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interviewLe Média (sur YouTube)· 19 avril 2021 26 min

CE QUE MACRON NOUS RÉSERVE S'IL GAGNE EN 2022

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour à tous. On se retrouve dans notre Revue d'actualité hebdomadaire avec Thomas Porcher où nous évoquerons trois sujets cette semaine. Quels chemins comptent emprunter le ministère de l'Économie et des finances publiques pour sortir de la crise ?

Le 9 avril dernier c'est dans le journal "Les Échos" qu'était présenté un document présentant l'un des éléments les plus importants pour l'avenir économique du pays. Quelles sont les grandes lignes de ce document ? Et qu'annonce-t-il pour l'avenir ?

Vous le savez, il n'y a eu de crise que pour les moins aisés d'entre nous. En septembre 2020 l'ONG Oxfam le dénonçait déjà. Les entreprises comme Nestlé, Microsoft, Apple ou encore celles des Gafam ont connu un succès très florissant tandis que l'économie mondiale plongeait dans une récession sans précédent et que les caisses des États se sont vidées à une vitesse incroyable.

Pour résoudre ce problème, c'est le Fonds Monétaire International qui propose une solution… qui devrait vous surprendre : taxer les plus riches ! Oui, oui ! Le FMI !

Victoire dans le monde des affaires ! Après huit mois de tractations, de compromis et de luttes aussi, un accord à finalement été trouvé entre Suez et Véolia. Le rachat des activités du premier.

Dans le monde des affaires l'heure est à l'auto-congratulation. La gueule de bois pour les syndicats et les salariés de Suez. On décrypte avec Thomas Porcher.

Au beau milieu de la crise sanitaire et dans l'indifférence des commentateurs, Emmanuel Macron a présenté le programme de stabilité que le gouvernement compte présenter à Bruxelles dans les jours à venir. Le ton est clair : il faut faire passer le déficit public à moins de 3% du PIB et stabiliser la dette d'ici 2027. Alors Thomas c'est pas un jargon qui peut parler à tout le monde : un pacte de stabilité, c'est quoi exactement ?

C'est quoi le but d'un pacte de stabilité ? – Un pacte de stabilité c'est grosso modo la réduction des déficits. La réduction des déficits.

Et la réduction des déficits elle se fait toujours, chez nos élites, en France ou dans l'Union européenne, par la baisse des dépenses publiques. Alors que, comme je l'avais déjà dit dans une émission précédente, en réalité dans la zone euro on est la zone qui avait, qui avons les déficits et les dettes parmi les plus faibles au monde. – On dit souvent que la dépense publique représente 57% du PIB et la dépense publique c'est quoi exactement ?

Ça représente vraiment 57% ? – Alors c'est une très bonne question parce que je crois que la plupart des gens qui parlent de la dépense publique ne savent pas ce qu'est la dépense publique et ce qu'elle recouvre. Donc c'est important qu'on fasse un point aujourd'hui.

Parce que vraiment les gens en parlent tout le temps, principalement ils disent qu'il faut la baisser, mais ils n'ont pas compris ce qu'était la dépense publique. Alors la première chose qu'il faut dire c'est que quand on dit que la dépense publique représente 57% du PIB, ce n'est pas une part que l'on prend au PIB. Le PIB c'est la richesse produite chaque année.

Et dans la tête des gens, comme on le répète tout le temps, on produit une certaine richesse et on récupère 57% de cette richesse pour la donner au public. Donc dans la tête des gens, ça voudrait dire qu'il resterait 43% pour le privé. C'est parfaitement faux !

Parfaitement faux ! La dépense publique c'est le service public, les prestations sociales que l'on additionne comme ça et qu'on compare à une valeur que tout le monde connaît qui est le PIB. Mais ce n'est pas une part que l'on prend de ce PIB-là.

