Interview du Président Emmanuel Macron sur Guyane la 1ère depuis Kourou.
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Bonjour et merci de m'accueillir sur vos antennes. D'abord, je vais avoir une pensée pour les 3 victimes. En tout cas, c'était le bilan ce matin. J'espère qu'il ne s'abordira pas. Je vais avoir une pensée pour eux, pour leur famille et la communauté haïtienne qui a été particulièrement touchée par cet incendie. Je remercie aussi de nos services d'incendie et de secours. Les sapeurs-pompiers sont intervenus en quelques minutes. Ils ont sans doute sauvé des dizaines d'autres vies. Je crois qu'à cet égard, il faut regarder le sujet. La Guyane fait partie des quelques territoires français qui sont aujourd'hui sous très forte pression migratoire.
Et donc, nous devons renforcer la réaction, la renforcer par une coopération accrue, celle qu'on mène depuis plusieurs années avec le Brésil. On a d'ailleurs demandé de renforcer les choses parce qu'il y avait des filières qui s'étaient installées venant par exemple de Syrie ou d'Afghanistan. On a obtenu un resserrement de ces filières. Il y a les filières qui viennent d'Haïti et on sait qu'on aura de la pression parce que le contexte géopolitique fait qu'il y aura beaucoup de réfugiés. Et puis, nous avons amorcé une coopération accrue avec le Suriname ces derniers mois.
Et donc, pour moi, la première réponse, c'est en effet de renforcer notre lutte contre l'immigration clandestine, de la durcir, de continuer à nous donner plus de moyens, ce qu'on a fait ces dernières années, et de renforcer la coopération avec les pays frontaliers. Côté de ça, on a une crise régionale qui est Haïti. La France y est engagée, aux côtés de la communauté internationale pour la régler parce qu'il faut prévenir ces mouvements. Et puis, pour les personnes qui sont là, dont on instruit les dossiers, eh bien, il nous faut, en effet, les prendre en charge dans les meilleures conditions possibles. Il n'y a pas de centre d'accueil pour les demandeurs d'asile ?
L'Etat le fait, elle prend sa part. Il y a aussi des situations très particulières. C'est ce qu'on a évoqué avec Mme la maire ce matin. C'est qu'il y a, en particulier à Cayenne, aujourd'hui, des situations où des biens sont en indivision, ne sont pas repris, et sont aujourd'hui occupés par des squats. L'endroit qui a brûlé était, je crois, un squat depuis plusieurs dizaines d'années. Et donc, ce que nous allons régler, en adaptant les règles, parce que là, c'est un contexte qui le justifie, c'est de permettre à la commune de récupérer ces espaces pour éviter que ce soit des squats.
Et lorsque l'indivision n'arrive pas à se régler, pouvoir les sécuriser, les viabiliser, et pouvoir, surtout, leur redonner des projets. Et à côté de ça, l'Etat, lui...
Les délais sont parfois assez longs, les délais d'instruction.
Bien sûr, parce qu'aujourd'hui, le droit tel qu'il est fait ne vous permet pas de déposséder une famille, même quand elle est en désaccord. Et donc, de fait, ça devient une situation, au fond, si je puis dire, de non-droit qui s'installe avec ces squats. Donc, on est en train de les réduire. Vous le savez, on a intensifié aussi les démolitions ces dernières années. Mais tout ça ne peut se faire que si, un, on s'en donne les moyens réglementaires, ce qu'on fait, ce qu'on va faire pour ces biens qui sont en indivision. Mais à côté de ça, si on continue à intensifier la création de logements. Parce que les personnes que vous sortez de ces squats, il faut pouvoir les loger.
Alors, certains sont à reconduire dans leur pays d'origine. Mais aussi, d'autres sont à loger. Et donc, il nous faut, même si on produit aujourd'hui du logement et les carnets sont pleins, il nous faut intensifier la production de logements. On va probablement en reparler avec une opération d'intérêt national qui, de l'avis de beaucoup d'élus, piétine. Alors, Emmanuel Macron, nous sommes à Kourou, la ville spatiale. Juste derrière vous, on peut apercevoir le canopé. Donc, ce paquebot, ce cargo à voile, une prouesse technologique pour transporter les éléments d'Ariane 6, le futur lanceur européen, l'avenir du spatial européen. L'avenir, c'est important.
