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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 24 février 2022 8 minComplaisantActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalNumérique

Guerre en Ukraine : Stéphane Boujnah, le patron d’Euronext, redoute des cyberattaques "d’une nature inédite"

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:39OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez déjà vécu une situation pareille ?

  • 1:20OuverteRéponse directe

    Où est le sujet d'inquiétude économique large, important ?

  • 3:42OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est possible et souhaitable d'isoler financièrement la Russie ?

  • 4:26OuverteRéponse partielle

    On va se trouver où là ?

  • 4:55RelanceRéponse directe

    Qu'est-ce que ça veut dire très concrètement ?

  • 5:11FerméeRéponse directe

    On crée un mur autour de la Russie ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:42Locuteur non identifiéFait
    « Oui enfin des baisses de moins 3, moins 4% c'est des choses qui arrivent sur un certain nombre d'événements. »
  • 0:48Locuteur non identifiéFait
    « Au début du Covid on l'a connu, on l'a connu à d'autres moments dans les crises financières. »
  • 1:01Locuteur non identifiéChiffre
    « On est à un niveau du CAC 40 autour de 6500 points, c'est-à-dire très au-dessus de janvier 2020 où on était à 6000 points. »
  • 1:34Locuteur non identifiéFait
    « Il faudra voir ce qui se passe ce soir, quelles sont les sanctions. Il peut y avoir après un niveau significatif de sanctions, un nouvel ajustement. »
  • 1:45Locuteur non identifiéChiffre
    « la richesse nationale de la Russie, ce qu'on appelle le PNB, c'est entre celui de l'Espagne et celui de l'Italie. »
  • 2:59Locuteur non identifiéChiffre
    « On était ce matin, je crois, à 338 euros la tonne, ce qui est un record historique. »
  • 6:17Locuteur non identifiéFait
    « Je crois que le principal risque auquel nous allons être exposés dans les jours et dans les semaines qui viennent, c'est le risque de cyberattaques d'une nature inédite. »
  • 7:02Locuteur non identifiéFait
    « on a observé depuis quelques jours dans certaines géographies, c'est des attaques d'une ampleur significative »

Temps de parole

  • Locuteur non identifié82 %
  • Présentateur18 %

5,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

Bonsoir à tous. Depuis que la Russie est entrée en guerre contre l'Ukraine il y a quelques heures, les marchés sont complètement désorientés eux aussi. Bonsoir Stéphane Bougenard, président du directoire d'Euronext, grand opérateur boursier européen. Vous gérez notamment les bourses de Paris, d'Amsterdam, de Milan, d'Oslo, de Lisbonne, je ne les dis pas toutes. Pour résumer la situation le plus simplement possible ce soir quand on regarde les marchés, d'un côté on a les marchés financiers qui chutent, qui chutent franchement et de l'autre le cours des matières premières qui s'envolent, le pétrole, le gaz, le blé aussi que vous surveillez et qui est très important.

Est-ce que vous avez déjà vécu une situation pareille ?

0:42
Locuteur non identifié

Oui enfin des baisses de moins 3, moins 4% c'est des choses qui arrivent sur un certain nombre d'événements. Au début du Covid on l'a connu, on l'a connu à d'autres moments dans les crises financières. Ce qui s'est passé aujourd'hui c'est un ajustement, il ne faut pas paniquer sur ce sujet là. On est à un niveau du CAC 40 autour de 6500 points, c'est-à-dire très au-dessus de janvier 2020 où on était à 6000 points. Et en janvier 2020 personne n'anticipait ni la récession liée au Covid ni quoi que ce soit d'autre. On est encore dans des niveaux de valorisation extrêmement intéressants.

1:20
Présentateur

Pour vous là il n'y a pas de sujet. Où est le sujet d'inquiétude économique large, important ?

1:26
Locuteur non identifié

Il faudra voir ce qui se passe ce soir, quelles sont les sanctions. Il peut y avoir après un niveau significatif de sanctions, un nouvel ajustement. Parce qu'aujourd'hui il faut bien comprendre que la richesse nationale de la Russie, ce qu'on appelle le PNB, c'est entre celui de l'Espagne et celui de l'Italie. Donc la Russie, l'économie russe ne pèse pas de manière déterminante dans les échanges en moyenne de l'Union Européenne. En moyenne, évidemment, certaines entreprises qui ont des activités dans ce pays ou dans des secteurs très exposés comme l'énergie peuvent avoir des effets plus douloureux que pour d'autres. Mais en moyenne, l'effet ne sera pas déterminant.

Une autre chose est le nouveau, puisque les alliés, il faut bien les appeler comme ça désormais, ont choisi une riposte graduée, la nouvelle étape de sanctions peut introduire des dysfonctionnements ou des perturbations ou des ajustements aux chaînes de production, notamment dans les secteurs très sensibles aux coûts de l'énergie, qui pourraient conduire à d'autres ajustements de marché. Mais aujourd'hui, il n'y a pas de panique sur les marchés. – Quelques mots du blé ? – Alors le blé, c'est une situation très particulière qu'on connaît bien sur Euronax, puisque nous sommes animateurs du MATIF, des contrats de dérivés de blé.

Vous savez qu'il y a en gros, en Europe, deux grands gisements de production de blé. D'une part, la France, et puis l'Union Européenne, l'Allemagne, et d'autre part, ce qu'on appelle la mer Noire, c'est-à-dire l'Ukraine, la Russie et la Roumanie. Et donc, aujourd'hui, la mer Noire est fermée. Il n'y a plus de bateaux qui vont chercher du blé en mer d'Azov et en mer Noire, à cause de la tension qui y règne. Donc le prix de la tonne de blé a cru significativement. On était ce matin, je crois, à 338 euros la tonne, ce qui est un record historique.

