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interviewFrançois Ruffin (sur YouTube)· 19 novembre 2024 28 minAutoproduit

#BDR139 : On traîne Bernard Arnault devant les tribunaux !

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

On retourne le BDR pendant que les Flamencuches, reflets de France, sont en train de chauffer dans le four. Donc tout ça, c'est le dossier LVMH, Squarsini, c'est le procès en ce moment. Moi, j'aurai deux jours d'audience, mercredi et jeudi, sur mon volet. Je vais utiliser le bulletin comme un entraînement et vous comme des cobayes pour être bon devant le président du tribunal cette semaine. Mais avant ça, la crise, avec des guillemets à crise. Je mets toujours des guillemets à crise parce que tu sais, quand on dit la France est en crise, l'économie est en crise, c'est pas la crise pour tout le monde.

Par exemple, quand je jouais chez les Auchans la semaine dernière, à Valenciennes, qui me disent « voilà, il va y avoir 13 personnes qui vont être licenciées, on a 25 ans, 30 ans d'ancienneté, on a fait de notre boulot du mieux qu'on pouvait, on a vendu des téléphones, on a vendu des télés » et là, partout dans le pays, ils décagent les commerciaux, les vendeurs de ces services-là. Il n'y aura pas de proposition de reclassement chez Boulanger, alors que ça appartient au groupe Auchan. Il n'y aura pas de proposition de reclassement chez Kiabi, Noroto.

Le groupe Mullier se portant très bien, il y a juste Auchan à l'intérieur qui n'est pas en super forme, mais on ne leur propose pas de reclassement à l'extérieur. Et quand tu regardes les Mulliers, cette année, ça a été plus 8 milliards d'euros, t'imagines. Ils ont vu leur patrimoine bondir de 40% d'après le classement Fortune de Challenge. Tu n'oublies pas tes classiques. C'est pareil à l'échelle du pays, là. Je prends les Mulliers, mais tu regardes les échos, qu'est-ce qu'ils racontent ? De mon ami, mon super ami Bernard Arnault. Les dividendes sont partis pour battre de nouveaux records cette année. L'année dernière, c'était déjà des records. L'année d'avant, c'était déjà des records.

L'année d'avant, avant, c'était déjà des records. C'est-à-dire qu'on est des records sur records sur records. Et ils annoncent, la France est championne d'Europe des dividendes. Yahu, youpi, youpi. Il y a des confettis, c'est champagne pour tout le monde. Les géants du CAC 40 ont généré plus de 145 milliards d'euros de profit en 2023. Quand c'est la crise, ce n'est pas la crise pour tout le monde. C'est un truc de droite, ça. De vouloir te faire une généralité et qu'à l'intérieur, tu ne puisses pas distinguer quels sont les gagnants et les perdants à l'intérieur d'un même pays. Quand on fait Watts, donc c'est une boîte chez moi qui fabrique entre autres des pièces pour les pompes à chaleur.

Fonds de pension américains, ils apprennent leur délocalisation autant vers l'Espagne, le Portugal, la Bulgarie, un bout en France. Tout ça étant découpé façon puzzle, quoi. Valeo, tu as trois usines qui vont fermer. Michelin, le dividende, il a triplé en trois ans. C'est un peu plus honnête et que tu ne prends pas la crise Covid comme référence. Il y a plus de 50% de dividendes par rapport à avant la crise Covid. Donc c'est tout sauf la crise chez Michelin, tu vois. C'est la crise pour les ouvriers, oui, mais c'est l'orgie pour les actionnaires. L'OFCE, l'Observatoire français de la conjoncture économique, qui prévoit pour l'année prochaine 150 000 emplois supprimés.

On va rentrer dans le dur à nouveau. Que dire ? Déjà qu'on entre dans ce temps de tempête, sans capitaine à bord, sans équipage. Le navire France, il va à volo. Il va y avoir de la motion de censure du 49-3 du gouvernement Barnier qui a zéro marge de manœuvre et qui a zéro marge de manœuvre aussi sur le plan budgétaire. Parce que Bruno Le Maire et Emmanuel Macron, c'est Mozart de la finance, ils ont creusé le déficit à la pelleteuse. On avait lancé l'alerte, donné l'alarme pendant des années. Ce sont les pires économistes de France. Il faudrait faire ce qu'on appelle du contrat cyclique. Il faudrait faire de l'investissement.