Mais vous voyez, la Guyane, beaucoup d'habitants nous disent qu'ils ont l'impression d'être englués dans le passé, à l'époque du territoire de l'Unini, un territoire coupé en deux. Une commune sur trois est toujours inaccessible par la route à l'heure où nous parlons. Est-ce que, véritablement, vous comprenez l'urgence de désenclaver ce territoire ? Oui. Alors, permettez-moi de dire un mot sur le spatial, quand même, parce que vous l'avez dit, Canopé est une prouesse française, pensée en France, bâtie en Europe, et qui va permettre d'apporter ici toutes les pièces d'Ariane 6, et ce, pour les années à venir.
Et au moment où je vous parle, on est en train de réinventer l'avenir du centre spatial guyanais. Et je pense qu'on doit tous en avoir conscience, parce que c'est une immense fierté, et c'est aussi une source de création d'emplois directs et indirects pour des centaines, des milliers de Guyanais et de Guyanais. D'ici à fin juin, on aura le premier tir d'Ariane 6. C'est une aventure industrielle qui a commencé il y a 10 ans. C'est une nouvelle génération de lanceurs, ce qui nous placera au cœur de cette aventure technologique, et ce qui va permettre de nous donner, à nous, l'accès au ciel, à l'espace.
La deuxième chose, c'est que, je l'ai annoncé aujourd'hui, on se lance aussi dans les micros et mini lanceurs. C'est une prouesse technologique avec 4 start-up qui ont été sélectionnées dans France 2030, et qui vont mener leurs travaux aussi, en direct, avec le centre spatial guyanais, et permettre de créer de l'activité, et donc des retombées pour le territoire. Et donc, ce que je veux vous dire ici, c'est que nous investissons, nous avons réinvesti ces dernières années dans le spatial, qu'il a de l'avenir, qu'il a de l'avenir de manière décarbonée, comme le montre Canopé derrière moi.
Avec le CNES qui investit également pour les projets en Guyane, et justement, puisqu'on parle d'investissement pour la Guyane. Mais je vous invite à y revenir, justement, parce que les infrastructures, c'est important, et très concrètement, il y a une exaspération qui est bien légitime, vous serez d'accord ? Alors, il y a une exaspération que je comprends, que je vois, que je mesure. Et c'est pour ça aussi qu'il faut dépasser tous les débats de compétences. Si je m'arrêtais au débat de compétences, je vous dirais que c'est la collectivité qui a la compétence sur les routes.
Mais je considère que l'État a une responsabilité et qu'au fond, ce qui doit nous porter collectivement, c'est la capacité à avoir un projet pour la Guyane. Et on voit bien que là où on a une partie importante de la population qui est présente, c'est-à-dire à l'ouest du territoire, la possibilité pour descendre à Maré-Pas-Soulin n'est toujours pas au rendez-vous. Ils attendent la route du fleuve. C'était un engagement, pas un cadeau de Noël, mais bien un engagement de votre part, votre parole, lors de la présidentielle 2022 ?
C'est pour ça que j'ai dit que l'engagement que j'avais pris, Papa Ishton, Marie-Pas-Soulin, sur lequel 9 millions sont déjà engagés, serait complété, et que ça, sur la fin de mon mandat, je veux qu'on finalise cette route avec des crédits qui sont budgétés et que nous allons compléter. Et donc, ce seront au total 30 millions d'euros qui vont être mis sur ce tronçon. Ensuite, il y a un tronçon au milieu qui, aujourd'hui, n'a jamais fait l'objet de projet, dont tout le monde dit que ce serait irénique, etc. Moi, je pense qu'il faut le tenter. Et il faut regarder, parce que j'entends ce qui est dit, ce qui m'est dit à chaque fois que je pose la question.
