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AutreFrance Inter — Le débat de midi (sur Site radio)· 24 août 2022 55 minContradictoireMixte

Les éditions en péril ?

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0:15
Présentateur

Anna Gavalda, Philippe Djean, Michel Houellebecq ou de l'autre côté de la Manche, Salmane Rojdy, tous ont commencé chez de petits éditeurs qui ont pris leur temps pour accompagner ces auteurs sans savoir si au bout il y aurait le succès, mais simplement parce qu'ils y croyaient. Connaîtraient-ils le même destin aujourd'hui alors que les maisons d'édition sont de plus en plus concentrées, les plus grandes rachetant les plus petites ? Le livre va-t-il devenir un produit standardisé qui doit répondre à l'air du temps pour se vendre vite ? La concentration nuit-t-elle à l'édition ? C'est notre question du jour. Thomas Chauvino, le débat de midi sur France Inter.

Avec quatre invités aujourd'hui pour parler de cette question. Bonjour Sophie Caillat. Bonjour. Vous êtes fondatrice et directrice des éditions du Faubourg. Bonjour Daphné Tamage. Bonjour. Vous êtes autrice, on peut dire autrice.

1:08
Invité

Romancière, j'aime.

1:09
Présentateur

Vous aimez romancière. Alors disons romancière. Vous êtes romancière belge dont le premier roman à la recherche d'Alfred Hayes est paru aux éditions Maurice Nadeau. en janvier dernier. Bonjour Olivier Bessard-Banqui. Bonjour. Vous êtes professeur des universités, spécialiste des lettres et de l'édition contemporaine. Et Benoît Virault, bonjour. Bonjour. Vous êtes créateur de la revue Le Nouvelle Attila et fondateur des éditions du même nom, une maison indépendante pendant 20 ans, qui a rejoint le groupe Le Seuil il y a quelques temps. On y reviendra évidemment. Mais avant, je pense que pour commencer, il faut être assez explicatif.

Parce que quand nous, lecteurs, nous allons en librairie ou en grande surface acheter un livre, on ne sait pas forcément ce qu'il y a derrière. Et derrière, il y a de fortes chances pour que l'un de ces livres ait été commercialisé par soit le groupe Hachette, soit le groupe Editis, qui sont les deux mastodontes de l'édition. Olivier Bessard-Banqui. Oui, tout à fait. En fait, l'édition française est composée d'une myriade de marques qui sont d'ailleurs parfois nées au XIXe siècle et qui ont été pour beaucoup rachetées au fil des décennies. Tantôt par Hachette, tantôt par ce qui est devenu Editis, qui a été d'abord constituée par une maison forte qui s'appelait Les Presses de la Cité.

Bien sûr aussi l'ensemble Gallimard, etc. Ce qui fait que l'extraordinaire variété de toutes les maisons qui existent et qui sont très belles en France, en fait, comment dirais-je, toutes ces maisons sont pour beaucoup, effectivement, rattachées à des groupes en France aujourd'hui. Des grands groupes. Donc, quand on achète un livre de chez Flammarion, par exemple, derrière, il y a un grand groupe. Quand on achète un livre de chez Fayard, derrière, il y a un autre grand groupe. Tout à fait. Tout à fait. Et donc, évidemment, le lecteur, lui, n'est pas forcément informé et à la limite, peu importe.

Il peut se déterminer à partir de ce qu'il attire dans ce livre, après avoir lu peut-être la quatrième de couverture ou après en avoir entendu parler. Je crois que chaque lecteur peut se faire son idée sur ce que sont les identités de ces marques. Nous aurons le temps, j'imagine, d'évoquer tout cela. Mais bon, quand ces marques sont rachetées, certaines restent finalement très fidèles à leur ligne d'origine ou, pour le dire autrement, leurs dirigeants ont la liberté de poursuivre quelque chose qui a été engagé.

Et puis parfois, évidemment, quand elles sont récupérées, rachetées, elles sont obligées de s'adapter à une nouvelle logique de groupe qui se fait toujours dans un sens que nous évoquerons qui est quand même plus celui, évidemment, d'un souci de la rentabilité. Alors, jusqu'à cet été, à la fin du mois de juillet, il était question d'un rapprochement entre ces deux grands groupes, Edith et Hachette, qui appartiennent à un autre groupe, qui est Vivendi, en partie du moins, détenu en partie, là encore, par Vincent Bolloré. Ce mariage, finalement, ne va pas se faire, mais il a causé énormément d'inquiétudes dans le monde de l'édition. Pourquoi, Sophie Caillat ?

3:53
Invité

On voit que Vincent Bolloré, qui possède déjà pas mal de médias et également des régies publicitaires, a clairement un projet politique, un projet réactionnaire. Et quand on voit ce qui s'est passé à Canal+, depuis la disparition des Glignols, et puis ce qui se passe actuellement à Paris Match, avec la couverture sur le Cardinal Rosa, on a de quoi être très inquiet sur les intentions d'un homme qui est un industriel, qui gagne sa vie par d'autres moyens que les médias. Les médias sont souvent des danseuses, mais ils sont rarement rentables. C'est pareil avec l'édition, c'est quand même la volonté de maîtriser la pensée, la production intellectuelle, c'est très inquiétant.

4:26
Présentateur

Alors là, c'est prêté à Vincent Bolloré des intentions qu'il n'a jamais, en tout cas, osé avouer, mais c'est pour l'aspect politique. Sur l'aspect, disons, plus économique, qu'est-ce que ça aurait signifié un mariage entre Hachette et Edithis ?

4:38
Invité

En fait, ça n'aurait pas vraiment été possible parce que Bruxelles, au nom de la concentration, l'aurait interdit. De toute façon, la concurrence l'aurait interdit. Mais ça aurait signifié que plus de 60% du poche, donc le livre de poche, c'est quand même considérable dans la diffusion du livre populaire, que plus de 60% de ce qu'on appelle la littérature générale auraient été dans les mains d'un seul et même groupe. Et donc, en fait, déjà, on a actuellement une lutte entre les gros et les petits pour occuper la place des libraires.

Mais là, en fait, le gap concurrentiel aurait été absolument considérable et les libraires auraient eu huit des best-sellers sur disque auraient été produits par le même groupe. Donc, les libraires ont beau dire qu'on veut défendre la bibliodiversité, comment faire s'ils sont dépendants d'un groupe qui a l'habitude d'imposer ses conditions commerciales ? Parce qu'il faut voir, par exemple, que Hachette donne les plus mauvaises remises aux libraires simplement parce qu'il est le plus gros. Donc, en fait, c'est quand même une lutte des gros contre les petits et il est difficile pour les petits de s'organiser si le gros a plus de 60% du gâteau.

5:35
Présentateur

Alors, en même temps, le gros, comme vous dites, explique que c'est important aussi d'avoir un grand groupe français pour faire face notamment à d'autres grands groupes américains pour ne citer qu'Amazon.

