Mette Frederiksen, la dame de fer danoise 1/4 : Mette Frederiksen, une jeune militante de gauche
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Avec 27,5% des suffrages, les sociodémocrates réalisent leur meilleur score d'un scrutin parlementaire depuis 20 ans. Maître Frédéric Seine sera la prochaine première ministre.
Cher Danemark, je suis incroyablement heureuse et fière.
A 41 ans, elle pourrait devenir la plus jeune première ministre à gouverner.
Elle a très rapidement rejoint le mouvement de la jeunesse social-démocrate.
Madame la première ministre, cher Mette Frédéric Seine, je suis très heureux de vous accueillir pour votre première visite à Paris. Le parti social-démocrate au Danemark, c'est une institution.
Les visages de l'actu, Mette Frédéric Seine. Si une autre gauche était possible, à rebours des slogans et des nostalgies, le parcours de Mette Frédéric Seine, la première ministre danoise, esquisse une voix inédite. C'est une gauche de pouvoir. Elle assume le réel, les conflits et les responsabilités régaliennes sans renoncer à l'état-providence. Contestée, peut-être aussi mal comprise, la première ministre danoise bouscule les certitudes progressistes, tout en répondant à une question essentielle. Comment gouverner durablement alors que la gauche décroche de ses électeurs populaires ?
Ses visages de l'actu racontent moins un modèle qu'une méthode et ouvrent un débat essentiel sur l'avenir de la gauche européenne. Et pour évoquer le parcours de Mette Frédéric Seine, la dame de fer scandinave, nous sommes en compagnie d'Axel Gilden, grand reporter au service Monde de l'Express depuis 2001, André Gatolin, ancien sénateur des Hauts-de-Seine, aujourd'hui chercheur indépendant. Il a suivi de très près l'actualité politique dans les pays du Nord. Il était membre du groupe France-Europe du Nord du Sénat pendant des années. Et enfin, Christelle Meillan, économiste, chercheuse à l'Institut de recherche économique et sociale, elle écrit régulièrement sur l'économie danoise.
Mette Frédéric Seine est une femme avec une présence physique à mon avis assez importante et un charisme et une autorité oratoire également importante. Elle a connu une évolution peut-être, évidemment, qui est propre à tous les gens qui accèdent au pouvoir. Évidemment, elle n'a pas le look qu'elle avait lorsqu'elle a commencé en politique très jeune à l'âge de 15 ans. Elle avait plutôt un look de militante écolo. Et aujourd'hui, c'est plutôt une femme d'État apprêtée et élégante.
Il faut rappeler que le Danemark, c'est un pays d'environ 6 millions d'habitants. André Gatolin. Qui est la pointe noire, finalement, de l'Allemagne, qui, elle, a croisé avec les autres pays scandinaves de la péninsule scandinave, c'est-à-dire Norvège-Suède. Et surtout, c'était un empire. C'était un grand pays. On peut faire un parallèle un peu avec la France ou le Royaume-Uni. Ces puissances qui ont été très fortes et influentes et qui ont régressé au fil du temps. Ils ont perdu des territoires par rapport à l'Allemagne, par rapport à la Suède. Et aujourd'hui, il se pose la question du Groenland.
Donc, il y a cette force et aussi, je dirais, je le dis aussi pour les Français, arrogance de l'Ancien Empire qui a beaucoup pesé. Donc, on est très attaché à une histoire. Et ce qui est essentiel pour comprendre, je crois, le Danemark, c'est la monarchie. Le respect de la monarchie. Moi, je suis allé beaucoup en voyage d'État à travers le monde. Je connais à peu près toutes les monarchies nordiques, mais aussi britanniques. Le respect de la royauté est encore supérieur dans le protocole qu'au Royaume-Uni, qu'en Angleterre. Vous ne changez pas. Je me rappelle, le président de la République, en 2018, fait un voyage.
Ses conseillers veulent modifier le rendez-vous avec la reine, à l'époque, la famille royale d'un quart d'heure. Ça a failli provoquer un incident diplomatique. Donc, un pays profondément démocratique, mais avec un attachement à sa monarchie, certes constitutionnelle, et aussi à ce qui a symbolisé sa puissance passée, c'est-à-dire son empire colonial. C'est un petit pays, quand même, comparé aux autres pays européens.
Christelle Meillan.
Il n'y a que 6 millions d'habitants. Et c'est un pays qui est ultra ouvert aux autres pays. Donc, en fait, de son ouverture dépend sa vitalité économique et sociale. Et c'est un pays où, en fait, l'un des principes de vie, c'est d'avoir des droits et des devoirs à la fois. Et donc, chaque citoyen a des droits et des devoirs. Et ça fonde, au moins au niveau économique et social, le pays.
