"Les gens ne veulent pas des primes ni des chèques mais du salaire, immédiatement" : Jérôme Guedj
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Et nous sommes heureux d'accueillir Jérôme Gage. Bonjour Jérôme Gage, député de l'Essonne, tombeur d'Amélie de Montchelin, dans cette circonscription dont vous étiez député. Elle vous l'avait reprise, cette circonscription, et vous l'avez, entre guillemets, récupérée. Vous êtes donc à l'Assemblée nationale, on va en parler. Mais d'abord, évidemment, le procès des attentats, procès hors normes qui a duré dix mois, pas de grandes révélations, mais les faits ont été soigneusement reconstitués, et surtout les victimes, se sont exprimées et ont raconté leur calvaire. Le souvenir que vous garderez de ce procès hors normes est sans doute exemplaire.
Précisément dans sa durée et dans le travail méticuleux qui est celui de la justice, qui permet d'abord, au nom du peuple français, d'être à la mesure du traumatisme national, d'être aux côtés des victimes, de décrypter les processus, de permettre le travail de deuil. Moi, je trouve que c'était un moment de communion nationale que d'avoir ce travail dans la durée, les plaidoiries des parties des victimes. Je trouve que tout a été à la mesure de l'événement, et j'insiste sur le terme de communion nationale. La justice, le prétoire a été l'endroit, le creuset dans lequel on a pu se reconstruire autant que possible après ce traumatisme-là.
C'est ça, c'est un verdict qui permet enfin aux victimes d'envisager la reconstruction.
À titre personnel, c'est le rôle de la justice, y compris dans le processus de deuil ou d'accompagnement pour toutes les centaines de blessés physiques ou psychologiques, et puis pour le pays lui-même. Je pense qu'être capable, sans esprit de vengeance, mais précisément avec celui de la justice, et c'est la nuance dans les peines, dans le décryptage du rôle individuel de chacun, c'est l'honneur d'une démocratie, c'est l'état de droit, et c'est la meilleure réponse qu'on pouvait apporter à Daesh.
Alors, l'actualité politique, la préoccupation des Français, Jérôme Guetsch, c'est le pouvoir d'achat. Sentez-vous le gouvernement prêt à écouter les oppositions pour construire sa loi ?
Pour l'instant, non. C'est-à-dire que la forme, on en reviendra sur les péripéties d'hier à l'Assemblée nationale, mais la forme ne laisse pas présager d'un travail intelligent et constructif avec les différentes minorités de l'Assemblée nationale. Il y a quelques jours, le président Macron disait « la situation inédite que nous vivons nous oblige à gouverner et légiférer différemment ». Donc, pour l'instant, on a un avant-projet. Tout le monde va être d'accord pour dire que c'est la priorité absolue que de renforcer les enjeux de pouvoir d'achat sur les différents volets.
Mais les premières pistes qui sont mises sur la table par le gouvernement sont la continuité des précédentes, sans le changement de braquet qu'on appelle de nos voeux. Et moi, je n'ai pas le cadre. J'ai un calendrier qui, pour l'instant, est contraint, un texte qui va arriver la semaine prochaine, Conseil des ministres. On nous dit qu'il doit être adopté. J'aurais aimé que, dès à présent, on puisse engager de manière informelle le travail que les parlementaires doivent faire. Nous, on propose l'augmentation du SMIC à 1 500 euros.
Alors, attendez, on va reprendre dans l'ordre, si vous voulez bien. D'abord, un, votre vœu, c'est de pouvoir avoir connaissance des dispositions, des textes, avant même qu'il ne soit soumis au Conseil des ministres. Ce serait pour vous de la bonne politique.
Regardez, le texte a été transmis au Conseil d'État parce que c'est la procédure. On aurait très bien pu, dans les consultations, concertations qui ont été engagées. Mais encore faut-il qu'il y ait un gouvernement. Vous voyez bien que, par exemple, aujourd'hui, la ministre des Solidarités et de la Santé est en partance.