Ce qui veut dire s'il y a 57% de dépenses publiques, 57% de PIB de dépenses publiques, il ne reste pas 43% au secteur privé. Si on calcule la dépense privée qui est l'équivalent de la dépense publique, mais pour le secteur privé, que l'on additionne l'investissement privé, les transferts faits au privé, les salaires du privé, on a une dépense privée qui est égale à 200% du PIB. Donc, ce qui veut dire que, quand on dit qu'en France on est dans un pays collectiviste avec 57% de dépenses publiques et qu'il y a plus de public que de privé, c'est parfaitement faux !

En France, nous avons un secteur privé qui est bien plus large que le secteur public. Ça c'est la première chose qu'il faut dire. La deuxième des choses qui est très importante c'est de savoir ce qu'il y a dans la dépense publique.

La dépense publique, pour un peu moins de 50%, c'est quoi ? C'est les administrations publiques : l'hôpital, l'éducation, c'est des prestations qui sont gratuites, quand vous allez à l'hôpital vous ne sortez pas votre carte bleue, c'est votre carte vitale. Quand vous allez à l'école, vous ne payez pas, c'est gratuit.

Donc une grosse partie, c'est les fonctionnaires et les administrations publiques. Cette partie-là, on nous dit depuis des années qu'il faut réduire le nombre des fonctionnaires, éliminer les fonctionnaires. Macron voulait en retirer 120 000, Fillon 500 000.

Sauf qu'il faut avoir en tête que cette partie-là de la dépense publique, qui est la fonction publique, elle est stable en pourcentage de PIB depuis 1978. On est à 18% de PIB donc il n'y a pas eu de profusion de fonctionnaires comme on nous le dit, il n'y a pas eu profusion de dépenses inutiles dans l'administration, c'est faux ! Et d'ailleurs, cette part de la dépense publique est plus faible chez nous qu'au Royaume-Uni, un pays libéral, et que d'autres pays de la zone euro.

Ce qui a augmenté dans la dépense publique en France, c'est l'autre partie de la dépense publique qui fait 58%, qui sont les prestations et transferts, c'est-à-dire les allocations des prestations chômage, les retraites, transferts comme le crédit d'impôt-recherche pour les entreprises. Cette partie-là a augmenté, d'accord ? Pour des raisons structurelles : vieillissement de la population, aussi dues à la crise : augmentation des allocations chômage.

Donc c'est ça la dépense publique. Donc à partir de là, dire qu'il y a trop de fonctionnaires, trop d'argent pour les services publics, c'est faux ! On est en-dessous, encore une fois, de certains pays européens et nos prestations ont augmenté, mais nos prestations elles vont où ?

Quand on donne des retraites aux gens, ça va où ? Ben, les gens dépensent, ça profite au secteur privé. Quand on donne des allocations aux chômeurs, ils ne les placent pas sur des comptes en Suisse, ils les dépensent.

Donc ça profite à l'activité privée. Donc une grosse partie de la dépense publique se réinjecte directement dans le secteur privé tout en offrant des revenus aux plus vieux, aux malades ou aux chômeurs. C'est plutôt une bonne invention, d'accord ?

Donc c'est ça qu'il faut avoir en tête et la plupart des gens n'ont pas ça en tête et donc ils disent faut baisser, faut baisser. Mais alors s'il faut baisser on coupe où ? Dans les hôpitaux ?

Ben, j'sais pas, je croyais qu'on les applaudissait à 20h ! Dans l'éducation ? Ben, je comprends pas, on dépense moins d'argent chez nous que dans d'autres… Donc où ?

Il faut le dire. En fait la dépense publique c'est quoi ? C'est grosso modo de dire : est-ce qu'on veut que des choses soient gérées par le public ou le privé.

Par exemple nos retraites, elles sont publiques, elles comptent dans la dépense publique, elles sont obligatoires et par répartition. Si on passe ces retraites en capitalisation, comme l'a fait en partie l'Allemagne, eh bien, tout de suite on a une dépense publique qui est en-dessous de la moyenne de la zone euro. Alors si c'est ça avoir un beau chiffre de dépense publique, pour dire "regardez on est dans la bonne moyenne européenne".