5:48
Invité

Oui, alors, Amazon est plutôt en déclin. En France, c'est ce qu'ils croient, c'est la librairie indépendante. Tous les jours, des librairies s'ouvrent en France et c'est formidable. Et ces libraires, en fait, ils sont dans un dilemme entre faire du commerce pour faire du chiffre d'affaires. C'est quand même le commerce le moins rentable en France. Donc, faire exister leur chiffre d'affaires et puis, d'un autre côté, défendre les éditeurs qu'ils aiment et du coup, ils sont très à l'écoute quand même de cette création indépendante parce que c'est essentiel.

On est dans un pays où la loi, il faut peut-être revenir quand même sur la loi sur le prix unique du livre, qui protège donc les petits contre les gros et Amazon ne peut pas faire de dumping. À l'époque, c'était contre la FNAC et Leclerc que cette loi a été créée, mais elle protège la librairie. Et la librairie doit protéger l'édition indépendante et c'est son rôle. Mais il faut quand même qu'elle puisse le faire.

6:35
Présentateur

Benoît Virault, sur cette question justement de cette concentration, de ce grand groupe qui aurait pu être créé et dont peut-être la France peut aussi avoir besoin finalement.

6:47
Invité

D'abord, c'est quelque chose qui n'est pas tout à fait nouveau. Olivier en parlera mieux que moi avec ses repères historiques, mais il y a longtemps une concentration horizontale où on achète des premiers relais, des premières librairies de chemin de fer que Gallimard a parfaitement illustrées en créant des librairies, des imprimeries, en reprenant la revue détective, en créant des tas de collections pour la jeunesse. Puis, à partir de la deuxième moitié du XXe siècle, il y a eu une concentration verticale autour des presses de la cité. Aujourd'hui, le problème, c'est qu'on a les deux et du coup, qu'on aboutit à cette fausse idée que le gros serait le plus...

pas seulement le plus compétitif, mais le plus efficace. On a déjà beaucoup de groupes très internationalisés en France, dont celui auquel je me suis adossé parce que le seuil cache une autre forêt qui est celle de médias à participation.

7:39
Présentateur

Alors, pour aller un peu moins vite, vous aviez une petite maison d'édition que vous avez toujours, d'ailleurs, que vous avez décidé de vendre à une maison plus grosse.

7:48
Invité

qui s'est rapprochée. Ça n'a pas été une vente, mais ça a été un adossement. Je suis vraiment devenu un label et un imprint sur le modèle américain des petits qui prospèrent en apportant des idées, en essayant de... Voilà. En prenant peut-être plus de temps pour repérer des jeunes auteurs ou des courants ou des textes auxquels on n'aurait pas pensé dans l'énergie et le temps peut-être plus d'accélérer des groupes. Et ça fait un an tout juste. Voilà. Là, c'est ma première entrée littéraire en tant que telle où je sors à la fois deux livres au Nouvelle Attila et je sortais...

Il y a quelques jours, mon premier roman Sous l'égide du Seuil dans la collection Cadre Rouge, Pâte Blanche de Kinga Vejekovska. Ce qui me permet aussi de tester deux manières de travailler légèrement différentes parce qu'on a beau s'appuyer sur les mêmes équipes, ce n'est pas forcément les mêmes moyens, le même périmètre d'action d'un point de vue marketing ou autre. Et ça, c'est un laboratoire à ciel ouvert vraiment passionnant. Mais qu'est-ce qui vous a décidé,

8:42
Présentateur

Petit Éditeur, donc Nouvelle Attila, comme vous l'avez dit, à vous adosser à un groupe beaucoup plus grand, qui est le quatrième, on peut dire, groupe français ?

8:51
Invité

Au moins trois facteurs, mais l'un qui compte beaucoup pour les indépendants étant quand même l'ingratitude. C'est un métier passion, mais c'est un métier... Sophie en rigolait tout à l'heure en disant je ne connais plus le mot de vacances. Par exemple, les éditeurs indépendants ne prennent quasiment jamais de vacances et fusionnent totalement leur vie personnelle avec leur vie professionnelle. Ils sont totalement dévoués à ce sacerdoce. Donc, il y a un côté très ingramme matériellement qui fait que quand on est indépendant, on est presque contraints à recommencer chaque année le même travail de fidélisation des libraires, des journalistes parce qu'on est une toute petite équipe.

On n'a pas forcément la possibilité financière de pérenniser les gens, les coéquipiers avec qui on travaille. Et donc, c'est... Small is beautiful, mais Small est très très consommateur d'énergie. Il y a autre chose, il y a l'envie... J'ai toujours travaillé avec des petites équipes où il y avait une grande émulation, mais je crois que j'avais envie d'élargir ce terrain de discussion, de confronter des idées, de confronter des projets aussi d'anticipation, de savoir comment évoluent les supports, le lectorat. J'interviens aussi beaucoup dans les universités où je suis confronté à des jeunes lecteurs de 20 ans.

Je me dis que ces lecteurs-là, ils n'iront pas tout seuls chercher les romans que je publie au Nouvelle-Latilla et qu'il va falloir peut-être faire un bout du chemin. J'avais aussi besoin de rentrer dans une maison plus grosse qui avait l'habitude d'autres thèmes et d'autres terrains de réflexion pour penser autrement. Et puis, j'étais sûr aussi que ça me permettrait. On a eu un certain nombre de succès. On a porté très haut des auteurs comme Gauze et Mariam Magidi qui a eu le concours du premier roman. Je me sentais aussi, mine de rien, limité. On avait eu des très beaux résultats, accès à des très beaux prix.

Mais je sentais quand même qu'en tant qu'indépendant, il manquait une petite accroche supplémentaire pour pouvoir accrocher le meilleur. Donc,

10:30
Présentateur

et c'est important de le dire, il n'y a pas que du mauvais dans l'effusion Olivier Bessarbanqui. Oui, ce que Benoît... Ou les adossements, pour reprendre le terme de Benoît. Ce que Benoît n'ose pas dire, c'est qu'il a aussi choisi le seuil. C'est-à-dire que... Et donc, il a choisi une maison qui est très très belle, qui est très prestigieuse et qui, probablement, Benoît le dira, lui a offert des garanties. C'est-à-dire, pour être sûr de pouvoir continuer à travailler dans de bonnes conditions. Donc, les groupes ne peuvent pas, si vous voulez, être évoqués sur le même plan comme s'ils étaient interchangeables.

Le groupe Gallimard n'a rien à voir avec ce qu'est Hachette ou avec ce qu'est Edithis. Donc, évidemment, quand vous vous rapprochez ou quand vous êtes absorbé par un groupe comme Gallimard, pour ne pas le nommer, là, vous savez que vous entrez dans un univers où le temps long compte. Un éditeur comme P.O.L. a eu, lui aussi, en son temps, des garanties, des sécurités, des assurances de la part d'Antoine Gallimard et puis des équipes, disons, de cet ensemble Gallimard.

