Frappes israéliennes sur l'Iran : "On a affaire à un tournant", estime le géopolitologue Frédéric Encel
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« Israël dit ce matin avoir frappé des sites nucléaires, des usines de missiles et de commandements militaires iraniens. »
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« La télé iranienne parle de plusieurs morts civiles, dont des enfants, les espaces aériens de l'Iran, de l'Irak et d'Israël sont fermés. »
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« Est-ce qu'on peut parler de guerre d'Israël contre l'Iran, comme le dit le chef de gouvernement israélien ? »
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« les menées antinucléaires israéliennes et américaines, dans une certaine mesure d'ailleurs, ont commencé dans les années 2010, au début des années 2010. »
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« Mais on a affaire à un tournant. Parce que c'est la première fois que Netanyahou, le Premier ministre israélien, évoque à la fois les risques de nouvelles Shoah, mais également qu'il évoque un passage biblique. »
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« Il dit, Benyamin Netanyahou, que ces frappes dureront aussi longtemps que nécessaire. Et il revendique un succès. »
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« L'objectif, il est double. D'abord, c'est de frapper les têtes, à la fois de l'organisation nucléaire iranienne et puis des ingénieurs. »
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« en une seule frappe, il semble qu'effectivement, au moins plusieurs très hauts dignitaires aient été abattus, dont l'un des chefs d'état-major de l'armée iranienne. »
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« Nathans, c'est l'un des plus anciens sites d'enrichissement d'uranium, en l'occurrence, donc de fabrication potentielle d'une bombe. »
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« C'est une sorte de frappe préventive, après la résolution de l'AIEA, qui condamne Téhéran pour non-respect de ses obligations nucléaires ? »
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« l'AIEA à Vienne, à son siège, dès 2002, considère que la République islamique d'Iran ment sur le programme nucléaire prétendument civil à l'époque. »
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« le Conseil de sécurité des Nations Unies, le 1er janvier 2007, et je dis bien le Conseil de sécurité, donc ce ne sont pas uniquement les Britanniques, les Français, les Américains, mais les Russes et les Chinois, à l'époque, considèrent que le président de l'époque, donc Ahmadinejad, président iranien, a menti, et qu'en réalité, l'Iran va à la bombe. »
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« le premier des plusieurs dizaines de trains de sanctions onusiennes, je parle bien des trains de sanctions onusiennes, donc de la communauté internationale, frappe la République islamique de manière croissante depuis janvier 2007. »
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« Le président des Etats-Unis avait exhorté, on l'a entendu, Israël à ne pas faire ses frappes, puisqu'il y a des négociations qui devaient démarrer dimanche. »
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France Inter, Ali Badou, Marion Lourdes, le 6-9. Premier invité, Marion Lourdes, à votre micro, il est géopolitologue et spécialiste de l'Iran, maître de conférence à Sciences Po Paris.
Bonjour Frédéric Ancel.
Bonjour.
Israël dit ce matin avoir frappé des sites nucléaires, des usines de missiles et de commandements militaires iraniens. La télé iranienne parle de plusieurs morts civiles, dont des enfants, les espaces aériens de l'Iran, de l'Irak et d'Israël sont fermés. Est-ce qu'on peut parler de guerre d'Israël contre l'Iran, comme le dit le chef de gouvernement israélien ? Et vice-versa. C'est-à-dire qu'on va avoir une riposte iranienne très rapidement. Alors, ce n'est pas très nouveau, parce qu'en réalité, les menées antinucléaires israéliennes et américaines, dans une certaine mesure d'ailleurs, ont commencé dans les années 2010, au début des années 2010.
Et effectivement, ça s'est accru, à la fois en quantité et en qualité, je veux dire, en termes de puissance, de projection de la part d'Israël. Ça, c'est incontestable, ces dernières années. Mais je pense que là, on a affaire... Je n'aime pas beaucoup le terme, je m'en méfie souvent. Mais on a affaire à un tournant. Parce que c'est la première fois que Netanyahou, le Premier ministre israélien, évoque à la fois les risques de nouvelles Shoah, mais également qu'il évoque un passage biblique. Il le fait de manière extrêmement solennelle, en anglais. Donc évidemment, il s'adresse au public d'administration américaine. Donc je pense qu'on a affaire à quelque chose de plus important.
Il dit, Benyamin Netanyahou, que ces frappes dureront aussi longtemps que nécessaire. Et il revendique un succès. Mais on sait quel était précisément son objectif ? Alors l'objectif, il est double. D'abord, c'est de frapper les têtes, à la fois de l'organisation nucléaire iranienne et puis des ingénieurs. Alors là encore, ce n'est pas nouveau. Mais là, en une seule frappe, il semble qu'effectivement, au moins plusieurs très hauts dignitaires aient été abattus, dont l'un des chefs d'état-major de l'armée iranienne. Si vous voulez, on est dans un pays, là je parle de la République islamique d'Iran, sous un régime qui, en principe, est ultra sécurisé.
