Le petit colis est devenu le symbole du capitalisme mondialisé
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
6h57 sur France Culture et c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume, et ce matin, le petit colis est devenu le symbole du capitalisme mondialisé. Vous savez, il y avait le petit colis et le grand colis. Le grand colis, c'était le conteneur, mais maintenant, effectivement, c'est le petit colis et même, pour ne pas le nommer, le petit colis de Tému qui raconte l'économie ultra contemporaine, celle des marchandises qui traversent la planète, des marchandises à bas prix, des objets fabriqués à l'autre bout du monde, expédiés à individuels.
Bien souvent, des gadgets, mais aussi une certaine idée de la mondialisation qui érode les emplois, accroît l'empreinte écologique et finit par détruire davantage de valeurs qu'elles n'en créent. Une nouvelle fois, les pouvoirs publics annoncent vouloir s'attaquer à ces petits colis, mais il sera sans doute aussi difficile de s'en débarrasser que de toutes les autres scories du capitalisme contemporain, de l'ustra fast fashion aux plateformes qui vivent de notre désir d'acheter toujours davantage.
Cette histoire du petit colis me fait penser à une thèse d'un sociologue britannique peu connu, Colin Campbell, qui répondait en quelque sorte à Max Weber sur l'esprit du capitalisme et du consumérisme contemporain. Selon Campbell, nous n'achetons plus seulement parce qu'il nous manque quelque chose, nous achetons parce que nous imaginons la satisfaction que procurera un objet. Le moteur de l'économie, dit-il, n'est plus la nécessité, mais l'anticipation d'un plaisir. Or, Temu pousse cette logique jusqu'à son point extrême. À une époque où le pouvoir d'achat est contraint, cette plateforme promet de rendre tout accessible. Les prix sont faibles et donc ils abolissent toute hésitation.
Mais à chaque fois que l'objet est commandé et qu'il semble vouloir assouvir un désir, l'objet déçoit et on se lance dans un cycle infini. Comme le disait Daniel Cohen, le désir d'objet est infini et évidemment, la frustration est toujours loi. Là, c'est pourquoi Temu fonctionne comme une boucle, une boucle sans fin. Là où on pouvait imaginer Sisyphe, heureux, condamné à recommencer son geste, le consommateur de Temu, lui, ne peut pas être heureux. Il recommence sans cesse à acheter, non pas parce qu'il trouve une grandeur tragique dans son fait, mais parce que l'objet reçu ne comble pas son désir de consommation.
Temu et le petit collier est devenu le symbole d'un capitalisme qui nourrit moins les besoins que la répétition infinie du désir.