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interviewEurope 1 — L'interview politique du week-end· 7 septembre 2025 7 min

Vote de confiance : «Nous avons besoin d'en finir avec une politique demandant aux plus modestes des sacrifices supplémentaires», déclare Ian Brossat, sénateur communiste

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

8h14 sur Europe 1, Alexis de Lafléchère, vous recevez maintenant Yann Brossat, sénateur communiste et candidat à la mairie de Paris.

0:06
Ian Brossat

Bonjour Yann Brossat, bonjour, merci d'être avec nous. On va revenir ensemble bien sûr sur le vote de confiance prévu demain à l'Assemblée Nationale sur le déficit public, J-1 avant la très probable chute de François Béroux. Mais avant Yann Brossat, je voulais avoir votre réaction sur cette polémique, sur cette affaire à France Inter. Vous avez sûrement vu cette vidéo amateur, vidéo édifiante, où l'on entend deux journalistes du service public, Thomas Legrand et Patrick Cohen, parler de stratégie électorale avec des membres du Parti Socialiste. Stratégie pour favoriser Raphaël Glucksmann, candidat à la mairie de Paris, et écarter la candidate des Républicains, Rachida Dati.

On entend même Thomas Legrand dire, Patrick et moi, on va faire ce qu'il faut pour Dati. Résultat, Thomas Legrand a été suspendu, rien pour l'instant pour Patrick Corrine. Est-ce que ça vous choque Yann Brossat ? Est-ce que la neutralité du service public n'est pas gravement entachée ?

1:01
Présentateur

Vous savez, moi je n'ai jamais pensé que les journalistes étaient d'une neutralité absolue. D'ailleurs, quand j'écoute votre antenne, je n'ai pas le sentiment que ce soit la neutralité qui prédomine, et ça ne me choque pas. En l'occurrence, il y a des éditorialistes, ils ont un parti pris, et tout le monde le sait. Et pour le reste, moi ce qui me choque profondément dans cette affaire, c'est qu'on gère des relations humaines, des ressources humaines, sur la base de conversations privées qui ont été volées. Imaginez, vous vous retrouvez vous-même dans un troquet, vous discutez avec des collègues, vous dites du mal de votre patron.

Quelqu'un enregistre cette conversation, la diffuse sur les réseaux sociaux, et vous vous retrouvez viré. Vous trouveriez ça absolument scandaleux. Ce sont des méthodes de voyous, et d'ailleurs, ce qui m'intéresse, et ce que je pense qu'on devrait essayer de comprendre dans les semaines et les mois qui viennent, c'est comment est-ce que cette conversation a été enregistrée, et comment elle finit par se retrouver sur les réseaux sociaux. Ça, oui, je pense que ce serait très intéressant. Mais faisons attention, parce que si on continue comme ça, comment ça va finir demain ?

Est-ce qu'on va mettre les journalistes sur écoute pour vérifier que, dans leurs conversations privées, ils ne nouent pas des relations particulières avec des journalistes ?

2:09
Ian Brossat

J'entends, Yann Brossat, ce que vous dites, mais sur le fond, sur la neutralité du service public, est-ce que vous comprenez que certains Français puissent être choqués, justement, que, voilà, on peut se dire, des journalistes sur le service public vont utiliser leur titre de journaliste, et peut-être même l'antenne, pour favoriser un candidat ? Est-ce que vous entendez juste que certains puissent être choqués par cela, juste sur le fond ?

2:34
Présentateur

Je l'entends parfaitement, simplement, nous avons une chance dans notre pays, c'est d'avoir des médias qui défendent, qui défendent en tout cas, qui présentent des options politiques qui sont diverses. C'est la richesse d'une démocratie, et par conséquent, si on n'aime pas le service public, si on n'aime pas France Inter, on a la possibilité d'écouter d'autres radios comme Europe 1, par exemple. Vous savez, moi j'ai vraiment le sentiment qu'on a affaire à une polémique, sur la base, une fois de plus, d'une conversation volée, avec un montage.

Nous n'avons pas l'intégralité de la conversation, les journalistes eux-mêmes disent que ça n'était pas le sens de la conversation qu'ils avaient avec ces deux responsables du Parti Socialiste, et donc faisons attention aux interprétations hâtives qu'on est susceptible d'en faire.

