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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 3 février 2022 24 minContradictoireFond programmatiqueSolidarités & familleÉducation & rechercheEnvironnement & énergieInstitutions & élections

Olivier Galland : "Ce qui caractérise les 18-24 ans, c'est la désaffiliation politique"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:19OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans cette enquête ?

  • 2:43OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui est allé à l'encontre de vos idées reçues sur la jeunesse ?

  • 4:27OuverteRéponse directe

    La jeunesse devient le réceptacle d'angoisse latente ?

  • 6:52OuverteRéponse directe

    Le rapport au travail est-il une révolution silencieuse ?

  • 8:16OuverteRéponse directe

    Vous classez les jeunes en 4 catégories dans leur rapport à la politique. Quelles sont-elles ?

  • 11:04RelanceRéponse directe

    Expliquez ce point sur les jeunes de confession musulmane et leur rapport à la violence.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:40InvitéFait
    « Combien de livres y a-t-il au foyer de vos parents ? »
  • 2:51InvitéFait
    « La place des femmes parmi ces jeunes de 18 à 24 ans. »
  • 3:15InvitéChiffre
    « 28% d'entre elles disent qu'elles ont subi des agressions sexuelles. »
  • 4:54InvitéChiffre
    « 80% des jeunes se disent heureux. »
  • 17:21InvitéChiffre
    « 51% disent que finalement un gouvernement démocratique ce n'est pas si important. »

Temps de parole

  • Invité40 %
  • Invité 230 %
  • Présentateur17 %
  • Présentateur 27 %
  • Auditeur6 %

3,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin deux invités dans le grand entretien. Le premier professeur d'histoire et de sociologie politique à Sciences Po, le second sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS. Ils ont coordonné une jeunesse plurielle, enquête auprès des 18-24 ans, publiée par l'Institut Montaigne. Et j'attends vos questions, vos réactions au 01-45-24-7000 sur les réseaux sociaux et l'appli mobile d'Inter. Marc Lazard, Olivier Galland, bonjour. Bonjour.

Et bienvenue, vous venez donc nous dévoiler ce matin les conclusions de cette enquête réalisée avec l'Institut de sondage Harris Interactive sur un échantillon de 8000 jeunes. Vous les avez interrogés sur la famille, l'école, le travail, les valeurs, la politique et les réponses de ces jeunes ont été comparées à celles de leurs aînés. Un échantillon de parents, les 45-56 ans. Et j'aime beaucoup le suivant, un échantillon de boomers, les 66-76 ans.

1:07
Invité

On en fait partie avec Marc.

1:08
Présentateur

Vous en faites partie exactement. L'enquête, on va le voir, nous on est les parents, dément un certain nombre de préjugés, d'idées reçues très tenaces sur la jeunesse. Alors même question à tous les deux pour commencer. Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans cette enquête ? Qu'est-ce qui a même été à l'encontre peut-être de vos propres idées reçues, Olivier Galland ?

1:28
Invité

Alors écoutez, il y a plusieurs choses. Le genre et le sec, mais ça je laisserai Marc en parler. Et une autre chose qui nous a surpris par sa force, c'est le clivage culturel à l'intérieur de la jeunesse. Alors on a posé une question très simple dans le questionnaire. Combien de livres y a-t-il au foyer de vos parents ? Et ça c'est extrêmement discriminant. Et donc ça introduit un clivage très fort à l'intérieur de la jeunesse, entre ceux dont les familles, disons, ont un haut capital culturel et ceux qui ont un capital culturel plutôt faible. Et on le voit sur tout ce qui concerne la participation politique, l'intérêt... Ça se ramifie.

Ça se ramifie complètement, l'intérêt pour les questions sociétales. Donc il y a toute une partie de la jeunesse. Alors dans notre échantillon, on a fait une typologie, il y a un groupe qui s'appelle les désengagés. Et précisément, ce sont des jeunes qui ont une famille à très faible capital culturel, 26% de notre échantillon, et qui sont totalement en retrait du jeu démocratique. Et ça nous semble grave d'ailleurs.