Bon, posons les vraies questions : est-ce que vous voulez une retraite par répartition ou par capitalisation ? C'est ça la seule question qu'il faut poser aux Français. Tu la veux par capitalisation et à points comme en Suède, ce qui a baissé les pensions de retraite de 90% des femmes ?

Ben, Allons-y ! Si c'est ça que tu veux ! C'est ça les vraies questions qu'il faut poser.

Ne pas dire ; "il faut baisser, il faut baisser." Alors les Think-Tank, les politiques et tous les éditos du matin, ils ne vous parlent que de la dépense publique sans savoir concrètement ce qu'il y a dedans. Donc il faudrait commencer par savoir ce qu'il y a dedans.

Maintenant qu'on le sait, ben c'est plus difficile de couper. – Le gouvernement présente ce pacte de stabilité qui se donne pour horizon 2027. Déjà une annonce d'agenda pour un second mandat éventuel.

Et dans ce document, il y a la prévision d'une compression des dépenses publiques et l'inscription de cette compression dans la Constitution. C'est quoi les conséquences de cette décision-là ? – C'est une grosse… connerie.

C'est une connerie monumentale qui a déjà été faite en 2011, rappelons-le. Nous sommes sortis, nous avons eu un bon rebond après la crise de 2008 et rapidement nous avons été dans l'austérité via le pacte de stabilité européen et Macron qui veut paraître comme un bon élève face à Angela Merkel, parce qu'en réalité les déficits et les dettes ont augmenté dans tous les pays, il n'y a pas que chez nous que ça a augmenté, il faut se calmer là, en disant qu'il n'y a que nous, non ! Ça a augmenté partout, c'est pour ça que c'est pas très grave.

Parce que ça augmente partout et que toutes ces questions de déficit et de dette sont relatives en fonction des pays. Mais comme Macron veut aller, veut encore, veut montrer qu'il est encore meilleur élève que ce qu'il a déjà montré à Merkel, donc il envoie ce plan avec, en inscrivant dans la Constitution la diminution de la dette publique. Donc ce que ça veut dire c'est que le prochain mandat ce sera un mandat d'austérité, le seul but sera de réduire les déficits.

Et comment va-t-on réduire les déficits ? Ben, Macron ne veut pas augmenter les impôts sur les entreprises et les plus riches, au contraire il les baisse donc on va casser le secteur public. Et comme je l'ai dit, eh bien va falloir trancher, donc soit on tranche dans les retraites, soit on tranche dans les allocations chômage, c'est déjà prévu par le programme d'Emmanuel Macron, soit on baisse les moyens dans l'éducation, l'hôpital avec les conséquences que nous connaissons aujourd'hui.

Et à la prochaine crise sanitaire, je ne sais pas comment on sera parce qu'on est déjà très mal aujourd'hui alors je ne sais pas comment on sera à la prochaine crise. Donc économiquement c'est idiot, c'est sous-estimer les multiplicateurs, des études, même de Blanchard qui était au FMI, qui était plutôt macroniste, ont montré que c'étaient des erreurs économiques. Et puis surtout, ça va être une véritable casse sociale.

Je rappelle une chose qui est importante, un peu technique aujourd'hui, mais il faut vraiment le dire pour que les gens l'aient un peu en tête : vous avez quatre composantes de l'activité en France, quatre composantes qui soutiennent l'activité, la création de richesse. C'est la consommation, la consommation dépend des salaires, or aujourd'hui vous avez un nombre de chômeurs hallucinant, donc il y a moins de salaires en distribution, il y aura moins de consommation. Il y a une austérité salariale depuis un certain nombre d'années.

La deuxième c'est l'investissement privé, en ce moment j'ai pas l'impression que l'investissement privé se porte très bien, on est en période de crise. Et vous avez les exportations, les exportations dépendent de la conjoncture mondiale. qui ne paraît pas au beau fixe en ce moment.