Quand la machine est en panne, tu mets un peu de carburant à l'intérieur pour la relancer. Là, on n'a plus rien pour relancer parce qu'on est déjà à l'os au niveau des finances. Je le rappelle. Tu sais que j'étais membre de la commission d'enquête parlementaire sur le déficit public qui avait été lancée par les Républicains avant la dissolution, plutôt un truc de droite. Là, il y avait les économistes qui venaient raconter des trucs pas du tout de droite. Ils venaient dire la dette publique aujourd'hui, elle a deux causes. Essentiellement, premièrement, c'est les crises. Crise des subprimes puis crise Covid. Et la deuxième cause, c'est la baisse des impôts sur le capital.

Et ce n'est pas les hausses des dépenses de l'État parce qu'il n'y a pas de hausse de dépense de l'État pendant tout ce temps-là. Il y a la baisse des impôts sur le capital et il y a, ce qui en a plus augmenté, les aides publiques aux entreprises. Mais même les aides publiques de manière générale, j'ai envie de dire. Quand tu fais de la prime d'activité, c'est des salaires qui sont subventionnés. Les allégements Fillon, évidemment, c'est pareil. On a ça qui a bondi 270 milliards d'euros. C'est le premier budget de l'État maintenant, les aides aux entreprises. Il faudrait conditionner, il faudrait qu'il y ait des contreparties, mais il faudrait aussi cibler. Moi, j'y tiens. Le ciblage.

Oui, il y a des secteurs de l'économie qui sont plus en compétition à l'international. C'est l'industrie, notamment. Là, on peut cibler là-dessus. On peut cibler sur le PME plutôt que sur les multinationales. Tandis que là, c'est un espèce d'arrosage généralisé, type crédit d'impôt compétitivité emploi, qui a quand même été la plus gigantesque de ces mesures. Donc, c'était Macron déjà, mais avec Hollande sous la présidence d'avant. 20 milliards d'euros par an, gigantesque. Les trois premiers bénéficiaires, c'était Auchan, Casino, Carrefour. T'imagines, trois groupes de distribution qui ne sont pas en concurrence à l'international. On est sur le marché national.

Donc, on aurait très bien pu faire qu'il n'y ait pas d'aide pour aucun des trois. Ils auraient été à égalité avec les autres. Ça a été un jet d'argent public. C'est toujours, parce qu'on n'est pas revenu dessus, le CICE. On l'a rencontré entériné dans des baisses de cotisations qui ne sont même plus votées au Parlement, qui sont là dans la durée. Mais évidemment, pour l'industrie, j'ai parlé de la compétition. On a sauvé Metex, qui fabriquait la leasing, un acine aminé. C'était la dernière usine en Europe qui fabriquait ça. Pourquoi ? Parce que les Chinois, qui avaient une énergie moins 30%, moins chère, parce qu'ils accèdent au pétrole et au gaz russe, pas cher, dont nous, on est privés.

Donc, nous, nos coûts, ils ont augmenté. Eux, leurs coûts, ils ont diminué. Ils ont envahi le marché européen avec leur leasing. Donc, on ne pouvait pas être compétitif. La leasing fabriquée en Picardie était deux fois plus chère, même si elle est cinq fois moins polluante que la leasing fabriquée en Chine, à partir de charbon, notamment. Comment on a fait ? On a mis de l'argent public. Pour compenser, face au dumping chinois, qu'est-ce qu'on a fait ? On a jeté, là, des... Je veux dire, je me suis bagarré pour qu'on le jette. Mais évidemment, ce que je demande, c'est autre chose. Je demande à l'Europe qu'elle mette en place des mesures de protection.

Sur la leasing, mais sur plein d'autres trucs. Michelin, c'est du pneu asiatique. Je me souviens de cette phrase d'Agnès Panay-Runacher au moment de la fermeture de Bridgestone, parce que nous, ici, dans la région, on a quand même eu Continental, Goodyear, Bridgestone et Agnès Panay-Runacher qui dit « Nous devons faire face à une invasion de pneus asiatiques ». Et elle, tu vois, c'est les bras ballants. Qu'est-ce qu'il y a à faire ? Du coup, elle dit, c'est faire un bon plan social, faire des réclassements, faire de la formation professionnelle. T'as l'impression de pouvoir jouer au bingo, tu sais. Et Barnier, c'est pareil. Tu joues au bingo, tu coches les cases.

