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interviewC à vous· 4 février 2026 12 min

Marine Le Pen peut-elle encore viser la présidentielle ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

pour les affaiblir davantage et, ensuite, rafler la mise pour la présidentielle. - L.Clément: J.Bardella a ouvert la porte à ça. "Tous les mécontents de B.Retailleau et des Républicains sont les bienvenus pour nous rejoindre." - P.Cohen: Et il peut y avoir un effet "vote utile", si les sondages montrent des écarts en faveur du RN. - A.-E.Lemoine: M.Le Pen participe à la campagne municipale, même si on imagine qu'elle a la tête ailleurs, avec un chemin vers une candidature à la présidentielle de plus en plus étroit. - J.Fourquet: Ca semble très compliqué.

Dans la difficulté du RN aujourd'hui...

Ils ont eu la capacité de gérer les choses. Le 1er choc a été encaissé lors du 1er procès... - A.-E.Lemoine: Lors du jugement en première instance. - J.Fourquet: Oui.

Les cadres se sont progressivement faits à l'idée que peut-être, sans doute, M.Le Pen ne serait pas en capacité d'être candidate et qu'il y avait le fameux plan B, alias J.Bardella.

Le passage de témoin s'est fait progressivement, sous nos yeux, depuis plus d'un an. On voit dans les enquêtes d'opinion, qu'il s'agisse des cotes de popularité ou des intentions de vote, que J.Bardella fait aujourd'hui jeu égal avec M.Le Pen.

C'est un parti qui peut se payer le luxe d'avoir 2 têtes d'affiche qualifiables au second tour. 2e point positif: ces 2 candidats putatifs s'entendent manifestement à merveille. Il n'y a pas de trahison en perspective et pas de scission comme en a connu le Front national.

Si M.Le Pen décide de jeter l'éponge dans quelques mois, ce sera évidemment une déception pour une partie de son électorat, mais le travail de deuil politique a été entamé il y a un moment. J.Bardella s'est présenté aux législatives et aux européennes.

Il a fait à chaque fois plus de 30 %. - A.-E.Lemoine: M.Le Pen a fait le deuil de cette candidature?

Ca explique son attitude d'hier? Pas de commentaires, un profil bas...

C'est de la résignation ou une stratégie pour ne pas provoquer les gens un peu plus? - L.Clément: Je ne sais pas si elle a tout à fait fait le deuil.

Elle a fait un chemin. Le parti a fait un chemin depuis mars dernier. Tout le monde appelait à la mobilisation envers M.Le Pen.

Tous les cadres du parti étaient sortis dans les rues. On mesure aujourd'hui le chemin parcouru. En tant que journaliste politique qui rencontre régulièrement les cadres du RN, je vois que les discours ont changé.

Il y a 6 mois, c'était "J.Bardella sera un bon candidat plus tard". Maintenant, c'est plutôt: "Chacun ses atouts et ses faiblesses.

On sera contents quoi qu'il arrive." M.Le Pen, il n'y a pas grand-chose qui a changé dans sa ligne de défense.

Elle n'a pas reconnu grand-chose. Mais elle a changé de ton. Elle est beaucoup plus lisse.

Elle va beaucoup moins sur le terrain de la justice politique. Elle espère sans doute qu'en étant plus courtoise, elle aurait un jugement plus clément. - A.-E.Lemoine: S'est-elle affaiblie au sein de son propre parti? - L.Clément: C'est important, ces indicateurs au sein du parti montrant que les cadres se sont un peu faits à cette idée.

Ca a beaucoup de sens. On peut mesurer son affaiblissement quand on voit ces sondages. Elle-même ne devait pas s'attendre à ce que J.Bardella prenne une telle place aussi rapidement.

En début d'année, il y a eu 2 sondages assez marquants. Le 1er donnait J.Bardella vainqueur face à n'importe qui au 2d tour.

Le second date de fin janvier. Il mesurait la cote de popularité et le caractère présidentiel des 2 candidats. Même au sein du parti, 70 % des électeurs du RN trouvaient que J.Bardella ferait un meilleur candidat.

Sans parler au nom du parti, au sein des électeurs, ça a changé. - A.-E.Lemoine: 2 candidats et un même discours? - J.Fourquet: Il y a des différences de positionnement.

Pour caricaturer, M.Le Pen est sur un discours plus "ni droite ni gauche", plus socialisant en direction de son électorat ouvrier et populaire du nord de la France, notamment. J.Bardella se trouve assez à l'aise dans la thématique de l'union des droites.

Il adresse des messages aux patrons à l'université d'été du Medef. C'est lui qui a pas mal oeuvré pour attirer ces ralliements de la droite. Ce qui est encore une fois utile pour le RN, les choses tombent bien, c'est que comme ils sont dans l'opposition et qu'ils sont 2, ils peuvent se permettre de tenir 2 discours.

On connaît la fameuse formule: "On ne sort de l'ambiguïté qu'à ses propres dépens." Mais là, c'est 2 personnes différentes qui tiennent chacun un discours. L'heure du choix va fatalement sonner. - P.Lescure: Pour la Fondation Jean-Jaurès, J.Fourquet, vous avez participé à une enquête sociologique dans la France des PMU.

