Christophe Moreau : "Pour les jeunes, la fête répond à un besoin de rencontres, de construire sa vie"
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Est-ce qu'on peut se passer de faire la fête ou est-ce que c'est une nécessité pour l'être humain ?
- 0:45OuverteRéponse directe
Il y a toujours eu des moments de fête ?
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Et ce besoin de faire la fête, il est encore plus irrépressible chez les jeunes ?
- 2:03OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça peut induire pour eux le fait de devoir se passer de ces fêtes pendant quelques semaines ?
- 2:48OuverteRéponse directe
Et ce temps de la fête, c'est aussi un temps non productif ?
- 3:17OuverteRéponse directe
Un moment de futilité et d'insouciance, c'est ça en fait ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« En fait, c'est sans doute une nécessité parce qu'on trouve les rassemblements festifs dans la plupart des sociétés qui ont été étudiées depuis au moins le XIXe siècle. »
- 0:48InvitéFait
« Oui, sauf à trouver des sociétés peut-être totalitaires ou vraiment liberticides, mais à mon sens, toutes les sociétés organisent des temps justement de fête parce que ça permet de célébrer le groupe d'une part et ça permet aussi de célébrer les passages. »
- 1:23InvitéFait
« Probablement parce qu'il y a aussi une dimension émotionnelle à la fête. »
- 2:15InvitéFait
« Je pense que ça peut induire un effet plutôt négatif au niveau émotionnel, avec du stress. »
- 2:30InvitéFait
« À chaque fois qu'on a essayé de réprimer cet appétit de se retrouver, je pense au rassemblement électro-techno dans les années 90, ça a généré des pratiques clandestines. »
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« On alterne dans une société, dans un groupe humain, entre un temps productif, un temps utile, un temps d'accumulation de richesses, et puis un temps de dépense où l'objectif, ce n'est pas de produire, d'accumuler. »
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« Oui, tout à fait. Si vous prenez l'exemple des carnavals, par exemple, au Brésil, il y a des lois qui sont suspendues, il y a des transgressions qui sont autorisées pendant cette période de carnaval, et ça permet justement de consolider ces règles dans la vie quotidienne. »
- 4:28InvitéFait
« Oui, bon, d'abord, il y a tout un imaginaire dans notre société, parce que nous sommes des animaux diurnes, donc nous utilisons le regard, nous sommes plus adaptés, on va dire, à réguler des activités qui se voient le jour, donc il y a tout un imaginaire négatif autour de la nuit. »
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« Oui absolument, d'abord je précise que je ne suis pas à l'université de Rennes 2, j'ai été formé dans cette université, mais aujourd'hui je dirige une équipe de recherche indépendante, donc il n'y a pas d'usurpation d'identité. »
- 5:44InvitéFait
« mais effectivement moi je milite aussi pour que les sciences humaines soient plus représentées dans la réflexion scientifique et surtout politique parce qu'en fait la définition de la santé c'est une définition globale, de la santé ça concerne le bien-être physiologique mais aussi le bien-être psychique et le bien-être social. »
Temps de parole
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Il est 6h20, fini les mariages et les soirées étudiantes, les embrassades, on n'y a plus droit déjà depuis le printemps. Bref, on n'ira plus faire la fête, Emmanuel Macron l'a dit de manière explicite. On ne peut pas dire que le programme soit très réjouissant pour les semaines à venir et notamment quand on est jeune. Bonjour Christophe Moreau.
Bonjour Madame.
Vous êtes sociologue spécialiste de la jeunesse à l'université Rennes 2. Est-ce qu'on peut se passer de faire la fête ou est-ce que c'est une nécessité pour l'être humain ?
En fait, c'est sans doute une nécessité parce qu'on trouve les rassemblements festifs dans la plupart des sociétés qui ont été étudiées depuis au moins le XIXe siècle.
Il y a toujours eu des moments de fête ?
Oui, sauf à trouver des sociétés peut-être totalitaires ou vraiment liberticides, mais à mon sens, toutes les sociétés organisent des temps justement de fête parce que ça permet de célébrer le groupe d'une part et ça permet aussi de célébrer les passages. Vous parlez des mariages, on peut parler de fêtes populaires dans des calendriers ruraux ou dans des calendriers plus politiques, mais toutes les sociétés ont des pratiques festives qui permettent de structurer l'histoire du groupe et l'histoire individuelle des personnes.
Et ce besoin de faire la fête, il est encore plus irrépressible chez les jeunes ?
Probablement parce qu'il y a aussi une dimension émotionnelle à la fête. La fête, c'est un moyen que les sociétés ont trouvé pour canaliser les émotions, pour organiser les rencontres amoureuses aussi, pour organiser des pratiques culturelles et donc faire que le groupe vibre ensemble, qu'il y ait des émotions partagées au sein des groupes. Et c'est vrai que pour les jeunes, il y a un besoin de rencontre, il y a un besoin de s'inscrire dans une trajectoire matrimoniale, rencontrer l'âme sœur, il y a un besoin de se chercher, de construire sa vie. Et du coup, c'est vrai que dans les pratiques festives, on trouve beaucoup, beaucoup les groupes de jeunes.