2:36
Présentateur

Et donc vous lisez ça à l'aune du nombre de livres qu'il y a dans la maison des parents. Absolument. Et vous, Marc Lazard, qu'est-ce qui vous a le plus surpris ? Qu'est-ce qui est même allé à l'encontre de vos idées reçues, de ce que vous pensiez de la jeunesse ?

2:48
Invité

Alors moi, ce qui m'a le plus surpris, c'est la place des femmes parmi ces jeunes de 18 à 24 ans. Parce qu'on voit très bien, enfin, la grande idée qui sort de cette enquête, c'est qu'il y a une jeunesse et des jeunesses. Et des jeunesses pour de multiples aspects. Et l'un de ces aspects, justement, de la différenciation, c'est les femmes. Des femmes qui sont particulièrement impliquées sur les grandes questions sociétales, que ça soit l'environnement, que ça soit, bien sûr, si j'ose dire, la question des violences sexuelles. 28% d'entre elles disent qu'elles ont subi des agressions sexuelles. Évidemment, il faudrait exactement comprendre ce qu'on entend par là.

Elles sont très motivées aussi sur les questions des inégalités, sur toutes les questions sociétales. Elles sont impliquées, elles veulent s'impliquer, elles respectent le cadre démocratique, elles réfutent la violence, mais elles ne trouvent pas de débouchés dans les formes actuelles des organisations et des associations politiques.

3:37
Présentateur

Et ça, c'est différent des générations précédentes. Vous écrivez notamment que les évolutions sociétales et politiques sont désormais davantage impulsées par les femmes, que les femmes deviennent moteurs de la société. Ce n'était pas le cas, bon ?

3:50
Invité

Je crois moins, en tout cas. En tout cas, c'est ce que l'on peut voir, notamment dans la comparaison avec les femmes des parents, si j'ose dire, et des boomers, et notamment sur une question importante, puisqu'on a posé une question sur est-ce que vous pensez que les différences entre les hommes et les femmes sont liées au sexe et à la naissance, en quelque sorte, ou qu'elles sont construites culturellement ? Et à la différence de leurs aînés, les femmes parents, les mères, ou les grands-mères, les pépis ou même boomers, elles considèrent majoritairement que ces différences viennent de phénomènes culturels. Et par conséquent, oui, elles nous semblent à l'avant-garde de transformation.

C'est très intéressant, et en même temps, sans trouver un débouché politique.

4:27
Présentateur

Olivier Galland, vous disiez en février 2021, au point, je vous cite, que la jeunesse devient le réceptacle d'angoisse latente, parce que la société française doute d'elle-même, parce qu'elle est très pessimiste, elle imagine pour ces jeunes un avenir catastrophique. C'est ça le mécanisme ? On projette sur la jeunesse nos propres angoisses, alors que votre enquête montre qu'il y a tout de même une relation intense au bonheur.

4:52
Invité

Bien sûr. C'est un paradoxe. Oui, c'est un paradoxe. Effectivement, on voit que 80% des jeunes se disent heureux. Donc ça, ça nous a effectivement frappés. Ça paraît surprenant. Oui, ça paraît surprenant, mais vous savez, ça confirme d'autres enquêtes. Il y a par exemple des enquêtes de l'adresse, où on interroge les jeunes sur leur avenir personnel. On trouve les mêmes résultats. En fait, il y a un paradoxe, si vous voulez, c'est que les jeunes, et d'ailleurs aussi les moins jeunes, sont plutôt optimistes sur leur avenir personnel et très pessimistes sur l'avenir de la société. Donc voilà, il y a un pessimisme social et un optimisme personnel qui caractérisent cette génération.

Qu'il faut tempérer par le fait que c'est une jeunesse affectée par le Covid. Oui.

5:35
Présentateur

Affectée par le Covid. Vous avez choisi une date précise, septembre 2021.

