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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 6 novembre 2023 28 min

Élisabeth Borne favorable à une généralisation des "boutons d'appel" dans les établissements scolaires

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous vous proposons ce matin un grand entretien exceptionnel dont l'invité est la première ministre, Elisabeth Borne. Vous pourrez dialoguer avec elle dans une quinzaine de minutes au 01 45 24 7000 et sur l'application France Inter. Elisabeth Borne, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. On va revenir avec vous sur le projet de loi de cet automne qui arrive aujourd'hui au Sénat, le projet de loi immigration. On va revenir aussi sur la rentrée scolaire, trois semaines après l'assassinat du professeur Dominique Bernard. Mais d'abord la situation au Proche-Orient.

Demain, cela fera un mois que le Hamas a lancé l'attaque la plus meurtrière contre l'État d'Israël. Un mois après le 7 octobre, Elisabeth Borne, quelle image retenez-vous ? Qu'est-ce qui vous a le plus marqué de ces attaques qui ont ébranlé à la fois le Proche-Orient mais aussi le monde en tant que tel ?

1:04
Invité

Écoutez, d'abord je pense que personne ne peut oublier les images effroyables qu'on a pu voir après l'attaque terroriste du Hamas sur Israël. On a des actes de barbarie impensables qui ont été commis et je pense que ça reste dans toutes les mémoires. Et puis depuis, on a évidemment les frappes israéliennes sur la bande de Gaza avec des milliers de morts. Et c'est pour ça que la France appelle à une trêve humanitaire pour pouvoir acheminer de l'aide vers ces populations civiles qui ne doivent pas être les victimes de cette attaque terroriste.

1:38
Élisabeth Borne

Jusque-là, vous répétiez qu'Israël avait le droit de se défendre. Depuis quelques jours, vous demandez effectivement une trêve humanitaire. Votre ministre des Affaires étrangères évoque même l'idée d'un cessez-le-feu. Il faut aller vers le cessez-le-feu. Quels sont les termes ? Parce que vous savez, vous avez entendu Pierre Haski, chaque terme diplomatique est très important. Ce matin, vous dites quoi ? Il faut une trêve humanitaire ? Israël a le droit de se défendre ? Ou il faut un cessez-le-feu ?

2:00
Invité

Alors on dit tout à la fois que naturellement, Israël a le droit de se défendre, d'assurer sa survie par rapport à un groupe terroriste qu'est le Hamas. Mais on dit également que cette défense d'Israël doit se faire dans le respect du droit international humanitaire et que ces civils dans la bande de Gaza ne doivent pas être les victimes de cette attaque terroriste. On ne peut pas confondre le peuple palestinien et le groupe terroriste qu'est le Hamas.

2:27
Élisabeth Borne

Mais vous demandez si c'est le feu ce matin ou non ?

2:29
Invité

Et ce que demande la France, ce sont effectivement des trêves humanitaires et on espère ensuite que la solution politique pourra prendre le pas. Et cette solution politique, sans aucun doute, elle passe à la fois par la sécurité d'Israël et elle passe aussi par une réponse aux aspirations des Palestiniens d'avoir un État.

2:50
Présentateur

Le Quai d'Orsay a annoncé que 39 Français ont été tués dans l'attaque terroriste du Hamas le 7 octobre. Neuf sont toujours portés disparus. Il y a donc possiblement neuf otages français vivants aujourd'hui. Neuf otages français vivants aujourd'hui aux mains du Hamas. Y a-t-il des négociations pour leur libération ou tout est bloqué ?

3:11
Invité

Alors le bilan, ce matin, il est de 40 morts et 8 disparus. Parmi lesquels, parmi ces disparus, il y a évidemment des otages. La discussion, elle est en cours. D'abord avec les autorités israéliennes, mais aussi avec les partenaires de la région. Notre priorité, c'est bien sûr la libération des otages.

3:34
Élisabeth Borne

Aujourd'hui, il y en a 8, donc vous nous dites...

3:36
Invité

On ne peut pas dire qu'il y a le nombre d'otages. On ne sait pas combien sont disparus. Parmi lesquels, il y a certainement des otages.

