Autonomie de la Corse : Macron dit "oui", mais... | Jean-Félix Acquaviva
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Questions et réponses
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- 2:09OuverteRéponse directe
Quelle est la position de vous-même et de votre mouvement Fémoa-Corsica sur le discours d'Emmanuel Macron ?
- 6:48RelanceRéponse partielle
Est-ce qu'on n'a pas peur que ce ne soit qu'un discours ?
- 11:10OuverteRéponse directe
Comment vous réagissez à ces réserves, ces critiques et quelle est la position de Femmo à Corsica sur la question ?
- 17:50OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pensez qu'il pourrait y avoir un consensus sur la question de l'autonomie ?
- 20:00OuverteRéponse directe
Comment vous interprétez la phrase d'Emmanuel Macron : "ni contre l'État, ni sans l'État" ?
- 23:56OuverteRéponse directe
Est-ce que vous répondez à ceux qui craignent que l'autonomie ouvre la boîte de Pandore ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:26Invité politiqueFait
« Rappelons-nous du discours de 2018, qui était un discours guerrier, lors des 20 ans de la commémoration de l'assassinat du préfet Rignac. »
- 3:15Invité politiqueChiffre
« Depuis 2015, le rappel. Et de manière réitérée, puisqu'il y a eu trois vecteurs territoriales passant de 35% à 70% des suffrages, et trois députés sur quatre, un sénateur sur deux, un député européen. »
- 4:50Invité politiqueFait
« Il dit des mots, pour l'instant des mots, certes, qui vont plus loin que n'importe quel président de la République jusqu'à ce jour. »
- 5:11Invité politiqueFait
« Il ne va pas sur les termes co-officialité, peuple corse et statut de résident, tout en disant qu'il n'y a pas de ligne rouge. »
- 25:57Invité politiqueFait
« la question de dire est-ce qu'il est normal qu'en tout temps, en tout lieu, dans tout endroit, la règle peut être la même »
- 26:10Invité politiqueFait
« le principe de subsidiarité, l'adaptation des règles peut-être pas de la même façon que la Corse »
- 27:13Invité politiqueFait
« il fallait aller vers plus de décentralisation pour une agilité et une fluidité décisionnelle au service des populations »
- 28:00Invité politiqueFait
« qu'enfin on reconnaisse ce qu'est la Corse : un peuple, une communauté de culture, de destin »
- 28:10Invité politiqueFait
« comme l'est la Sardaigne à 11 km, comme le sont les Baléares, comme sur la Sicile »
- 28:38Invité politiqueFait
« l'Europe et l'État français aient un discours un peu plus méditerranéen sur ces questions, ce qui n'est pas le cas »
Temps de parole
- Invité politique76 %
- Invité20 %
- Invité 22 %
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Pour répondre aux besoins de reconnaissance, éviter de nouvelles confrontations, allons au-delà des totems pour les uns, des tabous pour les autres. Au fond, ayons l'audace de bâtir une autonomie à la Corse, dans la République. Il y a un an et demi, en mars 2022, la violente agression d'Ivan Colonna en prison, qui a conduit à son décès, et la contestation sociale qui s'est levée partout en Corse, a permis de remettre sur la table la question du statut de l'île. Gérald Darmanin avait répondu à la contestation sociale largement emmenée par la jeunesse corse, en promettant d'ouvrir les débats sur l'autonomie de la Corse. Un an et demi plus tard, les choses bougent enfin. Peut-être.
Le premier coup a été envoyé par l'Assemblée de Corse, qui a voté un texte de la majorité autonomiste indépendantiste sur l'autonomie de l'île. Le texte a été approuvé à 46 voix contre 16. Il a pourtant fallu attendre deux mois pour avoir une réaction du gouvernement. Gérald Darmanin est venu sur l'île en effet le 13 septembre, et a tenu un discours plutôt favorable à l'autonomie. C'est ensuite Emmanuel Macron qui est venu la semaine dernière, les 27 et 28 septembre. Il a même tenu un discours à l'Assemblée de Corse, à Ajaccio. Dans l'hémicycle, on est partagé chez Corinne Fronté, et chez Corsica Libera, chez les indépendantistes, on parle de déni de démocratie.
Du côté des autonomistes de Fémoa-Corsica et de Gilles Simeoni, on est quand même mitigé, mais on se réjouit que la question de la langue corse, ou encore de l'inscription de la Corse dans la Constitution, ait été posée par le président de la République. Pour en parler, je me suis rendu à l'Assemblée nationale pour rencontrer Jean-Félix Acquaviva, député liotte de Corse, et membre du parti autonomiste Fémoa-Corsica. Donc la visite d'Emmanuel Macron, qui s'est tenue la semaine dernière, suscitait beaucoup d'espoir pour les Corses, pour le peuple corse. Pourtant, beaucoup fustigent qu'il n'y a pas eu un mot sur la question sociale, pas un mot sur la co-officialité de la langue corse.