C'est pour ça que...
Une partie des dispositions la concerne.
Peut-être que votre demande ne peut pas être encore entendue, mais on verra. Il y a un sondage, et là, qui est intéressant. Il y a une majorité de Français qui est plus optimiste que vous, Jérôme Guiat. Elle fait le pari à 63% que le gouvernement sera écouté, sera dans une logique de compromis. Et dans une moindre mesure, 52% pensent que les oppositions chercheront vraiment des compromis et des accords. Que souhaitez-vous qu'Elisabeth Borne, d'abord ? Ensuite, vous nous direz quel compromis vous êtes prêt à faire. Que souhaitez-vous qu'Elisabeth Borne intègre comme demande ? Le SMIC à 1 500 euros, pour vous, c'est un préalable ?
Le SMIC à 1 500 euros, c'est derrière l'engagement des négociations pour la revalorisation des salaires dans l'ensemble des branches. Je pense que là, on a quelque chose de tangible, d'immédiat, et une réponse qui n'est pas celle des chèques, du saupoudrage ciblé, mais qui passe à côté. Et les gens ne veulent pas des primes, ils ne veulent pas des chèques, ils veulent du salaire et du pouvoir d'achat immédiatement. Donc ça, c'est le premier sujet.
Ce n'est pas si simple. Rien n'est simple, de toute façon. On est aujourd'hui à 1 350 euros net grâce au 6% d'augmentation.
Tout à fait.
Il y a une prime d'activité, par exemple. On pourrait vous dire que SMIC plus prime d'activité, les SMICars, entre guillemets, sont éligibles à cette prime. Ça fait 1 500 euros net, c'est déjà le cas, donc ?
Oui, mais vous savez, c'est pour ça que j'insiste sur le salaire. La prime d'activité n'ouvre pas droit aux cotisations retraites et donc aux salaires différés qui va avec.
Non, mais elle n'est pas soumise à l'impôt. Elle a ses avantages aussi.
Oui, mais vous voyez, la logique des primes, par rapport à celle du salaire net, du salaire différé qui est attaché, c'est aussi peut-être des aspects de différence qui peuvent exister entre nous. Mais sur la question du pouvoir d'achat, il faut aussi qu'on ne se focalise pas uniquement sur les salariés. Il y a des gros trous dans la raquette, dans notre système de protection sociale. Et donc nous, par exemple, on va venir avec une proposition immédiate qui est de rouvrir ce qui a été dans le débat, dans la précédente pandature, la question des 18-25 ans. Ce sont eux aujourd'hui qui sont confrontés très largement à la précarité et à la pauvreté.
Juste pour préciser, s'il n'y a pas les 1 500 euros d'augmentation, enfin du SMIC à 1 500 euros, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous repoussez en bloc toutes les propositions. Vous le connaissez parce qu'on en parle depuis des semaines, bouclier tarifaire prolongé pour le gaz et l'électricité, les retraites indexées évidemment sur l'inflation, les APL augmentées, les loyers plafonnés à 3,5% et les 18 centimes de baisse sur le litre de carburant qui seraient prolongés. Bruno Le Maire a dit ça, je voudrais en parler avec les oppositions. Vous dites bancaux ou pas ?
Bien sûr qu'on va parler de tous ces sujets puisque nous nous sommes dépositaires de la demande sur le pouvoir d'achat.
Est-ce que vous êtes prêt à voter ? Vous me dites ce matin, s'il n'y a pas les 1 500 euros de SMIC, nous on bloque.
Je ne vous ai pas dit ça.
Non, non, c'est pour ça que je veux être sûr de...
Vous m'avez demandé s'ils veulent une logique de compromis et construire justement, tenir compte des sensibilités des uns et des autres. Ils n'ont pas la majorité tout seuls. Donc ils peuvent être dans une sorte de chantage en disant mais si vous ne votez pas ces mesures, si vous allez jusqu'à voter contre, c'est donc que vous n'êtes pas en phase avec les attentes de la population. Nous, bien évidemment, nous ne voterons pas contre les mesures qui à chaque fois se traduisent par une augmentation du pouvoir d'achat.