Et donc, évidemment, il y a bien sûr des points qui peuvent être parfaitement jugés positifs dès lors que ce que vous faites, vous, en tant qu'éditeur indépendant, convient à votre nouveau propriétaire qui veut garder cette créativité ou cette liberté qui est la vôtre, qui permet d'avoir des succès comme ceux qu'a eu Benoît, par exemple, et qui vous donne effectivement les moyens d'aller plus loin, notamment, bien sûr, des moyens commerciaux. Alors, des chiffres, des stratégies commerciales, il ne faudrait pas oublier non plus que la littérature, ça doit aussi nous faire rêver, ouvrir des portes.

Écoutez, ce qu'en dit Philippe Dian au micro de la grande librairie diffusée sur France 5, c'était en 2016.

12:07
Invité

Je pense qu'à partir du moment où un livre a un ton particulier, ça fait qu'on tombe dans ces livres qui changent votre vie parce que ça change votre vision du monde. C'est-à-dire que, souvent, pour m'amuser, j'essaie d'expliquer que c'est Raymond Carver qui m'a appris à traverser la rue. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire simplement que quand vous êtes imprégné d'une œuvre, imprégné d'un écrivain, une chose toute bête comme Traverser la rue, ce n'est pas la même manière. Vous allez regarder autre chose. Vous n'allez peut-être pas vous précipiter jusqu'à sur le trottoir d'en face. Vous allez peut-être attendre, je ne sais pas, mais c'est ça. Ça change votre perception du monde.

C'est ça, un livre qui change la vie. Ça change votre regard.

12:49
Présentateur

Daphné Tamage, vous êtes romancière. Vous avez publié très récemment à la recherche d'Alfred Haïs aux éditions Maurice Nadeau, je le répète. Est-ce qu'il y a, comme pour Gian, un écrivain, qui en l'occurrence a été Raymond Carver, qui vous aide à traverser la rue autrement pour vous ?

13:07
Invité

Oui, Henri Miller, que j'aime à la folie. Et c'est très drôle parce que Maurice Nadeau, le père de mon éditeur, Gilles, était ami avec Miller. Et en fait, j'ai vraiment l'impression d'avoir la chance d'appartenir à une filiation, à quelque chose qui se transmet et quelque part d'être un peu relié à cet Henri Miller-là. Et ça, c'est merveilleux. C'est la magie de la littérature.

13:31
Présentateur

Alors, vous dites à propos de votre éditeur, justement, Nadeau, Maurice Nadeau, que c'est sécurisant d'avoir commencé, puisque c'est votre premier roman, commencé dans une petite structure. Pourquoi ?

13:42
Invité

Parce que c'est une merveilleuse piste de décollage. qui permet donc de s'élever, mais aussi peut-être de tomber. En fait, j'ai une liberté inouïe de faire mes armes et de procéder par essais-erreurs. Et ça, pour une jeune romancière qui entre dans un milieu qu'elle ne connaît pas, qui est impressionnant, vraiment, et qui n'est jamais tout à fait ce qu'on s'imagine, c'est une chance inouïe.

14:08
Présentateur

Qu'est-ce que vous imaginez et qu'est-ce que vous avez découvert ?

14:11
Invité

J'imaginais quelque chose de très léger, de très... Moi, j'adore les auteurs américains, j'avais l'impression qu'ils soufflaient un grand vent de liberté sur tous ces écrivains. Je m'identifie à eux et je me rends compte que non, les auteurs ont tous leur égo, leur... voilà, leur... des choses qui les tiraillent et en fait, que ce n'est pas si incroyable que ça. Et en même temps, je trouve ça formidable de pouvoir se confronter à cette réalité-là qui est une réalité moins glamour, moins pleine de paillettes qu'on s'imagine quand on a 15 ans. Et voilà, c'est une belle aventure. Que raconte votre livre Daphné Tamage ?

C'est l'histoire d'une jeune femme qui part à la recherche d'un scénariste hollywoodien des années 50 qui s'appelle Alfred Hayes qui a existé mais dont on ne sait rien. Et elle, sa quête va être de partir à sa découverte, à sa recherche et peut-être à la recherche d'elle-même parallèlement.

15:16
Présentateur

Est-ce que, Sophie Kaya, il y a cette approche que vous avez vous en tant qu'éditrice et qu'on entend dans le discours de Daphné Tamage qui est en effet de prendre votre temps avec l'auteur ?

15:25
Invité

Oui, bien sûr. Et en même temps, on est toujours sous pression. C'est-à-dire que, en fait, les journées ne font quand même que 24 heures et moi, je fais 5 à 10 livres par an donc c'est une exigence de qualité et on pourrait être poussé à faire plus parce qu'en fait, encore une fois, l'enjeu est d'occuper le terrain mais on s'oblige à ralentir et cette année, j'ai décidé de ne faire que 5 livres pour justement prendre le temps de les installer complètement et d'asseoir la maison aussi qui n'a que 3 ans à peine, je le répète.

15:56
Présentateur

Mais 5 livres, comment vous choisissez ? Pourquoi celui-là plutôt qu'un autre ?

15:59
Invité

Alors, j'ai choisi une diversité à la fois dans les genres et dans les thématiques donc j'ai 3 collections littérature, sciences humaines et bandes dessinées donc j'ai choisi d'être présente dans ces 3 domaines-là et puis d'essayer de ne pas me répéter le problème c'est les livres qui ne servent à rien et qui sont des livres qui ont déjà été faits mille fois, j'essaye à chaque fois d'être précisément très originale et là par exemple je vais sortir dans 15 jours le premier grand livre sur la bisexualité féminine qui est en fait un sujet un peu tabou qui sera un essai de Mathilde Ramadier qui est une jeune autrice de 34 ans qui l'écrit à la première personne et à mon sens c'est un livre important qui va faire date et très étrangement ce livre n'existait pas du tout

16:45
Présentateur

Est-ce que dans cette façon de travailler que vient de raconter Sophie Kaya pour vous Olivier Bessarbanqui il y a une incompatibilité avec ce que ferait un grand groupe par exemple ? Sans doute c'est-à-dire que le petit éditeur indépendant qui sait parfaitement gérer son travail peut se permettre pour travailler plus et mieux de faire moins je dirais que c'est la tendance qui est celle qui permet d'arriver à un travail de qualité c'est-à-dire que si vous faites moins de livres d'abord vous les travaillez mieux en amont je ne sais pas si vous voulez évoquer la saga que Benoît Virault connaît bien aussi de Dominique Borde qui a publié Blackwater qui est diffusé par

17:25
Invité

le diffuseur des indépendants auquel j'appartiens c'est très intéressant chez M. Toussaint-Louverture voilà chez M. Toussaint-Louverture

17:31
Présentateur

alors Dominique Borde il a un modèle mais il n'est pas le seul bien sûr qui est de publier peu mais alors il travaille énormément en amont donc cette série Blackwater ça fait des années qu'il travaille dessus il a commencé tout un travail notamment d'information des libraires très très en amont etc.