3:41
Élisabeth Borne

En France, on a pu voir ces derniers jours des étoiles de David sur les murs de Paris, des croix gammées sur les écoles de Strasbourg, des inscriptions qui appellent à tuer des Juifs, des vidéos dans le métro de champs antisémites. Il y a des Juifs français aujourd'hui qui hésitent à envoyer leurs enfants à l'école, qui hésitent à commander un Uber. Gérald Darmanin a donné hier ce chiffre. Plus de 1000 actes antisémites ont été recensés depuis le début du conflit au Proche-Orient, c'est-à-dire plus en un mois que sur toute l'année écoulée.

Qu'est-ce que vous dites ce matin, madame la Première Ministre, aux Juifs français qui ont peur, qui voient bien que vous avez renforcé le dispositif policier, mais qui ont quand même peur ?

4:16
Invité

Alors, ce que je dis d'abord aux Juifs français, c'est que je mesure pleinement leur angoisse face à cette recrudescence d'actes antisémites. Alors, ça peut prendre des formes différentes. C'est des slogans dans des manifestations, c'est des propos haineux sur les réseaux sociaux, ce sont aussi des agressions sur des personnes de confession juive. Et moi, je redis à tous nos concitoyens de confession juive que le gouvernement fait tout pour les protéger, qu'on est à leur côté. C'est en effet ce que vous avez mentionné sur la protection autour des lieux de culte et des écoles qui a été mis en place immédiatement dès l'attaque du 7 octobre.

Et puis par ailleurs, nous retrouvons les auteurs, nous nous assurons qu'ils font l'objet de poursuites, qu'ils sont condamnés. C'est le sens de la circulaire que le garde des Sceaux avait adressée début octobre au parquet pour qu'on soit intraitable face à ces actes antisémites.

5:08
Élisabeth Borne

Ce que vous dites est juste, mais ça n'arrête pas les actes.

5:12
Invité

Ce que je peux vous dire, c'est qu'on ne peut pas, on ne peut évidemment pas accepter dans notre pays cette résurgence de cet antisémitisme qu'on n'avait pas connu depuis des années et on sera intraitable, on ne laissera rien passer, les personnes seront retrouvées et condamnées.

5:27
Élisabeth Borne

Gérald Darmanin a évoqué la responsabilité d'une forme d'ultra-gauche dans cette hausse des actes antisémites. Vous parlez pareil, vous dites la même chose.

5:34
Invité

Je pense qu'on a tous vu que, notamment la France insoumise, a beaucoup de mal à mettre des noms sur des actes, a beaucoup de mal à qualifier de terroriste le Hamas, qu'on font parfois l'antisionisme et l'antisémitisme. Donc je pense qu'il faut que chacun prenne conscience de la gravité de ce que vivent nos concitoyens de confession juive, se ressaisissent et qu'on ait ce sursaut pour dire qu'en France, il n'y a pas de place pour l'antisémitisme.

6:03
Élisabeth Borne

Olivier Faure a appelé hier tous les partis politiques à faire une marche contre l'antisémitisme, tous, y compris le Rassemblement national, avant de être repédalés. Qu'est-ce que vous en pensez d'une telle initiative ?

6:12
Invité

Écoutez, moi je ne vais pas commenter les initiatives d'Olivier Faure qui sans doute essaie aussi de se racheter une conscience dans son alliance avec la France insoumise. Je pense qu'il est important qu'un maximum de voix puissent s'élever pour dire que l'antisémitisme n'a pas sa place dans notre pays. S'en prendre à un juif, c'est s'en prendre à la République et on doit tous se dresser contre cette résurgence de l'antisémitisme.

6:37
Présentateur

C'est aujourd'hui, Elisabeth Borne, la rentrée des classes, trois semaines après l'assassinat du professeur Dominique Bernard devant son lycée d'Arras. Vous avez annoncé le déploiement de 1000 brigades mobiles de sécurité. Après cet assassinat, ces brigades seront déployées ce matin, elles sont renforcées. Que dites-vous aux élèves et aux enseignants qui prennent là en ce moment le chemin de l'école ?

