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Podcast / conversationPublic Sénat (sur YouTube)· 13 mai 2022 23 minComplaisantActualité / polémiqueNumériqueEurope & internationalInstitutions & électionsImmigration & asile

PODCAST - Les réseaux sociaux influencent-ils votre vote ? avec Dominique Cardon

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:15OuverteRéponse directe

    Cette semaine, quelle est la place des réseaux sociaux dans les campagnes présidentielles ?

  • 1:41OuverteRéponse directe

    Quels sont les objectifs des candidats sur les réseaux sociaux ?

  • 2:34OuverteRéponse directe

    Dominique Cardon, vous relativisez l'influence des réseaux sociaux. Pourquoi ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    Quels candidats se distinguent par leur utilisation des réseaux sociaux ?

  • 6:50OuverteÉludée

    Le gauchisme est-il par balle ?

  • 11:28OuverteRéponse directe

    Les journalistes se sont-ils fait piéger par le récit des réseaux sociaux ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:58PrésentateurChiffre
    « Le budget de campagne sur le numérique, ce n'est pas grand-chose en réalité. »
  • 4:10PrésentateurFait
    « Les réseaux sociaux ont aussi très peu d'impact sur le vote des Français. »
  • 4:22PrésentateurFait
    « On a peu d'études qui montrent qu'il y a des effets directs sur le vote. »
  • 4:36PrésentateurFait
    « Aucune étude n'arrive à mesurer les effets de la publicité politique. »
  • 9:03PrésentateurChiffre
    « Twitter n'est utilisé que par 5% des Français, mais par les trois quarts des journalistes de la place de Paris. »
  • 19:20PrésentateurFait
    « Si les données ont bien été volées et utilisées, rien ne prouve que cela est vraiment joué dans l'élection. »

Temps de parole

  • Présentateur64 %
  • Présentateur 231 %
  • Auditeur2 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:03
Présentateur

Les réseaux sociaux s'adressent moins à l'électeur ou à l'opinion publique qui va voter, mais ils s'adressent en réalité aux grands médias qui vont relayer les discours ou interroger les hommes politiques. Si vous dites que l'identité et l'immigration est le hashtag central dont on parle tout le temps sur Twitter, vous allez avoir des journalistes qui vont se dire que c'est bien de ça dont les Français veulent parler. Bonjour, je m'appelle Tam Tranuy, je suis journaliste mais aussi citoyenne. En cette campagne présidentielle, je me pose de nombreuses questions. Comment chacun choisit son candidat ? En fonction de son milieu social, de son parcours de vie, de ses émotions ?

Est-ce que les jeunes votent comme leurs parents ? La guerre influence-t-elle notre vote ? Dans ce podcast, je discute chaque semaine avec des experts qui ont consacré leur vie à ces sujets, alors à force de chercher, ils ont trouvé quelques réponses.

0:52
Locuteur

A voter.

0:53
Auditeur

Je vote. Je pense qu'on a une force électorale donc je pense qu'il faut jouer avec. Tu votes. Personnellement, j'y viens, j'irai voter. C'est un devoir de voter. Allez, à voter. Nous votons. Il n'y a pas eu d'apprentissage sur les idées, on tente qu'elle à l'intérieur, il n'y a pas eu de divergence.

1:07
Présentateur

À voter.

1:08
Auditeur

Un podcast de Public Sénat. Et du Cevipof Sciences Po.

1:15
Présentateur

Cette semaine, je m'interroge sur la place des réseaux sociaux dans les campagnes présidentielles et l'influence qu'ils ont sur le vote des Français. Marine Le Pen sur TikTok, Jean-Luc Mélenchon sur Twitch, Emmanuel Macron avec sa série Le Candidat sur YouTube, Éric Zemmour et son équipe chargée d'écrire sa page Wikipédia. Chaque candidat a sa stratégie sur les réseaux sociaux. Que vise-t-il ? Qu'est-ce que ça rapporte ? De l'attention médiatique ? Des intentions de vote ? On va essayer de décrypter tout ça. Et cette semaine, une fois n'est pas coutume, nous faisons une infidélité aux chercheurs du Cevipof.