il a préparé des opérations de teasing pour alerter en fait pour susciter des curiosités et petit à petit tout cela a monté et lui a permis d'avoir avant même la sortie du livre un phénomène d'attente et qui lui a permis d'aller effectivement assez loin en très peu de temps donc tout ça c'est ce que disait Benoît Virault tout à l'heure tout cela prend du temps et donc évidemment le petit éditeur indépendant peut en quelque sorte se permettre de créer de trouver ses propres équilibres économiques pour se dire si j'en vends tant d'exemplaires et que j'en fais tant par an avec ça je peux continuer je peux tenir alors que quand par définition vous entrez dans une logique de groupe qui est alors encore une fois tous les groupes ne sont pas les mêmes quand vous entrez dans une logique de groupe évidemment vous êtes beaucoup plus sous la coupe de responsables qui vont vous imposer probablement un rythme de travail plus fort parce que ça n'est pas assez rentable de travailler trop petite par an la concentration nuit-elle à l'édition c'est la question qu'on se pose aujourd'hui dans le débat de midi et on attend vos commentaires et vos coups de coeur littéraires aussi comme Blackwater par exemple sur l'appli de France Inter

19:02
Invité

du nouvel album

22:13
Présentateur

de Metronomie Right on Time toute la programmation musicale est à retrouver sur le site de l'émission le débat de midi 4 invités pour évoquer le monde de l'édition en péril avec un point d'interrogation aujourd'hui les éditrices et éditeurs Sophie Caillat et Benoît Virault la romancière Daphné Tamage et Olivier Bessarbanqui qui est professeur des universités spécialiste de l'édition contemporaine ce que vous apprenez à vos étudiants d'ailleurs Olivier Bessarbanqui c'est que la concentration en fait elle a toujours existé on s'en inquiète là mais c'est pas nouveau je ne sais pas si on peut dire qu'elle a toujours existé en tout cas si on remonte jusqu'après la seconde guerre mondiale elle était là on peut remonter même si vous le voulez jusqu'au 19ème siècle et dire que de toute façon il y a toujours eu depuis ces dates des entreprises qui en ont récupéré d'autres ce qui s'est passé peut-être de manière plus nette effectivement à partir de la fin de la seconde guerre mondiale c'est que des éditeurs se sont retrouvés dans la tourmente notamment du fait de la guerre Grasset ou de Noël par exemple et donc d'un côté Hachette de l'autre Gallimard ont récupéré quelques-unes de ses marques Gallimard avait déjà racheté la pléiade dans l'entre-deux-guerres donc tout ça ce sont si vous voulez des mouvements qui ont été tout à fait habituels mais qui n'avaient pas rompu les équilibres d'ensemble si vous voulez du monde du livre même si disons-le depuis la fin du 19ème siècle déjà Hachette était devenue bien sûr une belle librairie opulente et dominante ce qui a peut-être changé c'est que à partir du moment où c'est Lagardère qui s'est emparé d'Hachette à la fin des années 70 donc au tout début des années 80 il y a eu un phénomène de modernisation si vous voulez de cette édition dominante et qui a en quelque sorte fait apparaître de manière plus puissante des marques comme celle de Jean-Claude Lattès qui sont devenues des marques très fortes et très tournées vers le grand public et au fond c'est une standardisation de l'édition qui a été un petit peu constatée par les lecteurs et donc évidemment une production peut-être un petit peu moins pointue et davantage tournée vers le divertissement et c'est ce qui a quand même très globalement marqué disons la politique des groupes et c'est ce qui fait l'intérêt des petits éditeurs c'est que justement c'est eux qui depuis les années 70-80 portent plutôt la création donc si on vous suit ça veut dire que ce sont les petits éditeurs qui prennent les risques et après les gros n'ont plus qu'à se servir c'est à dire qu'une fois que la star est montée voilà on vient le chercher comme au match en football quoi oui on peut même dire puisque vous avez là un auteur de chez Maurice Nadeau on peut rappeler que personne ne voulait du roman de Michel Houellebecq extension du domaine de la lutte qui a été publié chez Maurice Nadeau et évidemment une fois qu'il y a eu ce premier succès avec ce premier roman de Michel Houellebecq évidemment il a été courtisé par tout un ensemble de grandes maisons et il s'est rapproché très naturellement de Raphaël Sorin qui était alors chez Flammarion et c'est ainsi qu'il est passé chez Flammarion pour les particules élémentaires Daphne Tamage vous avez envie d'un destin à la Houellebecq ?

25:24
Invité

oh pourquoi pas ça doit être grisant mais pour le moment je me sens à ma place avec ce premier roman et peut-être que Houellebecq le fut avec extension des domaines de la lutte mais effectivement on a l'impression de commencer quelque part et que symboliquement ce quelque part ça va nous mener en fait je me sens à ma juste place et ça je pense qu'il y a beaucoup d'auteurs qui démarchent démarchent des petits éditeurs et qui peuvent en dire autant

25:54
Présentateur

alors moi je me souviens vous avez cité Houellebecq qui avait commencé chez un petit éditeur je me souviens aussi d'un certain Marcel Proust qui a eu du mal à se faire éditer au début de sa vie et un éditeur qui lui avait écrit je suis peut-être bouché à l'aimerie mais je ne puis comprendre qu'un monsieur puisse employer 30 pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil Marcel Proust quoi quand même

26:17
Invité

c'est vrai qu'on prétend quand même être des défricheurs des éclaireurs et donc on fait quand même un énorme tri dans les manuscrits et il nous arrive souvent de en effet récupérer des auteurs que les gros n'ont pas voulu et à contrario quand on a réussi à faire le succès d'un auteur ensuite il y a le risque de se le faire piquer mais il y a un système de mercato et d'enchères notamment par exemple sur les traductions qui vont se jouer dans les foires de Francfort dans lequel on ne peut pas du tout être en concurrence mais notre force c'est d'être agile par exemple la bande dessinée que je vais publier au mois d'octobre qui s'appellera Nager à contre-courant de la turque Özgeç Samansi en fait je suis allée la trouver au marché des droits en Goulême et simplement elle avait été publiée par un éditeur américain qui n'avait pas vraiment fait le job et je suis la première du coup à découvrir cette pépite qui un petit peu comme autrefois l'association avait publié Marjan Satrapi voilà il y a des petites maisons qui à un moment peuvent faire simplement parce qu'elles ont l'audace de publier et qu'elles croient enfin voilà il faut croire en sa bonne étoile et suivre et la suivre

27:27
Présentateur

mais je pense à tous ces auditeurs qui peuvent être là en train de penser parce que bon il y a plein d'études qui montrent qu'en gros il y a quand même pas mal de français qui ont des romans qui dorment dans le tiroir qu'ils ont écrit la nuit qu'ils ont écrit pendant le confinement les auditeurs qui voudraient écrire un livre être publié comment ils font comment ils doivent s'y prendre Benoît