7:05
Invité

Je leur dis que le gouvernement est totalement mobilisé pour assurer la sécurité sur l'ensemble du territoire et notamment autour des écoles. Vous savez qu'après l'attentat d'Arras, j'ai relevé la posture vigipirate pour passer en urgence attentat, c'est-à-dire la posture la plus élevée. On y est toujours ? Et on y est toujours. Cela veut dire qu'il y a une mobilisation exceptionnelle de nos policiers, de nos gendarmes, qu'on a aussi renforcé le nombre de militaires qui sont mobilisés dans le cadre de l'opération Sentinelle, qu'on a aussi adapté les règles autour des écoles pour qu'en particulier il ne puisse pas y avoir de rassemblement autour des écoles.

Et on discute aussi avec les collectivités. Vous savez que ce sont les communes pour les écoles, les départements pour les collèges, les régions pour les lycées qui sont responsables des bâtiments scolaires. Et aujourd'hui, ce matin même, Gabriel Attal, le ministre de l'Éducation nationale, rencontre les présidents d'associations d'élus pour définir ensemble les mesures de sécurité qu'on peut mettre en place.

8:06
Élisabeth Borne

Il va aller plus loin, Gabriel Attal, des portiques dans les établissements, des vigiles, des caméras de surveillance. Il y a Laurent Wauquiez, le président de région qui s'occupe donc des lycées de sa région, qui veut utiliser des logiciels de reconnaissance faciale à titre expérimental aux abords des lycées pour identifier des personnes suivies pour radicalisation. C'est une bonne idée, ça, ou ça va trop loin ?

8:25
Invité

Alors, vous savez que tout ça renvoie, si le cas échéant a des dispositions législatives, donc moi ce que je cherche, c'est des mesures efficaces. Par exemple, vous savez, des boutons d'appel qui permettent de prévenir immédiatement le commissariat. Il n'y en a pas aujourd'hui ? Il n'y a pas de bouton d'appel dans les collèges ou les lycées ? Ça existe dans certains établissements. La discussion se tiendra tout à l'heure avec les associations d'élus, mais je pense que c'est par exemple une réponse qui peut être généralisée.

8:51
Élisabeth Borne

C'est-à-dire installer un bouton dans toutes les écoles ou les lycées,

8:54
Invité

dans tous les établissements pour pouvoir alerter le plus vite possible.

8:57
Élisabeth Borne

Et directement, le commissariat est alerté. Ça, ce serait une des idées.

9:00
Invité

Je pense que c'est une piste sur laquelle on devrait pouvoir se mettre d'accord.

9:03
Présentateur

Alors, venons-en au projet de loi immigration reporté à plusieurs reprises, déjà très commenté depuis des semaines et des semaines. Le texte qui arrive au Sénat, Elisabeth Borne, a été durci et amendé en commission. Les sénateurs ont notamment ajouté la suppression de l'AME, l'aide médicale d'État, remplacée par une aide médicale d'urgence beaucoup plus restrictive. Gérald Darmanin s'est déclaré favorable à la suppression de l'AME. L'êtes-vous également ?

9:32
Invité

Alors, vous savez, je pense que si on prend un peu de recul, parce qu'on a tendance à présenter ce texte au travers d'un article ou de deux articles. Revenons peut-être à la logique de ce texte. Et cette logique, c'est à la fois de pouvoir être plus efficace, d'éloigner plus vite ceux qui n'ont pas à être sur notre sol, et en même temps de mieux intégrer ceux qui ont vocation à y rester. Donc, le texte, il a été examiné il y a maintenant un certain temps au Sénat, puisque, à la demande du président du Sénat, on en avait suspendu l'examen. Il y a des dispositions, notamment sur l'AME, qui n'ont pas totalement leur place dans ce texte.

10:09
Élisabeth Borne

Mais qui y sont, madame la première ?

10:11
Invité

Normalement, il y a des règles sur les amendements qu'on peut apporter à un texte. Moi, ce que je peux vous dire...

10:17
Élisabeth Borne

Sur l'AME, pardon, parce que Gérard Darmanin a dit « Je suis favorable à supprimer l'AME, à la transformer en aide médicale d'urgence ». Vous, madame la première, c'est vous la chef ? Vous y êtes favorable ou pas ?