Il y a tous les bons mots dans l'ordre qu'on avait déjà, il y a 20 ans maintenant, quand c'était la fermeture de Whirlpool, le lave-linge, quand c'était la fermeture de Goodyear. Enfin, c'était les mêmes mots. Il continue comme avant. Et donc, quand elle dit « C'est une invasion de pneus asiatiques », en fait, ce qu'elle fait, c'est qu'elle naturalise du politique. Elle fait comme si c'était un phénomène naturel, que c'était une épidémie, que c'était des sauterelles, et non pas comme si c'était le fruit de décisions politiques sur lesquelles on pourrait agir. Évidemment, agir, ça veut dire mettre en place du protectionnisme sur les pneus.

Même, ce qui est dingue, là, j'ai lu, le pneu réchappé. Tu ne sais pas ce que ça veut dire, le pneu réchappé, ça veut dire du pneu recyclé. Tu vois, on recycle les pneus, notamment sur les camions. Les pneus asiatiques sont tellement pas chers que ça tue les usines de pneus recyclés sur le continent européen parce que le pneu recyclé, il y a de la main-d'œuvre dedans, et bien ça coûte plus cher que d'importer des pneus venus de Chine. Évidemment, face à ça, si on veut continuer à avoir des usines de pneus en Europe, plutôt que de les faire venir de l'autre bout du monde, il faut protéger.

Quand on fait des choix de protectionnisme, plutôt que de libre-échange, ce n'est pas seulement des grandes puissances les unes face aux autres, ce n'est pas seulement l'Europe face à la Chine et face aux États-Unis, parce que Biden avait déjà pris des mesures protectionnistes, mais Trump va les approfondir. Ce n'est pas seulement ça. C'est des choix de classe à l'intérieur du pays. Ce que je disais sur la crise, ça vaut sur le rapport aux choix commerciaux qu'on fait. Parce que Michelin, au fond, là, ils sont passés de 4 usines en Chine à 25 usines en Chine.

Donc ça veut dire que ça peut y compris rapporter à Michelin le libre-échange où on va chercher à l'autre bout du monde des droits sociaux qui sont les plus bas, des salaires qui sont les plus bas, des normes environnementales qui sont les plus basses. Les multinationales françaises et européennes, elles peuvent être très satisfaites d'un choix libre-échange. Elles viennent dire « Oh là là, regardez, c'est difficile parce qu'on est en concurrence avec la Chine ». En vérité, c'est eux-mêmes qui passent par la Chine pour nous renvoyer leurs voitures, leurs pneus, leurs machines à laver.

La Chine, ou parce que ça pose la question de la concurrence intra-européenne aussi, quand même, il ne faut pas oublier que notre coin, par exemple, a beaucoup souffert d'envoi de pneus en Roumanie, c'était continental, l'envoi de lave-linge en Slovaquie, l'envoi de sèche-linge en Pologne. Donc il y a aussi la concurrence intra-européenne. Les firmes françaises ne sont pas les victimes à l'intérieur. Les capitalistes français, c'est-à-dire les banquiers, les actionnaires, les assureurs, eux-mêmes, ils sont partisans du libre-échange. On parlait de la grande distribution. Évidemment, la grande distribution est partisane du libre-échange.

C'est elle qui a demandé davantage de libre-échange sur le textile pour pouvoir aller fabriquer son textile. D'abord, ça a été dans les pays du Maghreb. Ensuite, ça a été à Madagascar. Ensuite, ça a été en Chine et en Inde. Quand on a à faire des choix commerciaux, de libre-échange ou de davantage de protection, ce ne sont pas seulement des compétitions à l'international, c'est aussi des rapports de classe à l'intérieur de la société. Évidemment, là, depuis 40 ans, il y a des choix qui sont faits, qui favorisent la finance, qui favorisent les multinationales par rapport à des PME qui peuvent être plus ancrées dans leur territoire ou par rapport aux salariés.

C'est Gary Becker, prix Nobel, prix de la Banque de Suède d'économie, en 1993, qui dit, voilà, la protection de l'environnement et les droits des travails sont devenus trop élevés dans nos pays. Heureusement, on va avoir le libre-échange qui va faire reculer tout ça. Il avait raison. Et donc, c'était un ultra-libéral, tu vois. Eh bien, il a raison. Depuis tout ce temps-là, grâce aux accords internationaux, ça fait faire reculer à la fois, tu vois, son intelligence à lui. Il voit clair. Parce qu'il lit environnement et droit du travail. Il voit bien que les deux sont liés et qu'il va permettre de faire reculer les deux. Il se pose, du coup, en Europe, une double question.