Une autre enquête montre que la disparition de ces lieux de sociabilité, entre autres, nourrirait en partie le vote RN. On peut vraiment parler de lien? - J.Fourquet: J'ai lu cette enquête.

Les quelques statistiques montrent un lien mais il est très ténu. Les auteurs indiquent une progression du vote pour le RN de l'ordre de 0,3 point dans la commune en question dans les 5 années qui suivent la fermeture de l'établissement. C'est pas énorme.

Sur 20 ans, on est sur une prime de 1,5 point. Il faut retenir que c'est un écosystème. Là où les bars ferment, notamment en zone rurale, et c'est là où le RN est le plus fort...

Le bar ou le PMU, c'était le dernier endroit qui résistait après que tous les autres commerces ferment. Tout ça vient alimenter un discours tenu par le RN. "Vous êtes des citoyens de seconde zone.

Les services publics ont fermé. Nous, nous vous représentons." D'ailleurs, ça fait le lien avec les municipales.

Les principaux ténors du RN ne se sont jamais présentés dans des grandes villes. Ils entendent incarner cette France périphérique, cette France des bourgs. Le député L.Jacobelli est élu en Moselle.

J.-P.Tanguy est élu dans la Somme.

M.Le Pen, c'est Hénin-Beaumont. Personne ne se bat pour être candidat à Paris.

Il faut parler à cette France des villages qui se meurt. Il y a un petit effet, mais il n'est pas massif. - A.-E.Lemoine: Ca fait partie des "Métamorphoses françaises" dont vous faites l'état en infographie et en images aux éditions du Seuil.

L.Clément, on vous lit dans les colonnes de "La Croix". - E.Tran Nguyen: C'est dans les bars PMU qu'il y a des échanges entre les Français et parfois des idées reçues, comme "les plus riches Français ne paient pas assez d'impôts".

Cette idée reçue persistante a été confirmée par un ancien ministre de l'Economie le 11 janvier dans "Libération". E.Lombard déclare ceci.

Des propos aussitôt démentis par l'actuel ministre de l'Economie, R.Lescure, ou la ministre des Comptes publics, A.de Montchalin, selon qui il n'est pas vrai que des dizaines de milliers de Français très fortunés ne paieraient aucun impôt sur le revenu.

Elle dit qu'aucun document de Bercy ne l'affirme. C'est vrai qu'aucun document public ne confirme les propos d'E.Lombard.

Une commission d'enquête sera constituée à l'Assemblée, à l'initiative du groupe Liot. - La révision de l'impôt sur le revenu devait rapporter 2 milliards d'euros. Elle en a rapporté que 400 millions.

Il est important de faire toute la lumière sur la participation des très hauts revenus dans nos services publics. - E.Tran Nguyen: Combien les Français les plus riches payent-ils au fisc?

A quel point concèdent-ils l'impôt? Autant de questions que la commission essaiera de résoudre. Quand on demande à nos téléspectateurs si c'est une idée reçue ou une réalité, c'est une réalité, massivement, pour eux. ...

C'est pas ce que semble dire B.Arnault, homme le plus riche de France et président du groupe LVMH, qui s'est plaint. Le bénéfice net du groupe a baissé de 13 % en 2025.

A l'écouter, c'est dû au contexte, mais aussi à la politique du gouvernement, qui va à l'encontre des entreprises. - B.Arnault: C'est sûr qu'avec la poursuite des crises géopolitiques, avec l'incertitude économique, avec les politiques de certains Etats dont le nôtre qui sont plutôt contre les entreprises pour les taxer un maximum, et donc créer du chômage, il y a de quoi être un peu réservé. - E.Tran Nguyen: Il s'est voulu rassurant: ils vont pouvoir passer l'hiver avec une trésorerie de 11,3 milliards d'euros en fin d'exercice.

Mais le sujet est loin d'être clos. Il faut réduire le déficit de 15 milliards d'euros. Les Français veulent de la transparence et ont besoin d'un sentiment de justice fiscale? - J.Fourquet: C'est la condition sine qua non pour faire accepter des efforts à tout le monde.

Que ceux qui ont le plus montrent l'exemple. Il y a des débats sans fin, disant qu'ils montrent déjà l'exemple. Le montant acquitté est déjà très important.

Et il faut bien s'entendre sur les personnes concernées. Est-ce qu'on parle de B.Arnault, du 0,01 %, ou des 10 % les plus riches?

Les 10 % les plus riches acquittent 75 % de l'impôt sur le revenu en France. C'est sans doute pas de ceux-là dont on parle. Il faut regarder le détail et analyser la nature des revenus.

Est-ce que c'est des revenus du travail, donc des salaires, ou des revenus du capital? Plus le capital est important, plus la part qui provient de dividendes ou de revenus du capital est importante. On a des mécanismes d'optimisation fiscale et toute une partie de ces sommes vont dans les holdings familiales et ne sont pas imposées au même niveau que les autres revenus.

D'où, dans le projet de budget qui a été adopté, une mesure sur les holdings familiales. Mais avec l'ampleur des mécanismes d'optimisation fiscale, et avec le flou qui existe, on arrive à cette situation. Bercy fait tourner ses ordinateurs et dit qu'avec cette mesure, on va ramasser 2 milliards, et on a 400 millions à l'arrivée.