10:26
Invité

Alors, ce que je dis, moi, c'est qu'on ne doit pas prendre des décisions sur la base de totems, de symboles. L'AME, ça sert à quoi ? L'AME, c'est un enjeu, évidemment, d'humanité. C'est un enjeu de santé publique. Depuis des années, on considère que dans notre pays, à la fois pour répondre aux besoins des personnes, des étrangers qui sont sur notre sol, mais aussi aux enjeux de santé publique pour l'ensemble de nos concitoyens, il faut apporter les soins nécessaires aux personnes qui sont sur notre territoire. J'ai souhaité objectiver la situation. On peut se réinterroger régulièrement. C'est ce qu'on a fait dans le précédent quinquennat.

Donc, j'ai commandé un rapport à deux personnalités, M. Stéphanini et Évin, qui ont rendu des conclusions provisoires. Et donc, on aura le rapport début décembre. Est-ce qu'il faut adapter le dispositif ? Les deux personnalités que j'ai mentionnées nous le diront. Mais je pense qu'il faut absolument que dans notre pays, on maintienne un système qui permet de soigner les personnes qui en ont besoin, qui permet, je vous dis, de nous protéger aussi en termes de santé publique, évidemment, en s'assurant que ça se fait dans les meilleures conditions.

11:35
Élisabeth Borne

Vous n'êtes pas favorable d'une suppression de l'AME ?

11:39
Invité

Non, non, je ne suis pas favorable à une suppression de l'AME. Alors, après ça, on peut changer de nom. Mais le principe qu'on peut être soigné parce que ça renvoie à un enjeu de santé publique, je pense qu'il est important dans notre pays.

11:49
Élisabeth Borne

Alors, venons-en à l'article 3, celui qui suscite le plus de critiques venant de la droite LR, mais aussi d'une partie de votre camp, puisqu'il y a des gens dans la majorité, comme par exemple la députée Horizon Naïma Mouchou, qui dénonce un encouragement pour les clandestins. Cet article 3, c'est l'article qui prévoit la régularisation des sans-papiers dans les métiers en tension. Chiffon rouge pour la droite. Ce matin encore, Bruno Retailleau a dit « c'est notre chiffon rouge ». S'il est dans le texte, on ne votera pas le texte. Alors, on en est où ?

12:16
Invité

Alors, moi, j'invite chacun à regarder les dispositions de cet article, qui peut naturellement, la rédaction peut évoluer dans les débats parlementaires. Les débats parlementaires, c'est fait pour ça. Mais de quoi parle-t-on ? Il s'agit de permettre à des personnes qui sont sur notre territoire depuis des années, qui sont bien intégrées, qui travaillent depuis des années, de pouvoir être régularisées. Et je pense que beaucoup, y compris d'employeurs, soulignent l'utilité de ce type d'article. Évidemment, l'intention du gouvernement, ça n'est pas, contrairement à ce que je peux entendre, de faire des appels d'air. On est dans un pays où on a encore un taux de chômage de plus de 7%.

Donc, la priorité, c'est naturellement que les emplois puissent être pourvus par ceux qui n'en ont pas.

13:02
Élisabeth Borne

La droite vous dit que c'est un appel d'air. On n'a qu'à augmenter les salaires des Français. Et comme ça, on n'aura pas besoin d'étrangers pour faire ces travaux. Voilà, c'est ça qu'ils vous disent.

13:09
Invité

Je vous confirme que tout ça ne doit pas dispenser des employeurs de réfléchir à l'attractivité de leurs emplois s'ils ne trouvent pas, effectivement, de personnes qui peuvent tenir ces emplois. Mais pour autant, je pense que c'est une mesure de bon sens qui est largement partagée quand on a des gens qui s'intègrent, qui travaillent, de pouvoir les régulariser.

13:28
Élisabeth Borne

Je vais vous poser la question simplement, est-ce qu'à l'issue des discussions qui vont durer au Sénat puis à l'Assemblée nationale, il serait envisageable de sortir cet article 3 de la loi pour le faire passer en voie réglementaire par une circulaire, par exemple ?