Les principaux mouvements indépendantistes, que sont Corsica Libera et Corinne Fronté, ont d'ailleurs boudé la venue du président. Quelle est la position de vous-même et de votre mouvement Fémoa-Corsica sur le discours d'Emmanuel Macron, qui l'a tenu jeudi matin dernier à l'Assemblée de Corse ?
Je crois qu'il faut resituer la visite du président de la République dans le cadre de ce qui s'est passé depuis six ans. Rappelons-nous du discours de 2018, qui était un discours guerrier, lors des 20 ans de la commémoration de l'assassinat du préfet Rignac, puis son arrivée à Cotsal en 2019, qui était tout aussi guerrier, jusqu'à une gestion erratique, chaotique du dossier Corse, qui a conduit jusqu'à l'assassinat d'Ivan Colonne à Arles. Ce sont les faits objectifs de ce qui s'est passé depuis quelques années.
Depuis mars 2022, il y a eu l'ouverture, même dans ce processus dramatique de discussion, certainement parce qu'ils ont compris ou commencé à comprendre que le volcan qui s'était manifesté en manifestation de jeunes et de moins jeunes dans la rue venait de loin, notamment à la fois du refus d'injustice lié à cet assassinat, mais aussi de la contestation du fait qu'il y avait quand même un déni démocratique vécu comme tel par les Corses suite aux différentes élections qui ont conduit les nationalistes aux responsabilités. Depuis 2015, le rappel.
Et de manière réitérée, puisqu'il y a eu trois vecteurs territoriales passant de 35% à 70% des suffrages, et trois députés sur quatre, un sénateur sur deux, un député européen. Autrement dit, d'un point de vue démocratique, on ne peut pas aller beaucoup plus loin dans une société organisée. Donc c'était tout ça qui remontait à la surface, et la nécessité de créer de dialogue pour trouver une solution s'est imposée. Alors, ce discours, il est fait devant l'Assemblée de Corse.
D'Armandin a quand même fait piétiner ce débat. Il a promis ça il y a un an et demi.
Il y a eu des moments.
Il y a eu des intermomanes quand même.
Il y a eu des intermomanes parce qu'il y a eu le problème des prisonniers qui n'étaient pas soldés, le rapprochement, et surtout l'aménagement de peine reconnue pour un inférent des Pierre-Alessandre. Donc ensuite, c'est arrivé. Donc le processus a pu reprendre. Et puis, in fine, il y a eu ce discours du président de la République qui se fait dans la forme devant l'Assemblée de Corse. Donc il y a enfin une reconnaissance de ce qu'est cette institution, c'est-à-dire le cœur battant, il l'a dit lui-même, mais nous le disons d'abord, de la démocratie corse. Donc la reconnaissance de la réalité des urnes, qui s'est manifestée à plusieurs reprises, dans la forme c'était important symboliquement.
Et puis dans le fond, bien sûr c'est un président de la République, nous sommes des mouvements autonomistes et nationalistes, il dit des mots, pour l'instant des mots, certes, qui vont plus loin que n'importe quel président de la République jusqu'à ce jour. Est-ce que cela suffira pour faire un compromis politique historique ? Il est encore trop tôt pour le dire.
Néanmoins, nous y avions entendu le fait qu'il était d'accord pour l'autonomie de la Corse, nous y avions entendu le fait qu'il était d'accord pour un pouvoir normatif, donc c'est-à-dire capacité législative et réglementaire sous contrôle du Conseil d'État et du Conseil constitutionnel, et non pas du Parlement, donc un vrai transfert de pouvoir normatif, l'adaptation des lois bien sûr aussi, une reconnaissance de la langue et de la communauté historique, linguistique, culturelle, que sont les Corses, même si évidemment, il ne va pas sur les termes co-officialité, peuple corse et statut de résident, tout en disant qu'il n'y a pas de ligne rouge. C'est ce qu'il a dit dans son discours.
Ça veut dire tout simplement que dans la forme et dans le fond, il y a un mouvement de ligne, il y a une part de marge de manœuvre pour créer ce compromis politique historique. Clairement, nous ne sommes pas encore. Mais d'où nous venons par rapport aux années dramatiques, les quelques années récentes, mais les 60 ans de combats politiques ? D'où vient cette République française qui est aussi très hyper centralisée, qui a beaucoup de dogmes concernant la question corse et la question de la relation aux territoires et aux identités territoriales et aux histoires politiques de ces territoires et de ces pays ? Il y a un début de convergence éventuelle.