Un, le protectionnisme. Oui, maintenant, il faut y aller. Il faut y aller vraiment. Olivier Luanzi, qui a rendu un rapport sur l'industrie, il dit qu'il faut identifier les 150 produits sur lesquels on a le plus de déficit commercial. Parce qu'il faut dire, notre déficit commercial, rien que sur les produits manufacturés, c'est 50 milliards d'euros cette année. Et puis les mecs, ils continuent comme avant. Il faut identifier les 150 produits sur lesquels on a le plus de déficit commercial et là-dessus, mettre des normes, mettre des protections douanières, mettre des quotas d'importation, mettre un certain nombre d'outils commerciaux en place pour réguler ça.

Il ne s'agit pas de faire de l'autarcie. Il s'agit de réguler les échanges. Là, il y a un choix qui a opéré au niveau européen. Il faut le faire vite. Parce que sinon, c'est ce que Mario Draghi dit. Il dit, c'est le suicide. C'est l'autodestruction de l'Europe. Donc, ce n'est pas de l'autarcie. Ce n'est pas un relèvement de 20% des droits douanes sur tous les produits. Tout ça n'aurait pas de sens. Mais c'est en revanche identifier, par exemple, les 150 produits. C'est mettre en place, comme le proposait notamment Nicolas Méliant, une taxe charbon aux frontières. Moi, j'appelle ça la taxe charbon aux frontières et non pas la taxe carbone aux frontières.

Tu identifies les 10 pays qui utilisent le plus de charbon dans leur économie et quand ça vient de là-bas, tu taxes à hauteur de leur pourcentage d'usage du charbon. Donc, tu fais d'une pierre trois coups, pour ainsi dire. Parce que tu taxes aux frontières. Donc, ça te fait des ressources budgétaires. Tu remets en ligne la transition écologique puisqu'il y a un impératif, s'ils veulent continuer à exporter vers l'Europe, de faire baisser leur part de charbon à l'intérieur. Et troisièmement, tu protèges l'industrie européenne. Donc, je pense que c'est ce genre de mesures qu'il s'agit maintenant de pousser, de pousser, de pousser, de pousser, en accéléré.

C'est le premier débat qui doit avoir lieu. Le deuxième débat, il faut qu'il y ait un investissement public européen. Si jamais la France est à la peine, si jamais il y a deux pays qui sont à la peine pour faire du contrat cyclique, comme j'ai dit, il faut que l'Europe, elle permette qu'il y ait de l'investissement. Parce que ce qui est plus dingue dans ce qu'ont fait Bruno Le Maire et Emmanuel Macron ces dernières années, c'est que non seulement ils ont creusé la caisse, mais même pas en faisant de l'investissement. C'est là que c'est dingue. Non, deux, trois bricoles. Mais pour l'essentiel, c'était juste des aides tous azimuts aux entreprises. Sur tout ça, il faut agir.

Parce que l'inaction, parce que l'impuissance, ça va se traduire par de la résignation. Ça va se traduire par le pire dans les urnes aussi. Parce que ce qu'on vient de raconter, qui en fait c'est le scénario qui se déroule depuis 40 ans, c'est ça qui est pour l'essentiel un moteur de vote de rassemblement la suétenale dans un coin comme le mien. Si je veux donner dans tout ça un motif d'espoir, je veux dire qu'aujourd'hui, c'est beaucoup moins orthodoxe. On avait des élites qui étaient hyper orthodoxes sur le libre-échange, la mondialisation heureuse. Et nous, on souffrait parce qu'on venait tenir à notre discours et on était des ploucs. On comptait pour rien.

Et même, tu vois, au niveau du traité constitutionnel européen, je rappelle 55% des Français qui votaient non, 80% des ouvriers, 71% des employés, 67% des chômeurs. Et tous ces gens-là ont compté pour rien. Ils ont continué comme avant. Maintenant, la question, c'est pour qui on prend des décisions ? Aux États-Unis, on disait ce qui est bon pour General Motors est bon pour l'économie. Est-ce que nous, on doit dire ce qui est bon pour LVMH est bon pour l'économie ? Parce qu'évidemment, Bernard Arnault, première fortune de ce pays, il va venir plaider qu'il faut qu'il puisse exporter des sacs et du cognac aux États-Unis comme en Chine.

