Marie-Noëlle Demay : L'Heure des Livres (Émission du 09/07/2026)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bienvenue à l'heure des livres, Marie-Noël Demey. Alors, vous êtes journaliste, vous êtes romancière depuis peu. Vous publiez là votre troisième roman, qui s'appelle Alinor d'Aquitaine, Captive, un livre qui est paru aux presses de la cité. Un roman historique, mais un roman, parce que vraiment, il se lit avec beaucoup de plaisir, on ne le lâche pas. Et il faut dire que, décidément, cette reine, Alinor d'Aquitaine, elle vous fascine, parce que votre précédent livre lui était déjà consacré. Il s'appelait « Il eut un soir, il eut un matin ». Pourquoi cette fascination pour cette reine ? C'est près de plus que de l'amour.
Oui, et j'avoue que je ne me l'explique pas moi-même. En fait, je n'étais pas du tout, pas vraiment concernée par Alinor d'Aquitaine, ni par le Moyen-Âge, jusqu'à ce que, il y a maintenant un petit peu de temps, je regarde une émission de télévision qui lui était consacrée, et que je tombe en amour pour cette femme, admirative au plus haut point pour son destin, son caractère, sa résilience. Elle m'a passionnée, en fait. C'est un coup de foudre.
Alors, elle vous passionne à un tel point que vous le mettez dans sa peau, en fait. Absolument. Parler à la première personne, ça doit être grisant et un peu impressionnant.
Mais comme elle traverse beaucoup, beaucoup d'épreuves, ça peut être aussi un peu pesant. Oui. Mais elle s'en sort bien.
Oui, elle s'en sort. Alors, bon, il faut dire qu'elle vit. Bon, là, vous ne retracez pas toute sa vie. Donc, on se retrouve, on est au XIIe siècle. Elle a été reine de France, puis reine d'Angleterre. Et là, le livre commence alors qu'elle se retrouve emprisonnée en France pour avoir fomenté un complot avec ses fils, contre son mari. Avec ses fils et une partie de la noblesse aussi, contre son mari, donc le roi Henri II d'Angleterre. Ensuite, elle va se retrouver en Angleterre. Et déjà, on voit que ce mari, Henri II, ce n'est pas un tendre.
Il faut dire qu'elle l'a un petit peu cherché. Elle l'a un petit peu cherché. Elle l'a un petit peu cherché. Mais à attaque, réponse brutale. Et Henri II avait un caractère assez trempé, comme elle d'ailleurs. Et il avait vraiment envie de lui interdire tout, afin qu'elle ne lui nuise plus. Et donc, la meilleure solution pour lui a été de la mettre en résidence plus que surveillée en Angleterre. Et de lui interdire tout contact avec ses proches, sa famille. Et je trouvais intéressant de travailler sur cet aspect qui était... Elle était reine. Elle avait tout. Elle était tout. Et tout d'un coup, elle se retrouve sans plus personne, sans rien. Vraiment privée d'absolument...
Plus petite chose lui était interdite. Tout était soumis à permission, autorisation, demande. Et pour elle, c'était vraiment insupportable.
Et pour bien symboliser ce changement de situation, il vous racontait dans une première scène comment son mari, qui est averti de ce complot, veut la faire mettre à genoux, la faire plier. Et elle résiste jusqu'à ce qu'il l'oblige en lui donnant un coup dans les genoux. Et toute cette scène est là. C'est-à-dire, cette femme, on ne lui a pas appris à plier. Elle a une forme de superbe. De toute façon. Elle a connu déjà l'adversité, puisqu'elle a perdu sa mère très jeune. Elle a des exemples plutôt masculins. Et puis surtout, elle a un sacré tempérament. C'est ça aussi qui vous a plu ?
Oui, j'aime bien. C'est une rebelle. Elle aime les choses... Elle aime les gens différents, je crois. Elle aime les gens de caractère. Elle aime les gens de courage. Ce qui explique peut-être sa passion pour son fils Richard, qui deviendra plus tard cœur de lion, et qui est le plus brillant, courageux, étincelant, j'allais dire, et poète de ses enfants. Donc tout ça, ce sont des qualités qui lui sont chères. Elle a vraiment un tempérament de... À la fois, c'est amusant de guerrière et de poétesse. On sait qu'elle a été un soutien sans faille pour tous les poètes et menestrelles.
C'était une femme éminemment cultivée, et je crois extrêmement intelligente, et elle l'a prouvé, ayant en plus un sens politique hors du commun. Bon, sauf, évidemment, cette révolte, où elle pensait, en étant peut-être un peu présomptueuse, parce que beaucoup plus jeune qu'à l'époque de mon précédent livre, qu'elle allait pouvoir gagner la bataille. Mais elle avait oublié qu'Henri des d'Angleterre était un adversaire plus que redoutable. Il lui a prouvé, d'ailleurs.