3:19
Ian Brossat

La classe politique, en tout cas, condamne assez largement, Jean-Luc Mélenchon a dit sur le réseau social X, il a dénoncé une vidéo consternante, tout le monde semble quand même assez d'accord. Yann Brossat, je voulais quand même aussi vous avoir ce matin sur le vote de confiance, c'est demain, François Bayrou ne sera plus Premier ministre, a priori, mais quelle est la position du Parti Communiste sur l'après, François Bayrou ? Qu'est-ce que vous souhaitez, qu'est-ce que vous demandez ?

3:45
Présentateur

Pour moi, l'enjeu, il est assez simple, il est désormais acté que le Premier ministre va partir, et tant mieux, parce que la politique qu'il veut infliger aux Français, notamment aux plus modestes et scandaleuses, l'enjeu, ce n'est pas simplement de tourner la page de François Bayrou, c'est de tourner la page des orientations politiques qu'il défendent. On a besoin d'en finir avec une politique qui demande systématiquement aux salariés, aux plus modestes, de faire des sacrifices supplémentaires, alors que dans le même temps, on continue à verser 211 milliards d'euros d'aides publiques aux entreprises, sans contrepartie, comme l'a prouvé notre commission d'enquête parlementaire.

On a besoin de remettre de la justice sociale, et donc, il y a besoin d'un nouveau gouvernement qui mette en place une politique plus juste, et surtout plus conforme à ce que les Français ont exprimé aux dernières élections législatives.

4:31
Ian Brossat

Bon, on suivra bien sûr avec beaucoup d'attention demain à l'Assemblée nationale, ce vote de confiance. Yann Brossat, le 23 août dernier, à Saint-Raphaël, était inaugurée la première stèle en France à la mémoire des victimes du communisme. C'est le maire LR, Frédéric Macaulier, qui dit vouloir briser un tabou mémoriel. Mais vous, dans l'Humanité, vous avez dénoncé cette initiative, vous avez critiqué le livre noir du communisme et son chiffre de 100 millions de morts. Beaucoup y voient du révisionnisme historique. Est-ce que vous niez ces crimes ? Est-ce que vous pouvez même clarifier la situation ce matin sur Europe 1 ?

5:03
Présentateur

Moi, je pense que nous sommes en France. Et en l'occurrence, cette stèle, elle est érigée en France. Raphaël, c'est en France. Il se trouve que dans notre pays, les seules victimes du communisme, ce sont les nazis et les collaborateurs. Alors, je comprends bien que l'extrême droite, elle, ne supporte pas la réalité historique que je décris pour la simple et bonne raison que pour sa part, elle a été mêlée jusqu'au cou dans la collaboration. Et cela a d'ailleurs été très largement prouvé par les historiens. Vous savez, ce sont les communistes qui ont été en première ligne dans la résistance.

Ce sont eux qui, d'ailleurs, ensuite, dans le gouvernement du général de Gaulle, ont mis en place de grandes réformes sociales comme la sécurité sociale, comme les retraites par répartition, tout ça. C'est l'héritage du parti communiste en France. Et nier cette réalité, c'est du révisionnisme.

5:50
Ian Brossat

Est-ce que vous niez, par exemple, le goulag, les purges, les famines organisées ? Vous savez, hier soir, j'ai vu un film sur l'ombre de Staline. J'ai trouvé absolument édifiant. Est-ce qu'on peut juste clarifier les choses et se retrouver là-dessus, sur les 100 millions de morts, sur le goulag, les purges, les famines organisées ?

6:08
Présentateur

Mais parce qu'on mélange, à travers cette initiative, deux choses qui sont fondamentalement différentes. Mais c'est intéressant. Oui, mais je vous répondrai directement. Il y a l'idéal communiste, l'idéal de justice sociale que nous défendons, celui que défendent les communistes français depuis des décennies. Et il y a les horreurs que vous décrivez, les abominations que vous décrivez, et qui ont été un dévoiement du communisme. Tout cela n'a rien à voir avec l'idéal que je défends. Et donc, évidemment, et d'ailleurs, depuis des décennies, le parti communiste français dénonce vigoureusement les abominations que vous venez de décrire.

Mais en réalité, cette initiative du maire de Saint-Raphaël, elle vise à associer ces horreurs que vous venez de décrire et l'idéal que nous défendons une fois de plus. En France, le parti communiste a été à l'origine de grandes conquêtes sociales et il est aujourd'hui composé d'hommes et de femmes qui continuent à se battre pour ces valeurs-là.

7:00
Ian Brossat

Merci beaucoup, Yann Brossat, d'avoir clarifié la situation ce matin. Merci d'avoir été en direct dans Europe 1 Matin Week-end. Merci d'avoir regardé cette vidéo !