Donc, il va vouloir le moins de protection possible et le maximum de libre-échange. Et je le dis parce que ça fait la transition avec mon dossier suivant. Est-ce qu'on considère que c'est Bernard Arnault qui doit chichoter à l'oreille d'Emmanuel Macron, et y compris en matière de politique intérieure ? Est-ce que c'est à son service qu'est le ministre de Bercy ? Est-ce que c'est à son service que sont la police de la République et la justice de la République ? Putain ! Ah, putain de merde ! Ah là là ! On tournait le bulletin et voilà ce que devient la flammeune tuche creflet de France, mon Paul Sylvain. Elle est juste flammeune. Hyper flammeune, ouais. Bon. J'en viens à ça.

C'est plus drôle, quand même. Je ne peux pas m'empêcher de regarder ça comme une farce, tu sais, qui n'est qu'amour. C'était « I love Bernard ». C'était finalement la volonté d'animer la démocratie et même la démocratie actionnariale en intervenant aux assemblées générales des actionnaires de LVMH. D'ailleurs, dans les auditions, y compris Squarcy, ils ont un aspect farce, c'est une mouvance situationniste, ce n'est pas violent. Les RG disent c'est du festif et du symbolique. Et pourtant, le numéro 2 de LVMH, Pierre Godet, va demander à infiltrer Fakir et à ce que je sois surveillé. À partir de là, tu vas avoir une sous-traitance.

C'est marrant parce que dans le film, on dénonçait la sous-traitance de LVMH qui faisait fabriquer ses costumes Kenzo à Poids du Nord, puis qui les a délocalisés en Pologne, puis qui de Pologne imaginait les délocaliser en Roumanie, je crois. Et là, tu as une sous-traitance en scascade puisque Pierre Godet de LVMH fait la demande à ce qu'on soit infiltré. Derrière, tu as Bernard Squarcy qui a sa société Kyrnos, un sous-traitant, qui touche 2,2 millions d'euros. Tu as la pomme à nous, quoi. Il délègue à un mec qui s'appelle Sevenot, un truc d'intelligence économique qui, lui, touche 452 000 euros.

En dessous, ce mec délègue à Brisard, Jean-Charles Brisard qui a sa société JCB qui lui délègue à un mec qu'on a surmonommé le Libanais, tu te souviens, Marc Folle, qui en vérité s'appelle Albert Farat qui touche 119 000 euros. Et en fait, la nana qui fait tout le boulot à l'arrivée, l'ouvrière de l'espionnage, quelqu'un qui s'est incrusté chez nous comme photographe, qui, elle, touche deux chèques de 500 euros. Et puis, il y a un peu d'argent liquide. Et ce qui est marrant, c'est que quand on lit son témoignage, je ne vais pas donner son nom parce que c'est une pauvre fille. Finalement, je ne lui en veux pas, tu vois.

On voit comment elle est maltraitée, y compris ses sordides dans des relations sexuelles avec son donneur d'ordre, Albert Farat, comment il me décrit, lui, pour lui dire, vas-y, il faut que tu les infiltres, il faut que tu les surveilles en disant qu'on est facho et dangereux. C'est marrant, dans son audition, tu vois, je dois avoir là son PV, je me sentais fakirienne. Alors, on lui demande quand ? Elle dit, dès le premier jour. J'étais étonné du nombre de CRS mobilisés pour ce petit groupe, tandis qu'il ne s'agissait que de te proposer une assiette de moules frites à un grand patron. C'était Bonenfant.

Tu te souviens, je suis allé à l'Assemblée Générale en disant, comme Bernard Arnault n'est pas venu manger des moules et des frites avec nous, la frite étant quand même le symbole du partage, on va aller lui apporter notre moule frite. Elle dit, c'était Bonenfant, un joyeux bordel, du théâtre en flash mob dans le monde des actionnaires. J'ai trouvé cela terriblement intelligent et troublé par la force policière mise en place devant seulement 20 personnes. Et dans son audition, ce qui est encore plus stupéfiant, c'est qu'elle dit qu'elle a peur. Mais ce dont elle a peur, ce n'est pas de Fakir qu'elle était en train d'infiltrer. Pas des fachos et dangereux Fakir, tu vois.

Mais ce dont elle a peur, c'est de Albert Farad, c'est de Squarceny où elle dit qu'elle trouvait qu'il y avait un fonctionnement mafieux, qu'elle les redoutait, qu'elle les craignait. Et c'est pour ça qu'elle a continué à œuvrer à l'infiltration de Fakir. C'est marrant parce qu'ils revendiquent tous d'avoir infiltré quelqu'un, on a infiltré deux personnes. Et quand ils se retrouvent devant le juge, ils disent « Non, non, non, c'était pas de la filtration, on s'est pas bien compris, c'est pas de ça exactement qu'il s'agissait. » Il y a des trucs où la disproportion est juste comique. Moi, je peux pas empêcher de voir le côté comique. Je te dirais le côté tragique après tout ça.