En effet, la possibilité de se déplacer sur le territoire, c'est la possibilité d'aller descendre jusqu'à Marie-Pas-Soulin et donc de faire ce lien qui serait inexistant, même si on allait au bout de ses travaux jusqu'à Papa-Ijton. Il y a 150 kilomètres qui sont à tracer. Et donc, ce que j'ai demandé, c'est que, dans les deux mois qui viennent, le génie militaire nous fasse une étude et nous propose la possibilité de tracer au moins une piste améliorée. Ce qui nous permettrait, là aussi, en bousculant un peu les codes, en bousculant les normes, en sachant réfléchir différemment, de faire dans un délai qui est espérable avec les choses qu'on a su faire par le passé.
Parce que les routes historiques du territoire, elles ont été tracées comme cela. Eh bien, de regarder comment dessiner cet axe qui pourra aller de Saint-Laurent-du-Maroni jusqu'à Marie-Pasoula.
Monsieur le Président, il y a les routes, mais il y a aussi les fleuves. Le collectif Apache l'a dénoncé. L'enclavement tue en Guyane. Le dramatique accident du 23 décembre dernier sur le Maroni. Quatre sœurs sont mortes noyées. Nous le rappellent. Il y a des enjeux de sécurité, mais aussi d'accès aux soins, d'accès aux droits sur certaines parties du territoire. À quand un réel sursaut de la puissance publique ?
Écoutez, le sursaut, c'est d'abord, moi je le considère à l'Ouest, le travail sur la route qui est un moyen de substitut. Deux, c'est de sécuriser les moyens. Trois, vous l'avez dit, pour moi, on a un objectif sur lequel on va continuer d'améliorer la chose et là aussi, je me demandais qu'on y rajoute des moyens, c'est la question de la santé. J'avais pris des engagements il y a cinq ans, six ans, sur l'école. Ils ont été tenus. Et hier soir, le maire de Marie-Pasoula était à nos côtés qui rappelait que ce sur quoi je m'étais engagé est devenu une réalité. Maintenant, je veux qu'on regarde toutes les zones où on a cette vulnérabilité sur le sanitaire. Vous avez raison de l'évoquer.
Avec une plainte déposée en janvier par un collectif d'association pour carence fautive de la part de l'État en raison de la dégradation de l'environnement, mais également...
On est sur un bassin de vie de 30 000 habitants, notamment sur la vallée du Maroni. Et la responsabilité aussi de l'État, c'est l'égalité entre tous les citoyens. À la même échelle, dans l'Hexagone, aucun bassin de vie de la même ampleur est dans cette situation.
Oui. Alors après, vous savez, moi, j'entends tous les débats qu'on a, que j'ai eus ces deux derniers jours avec tous les élus, avec la population que j'ai avec vous. Moi, je suis frappé d'un débat public qui a le mot autonomie à la bouche dès qu'il s'agit de parler du moins de problèmes. Mais dès que le problème est sérieux, on se tourne vers l'État de la puissance publique qui dit au fond qu'on est un territoire très différent des autres mais qui, à la seconde, on reconnaît sa différence, dit je veux la même chose qu'en Mayenne ou en Gironde. On a des réalités géographiques du territoire. Elles ne sont pas neuves, elles sont aussi anciennes que la Guyane.
Et je vais le dire, sans l'État français, sans la République, les conditions, il suffit de passer chaque fleuve, chaque côté. Vous savez, ce n'est pas un hasard si vous avez tant de surinés et de brésiliens qui viennent accoucher sur nos terres. C'est parce que le service qu'il apporte la République est d'une qualité incomparable avec le reste de la région. Et je voudrais que les Guyanaises et les Guyanais en aient pleinement conscience. Maintenant, il nous faut toujours améliorer. Et donc améliorer, c'est d'avoir aussi des postes avancés, de continuer à lutter contre les zones, et ça, c'est vrai partout du territoire français, où nous manquons de médecins.
Et donc c'est de pouvoir en former davantage, en reconnaître davantage et aider à l'implantation. Mais c'est surtout de sécuriser, c'est le lien entre l'accès et la santé, c'est de sécuriser l'accès au centre d'excellence. Et donc là, c'est de pouvoir en effet libérer sur les urgences certaines voies d'accès et en particulier nos moyens aériens. Aujourd'hui, quand je regarde comment on fait face aux urgences, ce sont les hélicoptères de la sécurité civile et parfois les hélicoptères militaires. Et donc on a complété ces dernières années ces éléments. On va les compléter encore par des moyens supplémentaires qui sont prévus dans la loi de programmation militaire.