5:39
Invité

Pourquoi ? C'est important de le préciser parce qu'on pensait, et c'était le cas, qu'il y avait un moment de répit à l'époque par rapport à l'effet de la pandémie. Et donc, effectivement, il faut faire très attention. C'est un moment de répit. Mais il n'empêche que 51% des jeunes se sentent particulièrement affectés. Et nous pensons dans cette enquête que, particulièrement les jeunes les plus précaires, bien sûr, mais aussi les jeunes étudiants, on le savait, on le pressentait. Moi, je le vois comme professeur. Bien évidemment, à Sciences Po, mais dans toutes les universités, ont été particulièrement affectés. Et là, il y a une grande question qui se pose.

On n'a pas la réponse, on ne peut pas trancher. C'est, est-ce que la jeunesse va surmonter ce moment-là quand on sortira de la pandémie, ou est-ce qu'il y aura un effet de plus longue durée ? Évidemment, on ne peut pas se prononcer pour le moment. Alors moi, je crois qu'elle va le surmonter. Je pense que l'optimisme va reprendre le dessus. Simplement, cette pandémie va peut-être aggraver les inégalités à l'intérieur de la jeunesse. Parce que ceux qui risquent d'être le plus affectés par cette crise, ce sont ceux, par exemple, qui ont dû interrompre leurs études, qui sont devenus des décrocheurs scolaires.

Et donc, voilà, il y aura peut-être un effet d'accentuation des inégalités à l'intérieur de la jeunesse.

6:48
Présentateur

Autre élément intéressant, quand on regarde le panorama, c'est le rapport au travail, très différent par rapport à leurs aînés, plus que l'obsession du salaire ou de la sécurité de l'emploi. Les 18-24 ans cherchent des métiers de passion, notamment chez les filles. Est-ce qu'elle n'est pas là, la grande révolution silencieuse, Marc Lazard ?

7:08
Invité

Sans doute par rapport aux parents et par rapport aux boomers, tel qu'on le fait dans cette enquête. Parce que ce jeu de miroir est particulièrement, je crois, innovant, inédit et intéressant. Et effectivement, une grande majorité des jeunes, a priori, souhaitent avoir un travail par passion, et non pas pour des raisons financières. En revanche...

7:26
Présentateur

Alors que les boomers, c'était le salaire.

7:29
Invité

Absolument. Et la sécurité de l'emploi. Absolument. Et là, il y a des jeunes qui disent, nous, on veut exercer un travail par passion. Donc c'est un élément tout à fait intéressant. On va voir si ça se réalise. Attention, ils ont 18-24 ans. Un certain nombre de nos enquêtés sont déjà dans une situation de recherche d'emploi, sont parfois en CDI ou sont dans des CDD, mais une autre, évidemment, une autre proportion est encore dans la formation estudiantine. Donc c'est une question intéressante à voir. En même temps, il y a des contradictions. C'est des jeunes très intéressés par les questions de l'environnement.

Mais il y en a simplement 4% qui disent qu'ils choisiraient une entreprise qui œuvre en matière de responsabilité sociale et justement qui prend en compte les questions d'environnement. Donc on a une jeunesse un peu en contraste, enfin une jeunesse de 18 à 24 ans. Paradoxal. Ici un peu, oui, avec des tensions internes, ce qui est par ailleurs normal.

8:16
Présentateur

Le rapport à la politique maintenant chez les jeunes, c'est très intéressant dans votre enquête. Bon, vous confirmez la défiance des jeunes vis-à-vis de la politique. On le voit dans les urnes avec les taux d'abstention qui sont massifs chez les jeunes. Ils ne vont plus voter, les jeunes. Et vous, vous avez, vous classez les jeunes en 4 catégories dans leur rapport à la chose politique et à la res publica. Les démocrates protestateurs, les révoltés, c'est la deuxième catégorie. Les désengagés, c'est la troisième dont vous nous parliez tout à l'heure. Et ce que vous appelez les intégrés transgressifs.

8:44
Invité

Oui, ça c'est un groupe.

8:45
Présentateur

Alors c'est quoi ces 4 catégories ?

8:46
Invité

C'est un groupe paradoxal. Mais reprenons, oui, les démocrates protestataires, c'est la partie la plus importante. 39% de notre échantillon se classe dans ce groupe. Ce sont des jeunes qui sont très intéressés par toutes les questions sociétales. Notamment celles qui ont trait à l'environnement, au genre.