Je crois simplement qu'il y avait deux solutions pour la Russie en Corse. Soit il y avait un discours très en deçà, un remake du discours de 2018, ou très tiède, et la crête à laquelle on arrivait aurait fait basculer la situation politique vers un conflit ou une relance d'un conflit ou quelque chose qui n'allait pas être accepté par le corps social. Soit il y avait un discours qui ouvrait des portes suffisantes pour que l'on puisse s'y engouffrer à des fins de poursuivre la discussion, la négociation pour aboutir au compromis politique historique.
C'est comme ça qu'on le vit, sans être naïf, en étant vigilant, avec détermination, mais néanmoins en étant objectif quant à la trajectoire qui nous a conduits jusqu'ici, avec évidemment aussi un gouvernement et un chef de l'État qui ont certainement aussi intérêt à régler ce problème historique à des fins politiques, symboliques, historiques, à la fois pour la République et pour eux-mêmes.
C'est pour ça, est-ce qu'on n'a pas peur que ce ne soit qu'un discours ? Parce que finalement, dans la nouvelle langue du gouvernement, donner un pouvoir normatif à Lille, finalement, tant qu'il ne dit pas le mot autonomie législative, est-ce que ça veut vraiment dire quelque chose ?
Alors, il dit autonomie pour la Corse, il dit article dans la Constitution, et il dit pouvoir normatif. Bon, le pouvoir normatif, en juridique, c'est que c'est législatif et réglementaire, surtout qu'il parle de contrôle conseil d'État, conseil constitutionnel. Donc ça, c'est très clair. Pour l'instant, au niveau discours, c'est très clair. Alors, je vous accorde que cela ne suffit pas à donner un contenu. Aujourd'hui, il dit oui, mais sans dire vraiment à quoi il dit oui. C'est un peu le sentiment qui reste. Ça veut dire qu'il y a eu quelque chose qui d'ailleurs a été vécu pour les plus réfractaires et conservateurs à ces questions, comme une défaite.
Donc, chacun aussi a pu voir un certain nombre de choses. Donc, on est dans un mouvement de ligne et on rentre dans une deuxième phase du processus. La deuxième phase du processus, ça veut dire qu'on n'est pas arrivé. Qu'on soit très clair. C'est-à-dire, si on se réfère à des dossiers épineux historiques comme l'Irlande du Nord, même si, comparaison de vos raisons, d'où est parti le processus nord-irlandais avant d'arriver aux accords du Grand-Gaudissin en 1998, qui est un accord qui, d'ailleurs, n'est pas une reconnaissance d'une autonomie d'Irlande du Nord, puisque c'est biconfessionnel, avec un gouvernement biconfessionnel, où chacun a dû faire des pas les uns vers les autres.
Il y a eu un long processus avant d'en arriver là. Ainsi que, lorsqu'on parle de la Nouvelle-Calédonie, puisqu'on voit les différents accords entre Nouméa 88, les accords de Matignon ensuite, et puis on voit qu'en infinie, après les trois référendums, il y a encore un non-solde et un certain nombre de questions, même s'il y a eu des avancées avec une autonomie législative claire à la Nouvelle-Calédonie, à la Kanaki, depuis 30 ans. On voit bien que les choses sont dans l'ordre d'un processus politique qui a eu des hauts et des bas aussi. Aujourd'hui, nous ne sommes pas naïfs.
Néanmoins, nous constatons qu'il est mieux que ce discours ait été tenu de cette façon-là devant l'Assemblée de Corse pour qu'il y ait la poursuite d'un dialogue et d'une négociation, pour arriver à une convergence suffisamment opérante et arriver enfin à un compromis politique historique qui soit viable du point de vue de la reconnaissance de ce que sont les Corses. Bien sûr qu'il existe un peuple corse. Jamais on n'en entendra dire qu'il n'existe pas un peuple corse. Il existait depuis des temps immémoriaux que le droit constitutionnel ou juridique français ait du mal à le traduire.
Il y a des gens qui pensent que le peuple corse c'est le peuple français, à ceci dit.
Il y a des gens pour le contredire. On pourra toujours dire que dans le texte fondamental français il n'y a qu'un peuple, mais la réalité humaine, culturelle et historique s'impose. Donc, qu'Emmanuel Macron, président de la République, parle d'inscrire une communauté, je cite, historique, je crois, culturelle et linguistique spécifique dans le texte fondamental est déjà une avancée par rapport à ce qu'on sait du caractère hyper centralisé de la République française sur ces questions de peuple. Je ne sais pas si on arrivera, mais en tout cas, c'est une avancée. Bien sûr, une avancée qui demain en amènera d'autres pour nous dans le cadre d'une autonomie à conforter dans le temps.