Et je regardais les rotations que font nos armées et nos hélicoptères et je veux ici les en remercier. Beaucoup est fait pour des opérations militaires, pour leur tâche première, pour évacuer certains militaires qui sont parfois en mission et qui font l'objet d'évacuations sanitaires. Mais il y a aussi au secours des populations. Mais ça reste un coût important d'où effectivement la question du désenclavement et de la dotation de l'hôpital de proximité de Marie-Pasula. C'est lié, vous avez raison, mais de toute façon nous aurons toujours un surcoût, il faut être lucide. Parce que la nature même du territoire induit ce surcoût.
Et ça a un impact aussi sur la vie chère des populations sur place.
Alors parmi les... On peut revenir sur ce sujet si vous le souhaitez. Très bien. Il y avait tout de même... La vie chère, c'est l'alimentation,
c'est la vie économique et... 50 euros, une bouteille de gaz sur le fleuve Maroni.
8 euros, une bouteille d'huile. Pour les raisons qu'on évoquait alors... C'est le quotidien des habitants sur les communes isolées.
Ça c'est lié à quoi ? C'est lié au fait qu'aujourd'hui, quand la maire de Saint-Laurent du Maroni d'ailleurs me le disait hier encore avec beaucoup d'indignation, elle fait un investissement pour les habitants du fleuve, en solidarité aux communes et aux habitants. Et le prix de la bouteille d'eau est celui que vous évoquez. On a des petites bouteilles d'eau, j'ai vu en effet des images, 6 euros. Mais pourquoi ?
Parce qu'il y a un monopole de transport, il y a des conditions de transport qui sont très limitées et qui font que l'acheminement, la logistique est si coûteuse ou en tout cas, il y a aussi un système de rente qui se met en place, il faut bien le dire, que l'arrivée aux populations finales crée ce surcoût.
C'est pourquoi, je crois très profondément, qu'il nous faut mobiliser d'abord des systèmes et des rotations beaucoup plus nombreuses et sécurisées sur le fleuve, mais aussi cette voie routière que j'évoque depuis tout à l'heure, sur laquelle nous allons d'une part tenir les engagements qui ont été pris, Papa Ishton, Marie Passoula, mais ouvrir, et je le souhaite, une voie inédite qui est celle de la descente jusqu'à Papa Ishton. Papa Ishton, on va ouvrir, j'ai demandé au génie militaire de le travailler. Et on sera là pour vérifier ses engagements. Et on sera là déjà pour avoir le retour du génie militaire et avancer tous ensemble.
Un autre sujet important qui préoccupe la population, c'est bien entendu l'insécurité avec des bilans qui sont assez éloquents.
Alors, M. le Président, 2017, les Guyanais ont marché en partie pour ces questions d'insécurité. L'année 2023 a été l'année de tous les records, 59 homicides ici sur ce territoire, en 2023, dans 250 tentatives de meurtre. Des chiffres qui sont accablants, évidemment. Alors, comment faire pour qu'il n'y ait plus de morts de trop ?
Il y aura d'abord... Chaque mort est un mort de trop sur quelque territoire de la République que ce soit. Les engagements de 2017 ont tous été tenus. On est passé de 1 500 forces de sécurité à 1 800 plus 300. C'est l'engagement que j'avais pris. Il a été tenu. En plus de ça, on a créé une antenne de l'OFAST qui lutte contre le trafic de stupéfiants. Une antenne du RAID a été créée en plus du GIGN qui existait. Et 4 brigades de gendarmerie seront déployées. Il y a déjà une brigade fluviale qui est en cours d'installation et la brigade de Saint-Laurent du Marroni. Et on aura 2 autres brigades qui seront déployées sur le territoire. Malgré ces efforts,
c'est de constater
que ça ne marche pas, M. le Président. Oui, mais moi, je ne suis pas simplement là pour constater. Je suis là aussi pour vous dire qu'on y met les moyens.