Donc une abstention éventuellement.
Oui, mais si demain, la logique c'est uniquement un gouvernement d'abstention, si on n'est pas justement dans la dynamique de tenir compte des positions des uns et des autres, et je réinsiste par exemple sur des sujets, vous savez, dans la précédente mandature, il y avait des sujets qui étaient écartés du revers de la main en disant non, non, parce qu'ils étaient majoritaires, ils n'en voulaient pas sur toute une série de points. Je prends l'exemple qui n'a rien à voir, mais la proposition de loi de constitutionnalisation du droit à l'IVG, quand on la faisait précédemment, il nous disait niette.
Aujourd'hui, on va revenir, nous, au groupe socialiste, dans le cadre de la nouvelle union populaire écologique et sociale, sur la situation des 18-25 ans. Ceux qui font les files d'attente, les étudiants, etc.
Et là, vous demandez quoi comme mesure ?
L'ouverture du RSA aux 18-25 ans. On est le seul, un des rares pays d'Europe dans lequel il n'y a pas un système de protection sociale pour lequel l'entrée dans le marché du travail est accompagnée par le système de protection sociale. Et c'est dans cette catégorie d'âge aujourd'hui qu'on a les plus grandes difficultés en termes de précarité, de difficultés en termes de pouvoir d'achat.
Et alors, c'est intéressant, d'abord philosophiquement, puisque beaucoup disent qu'entrer dans la vie active et la majorité par un revenu d'assistance, c'est discutable, mais qui serait éligible à ce RSA à 18 ans ?
Eh bien, les jeunes de 18 à 25 ans...
Mais systématiquement, où ?
Eh bien, sous... Tous les jeunes... Aujourd'hui, de 18 à 25 ans, des jeunes qui sont en situation, notamment de support de famille, peuvent y prétendre. L'objectif, c'est d'élargir...
Support de famille, c'est-à-dire dont les parents ne travaillent pas ?
Non, non. Quand eux-mêmes peuvent avoir des enfants, on ouvre droit à...
Quand ils ont des enfants à 18 ans, c'est pas la majorité, vous êtes d'accord ?
Ce que je veux dire, c'est qu'on avait déjà intégré, dès la création du RMI, le fait qu'il y avait une certaine catégorie de jeunes à titre dérogatoire qui pouvaient prétendre à ce droit. Compte tenu de la précarité qui touche, chez les étudiants, chez les jeunes en formation ou en insertion, les fameux NIT, les décrocheurs et autres, nous, nous plaidons pour que le droit soit ouvert et mettons la discussion...
L'ouverture de la discussion vous semblerait être sans préjugé de la fin.
Déjà, déjà, ce serait une manière de dire que nous ne sommes pas à balayer.
Ça ne vous inquiète pas, la dépense publique galopante, là, 25 milliards, c'est le coût des mesures sur les derniers mois, en termes de pouvoir d'achat, pour aider les Français. À nouveau, 25 milliards, avec toutes les mesures qui sont envisagées, sur le carburant. C'est pas un problème ?
Le problème, aujourd'hui, c'est la situation de nos concitoyens qui ont du mal, dès le 10 ou le 15 du mois, à boucler...
Il ne faut pas mettre un regard avec la dette publique.
Il faut aussi avoir une logique en quoi cette injection de pouvoir d'achat dans le circuit économique est aussi vertueuse pour les entreprises françaises, pour leur carnet de commandes, pour toute une série de secteurs, en quoi ça génère aussi de la cotisation supplémentaire pour les régimes, de la recette fiscale. Donc, il y a un effet vertueux, c'est le fameux keynésianisme. Absolument. Et donc, on est... Moi, j'ai défendu pendant des années une politique de l'offre équilibrée pour soutenir les entreprises. Il y a une politique de la demande, a fortiori quand les difficultés de pouvoir d'achat sont aussi criantes que l'inflation.