13:41
Invité

Alors, on ne va pas rentrer dans des débats trop techniques, mais il se trouve qu'il y a besoin d'une disposition législative parce qu'aujourd'hui, une personne, même si elle est très bien intégrée, même si elle est sur notre sol depuis des années, même si elle travaille, ne peut pas elle-même demander sa régularisation. Et vous savez, moi j'ai été ministre du Travail. Des employeurs qui emploient, on va dire, par erreur, une personne en situation irrégulière et qui demandent la régularisation, ça existe. Des employeurs qui emploient sciemment des personnes en situation irrégulière et qui, évidemment, n'en demanderont jamais la régularisation, ça existe aussi.

Et aujourd'hui, il n'est pas possible pour une personne de demander...

14:20
Élisabeth Borne

Donc l'article 3 restera dans la loi ?

14:22
Invité

Enfin, moi, je vous dis, le débat parlementaire, par définition, il est là pour pouvoir adapter, améliorer un texte.

14:29
Élisabeth Borne

Il peut être réécrit, mais il sera dans la loi.

14:30
Invité

Mais cette nécessité de permettre à une personne de demander sa régularisation quand elle remplit les conditions que j'ai évoquées, ça me semble important.

14:39
Présentateur

Et de ce fait, vous assumeriez de faire passer ce texte avec l'article 3 par un 49.3, si la droite fait défaut ?

14:48
Invité

Je n'ai pas dit ça. Je pense que vous savez... Alors, est-ce que vous savez combien de textes ont été adoptés depuis le début de la législature ? Par 49.3 ? En général.

14:56
Élisabeth Borne

En général, une centaine.

14:57
Invité

52 textes ont été adoptés, 49 sans recourir au 49.3. C'est-à-dire qu'en dehors des textes financiers, ce que je demande aux ministres et ce pourquoi je m'implique personnellement, c'est pour qu'on trouve des majorités. On l'a fait sur 49 textes. Évidemment, je souhaite qu'on trouve une majorité sur ce texte.

15:14
Élisabeth Borne

Vous avez utilisé le 49.3, madame la première ministre, 15 fois. Oui, mais vous savez, ça fait 3 textes. Vous allez bientôt battre le record de Michel Rocard.

15:20
Invité

Mais vous savez, il se trouve que pour adopter un texte, un budget, il faut 5 49.3. 49 textes ont été adoptés, 149.3. Trois l'ont été avec le 49.3. La règle, c'est de pouvoir trouver des majorités texte par texte. Et naturellement, l'objectif, c'est qu'on trouve une majorité sur ce texte.

15:37
Élisabeth Borne

Pour une grande majorité de Français, le 49.3 est vu comme un outil antidémocratique. Un outil qui coupe la discussion, le débat et qui fait que les parlementaires, qui sont théoriquement élus pour voter les lois, ne la votent pas.

15:49
Invité

Donc, ils en ont voté 49 sur 52.

15:51
Élisabeth Borne

Votre ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, a même eu cette phrase. À l'œil nu, on ne voit pas la différence entre le 49.3 et l'enfer. Vous pouvez nous expliquer ?

15:59
Invité

Alors, je ne sais pas dans quel contexte il a dit ça. Je le redis. Le 49.3, moi, je l'ai utilisé sur des textes financiers. Et est-ce qu'on imagine que notre pays puisse fonctionner sans budget ? Est-ce qu'on imagine que ce soit possible de ne pas mener les augmentations salariales qui ont été promises aux enseignants ? Est-ce qu'on imagine que notre pays peut fonctionner sans budget de la sécurité sociale ?

16:28
Élisabeth Borne

En l'occurrence, vous avez le droit d'utiliser autant de fois le 49.3 que vous voulez sur le budget, sur les textes budgétaires.

16:33
Invité

Et donc, c'est essentiellement sur ces textes.

16:36
Élisabeth Borne

Là, on est sur un texte sur l'immigration, un texte très important.

16:38
Invité

C'est pour ça que je viens de vous redire. Que vous n'utiliserez pas le 49.3 ? C'est pour ça que je viens de vous redire que sur ce texte, comme sur les 49 autres qui ont été adoptés sur 52.149.3, nous chercherons des majorités. Le ministre de l'Intérieur est évidemment mobilisé. Et comme je le fais sur chacun des textes, si nécessaire, je m'implique aussi pour aider à trouver des majorités.

