans dans une forêt c'est des c'est des des drageons qui qui poussent sans être guidés oui il y a il y a quelque chose d'une violence tellement forte dans toute la société que c'est un ensauvagement de la société tout entière exemple vous allez sur les réseaux sociaux et vous lisez les postes qu'il y a sous chacun de vos gestes de vos actes vous journalistes hommes responsables politiques chefs d'entreprise c'est d'une c'est d'une violence d'une méchanceté d'une haine recuite de la volonté dans l'impression d'abattre de déshonorer de tuer par centaines et milliers protégés par l'anonymat comme si j'ai un chapitre dans le livre sur ce sujet comme si se révélait par l'anonymat le tréfonds de la nature humaine dans les sociétés où nous sommes qui sont plus cadrés qui ne sont plus guidés et qui donnent aux responsables de la société très importantes charges que personne ne pourra éluder y compris dans les campagnes qui viennent
Alors François Bayrou alerte sur la France qui vient c'est votre livre d'édition de l'observatoire pour vous le coeur du réacteur c'est la dette qui est abyssal dans notre pays vous dites quasiment que nous nous sommes à un point de bascule pour cet endettement et concernant le système des retraites évidemment qui est connexe vous dites qu'il peut y avoir une guerre de génération est-ce qu'on peut encore éviter ces écueils-là à votre avis ?
Laurence Ferrari on va vers une guerre de génération si on ne fait rien une guerre de génération par négligence par laxisme il y a 50 ans 50 ans que la France n'a plus voté un budget en équilibre ça veut dire des déficits tous les ans des déficits croissants et ces déficits il faut les emprunter pour payer les salaires pour payer les charges de l'état et de la sécu et ce sont ces déficits qu'il faut emprunter qui accumulés au fil du temps forment la dette incroyable dans laquelle nous sommes et alors autrefois vous savez que je mène campagne sur ce sujet depuis longtemps depuis 2006 2007 en tout cas la campagne voilà en tout cas depuis 2007 dont j'avais fait un sujet majeur autrefois on disait bon d'accord François Bayrou il a raison c'est une obsession chez lui mais c'est pour plus tard c'est un jour qu'on aura des ennuis mais aujourd'hui vous l'avez vu et la cour des comptes et toutes les analyses que j'ai développées dans ce livre montrent que ça n'est plus pour plus tard c'est désormais aujourd'hui ça n'est plus un risque c'est une fatalité que nous affrontons aujourd'hui à telle enseigne que l'année prochaine la totalité des impôts sur le revenu que paie chacun de ceux qui nous écoutent quand ils en paient et vous et moi et tous ceux qui sont là la totalité de l'impôt sur le revenu de toutes les villes et de tous les villages français ne suffira plus
à rembourser les interdits
à rembourser seulement les intérêts de la dette on est d'accord pas la dette on n'a jamais remboursé un euro de dette depuis 50 ans pas un euro
et la guerre des générations c'est quoi ? c'est les jeunes qui s'en prendraient aux plus âgés ? qui leur reprocheraient d'avoir profité du système et de l'avoir ruiné ?
si vous parlez avec eux la charge qu'ils vont avoir apportée la plus lourde et la plus longtemps le plus longtemps dans dans les décennies qui viennent c'est eux qui vont avoir à le faire quand nos générations avaient 20 ans il n'y avait pas de dette en 80 il n'y avait pas de dette et puis tout d'un coup ça s'est installé ça s'est accéléré c'est devenu un réflexe pour chacun des gouvernants et chacun des citoyens tout le monde dit mais sur ce problème il faut des moyens tous les grands sujets que vous avez évoqués il faut des moyens et on doit donner les moyens supplémentaires il n'y aura plus de moyens supplémentaires parce qu'on a la défense on a l'école on a la sécurité la sécurité on devrait avoir la science et la recherche on a l'intelligence artificielle et donc vous voyez que tout cela en réalité la sécurité exige exige une prise de conscience de la société dans laquelle nous vivons parce que s'il n'y a pas de prise de conscience alors les gouvernants qui suivent toujours la société qui suivent toujours la demande qui suivent toujours les sondages ne feront pas face
prise de conscience et des français et de leurs responsables politiques c'est ce que vous dites aussi clairement dans ce livre est-ce qu'il y a un homme ou une femme providentielle qui pourrait selon vous renverser la table remettre la dette en tout cas la faire un peu baisser est-ce que vous vous êtes candidat François Bayrou je ne suis pas candidat vous n'êtes pas candidat écartons d'emblée juste une hypothèse est-ce que vous avez passé un pacte avec François Hollande