Et la dernière, c'est la dépense publique. Donc quand toutes celles-là s'effondrent, il ne reste que la dépense publique. C'est ce que fait le gouvernement actuellement.

Et personne ne s'en plaint, aucune entreprise ne se plaint d'avoir recours au chômage partiel ou d'avoir des aides de l'État. Voilà, vous comprenez, et si après, les autres n'arrivent pas à compenser la dépense publique, réduire les dépenses publiques dans ce contexte-là c'est idiot pour l'activité économique. Et c'est ce qui s'est passé sous le mandat d'Hollande où y a eu des croissances à 0%, où il y a eu des centaines de milliers de chômeurs en plus pendant son quinquennat.

C'est parce qu'il a réduit la dépense publique bêtement, au mauvais moment. Donc ce que fait Emmanuel Macron, d'un point de vue économique est très bête et c'est la majorité, encore une fois c'est pas les 1% qui eux sont à l'abri, c'est la majorité des Français qui subiront la baisse d'activité, avec faible création d'emploi pour les jeunes entrants, avec moins de fonctionnaires, des services de moins bonne qualité dans les territoires, et ainsi de suite, qui va être du carburant pour les extrêmes. On ne se renouvelle pas trop en fait chez les élites, que ce soit la Cour des comptes, que ce soient les Think Tank, que ce soit Macron, on ne se renouvelle pas, on n'apprend pas de nos erreurs. – Les premiers mois de la pandémie n'annonçaient clairement pas des jours heureux.

On aurait pu penser naïvement qu'il allait s'agir d'un coup dur pour l'ensemble de l'humanité. Mais dans son bilan annuel, titré pour l'occasion : "Virus des inégalités", l'organisation humanitaire Oxfam dévoile un chiffre : 540 milliards de dollars. C'est la somme dont les plus riches de ce monde ont bénéficié durant la crise.

Il en va de même pour les plus grosses entreprises qui ont enregistré des taux records de bénéfices. À l'inverse, la pauvreté n'a cessé de s'accroître et, forcément, les inégalités se sont creusées. Alors évidemment une question antédiluvienne se pose : comment contrer ces inégalités ?

Coup de théâtre, à cette question, le FMI répond très simplement : taxer les plus riches ! – Chaque fois qu'il y a une crise, à chaque fois on propose de taxer l'épargne, chaque fois on revient sur les mêmes solutions. Mais il faut bien se dire une chose : c'est que si le FMI fait des propositions comme ça, ça ne peut en rien concerner la France.

Pourquoi ? Parce que nous sommes le pays qui taxe déjà le plus. Nous avons déjà des taxes exceptionnelles. – Joe Biden propose un impôt sur les sociétés du monde entier à 21%. – Il monte l'impôt sur les sociétés pour le monde entier pour financer la crise Covid.

Et ce qui est fabuleux c'est que si c'était vrai ça baisserait pour les sociétés françaises. – Absolument ! – Pour nous ça baisserait, c'est ça qui est absolument, elle a raison quand même, c'est hallucinant ! – Il faut savoir… – Biden dit : "On va monter à 21%, nous on baisserait.

Alors on s'imagine bien que le FMI n'a pas été investi par les communistes, mais qu'est-ce qui se passe ? Pour une fois qu'on ne nous parle pas de réduction des dépenses publiques. – Oui, c'est vrai.

Non mais en fait il y a eu une séparation depuis quelques temps entre ce que produisent les chercheurs du FMI qui ont tenu compte des effets négatifs des politiques d'austérité, qui dénoncent les inégalités et là disent qu'il faut taxer les plus riches et ce qu'applique le FMI. Il y a une grosse différence, le FMI applique toujours la même chose depuis des années. C'est : réduction de la part de l'État, baisse des impôts pour les plus riches, politique orientée vers l'export, toujours.