16:59
Présentateur

On va passer au standard d'Inter, où nous attend Christian. Bonjour Christian.

17:05
Invité

Bonjour. On vous écoute. Merci. Bonjour à toute l'équipe de France Inter. Bonjour Madame la Première Ministre. Bonjour Monsieur. On vous écoute. Madame la Première Ministre, trouvez-vous normal que le ministre de la Justice, qui sera devant les juges aujourd'hui, soit toujours ministre, même s'il y a présomption d'innocence ? Pourquoi est-il traité différemment des autres ministres dans la même situation ? Merci beaucoup de votre réponse, Madame la Première Ministre.

17:32
Présentateur

Merci Christian à vous pour cette question. Je rappelle qu'Éric Dupond-Moretti va comparaître à partir d'aujourd'hui devant la Cour de Justice de la République pour des soupçons de prise illégale d'intérêt. Le procès va durer jusqu'au 17 novembre. Pendant ces 11 jours où il sera entendu, il restera à la tête du ministère. Réponse donc à notre auditeur, Elisabeth Borne.

17:55
Invité

Alors tout d'abord, moi, je voudrais dire qu'en tant que garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti a toute ma confiance, qui fait un excellent travail, et comme chacun, il a le droit à la présomption d'innocence. Donc on s'est organisé pour qu'il puisse à la fois assurer sa défense et en même temps que le ministère continue à tourner, mais comme chacun...

18:14
Élisabeth Borne

C'est pas ce que vous souhaitiez. Pardon ? Il semblerait que ce n'est pas ce que vous souhaitiez, que vous souhaitiez que pendant les 11 jours... Ou alors, c'est une mauvaise information, mais il semblerait que pendant les 11 jours de son procès, vous auriez préféré qu'il n'assume pas ses fonctions de ministre de la Justice.

18:28
Invité

Alors je vous confirme que c'est une mauvaise information. Mon souhait a toujours été que le garde des Sceaux puisse à la fois assurer sa défense et qu'on s'organise pour que le ministère de la Justice puisse tourner. Et c'est bien l'organisation qu'on a mis en place.

18:42
Élisabeth Borne

C'est pas un problème démocratique que le ministre de la Justice, qui comparaît devant la Justice, reste ministre de la Justice. Un problème démocratique ou, au minimum, un problème baroque ?

18:51
Invité

Une situation baroque ? C'est une situation inhabituelle, je vous l'accorde. Le garde des Sceaux, comme chacun, a le droit à la présomption d'innocence.

19:00
Présentateur

On retourne au standard. Bonjour Sarah ! Oui, bonjour, c'est Sarah de Renauble. Donc, bonjour Madame Born. Bonjour Madame. Bonjour. Alors, Madame Born, j'aimerais vraiment que vous me répondiez, mais vraiment sans langue de voix. Vous, qui êtes donc à cette partie du gouvernement et qui êtes attachés à la démocratie, ne pensez-vous pas que gouverner à coup de 49-3 est complètement antidémocratique ? Qu'à un moment donné, enfin, je veux dire, si on a vraiment l'âme d'un chef d'État, eh bien, prendre son courage de main et dissoudre l'Assemblée, et ne pas vous étonner à un moment donné aussi que les gens ne votent plus ?

Parce que si on vote et que finalement, on s'aperçoit que les lois qu'on ne souhaite pas, elles sont votées quand même, il ne faut pas vous étonner, quoi. Voilà. Merci Sarah pour ces questions. Alors, le 49-3 antidémocratique, ne serait-il pas plus courageux de dissoudre l'Assemblée et la conséquence, l'abstention ? Voilà, je vous livre les trois points de notre auditrice. Elisabeth Born, vos réponses, Sarah.

20:05
Invité

Je vous remercie, madame, de redonner l'occasion de dire que l'essentiel des textes qui ont été définitivement adoptés depuis le début de cette législature, l'a été par des votes au sein de l'Assemblée et du Sénat, et donc l'Assemblée ayant le dernier mot. Donc, 49 textes, pas des textes, pas des textes, les petits textes en fait.