Parce que beaucoup des mesures qui sont proposées avec des chiffres, aujourd'hui, le rattrapage sur le dégel du point d'indice ou la revalorisation des pensions, on est sur des chiffres, on se dit 4, 5%, etc. Mais quand on a une inflation à 5, 5,8, 6% attendu, on est déjà sur un rattrapage de ce qui n'a pas été fait dans les années précédentes, mais on va demeurer en dessous de l'impact en termes d'inflation sur l'ensemble des revenus. Donc, il faut aussi, on ne fait que compenser. Ce n'est pas un gain de pouvoir d'achat qui va permettre totalement de détendre la situation des ménages concernés.
De protection des Français et le gouvernement ne cesse de dire qu'en France, on protège plutôt mieux que dans d'autres pays.
Mais moi, je m'en félicite. On a un modèle social singulier et l'objectif est de le préserver.
Par ailleurs, il y a une mesure, par exemple, qui est la suppression de la taxe d'habitation. On en parle très peu, mais c'est du pouvoir d'achat, du pouvoir d'achat pérenne, puisque c'est tous les ans une somme que les Français ne débloquent pas. Alors, ça, ça peut compenser certaines dépenses supérieures liées à l'inflation, par exemple.
Oui, mais vous pourriez prolonger avec la suppression de la redevance, puisqu'elle procède de la même logique. Vous savez, quand on supprime un impôt, la nature a horreur du vide. Il y a aussi des conséquences. La taxe d'habitation alimentait en grande partie les collectivités locales. Quand celles-ci sont confrontées à un assèchement de leurs ressources, parce que les compensations venant de l'État ne sont pas forcément à la hauteur, c'est moins d'investissements publics et l'investissement des collectivités. C'est ce qui fait tourner les PME, les TPE du bâtiment et des travaux publics sur les territoires.
Et c'est aussi des difficultés pour mener les missions de services publics que ces collectivités exercent.
On est soit consommateurs, soit contribuables. En fait, on est les deux.
On est citoyens. C'est pour ça que la logique d'équilibre, et pour l'instant, moi j'attends de voir, et comme on ne sait pas ce que ce gouvernement a dans le ventre, pardonnez-moi l'expression, parce qu'il n'a pas justement, il est dans une sorte d'hésitation entre j'ai gagné l'élection présidentielle, mais sur un malentendu, si j'ose dire. Le président est légitime, il n'y a aucun doute, c'est notre président. Mais s'il pense que c'est la validation totale de son programme, il se trompe.
Vous pensez qu'il est dans cet état d'esprit ?
Et moi, je trouve qu'il y a un décalage entre ceux qui nous disent, nous avons un programme qui a été approuvé à l'élection présidentielle et une majorité relative à l'Assemblée nationale. Ils font comme si tout s'était passé normalement. Non, rien ne s'est passé normalement. Et stade ultime, on se retrouve à passer par-dessus bord les valeurs qui avaient été mises en avant pendant l'élection présidentielle.
Le gouvernement national a 89 députés, on y arrive parce que ça fait deux fois que vous vous y faites allusion, ça vous tient à cœur. Il a 89 députés à l'Assemblée. Doit-il être traité à l'Assemblée comme un parti comme les autres ?
Il doit être traité comme un parti qui est représenté à l'Assemblée nationale, mais sans pour autant que ça passe par des logiques de coalition avec les autres partis politiques.
Est-ce que vous entendez, est-ce que vous dénoncez par là ?
Non, mais moi je suis ce matin encore sous le choc de ce qui s'est passé hier à l'Assemblée nationale et sous le choc aussi de l'espèce de résignation face à cela. 89 députés à l'Assemblée nationale et hier pour l'élection à des postes de vice-président à l'Assemblée nationale, les deux candidats du Rassemblement national ont recueilli 290 voix. C'est-à-dire qu'il y a 200 députés non-Rassemblement national que rien n'obligeait à faire cela, qui ont pris un bulletin et notamment des députés LREM qui ont pris un bulletin sur lequel était écrit le nom de M. Chenu et de Mme Laporte qui sont devenus les deux vice-présidents. Rien n'obligeait à cela.