Nous avons traversé la cour pour rencontrer un chercheur d'un autre laboratoire de Sciences Po. Je m'appelle Dominique Cardon, je suis professeur de sociologie à Sciences Po où je dirige le Medialab. Le Medialab, c'est un laboratoire assez particulier qui a été fondé par Bruno Latour il y a 12 ans maintenant, qui était un laboratoire avec une sorte de vision propre à Bruno Latour, qui était de se dire que les technologies numériques étaient un nouvel instrument pour les sciences sociales. C'est-à-dire que finalement, on pouvait enregistrer, observer, calculer et surtout visualiser la société à travers les traces numériques qui nous étaient données.

Et donc, c'est un laboratoire assez singulier qui réunit des chercheurs en sciences sociales, surtout des sociologues, mais aussi des historiens, des développeurs d'outils numériques et on produit des logiciels, on édite des logiciels en open source et puis des designers. Donc, on essaie d'avoir cette articulation un peu singulière au sein de Sciences Po. Le numérique, les réseaux sociaux, c'est donc bien le rayon de Dominique Cardon qui relativise dès le début de notre entretien l'importance et l'influence des réseaux sociaux. Bon, le numérique, il arrivait dans l'idée de la campagne électorale avec Obama, avec l'idée que c'était très efficace.

Les équipes de campagne ont souvent, elles mettaient beaucoup d'argent, elles pensaient que c'était important pour aller sur le numérique. Aujourd'hui, elles ont réalisé que ça jouait un rôle, mais que ce n'était pas complètement central. Et aujourd'hui, ma collègue Fabienne Greffet a calculé les budgets de campagne, la proportion du numérique par rapport aux autres investissements. Et le budget de campagne sur le numérique, ce n'est pas grand-chose en réalité. Donc ce n'est pas les candidats qui sont.

C'est des équipes d'animation, des réseaux numériques qui sont portées par des acteurs politiques qui, au sein des partis, ne sont pas complètement intégrés en réalité dans la structure partisane. Ils changent. À chaque élection, ils changent. Qu'ils viennent du monde de la tech, qu'ils sont jeunes, on prend des étudiants, qu'ils sont là, des étudiants de Sciences Po, on les fait venir, on les met dans les équipes. Ils vont animer sur Facebook, sur Twitter, sur Twitch, sur TikTok, etc. Ils vont animer des communautés dans lesquelles on a des utilisateurs réguliers des réseaux sociaux qui ont des idées politiques.

On va essayer, d'une certaine manière, de les activer et de les mettre au service de la campagne du candidat. Les équipes numériques, c'est donc là qu'on met les stagiaires, les jeunes pousses, les petites mains mises à contribution spécialement pour la campagne. Ce qui est d'ailleurs un problème, car construire une influence sur le numérique nécessite de la durabilité et de la stabilité. Ce n'est pas en faisant irruption d'un coup sur un réseau qu'un candidat va pouvoir se construire une audience fidèle et intéressée. Mais voilà, les réseaux sociaux ont aussi très peu d'impact sur le vote des Français. Normal donc que les candidats ne s'y investissent pas énormément.

On a peu d'études qui montrent qu'il y a des effets directs sur le vote. On a une inquiétude un peu panique autour des fake news, dans l'idée que si on vient mettre le bon message au bon endroit, si la bonne personne ne lui fait changer son vote, on n'a aucune étude qui démontre ça. On a toutes les études qui montrent que la publicité politique aux Etats-Unis, mais on n'a pas ça. Aucune étude n'arrive à mesurer les effets de la publicité politique. Il y a, me semble-t-il, une surestimation globale qui est liée à la transformation numérique.

C'est-à-dire qu'on la voit arriver, ça chamboule beaucoup de choses, ça chamboule les circuits de l'information, on a l'impression que toutes les règles sont en train de changer, du coup on a l'impression que c'est un grand désordre. Et surtout on a l'impression que les autres sont influençables et sont influencés. Moi ça va, mais les autres sont influençables et influencés. Et de ce désordre, on n'arrive quand même pas à observer. Dans les travaux, des effets immédiats, directs et causaux de discours sur les réseaux sociaux et des attitudes politiques. Moi je m'appelle Mélenchon. C'est un truc assez nouveau qu'on fait parce qu'il y a six réseaux sociaux en même temps.