C'est à la fois trois lois pour renforcer les moyens de la justice, de nos armées, de nos forces de sécurité intérieure, donc les policiers et les gendarmes, un texte pour accélérer le déploiement du nucléaire, un texte pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables, pour soutenir la réindustrialisation de notre pays, le texte dit industrie verte, un texte pour réformer l'assurance chômage. Tous ces textes, donc 49 textes sur 52 définitivement adoptés, l'ont été en cherchant des majorités à l'Assemblée nationale. Et je le redis aussi, vous savez que notre pays, chaque année, doit voter son budget. La situation, elle est très simple.

Les groupes d'opposition considèrent que voter un budget, soutenir un budget, c'est dire son appartenance à une majorité. Donc vous nous rassurez ce matin,

21:20
Élisabeth Borne

l'Assemblée nationale n'est pas devenue un club de discussion.

21:22
Invité

Je vous confirme qu'il y a des très longs débats qui permettent d'adopter des textes, de trouver des majorités, texte par texte. Même quand ils ne les votent pas. 49 textes ont ainsi été adoptés.

21:36
Élisabeth Borne

Question rapide sur l'appli d'Interte, question précise, réponse rapide si c'est possible, il y en a beaucoup. Christiane, qu'est-il advenu des enseignants qui n'ont pas respecté la minute de silence après la mort de Domique Bernard ? Ce n'est pas des enseignants, je pense que vous parlez des élèves. C'est ce qu'elle écrit.

21:49
Invité

Alors je vais vous répondre sur les élèves qui n'ont pas respecté la minute de silence et qui ont pu avoir des comportements très choquants pendant cette minute de silence. Vous savez qu'ils ont fait l'objet d'une exclusion à titre conservatoire. Ils ne font pas leur rentrée aujourd'hui. Ils devront passer devant un conseil de discipline qui décidera le cas échéant de sanctions. Il y en a combien ? Un peu plus de 180 élèves.

22:11
Élisabeth Borne

Emma, sur l'appli, ce matin, il n'y avait aucune présence policière dans la rue où se trouve le collège de ma fille dans le 19ème à Paris. Dans cette rue, il y a une multitude d'établissements de la maternelle au lycée.

22:20
Invité

Je suis certaine que nos policiers sont très mobilisés. Je le disais, on est dans la posture maximale urgence attentat. Donc il y a des patrouilles. Peut-être pas au moment où Madame est passée et a accompagné son enfant à l'école. Mais je peux vous assurer que les forces de police sont très mobilisées. Patrouille autour de tous les établissements scolaires. On est particulièrement vigilants.

22:42
Présentateur

Camille, sur l'application, êtes-vous au courant que des dizaines d'établissements scolaires du Grand Ouest n'ouvriront pas ce matin ? Que des dizaines de milliers de foyers sont encore sans électricité, sans ligne téléphonique, donc sans Internet ? Et parfois sans eau, six jours après la tempête ? Ou bien la Bretagne est-elle trop loin de Paris ?

23:01
Invité

Non, je suis bien au courant et je peux vous assurer que je suis de près le rétablissement de l'électricité et de tous les services essentiels, les services publics essentiels. Il y a eu 1,2 million de foyers qui ont été touchés. Les équipes d'Enedis ont été sur le pont tous ces derniers jours. 3 000 techniciens d'Enedis sont intervenus et on est à moins de 10% des foyers qui ne sont pas encore raccordés, donc 90% qui le sont. J'en profite, chacun a en tête que l'un des agents d'Enedis a trouvé la mort. Donc moi, je voudrais exprimer tout mon soutien, ma solidarité à ses proches et à sa famille.

23:41
Élisabeth Borne

Une question plus politique qui vous concerne plus comme chef du gouvernement, cette rentrée, le climat semble compliqué. Démobilisation des députés de votre majorité qui n'assiment plus, disent-ils, les 49.3 à répétition, absence de cohésion gouvernementale, des ministres qu'on entend aiguiser leurs ambitions personnelles qui semblent parfois s'affranchir de votre autorité. On pense à Gérald Darmanin, mais aussi à Bruno Le Maire, Gabriel Attal. L'Express parle de votre solitude et de votre morale en berne. Qu'est-ce que vous dites ce matin ?