À un moment, ils font installer un bouton anti-panique à l'accueil de LVMH en disant qu'on a procédé à, comment ils appellent ça, c'est pas une incursion, mais une entrée par à la force.

17:35
Invité

« Bernard, on a eu un problème, les mecs de Fatir sont rentrés au bureau. »

17:40
Présentateur

« Ils sont rentrés

17:41
Invité

dans le bureau ici ? » « Oui, en bas. » « À Montagne ? » « Oui. » « Ok. » « Combien ? » « Toute une petite bande, enfin, il n'était pas beaucoup, mais ils avaient des t-shirts « I love Bernard. » »

17:50
Présentateur

En fait, on avait à l'époque des mugs « I love Bernard. » Je dois en avoir ici s'il n'est pas au lave-vaisselle. Ah non, il est là. Hop, celui qui est cassé. À l'époque, on avait des mugs « I love Bernard. » On avait, je sais pas si tu te souviens, même des tongs « I love Bernard. » On avait des assiettes « I love Bernard. » Et on avait, bien sûr, le t-shirt « I love Bernard. » Et on avait toute cette collection-là. Et on était allé à l'entrée de LVMH en disant, voilà, on est des étudiants en graphisme, on a mis en place un concept, on voudrait offrir nos objets à Bernard Arano.

Le mec, à l'accueil, le vigile, un peu surpris, dit, « Bon, bah, écoutez, normalement, j'ai pas le droit, mais vous m'avez l'air sympa et tout ça, je vous laisse rentrer. » à les images. Je m'avance vers l'accueil et là, qui je vois à ce moment-là ?

18:34
Invité

Et bien entendu, M. Arnaud ne descend jamais et là, il est en bas.

18:37
Présentateur

Oh, putain. Bon, OK. Bernard Arnaud, mon héros, tu vois. Non, mais M. l'a eu peur. En plus,

18:42
Invité

il était avec David de Rothschild.

18:44
Présentateur

Oh, putain.

18:45
Invité

Puis avec David de Rothschild, après, il va aller le raconter, quoi, c'est commencé.

18:48
Présentateur

Le vigile me dit, « Si tu bouges, je te tue. Mais moi, si tu veux, emporté par l'amour, je ne résiste pas. Je me précipite vers l'accueil. Je tends mon mug « I love Bernard ». C'est un dessin animé, vraiment, parce qu'en même temps, je suis ceinturé par le vigile qui me fait faire une espèce de marche arrière. Tu vois la scène au ralenti, là ? Et là, en même temps, Bernard Arnaud capte mon mug, regarde mon mug avec marqué « I love Bernard » dessus et je suis ramené dehors et là, le vigile me dit, « Si je te retrouve, toi et ta famille, je vous tue. » Bon, c'est le seul moment où je n'ai pas rigolé dans ce truc-là.

Mais tu vois, l'espèce de disproportion entre notre gag d'amener la collection de nos objets « I love Bernard » avec eux qui demandent l'installation d'un bouton anti-panique et qui réclament qu'il y ait davantage d'infiltration du groupe pour qu'on puisse prévenir ce genre d'action violente.

19:43
Invité

Ah, et puis il y a quelque chose, Bernard, est-ce que vous pouvez nous faire monter un petit bouton de panique ? Un bouton de panique ? Vous savez, c'est un petit panique, j'en sais rien. Ouais, un petit bouton d'alarme. Ouais.

19:54
Présentateur

Ok.

19:55
Invité

Ok.

19:55
Présentateur

Merci. Merci. Partout ensuite, ils disent « Action violente, action violente, action violente, action violente. Jamais je n'ai fait preuve de la moindre violence, sinon verbale. Verbal, je peux crier fort. Quand on allait dans les AG d'actionnaire, c'était en tant que petit actionnaire pour éclairer les autres petits actionnaires en faisant juste l'usage de notre parole et de la parole des salariés qu'on amenait. C'est tout ce qu'on a fait. Mais c'est traduit pour toi partout dans Action violente. Je pense qu'il y a un côté où ils n'y croient pas trop eux-mêmes, mais juste, il faut qu'ils vendent des services à LVMH.