Donc là, il faut s'attendre à une augmentation des prix mondiaux du blé dans les semaines et dans les mois qui viennent, et des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement, notamment pour les pays qui en sont intégralement dépendants. De ce point de vue-là, la situation de la France est, entre guillemets, assez privilégiée, puisque nous sommes moins dépendants du gaz russe que certains de nos voisins à cause du choix qui a été fait de l'énergie nucléaire. Et nous sommes moins dépendants des importations de blé à cause de la densité de notre production agricole céréalière.

3:37
Présentateur

On verra dans les prochaines heures quelles sont les nouvelles sanctions annoncées par les uns et les autres par les pays occidentaux. Est-ce que c'est possible et souhaitable d'isoler financièrement la Russie ?

3:48
Locuteur non identifié

La question de savoir si c'est possible ou souhaitable est une question purement politique. Dans tous les pays démocratiques du camp des alliés, il y a des dirigeants élus qui délibèrent, qui évaluent les avantages et les inconvénients. Et moi, je ne me prononce pas là-dessus. Il est clair que ce qu'on observe, par contre, c'est que dans l'ensemble des sanctions qui existent historiquement, vous avez l'isolement complet, la Corée du Nord, pour qui les flux de marchandises, les flux de personnes, même les flux de capitaux sont quasiment impossibles.

Et puis à l'autre extrémité du spectre, vous avez quelques sanctions commerciales ciblées ou qui ont pu évoluer dans le temps, comme par exemple l'Iran.

4:26
Présentateur

On va se trouver où là ?

4:27
Locuteur non identifié

Je ne sais pas. Ça dépend des dirigeants que nous avons élus, qui vont prendre les décisions, s'agissant des Européens, dans un conseil qui se tient ce soir. Je comprends, mais en lisant la presse et en écoutant vos ondes, les commentaires, qu'on s'oriente plutôt vers un déploiement de sanctions à la mesure, comme l'a dit le président de la République de manière très claire un peu plus tôt dans la journée, à la mesure de la nature très unique d'une invasion d'un pays du continent européen par un autre pays du continent européen.

4:55
Présentateur

Qu'est-ce que ça veut dire très concrètement ?

4:57
Locuteur non identifié

Ça peut vouloir dire des sanctions qui limitent les capacités de paiement, de circulation de certaines marchandises, de distribution de certains produits qui peuvent être commerciales, financières et nous verrons. On crée un mur autour de la Russie ? Non. Il ne s'agit pas de créer un mur autour de la Russie. Il s'agit de créer des conditions dans lesquelles le fonctionnement de l'économie russe demain sera très différent du fonctionnement de l'économie russe il y a deux mois. Et c'est la nature même des sanctions d'exprimer le fait que les Européens considèrent que la Russie a changé les règles du jeu et donc adapte les conditions d'échange avec ce pays.

5:39
Présentateur

La Russie répète qu'elle ne se laissera pas faire. Qu'est-ce que vous allez surveiller vous particulièrement dans les prochaines heures, dans les prochains jours, vous grand opérateur boursier ?

5:47
Locuteur non identifié

Ce que nous, nous surveillons le plus, c'est les risques de cyberattaques. Les choses que chaque dirigeant d'entreprise, probablement même chaque ménage, chaque opérateur de PME doit surveiller le plus. Et les précautions qu'il faut prendre sans doute dès ce soir, c'est des précautions pour renforcer la cybersécurité des systèmes d'information, qu'ils soient modestes, bureautiques, ou qu'ils soient plus significatifs liés à la production ou plus systémiques liés au cœur de l'activité. Je crois que le principal risque auquel nous allons être exposés dans les jours et dans les semaines qui viennent, c'est le risque de cyberattaques d'une nature inédite.

Et donc la responsabilité de chaque dirigeant d'organisation, marchande ou pas, c'est de renforcer significativement les précautions qu'il faut prendre.

6:36
Présentateur

Comment c'est important ? Là, ce que vous dites, c'est concret. Qu'est-ce qu'il faut faire ?

6:39
Locuteur non identifié

Concrètement, on a tous des systèmes d'information. Il faut créer des redondances. Il faut aller, dans certains cas, jusqu'à imprimer, pour avoir une trace écrite dans un tiroir, les choses qui sont vraiment très importantes.

6:51
Présentateur

Vous imaginez des attaques aussi importantes ?

6:53
Locuteur non identifié

Je n'imagine rien. Je dis que ce qu'on a observé depuis quelques jours dans certaines géographies, c'est des attaques d'une ampleur significative, et qu'on n'a aucune raison de penser, et on a même des raisons d'être assez convaincus, que l'intensification des attaques cyber va se renforcer. Et donc, il faut que chacun fasse extrêmement attention. Toute dernière question, réponse rapide, s'il vous plaît. Est-ce que vous êtes prêts à y faire face, vous, Euronext ? Nous, c'est le cœur de notre métier. Donc, comme tous les grands opérateurs de grandes plateformes informatiques, nous déployons beaucoup de ressources, beaucoup de moyens pour se préparer à ce genre de risques.

Mais c'est notre quotidien.

7:30
Présentateur

Stéphane Bougna, merci. Le patron d'Euronext, invité éco de France Info ce soir.