9:06
Présentateur

Il y a des livres chez leurs parents.

9:09
Invité

Absolument. Ce sont plutôt des femmes, de haut niveau culturel, plutôt diplômées. Mais qui sont un peu en retrait sur l'engagement politique. Mais qui croient les démocraties, qui répudient la violence politique. Ça c'est le premier groupe. Les révoltés, alors c'est un peu l'inverse. Ce sont des jeunes, alors révoltés dit bien ce qu'ils sont. Ils croient à la révolution. Ils ne répudient pas la violence politique. Ils sont prêts à accepter des actes violents. Et ce sont des jeunes, alors là ce sont plutôt des jeunes en difficulté, à la fois matérielle et psychologique. Ça, ça nous a frappés. On a un indicateur de détresse psychologique. Ils sont très hauts sur cet indicateur.

Ce sont des jeunes un peu en déshérence. 22%. Voilà, 22%. Ils sont déracinés aussi. Ils n'ont pas d'attache locale, pas d'attache territoriale. Voilà, c'est un groupe en déshérence. Et puis on a effectivement les désengagés, 26%. J'en ai déjà dit un mot tout à l'heure. Bon, voilà. Ce sont des jeunes qui sont en retrait. Invisibles, dites-vous. Invisibles, c'est ça. C'est des invisibles. Des jeunes dont on ne parle pas, dont on ne parle pas, qui sont représentés par personne et qui représentent un quart de notre échantillon. Et puis on a un dernier groupe très paradoxal qu'on a appelé les intégrés transgressifs.

Alors intégrés parce qu'effectivement, ils ont plutôt un emploi, ils sont plutôt confiants dans la société, mais ils semblent adhérer à une culture transgressive. Voilà, ils justifient plus souvent que les autres jeunes la violence, la déviance. Et dans ce groupe, sont surreprésentés des jeunes d'origine immigrée et de confession musulmane. Ça ne veut pas dire qu'ils sont majoritaires dans ce groupe, mais ils sont assez fortement surreprésentés.

11:04
Présentateur

Expliquez ce point, vous montrer effectivement que les jeunes de confession musulmane sont très largement convaincus que la France est une société raciste par nature. Conviction qui est, je vous cite, susceptible de nourrir leur propension à justifier plus que d'autres la violence politique et les comportements déviants. Fin de citation. La phrase est très prudente. Faites-en l'exégèse, Marc Lazare, et dites-nous si vous voyez là quelque chose de préoccupant.

11:33
Invité

Oui, c'est préoccupant. Évidemment, c'est quelque chose qui nous a surpris, là aussi. Et vous dites prudents. On a essayé d'être dans la nuance comme on doit être dans une démarche scientifique. Et par conséquent, effectivement, c'est des jeunes d'origine étrangère et de confession musulmane qui ont le sentiment, la perception, de vivre dans une société qui les rejette, dans une société de type raciste. Pour eux, il y a un racisme structurel très important. C'est-à-dire, oui, la France est une puissance colonisatrice et elle reste raciste et qui, par conséquent, se sent en marge.

Et effectivement, une forme d'acception de la violence politique, la violence par rapport à la police ou des comportements déviants. Oui, on a plutôt raison de ne pas payer... Enfin, c'est acceptable de ne pas payer son billet de train, par exemple. Alors, effectivement, il faut trouver des explications. On esquisse un certain nombre d'hypothèses. Le fait qu'ils habitent dans des quartiers, et ça, Olivier, a beaucoup travaillé là-dessus. Si vous voulez plus d'informations, il vous les donnera des quartiers où il y a déjà des formes de violence très importantes. Il y a aussi un élément fondamental, parce que ça aussi, c'est un élément... Léa Salamé, vous disiez, qu'est-ce qui nous a frappés ?

C'est leur rapport à l'éducation, à l'orientation. Ils ont été malheureux dans le processus éducatif et dans l'orientation, mais 41% des jeunes considèrent qu'ils ont mal vécu leur parcours scolaire. C'est quand même une proportion colossale, extraordinairement importante. Donc, voilà, on a ces éléments en tête.