Et en général dès qu'il peut l'imposer à des pays, comme il l'a fait à la plupart des pays pauvres en Afrique, mais aussi plus récemment en Europe avec la Grèce, il impose cette stratégie-là. Il n'a jamais été question en Grèce de taxer les plus riches. Il n'a jamais été question, alors qu'il y a des riches en Grèce, des très riches, il n'a jamais été question de les taxer.

Il a été question tout le temps de privatiser et ainsi de suite, et de faire de l'austérité budgétaire. Alors là il recommande, il fait des recommandations comme ça, c'est très bien mais le problème c'est que les pays, la France a priori pour le moment, les pays européens et les pays riches n'ont pas recours au FMI en tant que donneur d'ordre, voyez ? Donc ce sont des recommandations qui sont un peu dans le vent, comme ça, c'est très bien mais c'est pas le FMI qui choisit.

Quand le FMI prend les manettes, c'est-à-dire qu'il prête de l'argent au pays, c'était le cas pour la Grèce ou les pays africains, là il choisit, et quand il choisit, il choisit rarement ce type de politique préconisée. Donc pour l'instant c'est de l'ordre de la recommandation, donc c'est du vent ! C'est du vent ! – J'ai l'impression que c'est une recommandation très symbolique finalement pour apaiser les tensions sociales qui sont nées de la crise sanitaire. – Oui, effectivement, c'est symbolique parce qu'aucun pays n'est forcé d'appliquer ce que dit le FMI.

Après ça montre un changement d'état d'esprit mais le FMI a beaucoup changé d'état d'esprit, mais moi je pense qu'il ferait mieux de changer d'état d'esprit dans les faits quand il a les manettes auprès des pays pauvres et de certains pays européens comme la Grèce qu'il a mis quand même à terre par des mauvaises politiques économiques. Donc là il nous dit ça, c'est très bien, ça part du bon sens parce qu'il y a beaucoup de gens qui disaient depuis très longtemps qu'il fallait taxer les plus riches, c'est pas nouveau, et je vais dire à juste titre. Vous savez que dans toutes les démocraties, dans tous les pays riches, le 1% des plus riches a vu son revenu augmenter plus vite que le reste de la population ces trente dernières années.

Alors ça a été de manière très forte dans les pays libéraux : le Royaume-Uni et les États-Unis. Alors on dit "en France c'est pas pareil", mais en France c'est pareil. Des travaux très sérieux ces dernières années, notamment de Thomas Piketti, ont montré que, même en France, les 1% ont vu leur revenu moyen augmenter beaucoup plus vite ces 30 dernières années que le reste de la population.

Les 1% les plus riches ont vu leur revenu moyen augmenter de 100% quand le reste de la population n'a vu son revenu moyen augmenter que de 25%. Donc ce qui se passe ces 30 dernières années c'est que les riches, le 1%, s'enrichit beaucoup plus rapidement que le reste de la population ce qui n'était pas le cas pendant les Trente Glorieuses. Donc vous avez 1% de la population en France qui a 25% du patrimoine, c'est-à-dire 25% de l'immobilier et de ce qu'il y a dans les comptes en banque, qui s'enrichit depuis 30 ans plus rapidement que le reste de la population.

Et là, pendant cette crise-là ce 1% s'est enrichi encore plus rapidement. Et là on nous dit qu'il ne faut pas les taxer ! C'est pareil pour les grandes entreprises on nous dit qu'il ne faut pas les taxer, et on prépare un programme où on va casser encore plus le service publique pour rembourser ce déficit, cette dette.