24:09
Invité

Tout va bien ? Je peux rassurer l'Express sur le fait que mon moral va bien. Je mesure parfaitement que pour les députés, l'automne, comme ça a été le cas l'an dernier, où on doit effectivement faire adopter des textes financiers parce que, je le redis, notre pays ne peut pas se passer de budget, est un moment qui est difficile. C'est pour ça qu'avec les ministres, nous souhaitons pouvoir donner de la visibilité sur les textes qui viendront au-delà, par exemple sur le logement. Je crois que tous nos concitoyens attendent qu'on prenne des mesures fortes sur le logement, par exemple sur le grand âge et un texte doit venir prochainement.

Donc c'est important, en effet, qu'on permette à chacun de se projeter sur les trimestres à venir.

24:50
Présentateur

Mais vous dites ce matin à ceux qui disent que vous pourriez être remplacés à Matignon, à ceux qui vous font la guerre, il n'y a qu'un seul chef à la tête du gouvernement et ce chef, c'est moi et pour longtemps, voilà, point.

25:02
Invité

Vous savez qu'on ne définit pas soi-même la durée de ses fonctions en tant que Premier ministre. Ce que je peux vous dire, et franchement, moi j'entends beaucoup d'inexactitudes sur les supposées divergences avec les uns et les autres.

25:15
Élisabeth Borne

Alors, levez-les, les inexactitudes.

25:17
Invité

Un gouvernement, vous savez, c'est une équipe et mon rôle, c'est que chacun, enfin, que les ministres travaillent ensemble, que chacun ait les moyens de son action et c'est ce à quoi je veille et je peux vous assurer que, enfin, en tout cas, ma conviction, c'est qu'il n'y a pas de réussite autre que collective, que chacun, effectivement, est à sa tâche et qu'on avance ensemble dans l'intérêt des Français.

25:41
Élisabeth Borne

Il vous fatigue un peu, Gérald Darmanin ?

25:43
Invité

Mais franchement, je le redis, que ce soit Gérald Darmanin ou les autres noms que vous avez cités, ce qui m'importe, ce qui m'importe, ce qui m'importe.

25:50
Élisabeth Borne

C'est l'élève perturbateur de la classe ?

25:52
Invité

Mais vraiment, il faut arrêter toutes ces histoires qui ne reposent sur rien. Gérald Darmanin est à sa tâche, comme ses collègues. Vous savez, le défi sur la sécurité dans notre pays est un défi évidemment essentiel. Donc, chacun est mobilisé, chacun est au travail, et on avance dans l'intérêt des Français.

26:12
Élisabeth Borne

Les Européennes arrivent, la plupart des partis ont leur tête de liste. Jordan Bardella pour le RN Caracol en tête des sondages et creuse l'écart avec votre majorité. Il est donné à 28% contre 20% pour la liste Renaissance. N'est-ce pas le moment d'accélérer pour vous ? Et clairement, entre, je ne sais pas, on donne les noms, Thierry Breton, Stéphane Séjourné, Bruno Le Maire, votre cœur balance pour qui, Madame la Première Ministre ?

26:33
Invité

Évidemment, les Européennes, c'est une élection essentielle pour ceux qui, comme la majorité, pensent que l'Europe est une solution, que c'est à cette échelle-là qu'on peut être plus souverain, développer notre industrie, protéger nos frontières. On a parlé d'immigration, la réponse, elle est évidemment européenne. On se réunit ce soir avec le bureau exécutif de Renaissance pour parler de la campagne des Européennes, et on avance sur ces sujets et je peux vous assurer qu'on sera au combat pour ces élections européennes.

27:05
Élisabeth Borne

Stéphane Séjourné en tête de liste ?

27:07
Invité

Je ne vais pas faire ça, le choix viendra le moment venu. Vous avez un choix ? Le choix viendra le moment venu. Mais vous avez une préférence ? Le choix viendra le moment venu. Ce qui est important, c'est que je pense que le bulletin Renaissance sera le seul bulletin clairement pro-européen. Moi, je crois profondément à l'Europe. Je pense que c'est à cette échelle-là qu'on trouve des solutions.

27:26
Présentateur

Elisabeth Borne, merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Sous-titrage Société Radio-Canada