12:59
Présentateur

Et sur le rapport quand même à la violence, vous montrez bien qu'il y a une plus grande tolérance à la violence. Vous dites près de la moitié. Donc, un jeune sur deux trouve acceptable ou compréhensible de s'affronter à des élus pour protester ou d'insulter le président de la République.

13:12
Invité

Oui, alors ce rapport à la violence... Un sur deux. Oui, ce rapport à la violence, d'ailleurs, il est partagé aussi sur certains points par les autres générations. Oui, tout à fait. Attention, il n'y a pas que les jeunes. Et sur l'affrontement avec les élus, c'est assez équilibré entre les générations. Par contre, sur les dégradations de l'espace public, là, on a été très frappés de voir qu'il n'y a pas loin d'un jeune sur cinq qui trouve plus ou moins légitime de dégrader l'espace public. Mais je voudrais revenir un instant sur les jeunes d'origine immigrée ou les jeunes musulmans. Là, effectivement, alors c'est évidemment une question politiquement très sensible et on est prudent.

mais c'est vraiment un problème grave dont on parle peu, d'ailleurs, je trouve, dans les débats politiques.

Évidemment, ça n'a rien à voir avec la théorie fumeuse du grand remplacement parce que ce sont des jeunes français qui ont été socialisés en France et qui resteront français et on sent qu'il y a un malaise profond et effectivement et un espèce d'engrenage, si vous voulez, parce que lorsqu'on voit que ces jeunes pensent vivre dans une société hostile et qu'en même temps ils pensent légitimes de s'affronter à la police et qu'en retour ils sont évidemment plus réprimés par la police ce qui entretient leur sensation, leur sentiment d'être victime d'une société hostile, on voit qu'il y a là une espèce d'engrenage mortifère C'est quoi le risque ? C'est quoi le risque de désintégration ?

Ah ben le risque, si vous voulez, on a eu en 2005 des émeutes dont tout le monde se souvient, je pense que ça peut se reproduire et on n'a pas eu beaucoup de progrès sur cette question de l'intégration des jeunes et comme disait Marc, là le rôle de l'école aussi est très important parce qu'il y a une frustration scolaire très importante chez ces jeunes-là et l'école, on le sait malheureusement, les enquêtes PISA le montrent, l'école française n'arrive pas à remédier aux inégalités culturelles.

15:10
Présentateur

On va filer au standard où nous attend Dominique, bonjour et bienvenue. Oui, bonjour. On vous écoute.

15:17
Auditeur

Bonjour, oui, écoutez, je suis d'accord avec Marc Lazard sur le constat de la non-implication politique de la jeunesse et en même temps atterré par la passivité et le fatalisme des jeunes dans leur ensemble face à pourtant l'héritage que nous leur laissons, l'héritage environnemental, l'économique.

15:34
Présentateur

Vous êtes boomer, vous Dominique ?

15:37
Auditeur

Justement, je suis, comme je le disais tout à l'heure, votre collaborateur et je parle en tant que papy boomer, je suis attiré de cette chose. Si vous voulez, je peux vous raconter une toute petite expérience qui dure une petite minute. Je suis, au moment des manifestations en 2009 et en 2018 des jeunes sur Freedom for Friday, donc c'était en septembre, octobre, je suis allé voir des jeunes à la sortie de lycée pour leur proposer un slogan. Pairons vos retraites que si vous réparez notre planète. Nous ne paierons vos retraites que si vous payez vos dettes. On entend la rythmique du slogan là.

Mais une fois, dans laquelle j'ai participé avec quelques autres boomers, nous étions très très rares, eh bien, ils se sont tus d'année en année, chaud, chaud, chaud, nous sommes chauds comme la planète. les jeunes ne se mobilisent pas assez contre l'héritage que nous leur laissons.