non j'ai lu ça c'est n'importe quoi c'est n'importe quoi les journalistes qui se laissent entraîner à n'importe quoi j'ai vu ces jours-ci qu'il y avait cette rumeur une rumeur fondée sur un article démenti enfin vous voyez tout ça donc c'est non il n'y a pas de pacte secret évacuons la hypothèse parce que je pense que cette élection présidentielle elle n'est pas comme les autres autrefois on allait à l'élection présidentielle pour se faire connaître pour se faire voir pour que les français découvrent les charmes immenses qui sont ceux des candidats successifs mais c'est fini cette année l'élection présidentielle c'est pas ça cette année l'élection présidentielle c'est la menace des extrêmes et il n'y a aucun pays dans le monde aucun pays dans le monde qui se soit relevé des extrêmes jamais je veux pas citer des noms mais vous les avez en tête et donc la menace immense créée par cette tenaille elle doit être conjurée et elle change la nature de l'élection présidentielle et des candidatures pourquoi parce que ça veut dire qu'il faut pas se présenter pour participer il faut pas se présenter pour témoigner il faut pas se présenter pour faire connaître il faut se présenter pour gagner et présenter pour gagner ça veut dire aussi qu'il faut des candidats je suis sûr qu'il y en a qui vont apparaître qui ont les épaules pour être demain matin président de la république ça veut dire qu'il n'y en a pas actuellement qui ont les épaules sûrement peut-être Edouard Philippe il n'a pas les épaules je ne veux pas participer à ces concours de beauté vous voyez bien que ce que traduisent les sondages c'est comme une insatisfaction par rapport aux candidats déjà déclarés qui ont des qualités qui ont des mérites qui ont des vertus mais qui ne semblent pas toucher et répondre à la question il faut des gens qui ont une expérience qui ne ressemble à aucune autre une compréhension des différents domaines de l'économie et des relations internationales et de la diplomatie et des armées et qui puissent exercer la fonction demain et deuxièmement capables de rassembler et de réconcilier vous venez de faire votre portrait robot non pas du tout non je ne suis pas candidat mais je pense qu'il y a des candidats et vous ne le serez pas quoi qu'il arrive non je vous ai dit c'est si j'avais écrit ce livre en étant candidat qui aurait lu le livre comme un livre sur la France ils auraient cru que c'était un livre sur moi ou un programme un programme que en fait je défendais mes propres avantages et c'est pas ce que les français veulent
mais pourtant vous dites j'ai choisi le combat il n'y a à chaque fois qu'une question s'arrêter ou repard dire j'ai choisi le combat donc vous voulez toujours combattre pour la France François Bayrou
combattre pour pour essayer de sauver je parle de sauvegarde un pays qui est aujourd'hui dans une situation depuis des décennies que nous avons vu vous et moi depuis des décennies laisser se laisser envahir par des pratiques qui sont des dérives en réalité et celle de la dette n'est pas n'est pas la plus mince mais c'est pas la seule vous avez dit tout à l'heure il n'y a plus rien qui marche dans le pays c'est vrai ce qui veut dire qu'il faut changer notre organisation profondément parce que mais est-ce que les français le veulent est-ce qu'ils sont prêts à changer tout ce à quoi ils soient habitués depuis tant d'années ceci est exactement la question est-ce qu'on va changer par force méchamment écoutez-moi bien vous enregistrez et on garde ça dans les archives par force méchamment ou bien est-ce qu'au contraire on va comme un peuple debout ouvrir les yeux ce que j'ai proposé et qui a été refusé à l'Assemblée nationale il y a neuf mois on va ouvrir les yeux et dire voilà le constat et donc on va décider tous ensemble de faire ce qu'il faut pour s'en sortir ce qu'il faut sur plusieurs années ce qu'il faut pour s'en sortir avec un plan sérieux exigeant de retour à l'équilibre les mois que nous allons vivre je ne parle même plus d'années je parle de mois les mois qui viennent sont un danger terrible pour le pays et donc il faut une prise de conscience et donc il faut les yeux ouverts et du courage
merci beaucoup François Bayrou alerte sur la France qui vient aux éditions de l'Observatoire merci d'avoir partagé votre constat avec nos téléspectateurs et nos auditeurs bonne journée sur CNews et sur Europe 1
merci François Bayrou merci Laurence Ferrari dans un instant vos signatures Europe 1 du mardi à tout de suite
François Bayrou