Deux candidats sortent quand même du lot en cette campagne dans leur utilisation des réseaux sociaux. Jean-Luc Mélenchon qui a très tôt misé sur le numérique et l'innovation entre meetings hologrammes, rencontres immersives ou encore chaînes régulièrement alimentées sur Twitch, mais aussi Éric Zemmour. Là-dessus, l'ex-polémiste a pu compter sur la relation entretenue de longue date par l'extrême droite avec les réseaux sociaux. En France, on a deux territoires ennemis qui sont stables politiquement. L'extrême droite depuis très longtemps, on appelait ça autrefois la fachosphère. Elle était très fortement portée par le Front National.

Au moment où le Front National n'entrait pas du tout dans les médias ou entrait très peu dans les médias, il avait une stratégie vraiment de subversion de l'espace public central par le numérique. C'était clairement affiché. Jean-Yves Le Gallou a été une sorte de théoricien, un gramschiste même. Il disait on va refaire l'hégémonie culturelle avec le web. Ils ont eu une présence web, puis blog, puis réseaux sociaux qui est importante, qui aujourd'hui n'est plus complètement alignée au Front National parce que Zemmour a rattrapé tout le monde. C'est des gens qui ne sont pas encartés spécifiquement dans les partis politiques.

Ils s'affilient, voilà, ils s'affilient plus ou moins fortement à ces partis. Mais bon, voilà, on a toute une cohorte de patriotes, en réalité, sur le web. D'ailleurs, certains influenceurs se sont positionnés pour l'extrême droite. Des personnalités qui ne viennent pas du tout du monde politique, mais qui avaient déjà leur audience en misant sur tout autre chose. Le culturisme, par exemple. Tout le courant masculiniste des chaînes de Papacito, etc., qui sont des gens qui viennent du coaching, du bodybuilding, de plein de cultures très très différentes, mais qui se sont complètement politisés à l'extrême droite, ils ont fait le terrain d'Éric Zemmour.

Ils ont fait le terrain d'Éric Zemmour de façon très très forte.

6:54
Invité

Salut la commu, aujourd'hui, on va tester si le gauchisme est par balle. Et on va voir si le matériel de base du mec qui vote Jean-Luc Mélenchon va lui permettre, en fait, de résister à la potentielle attaque d'un terroriste sur notre territoire. Mais la tolérance, c'est toujours bien de pouvoir la faire appliquer avec un flingue en plus.

7:14
Présentateur

C'est des chaînes à forte audience, où vous avez un type qui braille et qui donne son avis sur tout et qui a son opinion très très forte sur les hommes, les femmes, et comment la société devrait être reverticalisée et remise en ordre, qui rentrent dans la campagne et qui vont participer en tout cas à la formation d'une galaxie qui se cristallise quand le candidat arrive. Autre spécificité d'Éric Zemmour, toute son équipe consacrée à sa page Wikipédia.

Dans un livre sorti récemment, Au cœur de Z, le journaliste Vincent Bresson a raconté son infiltration dans les équipes de l'ex-polémiste et la façon dont certains gros contributeurs de Wikipédia réécrivaient les pages consacrées aux candidats, ce qui n'est pas sans risque. Wikipédia, c'est le lieu où on construit la réputation, parce qu'on sait que c'est un résultat de recherche qui va apparaître sur la première page de chaque nom-clé. Et donc on sait que d'une certaine manière, on va produire l'information que vont chercher l'utilisateur ordinaire sur ces questions. Les marques sont incroyablement attentives à leur réputation.

Sur Wikipédia, la page de L'Oréal est incroyablement contestée vu le passé d'Étienne Schuller, la collaboration, etc., le fondateur de L'Oréal. Donc il y a des techniques d'agence pour essayer de corriger les textes sur Wikipédia qui se mettent en place avec la grande difficulté. C'est que Wikipédia a des règles très strictes. Elle a des règles très strictes et elle est surveillée par la communauté. On ne met pas un lien aussi facilement ou un texte aussi facilement sur Wikipédia s'il n'a pas été sourcé, s'il n'a pas été vérifié par la communauté, s'il n'est pas rendu nécessaire par la logique éditoriale de l'article. Généralement, ces agences sont démasquées.