16:45
Présentateur

On a bien compris. On entend votre colère de boomers. Merci d'avoir partagé avec nous. Marc Lazard vous répond, Dominique. Notre enquête, Dominique,

16:52
Invité

nuance beaucoup cela. Je comprends que vous soyez atterrés, mais quand vous allez lire l'enquête, vous allez voir que c'est plus compliqué que cela. Alors, pourquoi c'est plus compliqué ? D'abord, parce que 69% de ces jeunes de 18 à 24 ans considèrent que le vote, c'est un bon moyen, c'est un moyen utile pour pouvoir changer les choses. Et une grande majorité d'entre eux se disent réformistes. Donc, ça veut dire qu'il n'y a pas un rejet de la démocratie, ce qu'on appelle en général représentative. Je ne dis pas libéral ici. Donc, il y a une acceptation du vote. Mais en même temps, c'est vrai que 51% disent que finalement un gouvernement démocratique ce n'est pas si important que cela.

C'est ça quand même. Pardon.

17:27
Présentateur

Ça, c'est quelque chose qui est massif dans cette enquête qui d'ailleurs fait écho au livre La Fracture de Frédéric Dhabi qu'on avait reçu qui était une autre enquête aussi sur les jeunes.

17:35
Invité

avec lesquels on a un point de désaccord. On est un point de désaccord avec Frédéric Dhabi parce que... On va y revenir si vous le voulez bien. Non, pas sur ce point-là. Non, mais sur la fracture entre générations. On pense que la fracture entre générations est beaucoup moins forte qu'il le dit. Prenons un exemple, si vous voulez. Un exemple vraiment emblématique, c'est l'attitude à l'égard de l'environnement. Eh bien, là, on a posé tout un ensemble de questions et véritablement, il y a plutôt un consensus générationnel sur l'environnement.

18:04
Présentateur

Il n'y a pas une spécificité jeune de l'intérêt à l'environnement. Vous dites 90% des gens aujourd'hui ont conscience que c'est un peu d'anglais. Voilà,

18:08
Invité

donc si vous voulez, il y a plus une différence de degré que de nature entre les générations. C'est un élément important. Juste pour terminer sur la politique, Léa, d'un côté, il y a cet attachement au vote qui est moins important que les générations précédentes. Il y a, en revanche, effectivement, 51% de jeunes qui considèrent que c'est un gouvernement démocratique important. C'est 20 points de moins que les boomers de Dominique. Oui, bien sûr. Dans notre enquête, on n'a pas posé cette question. Vous auriez dû. C'est la question de l'interview.

18:43
Présentateur

On dit sans dire un jeune sur deux n'est pas attaché à la démocratie. Ça veut dire quoi ?

18:47
Invité

Léa, notre enquête montre que les jeunes sont moins extrémistes que les générations plus âgées. Ils se sentent moins proches de l'extrême droite. Pardon ? Oui, oui, oui. Ce qui les caractérise principalement sur le plan politique, c'est la désaffiliation politique. Voilà. Il y en a à peu près la moitié d'entre eux qui ne se situent pas politiquement. C'est ça qui les caractérise principalement, c'est ce retrait par rapport à la politique.

On peut résumer d'une formule, si vous voulez, notre raisonnement à partir de cette enquête, c'est qu'ils ne sont pas hostiles par principe à la démocratie, mais ils sont insatisfaits et ils ne comprennent plus les formes d'organisation qu'elle prend aujourd'hui. Ce n'est pas la même chose. En d'autres termes, et ça, c'est l'intérêt de cette enquête, espérons que les différents candidats à l'élection présidentielle vont la lire parce qu'il y a des réponses à apporter à ces attentes des jeunes et à ces interrogations. Donc, c'est un élément très important. Je crois que l'erreur, c'est de dire c'est terrible, cette jeunesse n'est pas intéressée par la politique.

Non, c'est bien plus compliqué que ça. Ils sont intéressés par un certain nombre de questions sociétales, ils reconnaissent l'importance du vote, ils s'interrogent aujourd'hui, effectivement, ils peuvent avoir arrivé jusqu'à ce doute que vous soulignez Léa Salamé sur, attention, le gouvernement démocratique, est-ce que c'est si important que ça ? Mais, s'il y a un certain type de réponse, de même que sur les questions d'intégration, eh bien, évidemment, on peut récupérer une partie de cette jeunesse.