Oui. Alors, c'est une mère aussi. Là, vous venez d'évoquer l'un de ses fils, Richard, elle en a eu d'autres. Il y a eu des naissances et il y a eu des morts. Il y a eu la mort de l'un de ses fils à 3 ans, Guillaume. Absolument. Mais il y en a eu deux autres. C'est vrai que c'est une époque où c'est assez courant, mais quand même, pour une mère, c'est difficile. Elle apprend la mort de l'un d'eux, même des deux, des deux lorsqu'elle est emprisonnée. Exactement. Et elle ne peut pas aller au générail.
Absolument. Elle a eu 10 enfants, quand même. Deux filles avec Louis VII, avec le roi de France, et 8 avec Henri II d'Angleterre, dont le premier, Guillaume Aigret, est mort tout petit à 3 ans. Et ensuite, elle perd ses deux fils pendant sa détention. Et le choc est rude. Le choc qui l'anéantira, ce sera quelques années plus tard, la mort de Richard, qui est de façon un peu presque scandaleuse, son préféré, mais au-delà de tout. Mais ce pourquoi cette captivité de 15 ans a été vraiment difficile à plus d'un titre.
Et il fallait vraiment un caractère, une puissance intérieure, et aussi une foi, parce que la foi est très importante dans sa vie, et à cette époque de toute façon, pour pouvoir tenir. Parce que je rappelle que, quand elle a été emprisonnée, elle avait 50 ans. Elle ne savait absolument pas quand cet emprisonnement cessera. Elle imaginait bien que ça serait à la mort de l'un d'eux, ou son mari, ou elle. Il faudrait qu'il n'en reste qu'un, mais elle ne savait pas combien de temps. Et ça a duré 15 ans.
Et ça aurait pu durer beaucoup plus. Alors pendant cette captivité, elle est éloignée de sa famille, même si elle voit sa fille, quand même l'une de ses filles, à un moment. Mais ça fait partie d'une douleur terrible pour une mère d'être éloignée de sa famille. Elle est éloignée aussi de son Aquitaine chéri, de son Poitou chéri. C'est important aussi. En Angleterre, c'est autre chose. Et finalement, on se demande, vous parliez de sa foi, comment elle tient ? Parce que vous la faites se rappeler, elle reconstitue les visages de ceux qu'elle aime. Elle repense, elle ressasse un petit peu aussi, finalement, les tromperies de son mari. Oui, quoi, finalement.
Donc, qu'est-ce qui l'a fait tenir, in fine ? Là, vous évoquiez sa foi.
Oui, elle fait un peu son examen de conscience. Tout d'un coup, elle va s'intéresser, elle qui était entourée d'une cour très, très abondante et qui passait beaucoup de temps en complot, attirait les ficelles politiques, etc. Tout d'un coup, quand on se trouve un peu démuni, sans rien, eh bien, on s'intéresse à ce qu'il y a autour de soi. Je pense qu'elle va trouver beaucoup de réconfort dans la nature. La loi de la nature sont des lois qui vont lui parler. Elle va trouver du réconfort dans des gens très humbles qui vont l'accompagner, comme une vieille servante qui va être une sorte de soutien.
Et puis, il va falloir qu'elle trouve à l'intérieur d'elle-même quelque chose d'autre, une flamme, et peut-être aussi le chemin du pardon. Et ça, c'est quelque chose de très difficile pour Aliénor qui n'est pas le genre de femme à pardonner. Mais elle va être obligée puisque le temps qui sera si long va lui donner, ma foi, l'échéance du pardon.
Et finalement, c'est son mari, Henri II, qui va mourir en premier. Et elle se retrouve libre. Absolument. Et donc, là, prête à de nouvelles aventures. Et finalement, aujourd'hui, on s'en compte de cette figure de cette reine, elle est restée populaire aujourd'hui encore, de nos jours.
Comment vous l'expliquez ? Parce qu'elle est très contemporaine. Aliénor, c'est vous, Anne, c'est moi, c'est les gens qui nous regardent. Il y a du Aliénor dans chacun de nous dans le sens où chacun, dans sa vie, est confronté à des douleurs, à des pertes, à des trahisons. Et elle en fait quelque chose. Et sa façon d'envisager son boulot de reine, j'allais dire, son rôle de femme et son rôle de mère n'est pas tellement éloigné d'une autre. Il y a des habitudes qui sont différentes, mais à la fin, je pense qu'on s'y retrouve toutes. Elle veut concilier les deux, en fait. Exactement. Exactement. Et effectivement, à l'époque,
elle n'est pas si courante. Absolument. En tout cas, je vous conseille, non, juste dernière question avant de terminer, le prochain livre qui sera le 4e, il sera à nouveau
sur Aliénor ? Non, on va se quitter, on se quitte. Bonne amie, elle me manque beaucoup déjà. Vraiment. Mais je crois que je suis allée jusqu'au fond de sa psyché et je ne voudrais pas entamer le livre de trop. Donc, ce sera sans doute autre chose. Mais je ne sais pas quoi parce qu'après elle, c'est difficile.
En tout cas, en attendant, lisez Aliénor d'Aquitaine, Captive, donc un livre qui est paru aux presses de la cité, un très beau livre. Merci beaucoup, Marie-Noëlle Demaille.
Merci.
Marie-Noëlle Demaille.