Mais néanmoins, nous prenons ça déjà comme des étapes qu'il faut consolider. Maintenant, la deuxième phase du processus vis-à-vis du contenu à y mettre et d'un accord politique réel à transcrire, sur le texte fondamental, sur qu'est-ce qu'on mettrait dans l'article et sur le contenu de l'architecture de la loi organique de ce statut d'autonomie est essentiel, comme convaincre les forces politiques françaises que le moment est venu.
On ne nous parle pas d'une autonomie fiscale qui est la seule autonomie qui permet d'avoir l'autonomie de la politique. Au contraire, on nous parle d'un renforcement du PTIC. Donc, implicitement, c'est du centralisme, c'est un transfert du pouvoir d'individualisation de crédit à l'État via son préfet et c'est le contraire de tout ce qu'on demande et de ce qu'on reproche.
On parle d'autonomie, mais on ne parle pas du pouvoir législatif. Or, l'autonomie, c'est le pouvoir législatif. On nous parle d'un pouvoir qui pourrait, après avoir regardé les points de blocage, adapter les lois et peut-être, peut-être, pouvoir décider de certaines normes.
Emmanuel Macron a quand même parlé de... a demandé à ce qu'un compromis soit trouvé d'ici les six prochains mois. Alors, toujours, à votre gauche, chez les indépendantistes de Corsica, Libéra, de Corif Conté, on va jusqu'à dire que c'est un déni de démocratie parce que, pour eux, il y a déjà cette délibération du 5 juillet qui a vu le texte d'ailleurs porté par la majorité de l'Hémicycle Corse faire voter justement ce texte sur l'autonomie qui avait remporté d'ailleurs une large majorité à 46 voix contre 16. Comment vous réagissez à ces réserves, ces critiques et quelle est la position de Femmo à Corsica sur la question ?
Nous sommes évidemment très solidaires de la délibération puisque nous sommes co-rédacteurs de cette délibération qui a permis de recueillir 75% des élus de l'Assemblée de Corse. Corinne Fronte, la majorité territoriale Femmo à Gours, il y a un élu de droite puisque Corse-Ségalibre s'est abstenu. Donc, d'ailleurs, il n'y a pas le même positionnement entre Corse-Ségalibre et Corinne Fronte sur la question et du processus et de la négociation et du contenu de la proposition et sur la façon de discuter avec l'État puisque Coréfront était dans l'hémicycle tant les Corses-Ségalibre n'étaient pas là.
Oui, ils ont boycotté le Josépha Diakomet qui a boycotté le discours. Ça, c'était juste
pour dire que les choses sont un peu différentes en termes d'appréciation du côté du monde indépendantiste. Néanmoins, nous avons toujours dit aussi que cette délibération qui a des contenus très précis auxquels nous sommes très attachés est un point aussi de départ qu'il n'y avait pas pour nous. Si on nous objectait des lignes rouges, pour nous, il n'y en avait pas de lignes rouges. Mais nous savions ce qui était de l'ordre de l'essentiel et des points d'équilibre à trouver.
Lorsqu'on nous appelle à créer les conditions d'une convergence plus large, par principe, nous ne sommes pas opposés puisque nous savons qu'il faut emporter l'ensemble du corps social de la Corse pour avoir une vraie solution politique. Néanmoins, nous y mettons une ligne légitime liée au respect de la démocratie. Rechercher la convergence la plus large ne veut pas dire l'unanimisme puisque l'unanimisme donnerait une capacité de nuisance trop forte à quelques individus tout aussi respectables qu'ils ne veulent pas bouger.
C'est d'ailleurs la crainte qui s'exprime, c'est que par compromis on entend s'entendre compromis avec notamment la droite Corse et donc une autonomie qui va vers le moins-disant.
Alors, mais encore une fois, nous connaissons puisque nous sommes un petit pays ce que sont de l'ordre des débats dans la classe politique Corse liés à la dynamique de ce qui est en train de se passer. Donc effectivement, ce que nous disons, nous l'avons dit à l'État, nous le redirons. Dialoguer pour une convergence qui a du sens et des points d'équilibre qui respectent l'essentiel et l'essentiel c'est respecter la minorité mais c'est aussi respecter la majorité et celui des urnes. C'est une chose.
