Moyen-Orient : Antoine Basbous est l'invité d'Anne-Sophie Lapix
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Tout ça pour ça, 4 mois de guerre, de bras de fer, de menaces d'extermination pour parvenir à un accord de paix qui cède sur à peu près tout. Même les supporters de Donald Trump s'interrogent sur le compromis signé hier par le président américain. N'avait-il pas le choix ? Est-ce qu'au moins il met fin à la crise du pétrole ? Notre grand invité RTL Soir est Antoine Basbouze, politologue associé chez Forward Global et directeur de l'Observatoire des Pays Arabes. Bonsoir Antoine Basbouze. Bonsoir Madame. Donald Trump avait promis qu'il n'y aurait pas d'autre accord qu'une capitulation sans conditions. Mais il parlait de l'Iran. Est-ce que là c'est lui qui a capitulé ?
Vraisemblablement c'est ça. Il avait annoncé la capitulation de l'Iran. Il a voulu écraser l'Iran, dicter ses conditions. Et on se retrouve 3 mois et demi après le début des affrontements que les Etats-Unis, le pays, la première puissance au monde qui reculent, qui démissionnent devant un pays qui est soumis aux sanctions depuis 47 ans, qui n'avait pas les moyens, qui n'avait pas d'aviation. Et malgré ça, l'Iran l'a emporté sur les Etats-Unis. Quand un pays faible n'est pas battu par un pays fort, il l'emporte. C'est lui qui gagne. Et c'est le cas aujourd'hui.
Malgré les franfaronnats du président américain, malgré la victoire annoncée par ses propres services et par sa propre bouche en quelque sorte, il anime à lui seul une agence de presse. Oui c'est sûr. Et c'est sûr qu'il parle beaucoup, il communique beaucoup.
Mais qu'est-ce qui témoigne le mieux, le plus, de ce recul, de cette retraite de Donald Trump ? C'est le renoncement à privé l'Iran de son uranium et de sa capacité à acquérir l'arme nucléaire ?
Rappelez-vous, au départ, l'association, l'alliance entre Israël et les Etats-Unis voulait abattre le régime iranien, voulait détruire le programme nucléaire iranien, réduire le programme balistique et couper court au proxy. Or, les Iraniens ont fait une diversion en bloquant le détroit d'Hormuz. Et donc la négociation a porté sur le détroit d'Hormuz qui a servi de levier pour négocier avec les Américains. Et comme M. Trump a décidé de ne pas mettre le prix de la victoire, il a décidé de déserter, de laisser en l'état la situation. Donc il a reculé. Au lieu d'envoyer, par exemple, 100 000 hommes...
C'était ça le prix de la victoire, envoyer 100 000 hommes ?
100 000 hommes pour montrer à l'Iran sa détermination et dire, je vais envoyer mes hommes sauter sur le détroit d'Hormuz et les libérer par la force. Au lieu de faire ça, les Iraniens ont compris que M. Trump se dégonflait et qu'il voulait juste faire de la communication et envoyer des avions bombardés. Or, eux, quand il y a les avions, eh bien, ils se cachent, ils se tairent. Et les martyrs parmi eux sont des shuhada, c'est-à-dire des gens qui montent au paradis, ils sont placés à la droite du Mahdi, donc ils sont récompensés, on ne va pas les pleurer.
Vous l'avez dit, il y a des reculs sur tous les tableaux, mais l'Iran va également récupérer ses milliards d'avoirs gelés. On va même réunir des fonds. 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Iran et les sanctions internationales, vous disiez, en place depuis 47 ans, devraient être levées. Il y a absolument tout ce que réclamait Téhéran.
Quasiment tout. La seule chose qui reste à faire, c'est de renvoyer les armées américaines qui ont des bases dans le Golfe aux États-Unis.
Pour l'instant, ils ont gardé le droit de conserver cette présence dans les États-Unis.
Les pays arabes qui reçoivent ces bases vont demander aux Américains, vous avez été incapables de nous défendre, vous avez été incapables de vous défendre, qu'est-ce que vous faites encore ici ? Donc là, l'ordre régional qui était auparavant américain va devenir rapidement un ordre iranien, un ordre perse. Les Arabes seront vassalisés. Et M. Trump, qui a perdu la guerre, envoie la facture au monarchie arabe en leur disant à vous d'abonder les 300 milliards de dollars. Or, ces pays vont devoir, doivent dire, mais non, on n'était pas associés à l'initiative, on a subi des dégâts, il nous faut des réparations, au lieu de sortir de leur fonds souverain les 300 milliards réclamés par M.
Trump, qui a engagé la guerre et qui l'a perdu aux côtés d'Israël.