Ils auraient pu être candidats au troisième tour avec majorité relative et être élus par les seules voix du Rassemblement national.
Est-ce que lui permettre à un parti qui a fait 42% au deuxième tour de l'élection présidentielle, qui a 89 députés, est-ce que lui permettre activement, puisque effectivement il y a un bulletin qui a été pris activement d'accéder à des responsabilités au titre de la représentativité, c'est une forme d'abaissement des valeurs, de complicité avec ses idées ou est-ce que c'est une forme de respect du suffrage universel, de ce qu'ont dit les Français ? Le respect des électeurs.
Mais vous savez, il y a deux mois, les mêmes nous appelaient, la France entière et singulièrement la gauche, à faire barrage face au Front national. En prenant le bulletin de vote Macron pour battre Marine Le Pen. Deux mois après, qu'est-ce qui justifie ?
Justement, les Français se tentaient d'exprimer depuis...
Je ne conteste pas, ils ont... Mais le fait démocratique, il y a 90 députés, si le vote à l'Assemblée nationale, et ça aurait pu être le cas, l'avait permis, ce serait ainsi. Je vais faire une comparaison parce que souvent, on regarde au-delà de nos frontières, y compris dans des pays où il y a parfois des traditions plus fortes de coalition. L'AFD en Allemagne, le parti d'extrême droite, il a quasiment, je crois, 90 députés au Bundestag. Il n'a pas de vice-président. Parce que les autres partis politiques ne votent pas pour l'AFD et la CDU ou d'autres peuvent voter, y compris pour délinquer, qui est l'équivalent de la France insoumise là-bas.
Mais vous pensez que les Français, ils ont voté pour le partage du pouvoir. Donc vous dites quoi, vous ? Le rassemblement...
Il a sa place que le suffrage universel lui a donné, je ne le conteste pas.
Vous vous rendez compte, l'hypocrisie, elle est là, Mme Martichoux.
Non, mais dites-moi. L'hypocrisie terrible, elle est de nous avoir dit il y a deux mois, nous devons faire barrage au Front National. Elle est de dire que nous n'avons pas de valeur commune avec le Front National. Et je crois que l'LREM continue à nous dire ça. Respecter leur présence à l'Assemblée, et évidemment, c'est l'expression du suffrage universel, mais prendre un bulletin de vote, ou écrire le nom de ces candidats pour les faire élire dès le deuxième tour, alors que peut-être ils auraient été élus au troisième. Mais en tous les cas, c'était le jeu démocratique. Là, on a fait des coalitions. Même chose...
Donc il y a une complicité avec le Rassemblement National ?
Pour vous, il y a quoi ? Il y a un double discours qui est absolument insupportable. Voilà, je le dis. Même chose sur l'élection des caisseurs, où on a vu sur un même bulletin de vote, le nom d'Éric Ciotti et des candidats de La République En Marche. Et après, on va nous expliquer...
Mais les Français ne veulent pas la guerre à l'Assemblée ? Entre l'élection prédentielle et les législatives...
Mais on ne peut pas faire un parti unique et se dire, ben voilà, maintenant on se répartit... Les Français ont voulu...
Vous-même, vous ne voulez pas de parti unique avec la France insoumise ? Mais vous avez bien compris, ma remarque était ironique, madame.
Ma remarque était ironique. Les Français, qu'est-ce qu'ils ont voulu avec l'absence de majorité à l'Assemblée nationale ? Ils ont voulu ne pas donner les pleins pouvoirs à Emmanuel Macron, dire qu'il y a plusieurs sensibilités, qu'elles travaillent ensemble, mais pas qu'elles détournent ça en faisant des coalitions...