Donner un pouvoir de nuisance à un ou deux ou trois élus minoritaires au nom de l'unanimisme au point de faire capoter le processus, c'est non puisque ça serait un danger pour le processus, pour la Corse et pour l'État lui-même. Donc ça n'aurait pas de sens. Donc on est dans cette logique-là qui appelle aussi à la logique de bon sens puisque quand on appelle à la logique de bon sens, nous appelons au respect des urnes nous respecter la minorité ou les minorités, nous appelons aussi aux minoritaires d'être démocrates et de respecter la majorité.
Sinon ça veut dire qu'ils veulent donner le message que la démocratie ne sert à rien et donner un message qui serait dévastateur vis-à-vis de la jeunesse corse en particulier
parce que depuis 2015 la majorité autonomiste et indépendantiste est au pouvoir sur l'île et pourtant il a fallu attendre 2022 pour que Darmanin consente à dire ok on va discuter seulement discuter.
Effectivement ça a été le produit d'un rapport de force démocratique puisque même s'il y a eu des violences dans les rues le poids de ce qui s'est passé au lendemain de mars 2022 est plus de l'ordre du nombre des personnes qui étaient dans les manifestations parce que s'il y a eu des violences avec 400 personnes ce n'était pas de même registre que les dizaines de milliers de personnes qui ont défilé de tous âges et donc l'indignation était très largement partagée dans les couches de la société corse et dans l'ensemble des partis politiques nationalistes d'ailleurs et au-delà donc ça veut dire que c'est cette réaction là populaire et démocratique qui était essentielle au lendemain de l'assassinat d'Ivan Colonne et les rapports de force démocratique n'ont pas failli depuis puisque je fais partie d'un groupe parlementaire qui n'a pas hésité à apporter une motion de censure sur la retraite alors qu'on disait qu'au nom de la discussion sur la Corse il fallait ne pas porter la motion de censure c'est ce qu'on disait en nous approchant on disait mais il n'y a ni contrat politique sur la Corse en ce moment et de toute façon notre vision de la société corse ne peut pas faire l'économie de notre vision du projet de retraite qui n'est pas le vôtre bon donc ça veut dire qu'aujourd'hui le rapport de force nous l'avons utilisé y compris au parlement clairement y compris en tant que député nationaliste de Corse donc cheminer pour trouver un point d'équilibre qui a du sens oui être otage de quelques-uns non d'autant plus que le discours qui vise à dire que le Sénat est monocolore suivrait que quelques-uns encore c'est pas le reste nous paraît un discours surfait non pas qu'il n'y a pas de déblocage idéologique au Sénat vous ne pensez pas
quand même que la réforme constitution en passant par le chemin de la réforme constitutionnelle ça ne va pas être compliqué quand même de faire voter ça il n'y a pas le risque qu'il y ait quand même beaucoup de députés et sénateurs qui vont être contre l'autonomie contre ce qu'on appelle le détricotage de la république française un concept un peu super simple mais employé par ceux qui s'opposent à l'autonomie de la Corse
c'est un vrai débat c'est un vrai débat qui sera de toute façon difficile à l'échelle de la société française et des forces politiques françaises et de la représentation des élus oui mais nous sommes prêts à le mener puisque depuis que nous sommes élus à Paris en tant que députés alors si au départ on nous prenait pour des ovnis lorsqu'on était élus en 2017 depuis du chemin a été fait si nous avons réussi à faire un groupe avec d'autres députés qui ne sont pas forcément tous insulaires mais qui dans le contrat politique respectent l'autonomie de la Corse c'est qu'on a pu faire tomber des murs et des barrières sur ce qu'on entendait par l'autonomie de la Corse d'un autre côté de la vision si des groupes parlementaires constitués sont venus y compris de leur programme politique sur le fait qu'il fallait trouver une solution politique à la question corse alors qu'ils étaient plutôt une portée centralisée ou jacobine dans leur vision des choses de la France c'est qu'il y a eu des évolutions par le débat qu'on a eu de notre présence ici et je peux vous garantir que ça transpire dans beaucoup de groupes cette évolution de dire que maintenant il faut trouver une solution nous ne sommes plus il y a 20 ans où lors du processus Matignon avorté sous Lionel Jospin et d'ailleurs la Corse a quelque part joué un rôle pour faire perdre Lionel Jospin puisque Jean-Pierre Chevènement s'est présenté ou a quitté le gouvernement de l'époque en se présentant en présidentiel y compris à cause du dossier corse lui le voyant comme jacobin les controverses dans la presse dans le monde dans Libération ailleurs sur jacobin-gérondin ou pro-autonomie ou pro-sociation politique ou pro-rigueur vis-à-vis de la Corse étaient beaucoup plus vifs qu'aujourd'hui beaucoup plus vifs ils y sont encore aujourd'hui
il y avait la gauche Jospin et la gauche Evènement qui s'affrontaient là-dessus exactement
aujourd'hui ils sont vifs aussi mais de mon point de vue de ce que je vois évoluer au Parlement à l'Assemblée nationale du moins les choses ont largement évolué
par exemple au niveau de la NUPS donc de la gauche nationale est-ce que vous pensez qu'il pourrait y avoir un consensus sur la question de l'autonomie ?