Et pour vendre des services à LVMH, il faut leur dire que « Putain, ce groupe, il est quand même dangereux. » Alors qu'on voit Squarsini, ils demandent une note sur Tarnac, tu vois. Bon, moi, je n'ai jamais rencontré les mecs de Tarnac. Peut-être qu'on pourrait avoir une discussion, mais ce n'est pas le sujet, tu vois. Mais ils cherchent à nous associer au Black Block, à tout ça. Alors que, comme c'est marqué à plein d'autres endroits, on était juste des joyeux lurons. Il y a des moments qui étaient moins drôles dans tout ça. Un jour, je vais jouer à la pétanque là, je rentre chez moi. Au moment où je franchis le seuil de ma porte, je reçois un appel.

« Ça va, tu as gagné ou tu as perdu la pétanque ? » Tu vois, tu te retournes et tu dis « Où est-ce qu'il est le mec qui m'a filé jusqu'ici ? » Quand tu as des gosses, tu vois, tu dis « Ouah, ouah, tu t'interroges un petit peu. » Et pourtant, j'ai continué à trouver tout ça. Même, tu vois, le juge d'instruction n'a pas réussi encore à démêler le vrai du faux parce qu'on avait des tas de personnages. Moi, je m'amusais entre Ruffin, Jérémy, Jérémy qui dénonçait Ruffin. On avait repéré quand même une top à l'intérieur. La deuxième, la photographe, on ne l'avait pas repérée mais ce qui fait qu'on les intoxiquait.

Donc, il y a des documents qui sont présentés comme étant des vrais alors que c'est des trucs qu'on a juste balancés pour la top qu'on voulait intoxiquer. Il y avait tous des films sur les espions du temps de la guerre froide. J'adorais quand il y avait sur le pont à Berlin où il y avait des échanges d'espions. Il y avait une ambiance comme ça mais juste, c'était dans nos cuisines, tu vois. Jane Bond chez les ch'tis. Donc, c'était quand même vraiment marrant. Pourquoi je prends au sérieux quand même cette histoire-là ? Il n'y a qu'avec le recul, je me dis, bon, les moyens qui ont été déployés par LVMH, par Squarsini pour introduire des tops à la rédaction, c'est un truc de dingue quand même.

Il y a ensuite que ça s'est éclairé par d'autres affaires. Quand tu vois ce qui est arrivé à Tristan Valex qui travaillait toujours complément d'enquête pour France 2 qui était aux côtés de Benoît Duquesne, on leur a mis la pression. On leur a même fabriqué des fausses affaires comme quoi ils auraient acheté des témoignages ce qui était absolument faux mais pour leur mettre la pression par la police, pour leur mettre la pression par la justice, pour mettre la pression aussi sur des affaires privées en allant chercher des maîtresses. J'avais de la chance moi c'est que je n'avais pas de hiérarchie donc on ne pouvait pas venir faire pression sur moi d'en haut.

Je n'avais pas de publicité on ne pouvait pas me couper mes ressources alors que LVMH c'est le premier budget publicitaire du pays et je n'avais pas de femmes. Et c'est une chance parce que si j'avais eu des histoires de fesses ils auraient utilisé ça pour me mettre la pression. Et donc en fait quand je regarde ce qui est arrivé à des journalistes de AFP, à des journalistes de France 2, c'est la même histoire mais en mode tragique où il y a déjà LVMH possède directement un paquet de journaux les échos Paris Match maintenant le Parisien ils sont le premier annonceur du pays et ceux les esprits libres qui leur échappent on vient leur faire peur. Je n'ai pas eu peur.

On a eu cette chance qu'il n'y avait pas trop de moyens sinon peut-être venir nous mettre de la pression physique directement mais on n'est pas encore dans un pays où ça se passe par des coups. L'autre chose qui me fait prendre ça au sérieux c'est que quand même on a là des gens de l'antiterrorisme sur notre petit cas et qui mettent à contribution l'antiterrorisme du pays. C'est le numéro 2 de l'Elysée du renseignement je ne sais pas si tu imagines qui est sollicité pour étudier le cas Fakir. Il y a des agents de la DCRI la Direction Centrale du Renseignement Intérieur qui sont mobilisés.

On leur demande même de mettre en alerte la police belge parce qu'on est allé au siège LVMH au Belgique avec un inspecteur des impôts d'ailleurs il est marqué dans le dossier que c'est un faux inspecteur des impôts je signale qu'ils peuvent faire une vérification sur internet c'est pas la peine de faire des filiatures tout le temps. Markoven S. est un véritable inspecteur des impôts belge qui a véritablement enquêté sur Bernard Arnault en Belgique. Tous ces gens des services de renseignement de la police on va chez Dior il y avait 8 quarts de police alors qu'il y avait 2 personnes de chez nous.