27:47
Invité

Ne les encouragez pas trop on est le pays qui écrit le plus c'est le premier média d'expression nous on reçoit dans une maison comme la nôtre au bout de 15 ans on reçoit à peu près 5 manuscrits par jour je pense qu'Acte Sud c'est 40 et Gallimard ça doit être 80 donc imaginez combien de personnes employées à plein temps pour en prendre connaissance ça demande quand même une organisation des services manuscrits assez considérable ce qui renvoie aussi au facteur temps à l'utilité à la valeur qu'on accorde au facteur temps effectivement on n'en a déjà pas beaucoup mais on va dire que des indépendants par rapport aux très gros groupes je ne voudrais pas faire d'opposition manichaine peut-être on accorde plus de temps à ce risque et à cette part d'aléa et on se dit qu'il y a plus de chances de découvrir un futur Joyce ou un futur Proust dans notre boîte de manuscrits que les très grosses structures existantes ça c'est un facteur il y a aussi la souplesse et l'agilité il y a aussi la proximité comme on est des petites équipes on a envie d'être tout à côté des auteurs tout à côté des libraires tout à côté des journalistes et on passe en général notre temps sur les routes à accompagner ces livres sur lesquels on a passé des mois et des mois parce qu'on s'est donné ce temps parce qu'on n'avait pas forcément des heures limitées un bulletin limité ou toute une chaîne de coordination des tâches à respecter donc ça ça nous donne beaucoup de valeur aux yeux d'auteurs et de libraires qui se sentent considérés qui se sentent entourés d'attention et qui même si le destin commercial peut être moins glorieux à la base sur le papier en fait vont dans ce surcroît d'attention le vivre mieux

29:21
Présentateur

sur franceinter.fr Brice nous écrit je suis un grand lecteur et je me fiche pas mal de l'actu littéraire il n'y a aucune urgence à lire un livre la littérature est hors du temps du coup si un livre survit à l'immédiateté du prix et du buzz je finis par le lire en petit format le plaisir n'en est pas plus petit Johan nous dit par rapport à la fréquence des livres je trouve qu'un par an peut suffire pour occuper le terrain entre autres j'aime beaucoup Bernard Werber qui me semble-t-il ne fait qu'un livre par an et j'y suis relativement assidu et puis c'est Jimmy qui est auteur et qui nous dit je ne me suis pas senti respecté quand j'étais chez les grands éditeurs je suis donc passé chez un petit auditeur qui s'appelle Humber and Curlyou c'est la première fois que je suis vraiment respecté dans mon travail ce qui tue le livre et la création c'est cette volonté de faire de l'argent plutôt que de la qualité vous-même Daphné Tamage vous avez décidé de venir en France vous êtes belge vous avez décidé de venir en France pour vous faire publier

30:14
Invité

ah oui non en fait j'ai rien décidé du tout c'est la vie c'est l'auteur l'éditeur qui nous a accepté oui voilà c'est la vie qui m'a menée la vie et puis une bonne fée aussi qui s'appelle Béatrice Comanger qui est traductrice d'Anna Issenin et romancière très belle romancière grande dame qui est très chère à mon coeur et qui m'a menée là où je suis

30:36
Présentateur

alors il y a une autre question qu'on n'a pas abordée c'est celle de ce qu'on appelle la diffusion c'est un peu jargonnant peut-être pour les auditeurs mais là aussi la diffusion c'est ce qui fait que les livres arrivent chez les libraires notamment et il y a deux grands diffuseurs également en France comme il y a deux grands mastodontes de la littérature et il se trouve que ces deux grands diffuseurs sont appuyés aux deux grands qui sont déjà les mastodontes de la littérature Olivier Bessarbanqui oui Benoît Viron en a parlé je pense qu'il sera plus précis que moi sur ces questions mais tout à fait c'est à dire qu'en France en fait comme ces groupes sont issus de maisons qui sont déjà anciennes elles ont constitué depuis fort longtemps des structures solides de diffusion par lesquelles quasiment tous les éditeurs sont obligés de passer ce qui fait que encore une fois derrière la variété des titres et des maisons en fait il y a peu d'opérateurs disons commerciaux qui gèrent cette masse extraordinaire de plus de 100 000 titres par an donc évidemment un petit éditeur qui voudrait se lancer aujourd'hui et qui voudrait trouver un diffuseur-distributeur n'aurait pas un grand choix s'il approche évidemment le diffuseur c'est vraiment celui qui apporte ces livres

31:43
Invité

il y a les camions et les commerciaux la diffusion c'est les commerciaux c'est à dire c'est des équipes de VRP qui vont voir les libraires et qui disent voilà dans deux mois telle maison va sortir tel livre est-ce que vous voulez en commander c'est ce qui s'appelle les offices la mise en place c'est des termes techniques mais qui sont essentiels donc ça permet aux éditeurs quand leur livre sort d'être sur les tables des libraires et puis il y a les camions qui sont la distribution il y a tout un tas d'éditeurs qui peuvent être distribués moi je l'ai vécu dans une précédente maison c'est à dire qu'on est distribués mais on n'a pas c'est à dire qu'on peut être commandé auprès du libraire mais on n'est pas sur les tables parce qu'on n'a pas ces équipes commerciales donc l'un plus l'autre c'est deux métiers qui en fait sont fusionnés dans les mêmes entreprises et je laisse Olivier continuer

32:26
Présentateur

non mais c'est enfin voilà effectivement disons que c'est très difficile pour des petits éditeurs aujourd'hui d'avoir accès à une voilà à une force commerciale et à un soutien logistique efficace alors on a parlé tout à l'heure donc d'Harmonia Mundi ou des belles lettres donc il y a des structures intermédiaires qui sont qui sont très efficaces et bonnes mais bien sûr que c'est encore une fois un monde qui est dominé donc par les grands groupes et aussi donc le groupe Gallimard donc évidemment ça ne laisse pas beaucoup de marge pour les petits acteurs du livre Sophie Kaya

33:03
Invité

je dois juste préciser que donc ces groupes de diffusion distribution comme Hachette sont également éditeurs et donc en fait c'est ce qui est le plus rentable dans le monde de l'édition c'est la logistique en réalité parce qu'on est voilà on a des systèmes d'aller et de retour et donc ils gagnent en fait dans les deux cas les diffuseurs distributeurs et donc quand on est Hachette qu'on possède à la fois une maison d'édition mais qu'on a cette manne financière qui permet aussi de diffuser d'autres éditeurs parce que par exemple Gallimard a sa propre également structure de diffusion distribution et distribue et diffuse tout un tas d'indépendants donc ça ça fait des revenus en plus pour la maison Gallimard finalement et la spécificité d'Harmonia Mundi et des belles lettres c'est d'être uniquement diffuseur distributeur de ne pas posséder de maison d'édition donc c'est vraiment important parce qu'il n'y a pas de concurrence au sein d'Harmonia Mundi entre les éditeurs de la maison et les éditeurs extérieurs qui prennent ce service je ne sais pas si c'est clair