moi je constate pour avoir eu des discussions avec des groupes politiques bon d'abord les écologistes parce que nous avons un partenariat qui existe depuis 30 ans avec les écologistes puisque Max Siméon il y a un des pères fondateurs du nationalisme de Corse a été député européen en 89 avec Wester donc il y a eu déjà du point de vue de l'écologie politique qui a pris en compte du droit des peuples et de l'autonomie de la Corse je constate aussi qu'en discutant avec Jean-Luc Mélenchon il y a eu un accord puisqu'il a parlé à plusieurs reprises en Guyane et ailleurs du respect de l'autonomie de la Corse et d'ailleurs dans le programme de l'EFI mais aussi de la NUPES
On est revenu aussi parce que son discours
n'a pas toujours été celui-ci Exactement on parle de l'article 74 pour la Corse bon donc il y a eu des avancées dans d'autres courants socialistes mais même je peux parler de Modem ou ailleurs nous avons eu des points de convergence sur ces questions-là avec différentes élus donc je crois que le chemin est possible mais le chemin n'est possible que s'il y a entre une majorité suffisamment large en Corse non d'une humanité mais une Corse et le chef de l'État et le gouvernement c'est-à-dire un accord politique précis qui s'adresse aux autres forces politiques et dans lequel il s'agit de dire rétablir un équilibre entre la République et la Corse et rétablir la Corse dans ses droits d'autonomie politique issus des urnes et tourner une page de 60 ans de conflit politique pour entrer dans une autre nécessite aujourd'hui une convergence suffisamment forte et un effort que chacun sorte de sa zone de confort pour que la paix la justice et la démocratie basées sur ce projet politique puissent émerger en Corse demain et ça va se poser en responsabilité à toutes les forces politiques françaises aussi
cette autonomie doit être le moyen pour construire ensemble l'avenir sans désengagement de l'État ce ne sera pas une autonomie contre l'État ni une autonomie sans l'État mais une autonomie pour la Corse et dans la République je voudrais aussi vous faire réagir sur ce propos un autre propos encore d'Emmanuel Macron jeudi matin où il a parlé d'autonomie oui mais qui ne serait ni contre l'État ni sans l'État alors que bon il suffit de voir l'exemple Sard par exemple pour savoir qu'une autonomie ça se fait rarement sans l'État donc qu'est-ce que ça peut bien vous leur dire et comment vous interprétez cette phrase
en même temps que vous posez la question vous y répondez je crois que moi je l'interprète comme ça du moins ce n'est que mon interprétation elle vaut ce qu'elle vaut je crois qu'Emmanuel Macron voulait rassurer pas nous pas ceux qui sa droite savons ce qu'est une autonomie politique au sein d'un État puisque c'est la l'autonomie il suffit d'en rédictionnaire c'est la capacité d'un territoire à s'autogouverner à édicter des règles de portée et des objectifs réglementaires au sein d'un même État pour un territoire bon donc vous l'avez dit c'est sans l'État ni contre l'État ça veut dire sans l'État c'est pas sans l'État c'est quand même des dotations d'État en Polynésie française si je prends cet exemple là même si c'est le giron de l'article 74 il y a une autonomie fiscale mais il y a aussi une dotation globale d'autonomie pour faire l'équilibre en dotation d'État sinon ça serait une dépendance et la Polynésie lèverait des fonds sur les marchés pour assurer son financement voilà dans d'autres endroits dans l'Europe c'est identique donc sans l'État c'est pour ça que j'ai parlé de l'exemple Sard
parce que Sarding par exemple est une autonomie
qui fonctionne comme ça ça renvoie même à la définition de l'autonomie une autonomie c'est forcément au sein de la République sinon ça serait l'indépendance et dire aujourd'hui qu'il n'y a pas d'autonomie en droit constitutionnel français est faux puisque la Nouvelle-Calédonie a un statut d'autonomie législative nonobstant les questions de référendum je parle son statut qu'il a fait voyager depuis 30 ans est un statut d'autonomie législative au sein de la République de portée législative avec contrôle du Conseil constitutionnel la Polynésie sous l'origine de l'article 74 a une autonomie mais c'est vrai que ces lois de pays sont plus de portée sont de portée quasi législative de réglementaire sous le contrôle du Conseil d'État mais néanmoins c'était un degré d'autonomisation dans le droit français donc l'autonomie sont bien des notions même si ça a été difficile pour la République de les admettre pour ce territoire au sein de la République existe aujourd'hui en droit français donc je crois qu'il a voulu simplement de mon point de vue rassurer ceux qui à l'extérieur peut-être qui écoutaient ce discours ou même au sein de l'hémicycle de l'Assemblée de Corse pensaient qu'il allait y avoir un État qui allait disparaître de la scène du développement de la Corse ou que ça allait être évidemment la prime à un rapport de force systématique contre l'État pas forcément vis-à-vis de nous je crois