Vous dites quoi ? On est sur une pente dangereuse ? Cette femme, parce que ce qui vous frappe aussi, c'est que ça ne fasse réagir personne.
C'est ça qui me frappe ce matin, c'est le fait de trouver normal que des députés de La République En Marche aient pris un bulletin de vote avec le nom du Rassemblement national.
Ça traduit cette banalisation, cette normalisation à laquelle travaille Marie Le Pen. Exactement.
Après expliquer qu'on est contre la normalisation et la banalisation, aujourd'hui ils vont assurer le pilotage des travaux de l'Assemblée nationale quand la présidente ne sera pas là. Ils auraient pu y prétendre par leur seul poids, ils l'ont fait avec le soutien. Et donc derrière, je ne peux pas m'empêcher de penser...
Le Rassemblement national, c'est un parti hors champ de La République ?
Moi je le combat politiquement, c'est ce qui a motivé mon engagement. Je respecte le fait qu'il y ait des électeurs...
Est-ce qu'il est hors du champ républicain ?
Le président de La République, me semble-t-il, a dit avec deux choses... Mais je vous demande à vous, les Français sont exprimés depuis, vous ? Oui, le Front national, en tous les cas les dirigeants du Front national demeureront des adversaires politiques que je combattrai en termes de valeur. Les électeurs du Front national, moi je vais toujours chercher à les convaincre et à faire en sorte que leur colère ne s'exprime pas.
Ne répondez pas clairement à ma question, est-ce que le Rassemblement national est un parti en tant que tel hors du champ républicain ?
Incontestablement, pour moi, le Rassemblement national est un adversaire de La République, son histoire, sa tradition, sa filiation en fait pour ses dirigeants. Regardez ce que le doyen de l'Assemblée nationale est venu dire à la tribune dans un moment de communion nationale, à nouveau j'utilise le terme. Le Rassemblement national, il est venu remettre des blessures dans l'unité nationale et nous expliquer après qu'il n'était pas certain que l'OAS ait commis des crimes. C'est-à-dire vraiment, on est dans le révisionnisme historique qui est problématique et ça n'a pas été contesté et démenti par Marine Le Pen.
Vous voyez, donc pour moi, ça c'est l'illustration qui a aussi un problème avec quelques éléments importants de l'histoire de France et de la République.
Pour autant, est-ce que vous feriez comme le jeune Louis Boyard, député d'ANUPS, qui a refusé de serrer la main aux députés d'URL, justement, en disant « Regardez, il faut prendre des précautions, des gestes barrières face à cette pandémie de racisme, d'antisémitisme et d'islamophobie qu'ils incarnent. » Ça, ça vous paraît...
Non, ce n'est pas ma manière de faire. Voilà, c'est-à-dire qu'il y a des députés à l'Assemblée nationale, dans la situation, si on est amené à se croiser. Rien n'oblige, mais dans un moment symbolique comme celui-ci, ce n'est pas ma manière de faire. Je combats, mais je ne suis pas dans cette stigmatisation.
D'accord, vous n'êtes pas du tout dans cette logique, ce n'est pas indispensable. Non, du tout. Si de nouveaux éléments apparaissent, si la justice est saisie, nous en tirerons les conséquences, pardon, les conséquences, c'est ce qu'avait dit Elisabeth Borne sur le cas d'Amiabat, quand les premières accusations de tentative de viol étaient apparues. Depuis, il y a une plainte, il y a une enquête qui a été ouverte pour tentative de viol. Doit-il quitter le gouvernement ?
Ce que je vois surtout, c'est que, moi, c'est un domaine d'Amiabat, des ministres chargés de l'autonomie, du handicap des personnes âgées. On a un ministre extrêmement fragilisé. On est dans une crise avec une reprise du Covid, la question de la vaccination chez les personnes âgées, etc. Et la conséquence ? Je n'ai pas de son, pas d'image, pas de travail organisé avec les acteurs du secteur, les fédérages, etc.