C'est n'importe quoi ! Normalement le bon sens voudrait que l'on taxe, il ne s'agit pas d'exproprier, il s'agit de taxer les plus hauts revenus pour qu'ils contribuent au même titre que la majorité de la population au remboursement, à la réduction des déficits, au remboursement de la dette s'il y a lieu de la rembourser, parce que ça c'est une autre question. – Mais c'est vrai que quand on évoque un peu l'éventualité de taxer les plus riches en France on nous dit : "malheureux, ce sont déjà les plus taxés, si on continue de les taxer ils vont partir à l'étranger, bénéficier de pays moins restrictifs sur le code du travail, etc." pour autant, là on traverse une crise, pourquoi ne pas remettre l'ISF à ce moment-là pour rembourser la dette dont on nous parle continuellement, ne pas avoir à couper dans le budget de la dépense publique, etc. pourquoi est-ce que ? – Je ne sais pas !

Mais ce qui est dingue c'est que dans les esprits, il y a quand même cette petite musique qui s'est imposée au fur et à mesure des années, même chez les classes moyennes, de se dire qu'on taxait trop les riches C'est un pays qui taxait trop les riches, or, comme je vous l'ai dit, le revenu de ces 1% a augmenté bien plus vite, s'enrichit beaucoup plus rapidement que le reste de la population qui n'a rien, alors que eux ils ont 25% du patrimoine, qui n'a rien. Voyez ! – Tandis que leurs taxes ont été quand même quasiment supprimées ! – Voilà, ils ont réussi à négocier en 2017, alors qu'ils se sont enrichis comme des malades ces 30 dernières années, ils ont réussi à négocier auprès de Macron une baisse de l'ISF qui leur a permis de gagner en terme de fiscalité 4 milliards.

Quatre milliards de baisse de fiscalité à ces 1% qui ont déjà 25% du patrimoine, donc on est dans une situation complètement folle, aujourd'hui dire que chez nous les riches sont plus taxés qu'ailleurs, déjà c'est faux, nos riches milliardaires sont beaucoup plus riches chez nous que dans d'autres pays, une étude récente l'a montré. Après, c'est vrai que d'un point de vue concret, si nous, si à un moment on ne se met pas au niveau de l'Union européenne, à dénoncer, parce qu'on a un marché unique avec une liberté de mouvement des capitaux, c'est inscrit, c'était soi-disant génial, et dans ce marché unique nous avons plusieurs paradis fiscaux que nous ne reconnaissons pas comme des paradis fiscaux, nous disons que c'est des partenaires alors qu'ils pratiquent l'optimi… enfin, la baisse de la fiscalité pour siphonner les recettes de leurs voisins, le Luxembourg par exemple, l'Irlande et j'en passe et des meilleurs ! Tant qu'on n'aura pas dénoncé ça, eh ben vous aurez une partie des familles riches qui partiront.

C'est le cas des familles très riches dont on a vu que les deux tiers étaient parties à l'étranger. Mais globalement, ce qu'il faut quand même rappeler, c'est que, contrairement au fantasme qu'il y a sur l'ISF, l'ISF c'étaient 500 personnes qui partaient par an. C'est tout, c'étaient 800 qui partaient, 300 qui revenaient, comme quoi on peut… Et donc ça faisait 500 par an.

Mais vous aviez beaucoup plus, tous les ans, de gens, avec l'augmentation de l'immobilier, avec l'augmentation des revenus financiers qui payaient l'ISF. Donc en réalité l'ISF était un impôt qui rapportait énormément d'argent, qui avait une forte rentabilité. Et donc l'aspect de dire, oui, ça fait fuir tout le monde.

Non. Ça faisait fuir 500 personnes par an mais il y avait beaucoup plus de gens qui payaient l'ISF tous les ans avec l'augmentation des patrimoines financier et immobilier. Donc c'était un impôt qui était efficace et qu'il faut absolument remettre aujourd'hui.

Durant des mois, Véolia a tout tenté pour acheter Suez. C'est enfin chose faite, fin août, le groupe Véolia annonce la couleur en déclarant ses intentions concernant Suez et depuis le 12 avril, un accord a été trouvé et salué par le gouvernement. Pour les syndicats et les salariés c'est la gueule de bois, et l'opposition n'a pas tardé à critiquer cette décision déplorant la destruction d'un fleuron national. – Suez avait-il les moyens d'obtenir un meilleur accord social ? – Alors un meilleur accord social aujourd'hui c'était difficile sur la durée.