Franchement je suis convaincu que les services de renseignement les services antiterroristes les services de police de notre police ont beaucoup mieux à faire que d'être mobilisé autour de Fakir et de ma personne. Il y a des violences conjugales dans notre pays il y a matière à enquête le banditisme c'est une chose sérieuse et évidemment le terrorisme est une chose sérieuse et donc comment ça se fait que parce qu'on est Bernard Arnault on arrive à faire que des pans entiers de la police soient mis au service de son intérêt très particulier.

je ne reviens pas sur la justice qui a été mise à son service puisqu'il a été exfiltré du dossier en payant un chèque de 10 millions d'euros et non pas en ayant LVMH aujourd'hui sur le banc des accusés mais on a quand même réussi à faire que Bernard Arnault vienne à ce procès et il sera là le jeudi 29 novembre à 9h30 du matin on aura Bernard Arnault qui sera là pour répondre aux questions des magistrats et aux questions de nos avocats.

Je termine là-dessus mais l'audition de Bernard Arnault c'est un vrai sketch il est au courant de rien le mec quand on lui dit la DGSI était sur le dossier il me dit je ne m'intéresse pas à ces questions Pierre Godet avait une très grande latitude il était vice-président du groupe avec des pouvoirs et qui allaient en lumière c'est vachement pratique parce que Pierre Godet il est mort on lui met tout sur la casquette ce pauvre Pierre Godet on lui dit l'activité de Bernard Squarsini s'effectuait principalement depuis les locaux qui étaient mis à sa disposition il avait son bureau au siège LVMH et il avait une adresse de messagerie qui était et là Bernard Arnault je n'en sais rien ça c'est sur le maître chanteur parce qu'il y a un chauffeur de Bernard Arnault qu'il faisait chanter sur une de ses maîtresses il y a un agent de la DCRI qui dit qu'il a participé à une mission de surveillance et là il dit je n'ai aucun souvenir de cela je n'ai aucune connaissance de ces menaces le mec il y a un maître chanteur sur lui pour une affaire très personnelle et il dit je n'étais pas au courant de ça non plus pourriez-vous apporter des précisions sur cette action de déstabilisation révélée par monsieur Squarsini je n'étais pas informé de cela je n'en ai aucun souvenir dans les procès de drogue c'est pareil sur Hermès je n'en sais rien toujours sur le maître chanteur je n'en ai jamais entendu parler sur le fait qu'ils font remonter des informations des services de l'état vers Squarsini et un ancien magistrat qui est sur le banc des accusés qui s'appelle Laurent Marcadier il dit je découvre ces faits qui est dingue c'est sa secrétaire qui est malade on n'a pas de chance parce qu'on l'a fait citer à l'audience mais elle est malade pendant des semaines donc elle ne peut pas venir témoigner elle demande à ce qu'il y ait une note qui soit faite par Bernard Squarsini pour rassurer Bernard Arnault sur le fait qu'il y a plein de mesures qui sont prises contre Fakir et moi il dit je n'ai jamais été destinataire de cette note je ne suis pas au courant de cela je le découvre je n'ai aucune information à ce sujet j'entends parler de cette affaire pour la première fois ah et il conclut c'est là peut-être le plus drôle tu vois ils nous ont fait infiltrer ils ont eu des informations par les services de l'état et plus par deux tops mises dans Fakir et il conclut en disant nous sommes très attentifs à l'éthique nous avons d'ailleurs une charte

27:04
Locuteur

ah ah ah ah

27:06
Présentateur

ah ah ah ah à bernard qu'est-ce qu'il est drôle ça ne m'étonne pas qu'on ait réussi un bon film comique avec lui quand même bon bah voilà on aura l'occasion de le rencontrer La première fortune d'un pays où vient en général l'oligarchie, on lui remette les pieds sur terre, qu'elle n'estime pas qu'elle peut tout faire avec la police, qu'elle peut tout faire avec la justice, qu'elle peut tout faire avec la presse. Mais c'est un combat qu'on peut quand même mener dans la joie. Et on a éprouvé de la joie tout au long de ces années avec Bernard. Et je pense qu'on va continuer à éprouver de la joie, j'espère, cette semaine et la semaine prochaine devant le tribunal de Paris.

Un combat dans la joie. Voilà.