33:56
Présentateur

je pense que c'est important en effet quand on va acheter son livre mais quand on sait que c'est d'abord difficile de se faire éditer comme on vient de le rappeler mais qu'ensuite derrière c'est aussi difficile pour les petits éditeurs d'amener des livres jusqu'en librairie on comprend l'enjeu crucial Benoît Virault

34:13
Invité

c'est vraiment ce domaine qui a le plus souffert du mouvement de concentration quand on parle du diffuseur de Vivendi en fait il y en a deux il y a Interforum qui a avalé Volumen l'ancien diffuseur historique du Seuil quant à Gallimard ils ont avalé le diffuseur

34:27
Présentateur

c'est les camions

34:28
Invité

non, non le diffuseur c'est les commerciaux c'est les commerciaux et la distribution c'est les camions d'accord cela étant il y a eu là il y a eu une évolution historique moi quand j'ai commencé dans l'édition il y a une quinzaine d'années c'était quasiment impossible d'intégrer c'était très difficile pour un éditeur indépendant d'intégrer une maison de diffusion qui voulait vraiment des plans de financement à très long terme qui avait des exigences de nombre minimum de livres et en fait avec les camarades éditeurs au fur et à mesure des succès comme M.

Toussaint-Louverture quand Bourakis peut-être on a modestement contribué à changer la donne et le regard sur les nouveaux éditeurs parce qu'aujourd'hui c'est aussi une conséquence de la crise c'est l'inverse n'importe quel diffuseur se précipite alors pas au chevet mais au berceau des éditeurs indépendants et il y a eu en 20 ans un basculement total de l'intérêt il y a eu aussi un complément intéressant c'est que des maisons indépendantes Actesul il y a 30 ans mais aujourd'hui plus récemment Boucher-Chastel où les arènes ont créé leur propre structure de diffusion tellement elles trouvaient difficile, ingrat et injuste d'être englouties par des gros diffuseurs cela nous amenant à mon avis un autre mal du siècle qui est le niveau de production tout autant que la concentration ce qui est douloureux et pénalisant pour les indépendants aussi bien les libraires que les éditeurs c'est ce que j'appellerais non pas la surproduction mais l'hyperproduction donc le nombre de livres global croît d'au moins 1% par an ça depuis le début du XXème siècle on en a plus de 500 pour cette rentrée c'est vraiment une menace donc tout le monde Gallimard et Actes Sud font des beaux yeux aux journalistes en prétendant baisser rentrer après rentrer leur nombre de livres c'est pour mieux l'augmenter au mois de janvier c'est totalement artificiel c'est ça vraiment la première menace pour la viabilité et la visibilité des indépendants c'est le nombre de références les libraires sont vraiment gorgés, noyés ne peuvent plus faire leur travail comme nous on a du mal à lire tous les manuscrits les libraires ont du mal à se renseigner et à appréhender efficacement chaque nouveauté qui leur est soumise tellement le pays est soumis au règne et au diktat de la nouveauté alors je voudrais vous faire

36:29
Présentateur

écouter une éditrice parmi les plus importantes de sa génération éditrice en France du couple Obama c'est quand même pas rien l'éditrice aussi de l'autrice de la romancière la plus vendue dans le pays c'est Virginie Grimaldi et voici ce qu'elle disait au micro de Léa Salamé dans l'émission Femmes Puissantes c'est Sophie de Closet

36:45
Invité

c'est tellement difficile d'écrire si vous avez le choix si votre rapport au monde peut se régler différemment vous le faites pas c'est trop difficile quand je croise des gens qui me disent ah c'est dommage j'ai pas le temps sinon j'écrirais un roman comme je sais pas qui bah non en fait tu l'écrirais pas parce que tu choisis pas parce que c'est une urgence c'est une nécessité parce qu'en fait c'est tellement difficile c'est un exercice solitaire que vous portez pendant des mois quel que soit le genre de ce que vous écrivez et ensuite vous le donnez à quelqu'un un éditeur qui vous fait quand même un cadeau et un acte de confiance insensé qui va s'emparer de ce texte que vous avez porté seul dans lequel vous avez mis énormément de vous et qui va progressivement entamer un processus de dépossession pour en faire un objet public qui ne vous appartient plus tout à fait et après la sortie d'un livre c'est une expérience quand même de votre insignifiant sur terre c'est à dire que aucune réception aussi fantastique soit telle ne peut être à la hauteur de ce que vous avez mis dans ce livre là donc forcément c'est des moments qui sont déstabilisés et forcément l'éditeur est là pour faire en sorte que ça se passe le mieux possible

37:46
Présentateur

Daphné Tamage romancière vous vous reconnaissez dans ce que vient de dire Sophie Decloset

37:51
Invité

j'ai un peu de mal avec le discours doloriste de l'écriture vous n'avez pas souffert

37:59
Présentateur

en écrivant votre roman

38:00
Invité

en fait écrire pour moi c'est juste de la concentration c'est une concentration qui est tellement intense qui vous prend le corps qui vous prend l'âme qui vous prend tout est-ce que c'est de la souffrance ça peut être aussi de la jouissance

38:13
Présentateur

ça c'est vous qui voyez il n'y a que vous qui savez ah mais je sais donc vous ne vous reconnaissez pas dans ces propos

38:20
Invité

en partie mais je pense que c'est plus complexe il y a vraiment il y a des phases dans l'écriture et c'est ça qui est riche c'est ça qui est merveilleux c'est qu'on peut être c'est que ça peut être dur ça peut être on peut être très dur envers soi et puis le lendemain c'est se dire que waouh on a bien fait on a bien fait le job

38:37
Présentateur

on entend aussi disons en filigrane de ces propos cette idée que l'éditeur l'éditrice est à la fois baby-sitter père ou mère spirituel voire père ou mère fouettard fouettarde Sophie Caillat

38:50
Invité

non mais je voudrais revenir sur l'idée de filtre parce que il y a peut-être je dis un chiffre un peu comme ça mais un manuscrit sur 100 qui finit par être publié donc un sur 100 ok et ensuite l'éditeur lui-même cherche un diffuseur distributeur et n'en trouve pas forcément contrairement à ce que disait Benoît Harmonia Mundi refuse tous les jours de prendre de nouveaux éditeurs qui voudraient se lancer donc c'est quand même en fait il faut passer un certain nombre de barrières à l'entrée du marché et ensuite quand on est sur le marché il faut ensuite arriver à faire connaître ce livre donc je veux dire effectivement là où Sophie Declosé a raison c'est qu'il faut quand même être modeste à tous les niveaux de la chaîne de l'édition c'est un acte dans lequel on met toute sa foi qui nous semble immense mais qui peut finir voilà on est une goutte d'eau dans l'océan et comme disait Salmane Rushdie que j'entendais l'autre jour dans une conférence très intéressante il disait si on arrêtait aujourd'hui de publier le moindre livre il y aurait encore sur terre bien assez de livres et de très bons livres pour tout ce qu'un humain peut lire dans sa vie donc voilà soyons dans un exercice de modestie et soyons conscients de la réalité de la en effet la surproduction hélas on est obligé d'employer ce mot parce que en effet il y a peut-être 100 000 livres par an qui sont publiés mais beaucoup sont autopubliés donc voilà il reste aussi cette possibilité pour les auteurs qui n'ont pas rencontré d'éditeurs qui n'ont pas réussi à aller sur le marché de s'autopublier tout seul dans leur coin et de faire exister leurs livres