Quand c'est des stratégies aussi visibles que celles d'Éric Zemmour, c'est généralement la communauté de Wikipédia se réveille. Malgré les audiences plus ou moins importantes, les réseaux n'ont pas d'impact direct sur le vote des Français. En revanche, ils influencent fortement une certaine catégorie de Français, les journalistes. Et oui, Twitter n'est utilisé que par 5% des Français, mais par les trois quarts des journalistes de la place de Paris. Résultat, ce réseau peut influencer les choix des sujets abordés dans les rédactions, à la télévision par exemple, un média très consommé en période de forte actualité politique.

Les réseaux sociaux s'adressent moins à l'électeur ou à l'opinion publique qui va voter, mais ils s'adressent en réalité aux grands médias qui vont relayer les discours ou interroger les hommes politiques. Si vous dites que l'identité et l'immigration est le hashtag central dont on parle tout le temps sur Twitter, vous allez avoir des journalistes qui vont se dire « c'est bien de ça dont les Français veulent parler » et qui vont du coup mettre dans les priorités des Français l'idée que leur question principale est celle de l'identité et de l'immigration.

Et ils vont d'une certaine manière relayer ces questions auprès d'hommes politiques où ils vont inviter toute une série de personnes qui vont parler de ces questions. Et du coup, ils fabriquent non pas le vote, mais ils fabriquent la préoccupation. Et là, on retrouve ce qu'on appelle l'effet d'agenda, c'est-à-dire que les médias ou les réseaux sociaux ne disent pas aux gens ce qu'ils doivent voter, mais ce à quoi ils doivent penser. Leur influence est donc importante pour faire émerger les thèmes de la campagne.

Ce qu'on a pu observer avec le sujet de l'immigration porté par Éric Zemmour tout l'automne, une thématique qui a fini par se dégonfler au profit d'un sujet qui intéressait davantage les Français. On a passé un automne entier à parler d'identité, d'immigration, etc. Et Marine Le Pen, elle était très tranquillement, campagne beaucoup plus Facebook, très peu active sur Twitter et les réseaux que regardent les journalistes, elle était très tranquillement en train de parler de pouvoir d'achat dans des petites réunions de province, etc. Et donc, il est probable qu'elle avait mieux compris la réalité des préoccupations des Français que ce miroir déformant.

Encore une fois, c'est une polarisation subjective qui est produite par d'assez petits groupes, mais qui peuvent donner l'impression... Les journalistes se sont beaucoup laissés piéger, les interprètes politiques, par cette affaire-là. Maintenant, ils commencent à savoir. Twitter, les gens qui font des tweets politiques, c'est à peine 5% des Français. C'est des gens qui sont hyper engagés. C'est des gens qui ont déjà des idées politiques très arrêtées. Et ce n'est pas parce qu'il y a un tweet qui dit le contraire qu'ils vont changer d'avis. On est en réalité dans une sorte de joute agonistique entre deux camps.

11:16
Invité

Le pouvoir d'achat, on sait très bien ce qu'elle va dire Marine Le Pen. Ce que va dire Emmanuel Macron, on sait ce qu'ils vont dire aussi. Ce qu'on veut, c'est des petites phrases, c'est des échanges. C'est voir, on va voter pour un homme, pour une personne. C'est ça, personne. C'est l'enlèptacle.

11:28
Présentateur

Dans le cas français, les journalistes se seraient-ils donc un peu fait avoir par le récit des réseaux ? Ont-ils utilisé Twitter pour prendre la température de ce que pensent nos concitoyens ? Ça ne serait pas la première fois. Et comme souvent avec les réseaux sociaux, les Américains nous ont précédés. Dans le cas de Donald Trump, par exemple, c'est la télévision Fox News s'appuyant sur les réseaux sociaux qui a permis de faire monter des sujets au profit de Donald Trump et au désavantage d'Hillary Clinton. Ce n'est pas du tout les réseaux sociaux qui ont fait Trump. Ce n'est pas les robots, ce n'est pas les russes, c'est toute cette histoire. C'est Fox News.