L'engagement pour le moment est de 4 ans. La question maintenant de Suez et effectivement des syndicats c'est d'inscrire cet accord dans le marbre, de le graver dans le marbre d'ici le 14 mai qui est la date butoir pour finaliser les accords de principe qui ont été signés il y a maintenant deux jours. L'idée évidemment c'est de conserver cette durée de 4 ans, mais que ces engagements soient pris, soient aussi peut-être contraignants.

On se souvient que sur d'autres opérations, comme le rachat d'Alstom par Général Electric, il y avait eu des pénalités en cas de non respect de ces accords. Le problème c'est que les syndicats veulent que, évidemment, le futur actionnaire de Suez s'engage sur le maintien de l'emploi mais ce ne sera pas Véolia. Ce sera ce fonds d'investissement Méridiam, allié de Véolia dans cette opération.

Ils veulent que l'accord soit très élargi et aussi donc que Véolia s'engage, alors même qu'ils ne seront pas propriétaires de Suez et ça pose des questions de liens entre ces deux futurs concurrents, entre Véolia et Suez, et c'est là que ça va être compliqué. Donc il y a tout cet aspect social qui va devoir être discuté dans les semaines à venir. Les syndicats, évidemment, comme vous l'avez dit, sont très remontés et donc entendre que, d'abord la direction de Suez s'engage, celle de Méridiam, leur futur actionnaire et aussi celle de Véolia.

Il va falloir trouver un accord à quatre. – Du coup le conseil d'administration de Suez a cédé un peu devant une forme de, de chantage ? – Ça me paraît une évidence !

Quand on vient, le moyen de justice est un moyen parmi d'autres, hein, que chacun peu, d'une certaine façon, faire valoir, mais quand on a un projet industriel, si ce projet tient la route, il arrive un moment où dans le rapport de force il faut mettre, je pense, d'autres moyens que la contrainte. Et c'est un peu le problème parce que pour revenir dans le détail que vous allez probablement beaucoup développer aujourd'hui même, imaginez que c'est 15,50€ l'action Suez au départ, au tout départ de l'histoire, finalement il y a l'OPA qui bonifie la valeur et dans la dernière proposition c'est 20,50€ l'action. C'est 1,8 milliard supplémentaire, mais qui va payer ça ?

C'est l'endettement qui augmente dans Véolia et au final c'est l'ensemble des salariés qui vont payer, parce qu'il faudra bien affronter cette ardoise. – Nous avons peur pour nos emplois, nous voulons conserver nos emplois, donc qui dit OPA dit licenciements, doublons… Du coup nous nous souhaitons garder nos emplois, nous souhaitons rester Suez. – Que ça soit M Castex ou M Le Maire, ils ont l'air d'être assez sereins avec cette opération, donc ils ont peut-être des éléments que nous n'avons pas, mais nous franchement on est plus qu'inquiets, on comprend pas comment la fusion, l'absorption de deux groupes de la taille de Véolia et Suez pourrait se passer sans casse sociale. – Thomas, très simplement, est-ce que tu peux nous rappeler les termes de cet accord qui a été trouvé entre Suez et Véolia ? – Alors, enfin, ça fait longtemps que Véolia dit qu'il veut racheter Suez.

Alors on nous explique toujours les mêmes choses, que voilà ce que l'on veut faire c'est un champion, français, au niveau mondial, pour concurrencer les pays émergents ou les États-Unis c'est ce qu'on nous explique, que voilà, on nous dit que ça va être… qu'il ne va pas y avoir de casse, que les emplois vont être préservés, on nous explique toujours la même chose, en fait sur l'acquisition, et moi c'est ça qui me dérange. C'est que, moi, déjà, sur tout ce qui concerne l'eau, il y a un passif en France. On se souvient qu'il y avait, à l'époque, un grand patron qui avait, qui s'appelait M Messier qui, sur la sueur des ingénieurs et des ouvriers de l'eau avait des grands projets mégalomanes avec Hollywood et on sait comment ça a fini.