Donc là encore, Israël démontre, et c'est l'un des objectifs, en réalité, qui est assez psychologique, qu'il peut se permettre à peu près tout dans l'espace aérien et dans les villes et dans les états-majors iraniens. Et puis Nathans, c'est l'un des plus anciens sites d'enrichissement d'uranium, en l'occurrence, donc de fabrication potentielle d'une bombe. Et ce n'est pas anodin, parce que c'est une ville située très près du golfe arabo-persique, où tout se passe. Là, on est vraiment au cœur névralgique, en quelque sorte, du Moyen-Orient. Voilà, vous avez prononcé le mot « nucléaire ». C'est aussi pourquoi ça arrive maintenant ?
C'est-à-dire que c'est une sorte de frappe préventive, après la résolution de l'AIEA, qui condamne Téhéran pour non-respect de ses obligations nucléaires ? Oui, vous avez raison. Mais l'AIEA à Vienne, à son siège, dès 2002, considère que la République islamique d'Iran ment sur le programme nucléaire prétendument civil à l'époque. Alors oui, 2002, c'est nouveau. Mais ce qu'elle dit aujourd'hui, c'est que... Alors c'est ça, mais... Pardon, allez-y. Non, non, c'est que l'Iran est en mesure de fabriquer des armes nucléaires, en fait. Alors c'est ça.
Mais le truc, c'est que le Conseil de sécurité des Nations Unies, le 1er janvier 2007, et je dis bien le Conseil de sécurité, donc ce ne sont pas uniquement les Britanniques, les Français, les Américains, mais les Russes et les Chinois, à l'époque, considèrent que le président de l'époque, donc Ahmadinejad, président iranien, a menti, et qu'en réalité, l'Iran va à la bombe. On est en 2007, et le premier des plusieurs dizaines de trains de sanctions onusiennes, je parle bien des trains de sanctions onusiennes, donc de la communauté internationale, frappe la République islamique de manière croissante depuis janvier 2007.
Donc là, effectivement, vous avez raison, on a l'expression d'une inquiétude supplémentaire, et il semble que les Américains et les Israéliens aient disposé de sources très très claires, indiquant que là, on se trouve à quelques semaines, mais sans doute même plus quelques mois, de l'obtention potentielle d'une bombe par l'Iran. Le président des Etats-Unis avait exhorté, on l'a entendu, Israël à ne pas faire ses frappes, puisqu'il y a des négociations qui devaient démarrer dimanche. Est-ce que c'est un revers pour Donald Trump ? Alors, je n'en suis pas sûr.
D'abord parce que Trump est extrêmement imprévisible, notamment sur sa rhétorique diplomatique, mais surtout, je pense que Trump a pour prisme fondamental au Moyen-Orient, contrairement à ce qu'on croit, pas du tout Israël, mais l'Arabie Saoudite. Et l'Iran a déjà prévenu à plusieurs reprises que s'il y avait une intervention massive, alors est-ce que l'Iran va considérer cette intervention israélienne comme massive ? Je ne le crois pas. S'il y avait une intervention massive, les Iraniens ont déjà dit, averti à maintes reprises, est-ce que l'ensemble des alliés des États-Unis dans la région seraient touchés ?
A commencer donc évidemment par l'Arabie Saoudite, dont je ne rappellerai pas à vos auditeurs parce qu'ils le savent, et on l'a encore vu il y a quelques semaines, que c'est l'État qui de très loin achète et investit le plus aux États-Unis, notamment en matériel militaire, mais depuis des décennies. Donc c'est la raison pour laquelle Trump n'évoquait pas d'une intervention massive, et c'est la raison d'ailleurs pour laquelle, me semble-t-il, ces dernières heures, il s'est empressé de dire qu'il n'y était pour rien en réalité. Sauf qu'on sait parfaitement que sur une initiative d'importance stratégique, les Israéliens en réfèrent aux Américains.
Et sans le feu vert américain, je pense que ce type d'opération n'aurait pas été possible. En quelques mots, parce qu'on arrive à la fin de cet entretien, quel est le risque d'escalade dans cette région où tout semble toujours explosif ? Je vais peut-être vous surprendre, je le dis en un mot, je crois à un conflit, d'ailleurs vous le disiez au début de l'entretien, au fond assez localisé, Israélo-Iranien. Pourquoi ? Parce que les autres pays de la région, de toute façon, et notamment les pays arabes du Golfe, n'ont pas les moyens militaires de s'opposer à l'Iran. J'ai presque envie de vous dire, par une petite boutade, qu'il laisse Israël faire le sale boulot.
Frédéric Ancel, spécialiste de l'Iran, merci beaucoup de nous avoir répondu ce matin. Je rappelle le titre de votre livre, « La guerre mondiale n'aura pas lieu chez Odile Jacob ». Merci également à Amélie Stadelman qui a rendu possible cet entretien.