Qu'est-ce qu'a fait Trump et qu'est-ce qu'a essayé de faire Zemmour ? C'est que vous faites des hashtags qui font remonter des thèmes qui font que vous allez faire inviter des gens qui se sont disputés chez Cyril Hanouna ou chez Pascal Praud qui vont vous mettre en scène une bonne dispute, vont reproduire le clash qui a eu lieu sur Twitter et on va ensuite essayer de dire que les thèmes qui sont portés à travers ces clashes sont le centre de l'agenda. Le New York Times a fait plus de l'une sur le scandale de la boîte mail de Hillary Clinton que sur son programme.

Donc ça veut bien dire qu'en réalité, Fox News est arrivé à imposer, Fox News est le candidat Trump, est arrivé à imposer l'agenda de ce qui était le thème prioritaire même aux grands médias opposants. Pour Dominique Cardon, cette campagne de 2022 ne marquera pas les annales par ses innovations numériques mais par la radicalité des disputes et des ripostes sur les réseaux sociaux. Sur Twitter notamment, la campagne se fait extrêmement violente.

Sur Twitter, elle est devenue tellement extrême, toxique, favorisant une sorte de polarisation subjective parce qu'en réalité, c'est toujours les mêmes qui parlent et ceux qui parlent et qui gagnent, c'est toujours ceux qui se mettent dans la position la plus extrême.

Donc on a une prime à la radicalité qui est donnée dont maintenant on a des études qui montrent, celle de Chris Bell notamment, que cet effet de polarisation qui est subjective, ce n'est pas la polarisation réelle des Français, c'est la polarisation de ce que l'on voit du débat public sur Twitter rend silencieux tous ceux qui ont des positions plus complexes, plus modérés, plus intermédiaires ou qui se sentent moins soutenus par une horde de comptes qui vont les relayer, etc. Et donc il y a un effet de silenciation sur toute une série d'opinions qui s'opèrent par cette extrémisation et que du coup, sur Twitter, on a une sorte, je dirais, presque de vieille politique.

C'est-à-dire qu'on est dans le débat droite-gauche, on est dans le débat sur l'identité et la position des idées d'extrême droite qui est extrêmement présente. Attention donc à ne pas prendre les tweets clash pour argent comptant. Aucune pensée nuancée ou modérée ne trouvera sa place sur Twitter. Désormais, l'oiseau bleu gazouilleur a été délaissé au profit d'Instagram par ceux qui recherchent un peu plus d'échanges et un peu moins d'engueulades lorsqu'ils exposent leurs réflexions. Une partie, on pourrait dire, de la nouvelle formation politique qui est en gestation complexe aujourd'hui, elle est partie sur Instagram.

Si vous voulez des comptes antiracistes, si vous voulez des comptes féministes, si vous voulez des comptes décoloniaux, si vous voulez des comptes environnementalistes, ils ne sont plus beaucoup sur Twitter et ils le sont un peu sur Facebook mais Facebook, un outil très particulier en réalité dans ces campagnes électorales et c'est plutôt des comptes Instagram très actifs dans lesquels il y a de la dispute, il y a de la haine, il y a de la... etc.

Mais il y a du fait même du design en réalité de ce réseau social, les clashs, ils sont moins faciles à mettre en œuvre et du coup, c'est devenu le refuge de beaucoup de formes d'expression en politique nouvelle par rapport à ce qu'est Twitter aujourd'hui. Il est frappant de voir, notamment je pense à tous les comptes féministes, ils ont complètement délaissé Twitter. Vous êtes une femme, vous avez un compte féministe sur Twitter, vous vous prenez des insultes, des misogynes, de misogynes tout le temps, vous fuyez. Instagram qui fait partie du groupe Meta, le groupe qui vous fait utiliser WhatsApp, Messenger ou encore la bonne vieille page Facebook.

Facebook, ce réseau qui fait un peu figure de dinosaure aujourd'hui, mais qui a eu son heure de gloire lors du quinquennat, notamment dans la constitution du mouvement des gilets jaunes. Facebook est né de la sociabilité des gens, on l'a vu avec les gilets jaunes, il y avait plein de groupes locaux pour aller chercher les enfants à l'école, etc. Il suffit de le transformer en groupe gilet jaune, donc on s'appuie sur des liens sociaux, et toute une série de liens sociaux, avec une visibilité qui n'est pas forcément très grande, mais qui est très ancrée en réalité dans les liens sociaux. Alors, c'est très utile pour la politique locale.