Et, il y a plusieurs groupes cibles, les démocrates protestataires, c'est 39% quand même de ces jeunes, c'est-à-dire qu'ils sont attachés au principe de la démocratie, qui en gros, on pourrait le résumer d'une formule, c'est de la matière pour la démocratie participative, celle-ci, et qui réfutent la violence. Et puis, il y a les 26% de jeunes surtout désengagés. Et ça, c'est un quart des jeunes, un jeune sur quatre.

20:32
Présentateur

Un mot Olivier Gallon et puis on passe au...

20:34
Invité

Et je crois qu'il faut revenir...

20:35
Présentateur

La brûlante question

20:36
Invité

du wokisme. Il faut revenir à l'effet culturel. Il faut revenir à l'effet culturel, si vous voulez, parce que cet effet culturel, je pense, va accroître les inégalités de participation entre les jeunes. Parce qu'au fond, tout le monde aujourd'hui est très défiant à l'égard de la politique. On a, en gros, 60 à 70% de tout notre échantillon qui pense que les hommes politiques sont corrompus. Mais, chez les jeunes de familles à haut capital culturel, on continue malgré tout à s'intéresser à la politique, à participer politiquement.

Par contre, cette défiance chez les jeunes de familles à très faible capital culturel a des effets beaucoup plus délétères et l'a conduit à un retrait total par rapport à l'engagement et à l'intérêt pour la chose publique. Donc, la fracture à l'intérieur de la jeunesse en fonction du capital culturel est en train de s'accroître.

21:29
Présentateur

Vous relativisez l'idée d'une jeunesse obsédée par les questions de genre, par le wokisme, la cancel culture. en fait, les jeunes sont partagés. On a dit un mot du racisme tout à l'heure. Une courte majorité refuse l'idée que la France est un pays structurellement raciste. Seule une petite minorité, 11%, y croient. Donc, sur ces sujets, au fond, il n'y a pas non plus de rupture générationnelle. C'est une peur de boomer de dire que le wokisme est partout et que la cancel culture arrive et traverse l'Atlantique ?

21:59
Invité

Oui, je crois, si vous voulez, qu'il y a eu une erreur un peu de conception d'un certain nombre d'enquêtes qui ont été faites sur ces sujets qui n'ont interrogé les jeunes que sur ces sujets. Donc, quand on fait ça, eh bien, on trouve ce que l'on cherche. Bon. Nous, on a interrogé les jeunes sur toute une palette de questions sociétales. Et quand on fait ça, on peut voir la hiérarchie dans ces questions sociétales.

Et on voit que la question des inégalités, la question des violences faites aux femmes, la question de la fin dans le monde, la question de l'environnement sont plus importantes pour les jeunes que, par exemple, les questions de genre ou de droit LGBT, même si, malgré tout, il y a un tiers des jeunes qui trouvent ce sujet important. Mais vous voyez, c'est un tiers. Donc, on a un effet de loupe et qui tient aussi au fait que les jeunes qui se mobilisent sur ces questions, eh bien, ils font partie des démocrates protestataires dont on en a parlé. C'est-à-dire, ce sont des jeunes qui sont déjà politisés, mobilisés, qui ont un... au niveau d'instructions, qui ont une grande visibilité.

Mais justement, notre enquête montre que la jeunesse est beaucoup plus diverse et beaucoup plus contrastée. Et des parents politisés, très souvent, des parents politisés qui ont eu une expérience associative et qui ont baigné dans cette socialisation.

23:14
Présentateur

un mot de réaction chacun à l'intervention d'Hervé sur l'application. Il n'y a donc plus de révolutionnaires, demande-t-il ? Point d'interrogation, trois points d'exclamation ? Oui, si, il y en a. Il y en a. Il y en a des jeunes révoltés. Oui,

23:25
Invité

on a 20% de jeunes révoltés qui sont des jeunes en détresse psychologique et sociale et qui sont pour la révolution. Ils existent toujours.

23:34
Présentateur

Merci à tous les deux. Merci beaucoup. Olivier Galland, Marc Lazard, c'est absolument passionnant. Je renvoie à cette jeunesse plurielle enquête auprès des 18-24 ans, rapport février 2022. Institut Montaigne, merci encore.