40:13
Présentateur

c'est justement une question que nous pose Sophie sur franceinter.fr que pensent vos invités des plateformes d'auto-édition de mise en relation avec les éditeurs des plateformes type LibriNova qui proposent par ailleurs des tas d'offres payantes pour accompagner les auteurs Benoît Virault

40:27
Invité

c'est très bien à condition que l'auteur ait pris le temps de rentrer dans une librairie de fréquenter assidûment les librairies les salons et ne le fasse pas au hasard et par simple souci de paresse voilà en fait c'est vraiment important qu'un auteur comprenne que l'avenir du manuscrit la réussite des différentes vies du livre c'est-à-dire qui rentre dans une chaîne a priori où va croiser où son manuscrit organique matière vivante va évoluer en fonction de la rencontre avec l'éditeur puis après va prendre des nouvelles significations en étant dans la main des libraires qui sont quand même les courroies indispensables aujourd'hui de la transmission et c'est vraiment important qu'un auteur comprenne combien subjectif et combien personnel son choix doit être et va peser sur le sort et la mémoire de son livre donc ces plateformes sont très bien parce qu'elles remplissent un vide et peut-être elles suppléent quelque part un autre manque de temps dramatique et récurrent mais que ce soit pas juste une solution de facilité mais plutôt la conclusion d'un examen un peu critique

41:22
Présentateur

La concentration dans le monde de l'édition c'est la question qu'on se pose dans le débat de midi et merci à toute l'équipe de l'émission Théo Raison à la réalisation aidée par Benjamin Woodcock à la technique à la technique aujourd'hui c'est Alexandre Chenet à la préparation Victorien Thomas Stéphanie Valois avec l'aide d'Anaïs Poncin et Pénélope Tricard et la programmation est signée Juliette l'orphelin nous sommes ensemble jusqu'à 13h

41:45
Invité

La messe n'est pas dite Le sort n'est pas jeté Prière de prévoir La paix de Ménère Prière Prière Parole de primate Parole de blatte Prière de prévoir La paix de Ménère À hauteur de fantômes À longueur Je la cherche par terre Je la cherche au fond des rivières Comme on cherche Alléluia

45:03
Présentateur

Une chanson signée Bertrand Belin qui chante mais qui écrit aussi des livres Vrac pour ne citer que le dernier est aux éditions POL France Inter Thomas Chauvinaud Le monde de l'édition est-il en crise ?

C'est la question qu'on se pose ce midi avec 4 invités l'éditrice Sophie Caillat l'éditeur Benoît Virault l'autrice Daphné Tamage et Olivier Bessard-Banqui qui est professeur des universités spécialistes de l'édition contemporaine et puis ces messages que vous continuez de nous envoyer sur l'appli de France Inter c'est par exemple Jonathan qui nous dit pour ce qui est de la concentration des éditions je trouve que c'est dommageable à la culture littéraire j'ai la crainte de voir certains genres se faire progressivement étouffer je pense notamment à la jeunesse ou à la fantaisie en ce moment la jeunesse et la fantaisie je crois que ça marche plutôt bien qui reçoivent bien des médisances de la part du milieu ou bien à la romance traitée comme des pseudo-romans de bas étage nous avons besoin de structures permettant aux artistes de s'exprimer de sortir des clous de proposer de l'inédit et en cela les petites maisons d'édition me semblent plus inclines à prendre ce genre de risque au-delà du risque de mainmise par Bolloré sur les opinions au sens large au service de son projet personnel n'oublions pas que Hachette c'est aussi une très grosse majorité d'éditions scolaires n'y a-t-il pas un risque à ce niveau d'influencer les contenus scolaires je suis une grosse lectrice l'idée qu'un groupe m'imposerait ses choix littéraires pour payer ses actionnaires me tétanise Sophie Kaya

46:27
Invité

oui alors il faudrait relire André Chiffrine l'édition sans éditeur pour raconter justement à quel point la mainmise à partir du moment où des industries dont c'est pas du tout le métier la création littéraire investissent dans des maisons il faut quand même s'inquiéter de toute façon et voilà dans ce livre il retrace ce qui s'est passé aux Etats-Unis mais c'est vraiment le problème de l'industrie et on a nous indépendants des manières de résister en s'alliant Benoît en parlait tout à l'heure mais moi j'ai créé un collectif avec quatre autres éditeurs diffusés par Harmonia Moudi et on fait en commun nos relations libraires peut-être bientôt nos commandes de papier parce qu'il y a quand même un enjeu dont on n'a pas parlé dans cette émission qui est en ce moment très brûlant c'est les prix du papier les prix du papier ont monté de 20-30 ça dépend des papiers voire 50% sur certains et donc on est en fait voilà c'est le premier arrivé le premier servi donc évidemment quand on a une force de frappe comme Hachette on peut avoir accès à tous les papiers qu'on veut et pour nous indépendants c'est beaucoup plus difficile et donc on subit plein de fois cette hausse des prix du papier avec la nécessité moi j'ai dû fixer mes tirages quatre mois avant la sortie pour acheter du papier pour me positionner sans avoir de visibilité sur la mise en place le jour de la sortie donc on est quand même voilà clairement défavorisés sur le plan industriel et en même temps très actifs sur le plan de la création à propos de papier on peut rappeler une anecdote ça nous ramène à l'année dernière mais Éric Zemmour a fait la une de l'actualité avant pour les mêmes raisons Joël Dicker et Riyad Satouf en quittant le système d'édition traditionnel à savoir Albin Michel qui de toute façon était plus très motivé par l'évolution de ses textes pour soi-disant s'auto-éditer il se trouve qu'en fait il n'a eu aucun problème lui pour se diffuser pour acheter du papier puisque toute la maison est en fait coordonnée de l'intérieur au sein du groupe Editis et qu'il est donc c'est un faux auto-édité qui est entièrement dont les avances de frais et de matières et de matériaux ont été entièrement financées par Editis à l'époque donc il mobilisait des tonnes et des tonnes énormes de papiers au risque de dégoûter des structures plus petites qui n'avaient pas la même aisance sur le marché