Il y en a beaucoup des ministres qu'on n'entend pas.
Oui, mais c'est quand même assez problématique. Ça fait une vacance du pouvoir problématique.
Doit-il quitter le gouvernement ?
Je ne suis pas certain que la situation lui permette de rester dans le gouvernement dès l'instant où on aura un nouveau gouvernement. Donc il y a ceux qui ont été battus aux élections qui vont le quitter. Et il y a là une fragilité pour l'exercice des missions qui lui sont confiées, qui est, à mon avis, extrêmement problématique.
Le quatrième tour a commencé, dit Jean-Luc Mélenchon, dans sa note de blog. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire qu'on a cinq années durant lesquelles il va falloir faire entendre autrement que par des élections, c'est-à-dire dans le débat parlementaire, dans le lien avec le mouvement social, les intellectuels, les associations, les ONG. Le fait, je redis ce que je disais tout à l'heure, qu'Emmanuel Macron ne peut pas revendiquer un chèque en blanc, les pleins pouvoirs. Il faut donc tenir compte de cette situation particulière.
Il a perdu l'élection, dit-il, Jean-Luc Mélenchon, écrit-il, il a perdu l'élection qui légitime le pouvoir. Qu'est-ce que ça veut dire ? Il n'a plus de pouvoir légitime entre les mains, Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron a été élu par les Français. Il est donc le président légitime.
Alors pourquoi cette phrase ?
Mais le président de la République nomme le Premier ministre. Donc c'est du pouvoir du président élu au suffrage universel que procède le gouvernement. Et donc on voit bien avec la difficulté, peut-être qu'il n'y aura pas de discours de politique générale, ou s'il y en a un, il n'y aura pas de vote de confiance.
Pourquoi il n'y aurait pas de discours ? Il est prévu, il a été annoncé hier au journal officiel. Pourquoi vous dites ça ?
Alors pourquoi je dis ça ?
En deux mots, parce qu'on a 30 secondes, c'est compliqué.
Je vais évoquer le contenu, c'est-à-dire quel va être le contenu d'un discours de politique générale. Vous dites qu'il sera vide. Ben voilà, c'est-à-dire qu'un discours de politique générale, ça fixe le cap pour les cinq années. Or pour l'instant, la visibilité que nous avons, c'est semaine après semaine. Donc on va avoir un gouvernement d'abstention, semaine après semaine. Je vous rappelle ceux qui nous disaient que le chaos et le désordre institutionnel, ce serait la nouvelle union populaire, c'est un peu l'arroseur arrosé.
Je reviens à ma question. Est-ce que Jean-Luc Mélenchon fait du Trump quand il parle d'un défaut de légitimité du pouvoir, d'Emmanuel Macron, qui a perdu l'élection législative ?
Non, mais moi, j'entends pas ça dans sa phrase.
Emmanuel Macron a perdu l'élection qui légitime le pouvoir.
Oui, mais ça veut pas dire que son élection n'est pas légitime. C'est son élection qui légitime notamment le pouvoir gouvernemental. Donc la manière d'en tenir compte, la manière de gouverner et légiférer différemment, c'est ça qui va légitimer le président de la République.
Vous pourriez un truc au gouvernement, vous ?
Sincèrement, je vois pas pour l'instant ce qui permet de le faire. Nous sommes dans l'opposition, une minorité parmi d'autres.
Non, la réponse est non.
Il n'y a pas d'union nationale parce que les circonstances ne le permettent pas. Et je termine par là. Si on est dans le confusionnisme, alors à nouveau le Front National prospère. Emmanuel Macron avait été élu en 2017 pour être le meilleur rempart face au Front National. Cinq ans après, Marine Le Pen fait un score plus important à la présidentielle et 90 députés. C'est donc l'échec dû en même temps, dû en marche.
C'est dit, merci Jérôme Guetsch avec votre passion. Merci d'avoir été ce matin sur LCI.
Jérôme Guedj