Épisode 1 Une jeune militante de gauche Avant d'être une chef de gouvernement redoutée, Mettez Frédéric Seine est d'abord un enfant du compromis social-démocrate danois. Née dans un territoire façonné par le mouvement ouvrier, elle grandit dans une culture politique où l'État, les syndicats et les partis forment une colonne vertébrale. Très tôt politisée, marquée par les grandes luttes internationales des années 1990, elle se construit une vision exigeante de la gauche. Une gauche qui agit, gouverne et assume le pouvoir. Cet épisode raconte la formation d'un tempérament, celui d'une militante, qui n'a jamais dissocié idéalisme et efficacité.
Mettez Frédéric Seine est née le 19 novembre 1977 à Alborg, un bastion social-démocrate au Danemark. Quelques mots sur sa famille, un père typographe, ancien militant social-démocrate, et une mère enseignante avec une famille qui vote à gauche depuis cinq générations. Alors, Alborg, effectivement, c'est une ville social-démocrate jusqu'à ce jour depuis exactement 100 ans. Axel Gilden.
Elle a très rapidement rejoint, comme c'est souvent le cas en Scandinavie, c'est le mouvement de la jeunesse social-démocrate, et qui est quelque chose qui existe dans tous les partis, non seulement au Danemark, mais aussi en Suède et en Norvège, qui est une véritable école de formation des cadres politiques dans tous ces pays, et qui sert d'ascenseur social. Ce qui fait qu'on a des parlements au Danemark, comme en Suède ou en Norvège, avec une variété de députés, avec des profils sociaux très très grandes. André Gatolin, peut-être quelques mots sur le parti social-démocrate au Danemark ?
C'est une institution qui existe sous des formes diverses depuis plus d'un siècle. C'est un pays progressiste, historiquement. Il y a une tradition très ouverte, qui ressort beaucoup aussi d'une certaine conception luthérienne. Il y a deux conceptions luthériennes. Une conception luthérienne, on dit laïstidienne, qui est très réactionnaire, très dure, et puis il y a une conception luthérienne qui implique beaucoup les gens dans la vie sociale, dans la vie associative.
D'ailleurs, quand on parle de Mettey Fredricksen aujourd'hui, dans les portraits, on dit qu'elle a beaucoup participé, effectivement, à ces mouvements de jeunesse et à la mobilisation écologiste et solidaire, et qu'elle fait toujours discrètement, paraît-il, mais les journalistes le savent quand même, des dons, chaque année, nombreux aux ONG.
Mettey Fredricksen est très marquée par ses parents. Elle vient d'un milieu de classe moyenne. C'est le Danemark, donc on vit bien au Danemark. Quand elle rejoint ce mouvement des jeunesses social-démocrates, elle est tout de suite embarquée dans les thèmes du moment, qui sont d'une part l'environnement, et d'autre part le tiers-monde, et en particulier l'Afrique du Sud. Nelson Mandela est libérée deux ans avant qu'elle rejoigne ce mouvement, donc en 1990, il deviendra président deux ans après qu'elle ait rejoint ce mouvement. Donc elle a rejoint ce mouvement à l'âge de 15 ans. Donc on baigne vraiment dans l'exaltation de ce moment historique.
Et puis, à 18 ans, elle fait quelque chose d'étonnant quand même, en tout cas qui paraîtra étonnant en France, c'est qu'elle part un an au Kenya. Pourquoi au Kenya ? Alors au Kenya, je pense que c'est en partie, parce que c'est un pays qui est quand même relativement sûr, ouvert au tourisme.
C'est un pays anglophone déjà aussi. Et puis c'est vrai que ça a été pendant longtemps un pays à tendance socialiste, avec Julius Nyerere, donc qu'on parlait du Kenya comme un des pays phares du développement démocratique et social de l'Afrique à cette époque.
Après cette année au Kenya, où elle est vraiment impliquée sur les terrains, elle fait un travail social, elle se frotte à la réalité, puisque tel est l'objectif de ce voyage, elle reprend ses études. D'abord, elle fait une licence en sciences sociales à l'université de la ville où elle est née, à la Borgue, dans le nord du Jutland, au nord du Danemark. Puis elle va à Copenhague pour faire un master en études africaines. Et là, elle perfectionne sa connaissance non seulement sur le Kenya, l'Afrique du Sud et puis tout le reste.
La jeune Mette Frédéric Seine a 17 ans quand Nelson Mandela accède à la présidence de l'Afrique du Sud en 1994 et appelle à la création d'une nouvelle nation débarrassée du racisme et du régime de l'apartheid. Un discours porteur d'espoir qui marqua la jeune politicienne en construction qu'était alors Mette Frédéric Seine. On écoute un extrait de ce discours d'investiture. C'était le 10 mai 1994. Cette unité spirituelle et physique que nous partageons tous avec cette patrie commune explique l'intensité de la douleur que nous avons tous portée dans nos cœurs lorsque nous avons vu notre pays se déchirer dans un conflit terrible.
Et lorsque nous avons vu rejeté, proscrit et isolé par les peuples du monde, précisément parce qu'il était devenu la base universelle de l'idéologie et de la pratique pernicieuse du racisme et de l'oppression raciale. Nous, le peuple d'Afrique du Sud, nous nous sentons profondément satisfaits que l'humanité nous ait repris en son sein. Nous qui étions hors la loi il n'y a pas si longtemps encore.