Alors, il y a encore deux mois de négociations qui commencent aujourd'hui, c'est ce que prévoit l'accord et c'est ce qu'a confirmé le vice-président américain. Est-ce qu'on peut imaginer que les États-Unis reprennent la main lors de ces discussions ?
Ils ont engagé un bras de fer sur le champ de bataille, ils l'ont perdu. La précédente négociation sur le seul dossier nucléaire a commencé en 2003 et elle s'est achevée en 2015. Donc, 12 ans de négociations. Comment voulez-vous réduire ces années en 60 jours pour négocier et l'avenir du régime, et le nucléaire, et le balistique, et les proxys ? D'ailleurs, le régime maintenant a bénéficié d'une légitimité, d'une relégitimation qui va lui servir pendant un demi-siècle. Il va dire d'abord à l'opposition iranienne, écrasez-vous, j'ai battu la première puissance mondiale, j'ai battu la première puissance régionale, couchez-vous, c'est moi qui commande.
Il va dire la même chose. Il n'y a pas un mot, d'ailleurs pour le peuple iranien, dans cet accord.
Oui, rappelez-vous, en janvier, M. Trump avait dit, on arrive, l'aide arrive, après les 30 à 40 000 personnes tuées en deux nuits. Donc, d'un côté, il y a ça, et de l'autre, l'Iran va dire à ses voisins, vous voyez, vos protecteurs, votre parapluie, il est percé, l'Américain s'en va, et donc, couchez-vous, abondez les 300 milliards décidés par M. Trump, qui a perdu la guerre.
Vous le disiez, tout cela pour le détroit d'Hormuz, qui est devenu l'arme de l'Iran, en fait. La fermeture du détroit d'Hormuz, il a été bloqué près de 4 mois, et de fait, aujourd'hui, les bateaux circulent de nouveau dans le détroit, peut-être pas aussi bien qu'avant, pas aussi nombreux ?
Auparavant, il y avait à peu près 120 bateaux qui traversaient le détroit par jour. Aujourd'hui, on est 4, 5, 6, il y a encore quelques drones, il y a peut-être des mines, mais la menace, ou l'hypothèse de la présence de mines fait retenir les armateurs et les assureurs.
Bien sûr.
C'est là où c'est important que la flotte européenne, franco-britannique, essentiellement, les démineurs aillent vérifier ce qu'il en est, et c'est peut-être ça, l'utilité du G7 et du grand dîner de Versailles, qui a été entaché, quand même, par cette signature. M. Trump a signé ça à Versailles pour enrober une défaite en un succès, pour associer un témoin européen qui a présidé le G7. C'est... Personne n'est dupe, je crois.
C'est pour donner un vernis à cet accord qu'il a mis en scène.
Oui, mais c'est enrober, c'est embellir, c'est, quelque part, c'est maquiller cet accord dans le décorum de Versailles en présence d'un chef d'État européen à l'issue du G7. Bref, c'était une façon de sortir par le haut, mais la réalité est là. C'est un accord qui n'honore pas les États-Unis, première pour sens au monde, ni sa diplomatie, ni ses golfeurs qui ont joué aux diplomates, aux Kissinger ou aux James Baker dans le golfe, ils ne connaissent rien à rien, qui avaient en charge l'Ukraine, la Russie, Gaza et l'Iran, et qui ne connaissent pas du tout ça.
Ce sont des copains qui jouent au golfe avec le président et qui sont des promoteurs immobiliers, qui connaissent rien du tout à la diplomatie.
Cette guerre a été lancée conjointement par les États-Unis et Israël. Israël n'a plus son mot à dire.
Israël sort quelque part accablé par cet accord. Surtout, c'est le Liban qui sort accablé, parce que dans cet accord, le cessez-le-feu que l'Iran impose au Liban, c'est reconnaître le Liban par les Américains comme étant une colonie iranienne. Au moment où, à Washington, il y a eu cinq sessions de négociations libano-israéliennes directes au Pentagone, au département d'État. Comment les États-Unis parrainent ces négociations directes ? Cherchent à désarmer le Hezbollah puisqu'il est considéré à Washington comme une organisation terroriste et en même temps, reconnaître le Liban comme une colonie iranienne. Vous voyez, la défaite, elle n'a plus de limites.
Merci beaucoup Antoine Basbouz, politologue associé chez Forward Global et directeur de l'Observatoire des Paysardes. Merci beaucoup.
Merci.
Dans un instant, on retrouve la petite bande d'RTL soir. L'info spéciale Coupe du Monde qu'on a failli manquer, ce sont les badges sur les maillots des joueurs. Vous avez remarqué, il y en a de plus en plus. Le petit phénomène, c'est celui des autobronzants qui reviennent en force et puis la tentation du soir nous emmène au concert de Florent Pagny à l'Olympia. A tout de suite.
Tous les jours, toute la journée.