Quand on est dans les grands débats politiques nationaux, ça l'est un tout petit peu moins, même si évidemment, les candidats font un usage important de Facebook, parce que là, c'est des pages publiques, à forte visibilité, etc. Facebook est devenu en partie son usage politique, un usage dit de groupe et non pas de pages, et puis la sociologie de Facebook a considérablement changé puisqu'elle est vieillissante. Facebook, qui n'est utilisé que par 60% de la génération des 15-24 ans, reste le premier réseau social en France, 24 millions d'utilisateurs. Les réseaux, dans leur ensemble, sont quand même utilisés par plus de la moitié des Français.

Ça peut être pour entrer en contact avec d'autres, ou un peu machinalement, pour tuer le temps, en regardant des vidéos, par exemple. C'est très rarement pour y chercher de l'information, et a fortiori, de l'information politique. Les médias ont toujours envie d'imaginer que leur lecteur est là, comme ça, attentif devant leur contenu, et qu'ils l'ont hiérarchisé et bien mis en ordre. Et donc, ils se sont mis à dire que les réseaux sociaux étaient finalement la porte vers l'information, mais l'information, c'est une parcelle extrêmement infime du temps qu'on passe devant les écrans des réseaux sociaux, avec des inégalités d'intérêt pour l'information qui sont absolument considérables.

C'est-à-dire, vous avez des... Je pense, et on a des études qui invitent vraiment à le penser, à le penser, notamment celle du Reuters Institute, à l'Oxford Internet Institute, le montre très bien, c'est qu'en fait, on a accru les inégalités dans la consommation d'informations. C'est-à-dire qu'on a des sortes de political junkies qui, eux, alors vraiment, ils lâchent rien. Ils sont sur leur fil des réseaux sociaux, ils suivent plein d'actualités opposées et du coup, ils en consomment beaucoup plus que ce qu'ils pouvaient faire dans une situation traditionnelle.

De l'autre côté, du coup, la frontière entre des gens très intéressés par la politique et l'information puis des gens qui le sont moyennement puis des gens qui ne le sont pas du tout et notamment pour ceux qui ne le sont pas du tout n'a cessé de se renforcer et de s'accuser et ceux qui ne le sont pas du tout quand ils étaient télévisions, ils voyaient un peu le journal télévisé, ils avaient un peu de l'accès incident à l'information et maintenant, dans leur page Facebook, etc., le problème, on dit souvent il y a un problème de bulle de fil, mais en fait, le problème, ce n'est pas la bulle de fil, c'est tout simplement qu'il y a des gens qui n'utilisent jamais les réseaux sociaux ou qui n'ont pas d'amis ou de comptes ou d'abonnements Facebook vers des sites d'information ou d'actualités politiques.

17:58
Locuteur

Retrouvez-moi désormais

18:02
Présentateur

sur TikTok où je vous ferai partager les meilleurs moments de ma campagne. Influencer les électeurs via les réseaux sociaux, c'est donc assez compliqué, assez périlleux pour un candidat, même si cet électeur a été ciblé. On le sait aujourd'hui, les partis politiques font appel à des sociétés privées pour récolter nos données personnelles. Vous avez peut-être reçu un message d'un candidat sur votre répondeur, un SMS ou un mail, mais là encore, la France est à des années lumières de ce qui se passe aux États-Unis.

Par rapport aux Américains, ils sont soumis à des contraintes juridiques qui sont beaucoup plus fortes et puis on n'a pas la publicité politique qui est au cœur en réalité de la politique américaine. Donc quand vous enlevez toutes ces contraintes, les partis ont intérêt effectivement à faire des fichiers les plus exhaustifs possibles de leurs militants, des contacts de leurs militants, des sympathisants et de toute une série de populations qui pourraient toucher. Donc il y a des techniques commerciales pour acquérir des fichiers plus ou moins précis de certaines cibles de populations, mais il y a aussi beaucoup d'interdictions qui sont faites aux États-Unis.