Ce qui marque dans l'ensemble des sociétés scandinaves, c'est la politique d'apartheid qui est totalement insupportable. Et on y reviendra peut-être plus tard quand on va parler de la politique de lutte contre l'immigration. Une des mesures que prend maîtresse Fredrickson quand elle arrive au pouvoir, les gouvernements qui l'avaient précédé avaient déjà engagé une politique très répressive, elle établit des règles pour qu'il n'y ait pas des ghettos où il y a plus de 50% de la population qui est étrangère et qui est issue plus ou moins du même pays.
Le parallèle est audacieux, mais il y a cette idée que la communauté doit se rassembler, qui est quand même un des principes très forts de la social-démocratie et des pays nordiques.
Il faut aussi avoir en tête, notamment pour la Suède, qui est un pays que je connais très bien, mais aussi pour le Danemark, que la politique étrangère scandinave est très axée vers l'Afrique australe. Et les liens entre la social-démocratie de Olof Palmeux dans les années 70-80, le leader social-démocrate suédois, qui est une figure en Europe du Nord et même en Europe tout court, qu'on pourrait comparer à une sorte de mitterrande scandinave, est très tournée vers l'aide et jusqu'à ce jour, et la coopération vers l'Afrique du Sud. Et donc les liens entre le parti et l'ANC sont réels. M. Frédéric Seine va également se rapprocher du syndicalisme. Ça va être l'un des tournants de sa carrière.
Que représentent les syndicats Christelle Meillant au Danemark ? En quoi le modèle social danois est-il ou non tributaire de sa syndicalité ?
Le modèle danois repose, c'est un modèle qui est basé sur la flexi-sécurité. Déjà, il faut le mentionner. Donc dans flexi-sécurité, vous avez à la fois flexibilité du marché du travail, avec un turnover assez important des personnes entre activités, et d'autre part, une sécurité. La sécurité, elle est à la fois dans une politique active du marché du travail. Une politique active du marché du travail, c'est-à-dire que les centres de l'emploi vont donc gérer les demandeurs d'emploi, leur offrir des formations, leur proposer des offres d'emploi. Il faut savoir qu'au bout de trois offres d'emploi, un demandeur d'emploi est censé accepter l'offre d'emploi.
Sinon, il perd ses droits d'indemnisation. Et d'autre part, vous avez le système d'activation du marché du travail, et d'autre part, le système d'indemnisation du chômage, qui lui est régi quand même par les syndicats. Donc vous voyez qu'en fait, l'importance des syndicats au Danemark, le taux de syndicalisation, il avoisine entre 62 et 80%. Puisqu'en fait, il faut être affilié à un syndicat pour être indemnisé, pour participer à une caisse d'indemnisation du chômage. André Gatolin ? C'est le principe même de la social-démocratie.
Effectivement, il y a une société politique, mais elle s'appuie profondément sur une société civile du travail, comme vous l'avez très bien dit, totalement organisée, quasiment sur une adhésion obligatoire, mais une adhésion non contrainte, qui aussi est source, entre guillemets, de retour sur investissement pour les membres. Et c'est donc, du coup, un endroit de pré-formation des élites politiques. Il est parfois plus facile, surtout quand on vient de gauche, d'entamer sa carrière et sa formation, dans ce cadre-là, avant de passer dans la politique politicienne.
Axel Gilden ? Faut-il ajouter que Mette Frédéric Seine, son lien avec le syndicalisme, c'est aussi parce qu'elle est, auprès des syndicats, la représentante de la jeunesse, précisément. Et c'est vrai qu'on appartient à ces mouvements de jeunesse, je veux dire, on ne fait pas l'accueil pour les meetings du grand leader, on fait vraiment des choses concrètes. On organise des débats dans les facs ou dans les lycées, en période électorale, et on peut avoir ce genre de responsabilité, qui est donc, encore une fois, de représenter les jeunes dans différentes instances. En l'occurrence, elle, c'était auprès de la grande centrale syndicale. Christelle Meillant ?
Juste un point, c'est que la structure de gouvernance danoise, en fait, elle s'articule sur trois niveaux. L'État, la région et la municipalité. Et donc, en fait, quand on prend de la bouteille, en fait, au niveau des municipalités, petit à petit, en fait, on peut gravir les échelons comme ça. Donc, je pense qu'en fait, effectivement, en commençant par le syndicalisme, et au niveau municipal, au niveau local, en fait, elle a pu parvenir à grimper plus facilement, peut-être, les échelons. Et en plus, c'était une femme jeune.
Chez Mété Frédéric Seine, l'engagement n'est jamais resté théorique. Très jeune, elle comprend que la gauche ne survit que si elle s'ancre dans des institutions solides et dans une relecture lucide du monde. Ce socle, forgé dans le syndicalisme et le parti social-démocrate, va devenir sa force, mais aussi, bientôt, le point de départ de rupture profonde. Car, pour conserver le pouvoir, il faut parfois accepter de déplacer les lignes.