il a dit sans l'État mais il a aussi dit ni contre l'État est-ce que ça par exemple ça ne pourrait pas viser justement des vérités indépendantes qui pourraient venir qui l'anticipe une fois l'autonomie acquise
je crois que c'est un message qui vise à dire que si on doit acheminer acheminer c'est en termes avec l'État et en partenariat c'est un discours de l'État qui dit ne vous imaginez pas qu'on acceptera que vous le fassiez contre nous en même temps aujourd'hui on met autour de la table des intérêts opposés au départ ils ont toujours dit et c'est vrai ce n'est pas nous qui demandons l'autonomie c'est vous c'est le discours de Gérald Darmanin oui c'est vrai c'est la Corse qui demande l'autonomie oui effectivement donc vous vous y confortez vous y convenez du fait d'une évolution de ces quelques années et d'une réalité qui s'impose donc on est en discussion des fois on a des points divergents vous ne voulez pas admettre qu'on le fasse contre vous on n'est pas là pour faire contre vous c'est un peu ça le discours on pose les bases bon pour moi c'est pas à ce stade c'est pas quelque chose qui soit préjudiciable ou qui altérerait la suite du processus je pense que les dangers les choses trappent ou les défis viennent d'ailleurs
pour finir un petit peu cet entretien la question de l'autonomie de la Corse pose une question beaucoup plus large beaucoup plus philosophique qui est celle de l'autonomie des régions en général et donc peut-être effectivement de mettre fin on peut oser le mot à la république jacobine centralisée où Paris déciderait de tout pour tout le monde à chaque instant il y a quand même justement cette gauche jacobine souverainiste qui vient parler je parle pas des patriotes d'extrême droite je les mette vraiment de côté parce que sans doute ils vont être contre mais voilà il y a un souverainisme de gauche qui s'opposent à cette autonomisation de la Corse et de l'autonomie en général qui parle d'ouvrir la boîte de Pandore est-ce que vous leur répondez à cela ?
écoutez je crois que c'est une crainte une peur quelquefois irrationnelle bien française liée à la constitution de la république française la république française n'est plus une et indivisible depuis 46 elle est indivisible mais le mot une a été enlevé de la constitution depuis ces réformes là constitutionnelles de l'époque et pourtant on dit toujours en sémantique la république est une indivisible vous voyez bien que la culture perdure de l'uniformité de la république or l'uniformité l'égalitarisme de la loi c'est bien ce qui pose problème vis-à-vis d'un cas comme la Corse et qui peut poser problème dans d'autres territoires l'égalité en droit ce n'est pas l'égalitarisme de la loi or l'égalitarisme de la loi peut créer des inégalités en droit sur le terrain chez nous c'était le cas quand on prend en compte une singularité d'îles montagnes géographiques avec des surcouliers au transport sur un certain nombre de domaines que ce soit la question du carburant où il y a une organisation de distribution oligopole ou monopole avec des surcoûts de 10 à 15 centimes plus haut que sur le continent qui mériteraient des régulations des règles de régulation propres et non pas un accord avec Total par exemple qui tue les petits qui donne au gros une monopole en sortie etc je ne vais pas entrer dans les détails en gros une loi une règle générale qui en fait sur le terrain va l'opposé de ce qu'il faudrait faire ou par exemple lorsque sur la spéculation foncière immobilière on ne permet pas une taxation des transactions immobilières parce que c'est ce qui se passe en Corse avec aujourd'hui des prix qui vont deux fois plus vite que sur le continent alors la spéculation existe en Bretagne elle existe au Pays Basque sauf que chez nous elle a une dimension hors norme si on n'a pas des outils fiscaux propres édictés par l'Assemblée de Corse des droits de préemption renforcés un statut de résident on ne régulera pas le phénomène donc l'égalitarisme de la loi peut aller à l'encontre des règles mais ce qu'on constate pour la Corse dans une situation très singulière et effectivement je ne vais pas pouvoir dire à la place des autres qu'il faudrait une autonomie à la Corse ailleurs ce que je sais c'est que l'autonomie à la Corse se justifie pour changer la vie des Corses aujourd'hui on peut le démontrer dans la situation d'île de Méditerranée montagne et avec son histoire et son besoin de reconnaissance légitime de sa langue et de son identité mais c'est vrai que la question de dire est-ce qu'il est normal qu'en tout temps en tout lieu dans tout endroit la règle peut être la même est-ce que le sujet de l'égalité en droit ne mériterait pas que l'on se dise que le principe de subsidiarité l'adaptation des règles peut-être pas de la même façon que la Corse