La situation est complètement différente puisque là, c'est structuré, c'est quasi industriel, les partis ont des équipes de données extrêmement fortes, ils ont des listes de personnes, ils font du phoning de façon massive et ils ont des fichiers précis sur les opinions politiques ou la participation aux élections des individus. Donc ils peuvent cibler de façon beaucoup plus forte. Pour Dominique Cardon, même le scandale Cambridge Analytica, cette société accusée d'avoir utilisé les données d'utilisateurs de Facebook pour influencer l'élection présidentielle américaine est à relativiser.

Si les données ont bien été volées et utilisées, rien ne prouve que cela est vraiment joué dans l'élection. Finalement, il nous adresse un message assez rassurant. Certes, nous sommes ciblés, certes, nous passons beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, mais cela ne veut pas dire que nous sommes sous influence, cela ne veut pas dire que nous sommes manipulés. Moi je pense qu'avec les réseaux sociaux à la transformation numérique, on est entrés dans une nouvelle ère qui est bien compliquée et qui présente des risques. Je ne cherche pas du tout à les diminuer. On est entrés quand même dans un mode un peu de panique autour du thème de la manipulation.

Le thème de la manipulation est un grand thème fictionnel qui est très très fréquent, d'ailleurs si on regarde si on chie un peu les séries ou les modes de fiction, est rentré dans l'imaginaire poétique des gens. Et donc l'idée qu'un tout petit groupe, parce qu'il a des données de Facebook et qu'il utilise un modèle psychologique qui est assez sommaire en réalité, pour faire un profil psychologique des gens à partir de ce qu'ils ont liké et que si on les cible bien et qu'on leur met l'information politique qui va juste aller dans le bon sens pour qu'ils changent d'avis, on va arriver à manipuler l'opinion, c'est bon pour la science-fiction, mais en réalité ça ne marche pas du tout.

Mais notre croyance dans les effets de ces nouvelles techniques de manipulation est sans doute un signe des temps aussi sur cette idée que finalement on appuie les grands partis pour nos structureurs. Du coup, on imagine désormais que l'opinion serait devenue beaucoup plus volatile et que cette volatilité pourrait être capturée par des acteurs malicieux qui, avec des robots, des techniques de marketing, etc., viendraient les prendre. Les gens, les conseillers en politique vous le diront. Meeting, porte-à-porte, face-à-face, toujours beaucoup plus efficace que d'envoyer un robot anonyme qui vous envoie des messages qui spamment votre boîte mail.

Et oui, nous ne vivons pas encore dans Matrix ou iRobot. La réalité est encore très loin de la fiction, surtout en matière de vote et d'information politique. La conclusion de tout ça, c'est que finalement, il nous reste encore un peu de libre arbitre et de capacité à réfléchir par nous-mêmes. Qu'en tout cas, tout cela n'a pas été entièrement confisqué par le marketing des réseaux sociaux. Pour en savoir plus, n'hésitez pas à aller voir les références que j'ai ajoutées dans la description de cet épisode, ainsi que les articles publiés à l'occasion des différentes vagues de l'étude électorale menée par le SEVIPOF. Merci d'avoir été à l'écoute de Je Vote, Tu Vote, Nous Votons.

J'espère que ça vous a plu et que vous serez au rendez-vous pour les prochains épisodes. Si c'est le cas, n'hésitez pas à partager ce podcast autour de vous et à nous envoyer vos commentaires et des étoiles sur votre application préférée d'écoute. Je serai curieuse d'avoir vos retours et si vous le souhaitez, vous pouvez me soumettre les questions que vous vous posez sur le vote. Vous pouvez aussi nous contacter via les réseaux sociaux de Public Sénat Twitter, Facebook, Instagram ou LinkedIn ainsi qu'à l'adresse bonjour-public-sénat.fr

22:18
Auditeur

Je Vote, Tu Vote, Nous Votons est un podcast produit par Public Sénat et le SEVIPOF Sciences Po. Interview et narration, Tam Tranui. Création sonore, réalisation, montage et mixage, Majora Prod. Direction éditoriale, Perrine Tarnot. Les visuels sont de Nina Vincent, production exécutive, Élise Colette.

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