Pour eux, c'est quelque chose de sans doute plus essentiel que pour les autres générations, même si toutes les générations font la fête.
Donc qu'est-ce que ça peut induire pour eux le fait de devoir se passer de ces fêtes pendant quelques semaines ?
Je pense que ça peut induire un effet plutôt négatif au niveau émotionnel, avec du stress. Il y a eu du stress pendant le confinement et puis là, ne plus pouvoir justement se libérer, sortir des études ou de la recherche d'emploi ou du travail, ça va créer du stress, des émotions négatives. Et je pense qu'ensuite, ça pourrait générer des pratiques clandestines. À chaque fois qu'on a essayé de réprimer cet appétit de se retrouver, je pense au rassemblement électro-techno dans les années 90, ça a généré des pratiques clandestines. Et je pense que dans les sociétés où on essaie de réprimer ce besoin, ça peut créer des pratiques alternatives, des pratiques clandestines.
Et c'est aussi peut-être le temps de la fête, c'est aussi un temps non productif ? C'est aussi quelque chose qu'il faut souligner, ça ?
Oui, voilà. On alterne dans une société, dans un groupe humain, entre un temps productif, un temps utile, un temps d'accumulation de richesses, et puis un temps de dépense où l'objectif, ce n'est pas de produire, d'accumuler. L'objectif, c'est de célébrer le groupe et d'échanger le don contre don avec les autres.
Un moment de futilité et d'insouciance, c'est ça en fait ? Par rapport à ce qu'on nous demande dans la journée, de travailler, d'être opérationnel, d'être productif ?
Oui, tout à fait, mais pas si futile que cela, parce qu'en fait, on va dire que ça permet de consolider les codes sociaux, c'est-à-dire qu'il y a des choses qui sont difficiles dans la vie, et on les accepte d'autant plus qu'on a des petites soupapes de relâchement, ces petites parenthèses. Donc je dirais que c'est une parenthèse dans la vie, où on inverse un certain nombre de choses, un certain nombre de codes, on prend plus de liberté, mais ce n'est pas futile, ce n'est pas inutile. Ça a justement un rôle de maintenir la cohésion, bien que la vie quotidienne soit difficile.
D'accord, donc c'est utile à la fois, évidemment, à titre individuel, ça l'on comprend facilement, mais aussi à l'échelle d'une société, vous dites que c'est indispensable ?
Oui, tout à fait. Si vous prenez l'exemple des carnavals, par exemple, au Brésil, il y a des lois qui sont suspendues, il y a des transgressions qui sont autorisées pendant cette période de carnaval, et ça permet justement de consolider ces règles dans la vie quotidienne.
Et le fait que, souvent à la fête, évidemment, on travaille le jour et on fait la fête le soir et la nuit, le fait que ce soit la nuit, est-ce que ça ajoute quelque chose de particulier ? Est-ce qu'on dit toujours qu'il y a beaucoup plus de transgressions la nuit ? Comment vous l'expliquez, ça ?
Oui, bon, d'abord, il y a tout un imaginaire dans notre société, parce que nous sommes des animaux diurnes, donc nous utilisons le regard, nous sommes plus adaptés, on va dire, à réguler des activités qui se voient le jour, donc il y a tout un imaginaire négatif autour de la nuit, mais effectivement, la nuit va être plus propice à l'expression des corps, à la vie corporelle, aux émotions profondes, à la créativité, à la vie culturelle, donc c'est vrai qu'il y a une dimension différente, autre, un peu parallèle la nuit par rapport au jour.
Christophe Moreau, je rappelle que vous êtes sociologue à l'université Rennes 2, je ne sais pas si vous avez vu cette tribune ce matin dans Libération, à propos des sciences sociales qui ont été mises à l'écart de la gestion de la crise sanitière, les signataires de cette tribune justement le déplorent et estiment qu'on a une lecture un peu trop médicale, un peu trop épidémio-administrative de la crise actuelle et que les sciences sociales ont été négligées alors qu'elles pourraient apporter beaucoup, notamment justement avec leur connaissance de la société, est-ce que vous partagez cette analyse ?
Oui absolument, d'abord je précise que je ne suis pas à l'université de Rennes 2, j'ai été formé dans cette université, mais aujourd'hui je dirige une équipe de recherche indépendante, donc il n'y a pas d'usurpation d'identité, mais effectivement moi je milite aussi pour que les sciences humaines soient plus représentées dans la réflexion scientifique et surtout politique parce qu'en fait la définition de la santé c'est une définition globale, de la santé ça concerne le bien-être physiologique mais aussi le bien-être psychique et le bien-être social.
Donc une personne en bonne santé, elle a besoin d'avoir des relations sociales et elle a besoin d'avoir des émotions avec les autres, on n'est pas que des êtres moléculaires. Donc c'est vrai que là il y a une réduction de la santé à une dimension bactériologique si on veut et on oublie complètement la dimension psychologique d'une part, ça concerne aussi les personnes âgées tout ça, et on oublie la dimension sociale de la santé.
Merci beaucoup pour votre analyse Christophe Moreau, vous étiez l'invité du 5-7. Merci à vous.
Merci à vous. Merci à vous.