Donc il faut faire vraiment attention à ce secteur-là qui est un secteur extrêmement important. L'eau, les déchets, c'est extrêmement important et aujourd'hui vous avez beaucoup de villes, notamment la commune de Paris, qui refusent d'avoir recours au privé et qui vont sur des régies publiques. Donc il y a une vrai question d'ensemble pour ce secteur-là, est-ce que ça doit être géré par le privé ou le public ?

Et est-ce que à un moment la concentration, comme ça d'un mastodonte de l'eau ne peut pas avoir de conséquences sur l'offre de service et les prix des services ? Donc voilà où est-ce qu'on en est. Après, maintenant, moi ce qui me fait peur dans cette alliance-là, c'est la question de l'emploi. – Notre ministre des finances a salué un accord à l'amiable qui préserverait l'emploi mais la porte-parole de l'intersyndicale de Suez déclare dans le même temps à Médiapart que tout l'appareil d'État s'est ligué contre eux, qu'est-ce qui s'est passé ? – Il y a des gens qui tiennent des théories, comme Montebourg qui dit qu'il y avait une connivence entre le patron de Véolia et le château, l'Élysée, ou d'autres pour que cette alliance… et qu'on est dans un type de cadeau, c'est ce qu'a dit Montebourg, un type de cadeau à la Poutine c'est-à-dire qu'on offre des entreprises à des amis du pouvoir.

J'en sais rien, je ne suis pas dans les petits papiers de l'Élysée, mais ce que je vois, c'est que le discours qui a été tenu, c'est toujours le même discours. On pourrait regarder toutes les fusions-acquisitions qui ont été faites depuis ces dix-vingt dernières années, c'est toujours le même discours. On nous dit au départ, que c'est pour faire un champion au niveau mondial, que ça va servir les intérêts français et qu'on ne touchera pas à l'outil, c'est-à-dire, à l'outil industriel et aux emplois.

On nous dit tout le temps ça. On vous le promet ! Alors on vous le promet toujours à l'oral, il n'y a jamais de… mais si on retrouve les archives vidéo on revoit ça.

Et qu'est-ce qu'on voit à la fin ? On voit que 1+1 ça ne fait jamais 2 en termes d'emploi, ça fait toujours 1,5, parce qu'il y a toujours des doublons, etc. donc on finit toujours par se séparer d'un certain nombre d'emplois, de revendre une partie de l'outil industriel qui est le moins performant parce qu'il y a la logique actionnariale qui se greffe à ça et donc au final qui est perdant ?

Ce sont les salariés et c'est l'industrie de manière générale pour la France. Donc moi, aujourd'hui, comme j'imagine, connaissant notre gouvernement, à part des promesses orales, que rien n'a été fait pour empêcher cela, j'ai bien peur que dans deux-trois ans on se réveille en disant ah ! bah ! c'est comme Alstom, l'histoire d'Alstom et tout ce qui s'est passé.

Oh, bah, mince ! On a tout perdu ! Oh, bah, mince !

Il n'y a plus d'emploi ! Alors que sur ce domaine-là, il y a un savoir-faire énorme de la part des ouvriers et des ingénieurs en France qu'il faut préserver absolument. L'eau étant l'un des défis majeurs avec tout ce qui se passe en termes de changement climatique, etc.

étant un défi majeur des prochaines années, il faut vraiment faire en sorte que ce secteur-là soit préservé des logiques actionnariales qui visent à casser, in fine, l'outil industriel. – C'est la fin de l'instant Porcher. Si l'émission vous a plus vous pouvez la partager sur les réseaux sociaux.

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