l'adaptation économique aussi et fiscale
économique, sociale et fiscale pour justement arriver à l'égalité en droit entreprise, justice sociale et autres mériterait que la méthode soit différente et qu'on sorte de ce centralisme technocratique ça c'est une vraie question qui à travers le prisme Corse se posera aux autres territoires mais ça ne veut pas dire détricoter ou appeler à la contagion pour détricoter la république je crois que c'est simplement un débat qui est propre à cette république et à son évolution éventuelle
c'est lui donner un nouveau souffle finalement écoutez
rappelez-vous quand même que lorsqu'il y a eu une manifestation des Gilets jaunes on disait que c'était une révolte des corps intermédiaires de la France d'en bas des territoires des corps intermédiaires qui n'étaient pas écoutés par ceux qui avaient décidé de la fiscalité c'était les gens des rurales qui se révoltaient
finalement ça posait un peu cette question-là du centralisme parisien
y compris la question du Covid avec la question de la crise sanitaire lorsqu'il fallait réagir pour les masques rappelez-vous on disait que les collectivités agissaient plus vite que l'État il y a eu un tas de sujets ces quelques années précédentes qui ont démontré qu'il y avait une volonté y compris pour ceux qui seraient pour l'automune la Corse aujourd'hui d'ailleurs c'est-à-dire qu'il fallait aller vers plus de décentralisation pour une agilité et une fluidité décisionnelle au service des populations donc moi je le constate à ce stade je constate que évidemment que comparaison de vos raisons il ne s'agit pas de dire puisqu'on dit un statut d'autonomie relatif pour la Corse il faut transcrire partout la même chose mais évidemment que derrière ce sujet-là et cette je dirais cette aiguille dans le pied que la Corse dans le sujet de la République centralisée pose des débats par ailleurs qui se poseront certainement différemment je crois qu'il faut simplement les rendre sereins et rationalisés pour l'instant évidemment il serait bon pour des raisons historiques politiques symboliques pour la paix dans cette île et pour donner une avenir en Méditerranée à cette île qu'enfin on reconnaisse ce qu'est la Corse un peuple une communauté de culture de destin qui a sa part à être reconnue pour réussir une autonomie politique comme l'est la Sardaigne à 11 km comme le sont les Baléares comme sur la Sicile ça pose aussi le contexte d'une méditerranéité du discours nous sommes pour une structuration de la Méditerranée politique il y a la question des migrants il y a la question des pollutions plastiques il y a la question du changement climatique qui demande une structuration
de la Méditerranée une réponse locale de la Méditerranée exactement
locale autolome en partenariat et que même l'Europe et l'Etat français aient un discours un peu plus méditerranéen sur ces questions ce qui n'est pas le cas
aussi sur la question du tourisme de masques
exactement la surfréquentation touristique ça c'est une question on a en commun un partage y compris avec nos territoires partenaires à côté qui ont l'autonomie politique donc tout ça a du sens pour l'avenir pas que de la Corse de la Méditerranée et des populations qui entourent ce maré nostrum que nous avons en partage donc ça veut dire que notre vision elle s'inscrit même dans un projet plus large de la Méditerranée et de l'Europe mais qui ne me paraît pas incompatible à ce que pourrait véhiculer la République française si elle se réveillait
c'est parfait pour un mot de la fin merci beaucoup je vous en prie je vous en prie merci à vous d'avoir suivi cet entretien c'est parce que le Média est indépendant et uniquement financé par ses citoyens que nous pouvons faire parler librement des idées politiques différentes si vous voulez que le Média reste un espace d'expression pour ceux qui voient et pensent le monde autrement que les toutologues de plateau télé il ne tient qu'à vous de soutenir la campagne de financement participatif sur Kiss Kiss Bank Bank le Média n'appartient à aucun actionnaire ni à aucun parti politique le Média ne peut compter que sur vous merci encore de nous avoir suivi et à très vite merci à vous
merci à vous merci à vous