48:41
Présentateur

Alors sur franceinter.fr à propos de papier cet auditeur qui nous dit je plains les arbres quel chien lit que ce nouveau monde de l'édition que de livres édités qui n'ont aucun intérêt je pleure pour les arbres victimes de ces scories j'étais hier à la librairie pour choisir deux ou trois ouvrages pour ma petite fille j'y suis resté deux heures pour ressortir avec deux classiques tant les nouveautés ne sont pas intéressantes pour ne pas dire autre chose qu'a pu écrire cet auditeur et c'est vrai que devant l'offre sans cesse pléthorique au bout d'un moment on peut être aussi désarmé on a beau aimer les livres en avoir tellement sous les yeux c'est un peu comme rentrer dans une excellente pâtisserie on ne peut pas tout goûter

49:18
Invité

on en est dégoûté comme le traitement thérapeutique à la fin d'Orange Mécanique en fait se pose la question qui est au coeur de notre métier qui est celle du choix on est là pour choisir des textes les libraires sont là pour choisir certains livres et on ne peut pas tout défendre avec la même ardeur avec la même passion ce serait et c'est mentir au lecteur que de le prétendre et hélas une grande partie de la production française finie au pilon donc des livres deviennent de la pâte à papier c'est le système des retours qui va avec la loi sur le prix unique en France qui à la fois protège la création et les librairies mais qui permet des retours et donc les retours sont généralement pilonnés c'est très triste mais on peut pousser les lecteurs aussi à lire en numérique c'est beaucoup plus écologique d'une certaine manière mais hélas ils le font très peu parce qu'il y a quand même un attachement très spécifique à l'objet

50:05
Présentateur

Daphné Tamage est-ce que vous savez aujourd'hui combien vous avez vendu de livres est-ce que vous êtes contente de cette sortie depuis maintenant après plus de 6 mois

50:13
Invité

non j'essaye de pas trop m'y intéresser je pense que c'est voilà c'est le job de mon éditeur c'est lui qui gère et je pense que vendre 100 exemplaires ou vendre 100 000 du moment que l'objet livre est là et demeure je me demande si c'est pas l'essentiel je me rappelle de Bukowski qui à la librairie publique de Los Angeles redécouvre Demande à la poussière de Fante il restait plus rien il restait cet exemplaire là tout corné et qui en fait le fait redécouvrir au monde est-ce que l'objet livre s'il demeure c'est pas ça c'est pas ça l'essentiel

50:43
Présentateur

alors je voudrais vous faire écouter la voix d'un éditeur qui a beaucoup compté dans le paysage littéraire français c'est celui de Beckett mais aussi de Jean Echnoz c'est Jérôme Lindon aux éditions demi-nuit dans le débat de midi

50:55
Invité

j'ai eu la chance de vivre par les livres que je publiais c'est-à-dire par ceux qu'écrivaient les autres et c'est évidemment entre autres avantages ça vous permet de sinon de ne pas vieillir tout au moins d'avoir l'impression de rester jeune puisque on commence par publier les gens qui ont l'âge d'être votre père comme c'était le cas avec Samuel Beckett par exemple et puis ensuite par ceux qui sont de votre âge puis ceux de l'âge de vos enfants et puis ceux de l'âge de vos petits-enfants et c'est comme le métier de professeur je pense on ne se voit pas vieillir

51:29
Présentateur

Voilà Jérôme Lindon extrait de l'émission A voix nue diffusée sur France Culture en 1994 c'était une interview réalisée par Jean Maurice de Montrémy bon vous êtes encore jeune vous deux éditeurs Sophie Caillat-Benoît-Aviro mais est-ce que pour vous c'est aussi finalement une façon de ne pas vieillir que de pratiquer ce métier ?

51:48
Invité

On touche un petit peu l'éternité mais en même temps il faut rester modeste comme je disais beaucoup de livres finissent au pilon et ne sont plus disponibles et moi j'ai même pas mal d'auteurs qui viennent me voir en me demandant de rééditer des livres à eux qui ne sont plus disponibles donc il y a quand même tout un tas de livres qui aussi disparaissent pour toujours Il y a un rapport comme ça à une manière d'apprécier le temps surtout quand on s'intéresse au patrimoine aux rééditions Attila a commencé en traquant vraiment les livres épuisés du XXe siècle on faisait des listes noires de livres à rééditer d'urgence on se voyait un peu comme des pirates et des archéologues et oui alors on vieillit selon l'âge de César Ther comme disait César Franck mais on s'entoure quand même de jeunes généralement on tend à s'entourer d'équipes de plus en plus jeunes ce qui fait un vivier quand même qui nous ramène à la réalité aux pratiques d'aujourd'hui et qui empêche totalement ce vieillissement et du coup voilà le contact avec les manuscrits avec les libraires qui commencent très jeunes beaucoup plus jeunes en moyenne d'âge que les éditeurs nous permettent aussi de garder les pieds sur la terre actuelle et puis je ne sais pas qui d'entre vous a des ados mais moi j'ai une ado et quand je lui dis mais tu ne lis pas elle me répond mais maman enfin personne ne lit on ne lit plus quand on est ado quand on a 14 ans on ne lit plus

53:01
Présentateur

c'est un autre débat ça me fait penser d'ailleurs puisque vous parlez d'ado qu'on n'a pas répondu à ces auditeurs assez nombreux qui s'interrogent aussi on a beaucoup parlé littérature on n'a pas parlé des manuels scolaires et c'est pareil cette concentration elle existe aussi pour les manuels scolaires est-ce que ça peut poser un problème Olivier Bessarbanqui je ne suis pas certain parce que de toute façon le monde de l'édition scolaire est très limité depuis longtemps les acteurs sont connus ils savent à peu de choses près à chaque fois dans le domaine scolaire rigoureusement quels sont les effectifs visés donc ils se partagent des marchés de manière très raide et de toute façon il y a des programmes nationaux et des enseignants qui surveillent qui regardent et qui choisissent et qui prescrivent donc là je ne suis pas du tout certain si vous voulez que comment dirais-je enfin bien sûr il faut lutter contre la concentration il n'est pas acceptable qu'un seul acteur puisse tout faire ça c'est évident et je pense que comme l'a dit Sophie tout à l'heure il n'est pas imaginable que cette fusion puisse de toute façon se faire entre Hachette et Editis donc il n'y a pas de danger strict immédiat là maintenant tout de suite sur ce plan mais disons que c'est quand même un domaine où là il y a des médiateurs qui sont vigilants donc là je ne crois pas qu'il puisse y avoir un grand danger c'est déjà ça ça fait une bonne nouvelle quand même avec le fait que le livre se porte plutôt bien parce que les chiffres sont plutôt bons

54:25
Invité

les jeunes ne disent plus c'est quand même un vrai sujet d'inquiétude pour moi et pour tous les parents parce que

54:30
Présentateur

c'est sûrement un autre sujet ce sera l'occasion j'imagine d'un autre débat merci tous les quatre d'avoir été avec nous en direct aujourd'hui le débat de midi c'est fini pour aujourd'hui on se retrouve demain avec une autre question peut-on encore débattre ce sera le thème du débat de midi et on attend déjà vos réactions sur l'appli de France Inter