Peut-être qu'il y a d'autres volets, notamment économiques et sociaux, qui pourraient apporter une réponse. Qu'avez-vous en tête ? À vos deux, nous,
c'est trop similin pour moi. Très concrètement, on a un phénomène de délicance juvénile qui est important. Et quand on écoute les acteurs, ils le disent, ils ont besoin de davantage de soutien, de nouvelles structures pour notamment permettre d'avoir des chaînes d'insertion qui soient maintenues. Il y a un vrai travail à faire sur la prévention. Je suggère qu'on essaie de séparer ces sujets des raisons. Parce que la répression ne peut pas se faire, en tout cas sur la violence juvénile. Non, mais les chiffres que vous citiez dans votre première question ne sont pas que la violence juvénile, c'est une augmentation de la violence et de son intensité.
En tout cas, en Guyane, elle est principalement juvénile. Elle l'est aussi. C'est tout à fait vrai. Donc je voudrais, avec méthode et par transparence pour nos compatriotes, vous répondre. Un, vous parliez de 2017, les moyens sur lesquels je m'étais engagé, ils ont été déployés avec des résultats. Deux, il y a une criminalité qui ressemble d'ailleurs au reste de la criminalité de la région. C'est-à-dire, c'est une criminalité sud-américaine liée aussi au narcotrafic. C'est une réalité de la géographie de la Guyane. Et ça, on ne peut pas faire fi de ce point.
C'est pourquoi ce qu'on a décidé, et ça, tout particulièrement ces derniers mois, c'est d'intensifier la lutte contre les narcotrafiques. Pourquoi ? Parce qu'elle nourrit cette criminalité et en particulier la plus violente. C'est l'opération 100% contrôle, je l'ai constaté hier à l'aéroport, avec un travail inédit de nos gendarmes, de nos noignés, de nos policiers et de nos magistrats et personnels judiciaires pour identifier, cibler les personnes qui sont des relais de ces narcotrafiquants régionaux pour casser ces filières et on a réduit drastiquement Beaucoup d'efforts au niveau de l'aéroport mais on le sait, l'essentiel de la drogue ne passe pas par là, M. le Président.
Alors, l'essentiel de la drogue passait par là parce qu'on avait... Il passe par la mer. On en avait 100 par jour. Pardon, mais l'essentiel passait par là. Donc on la tariffe ce feu. On est très loin de la demi-tonne saisie il y a quelques années au port en 2020. Ce que je veux dire, c'est qu'on contrôle les ports, ce qui est beaucoup plus simple au départ et à l'arrivée, ce qu'on fait aussi, et qui continue de nourrir parce que tout n'est pas terminé. La délinquance, un peu partout, c'était celui des mules et c'était aussi celui de l'aéroport. Il y avait une solution
notamment du scanner corporel qui a été proposé depuis très longtemps à l'issue des assises de la sécurité en 2022. Les ministres qui se sont déplacés sur place, notamment Gérald Darmanin et Gabriel Attal pour, à l'époque, les douanes, avaient annoncé que des négociations étaient en cours notamment pour ce scanner corporel mais aussi pour des scanners bagages et des conteneurs pour les ports. Qu'en est-il depuis deux ans maintenant ?
Non, sur les ports, on continue de déployer et on sera au rendez-vous de nos objectifs et au départ et à l'arrivée. On a mis maintenant dispositifs de contrôle qui permettent de lutter contre ces filières. Notre problème était à l'aéroport et là, on a mis un système innovant qui mobilise des forces sur la base des effectifs existants et qui produit des résultats.
Il n'est pas intra-corporel.
Non, mais il produit des résultats parce qu'il cible et il permet de passer au scanner ensuite les gens qui sont identifiés. Et je vous invite à voir à la fois les saisines et surtout le fait qu'on a effondré les contrôles qui se font à l'arrivée et donc le trafic. Vous l'avez dit ? Donc ça, c'est le deuxième volet. Ensuite, on a évidemment, il reviendra peut-être la lutte contre l'orpaillage illégal qui est clé sur laquelle on a intensifié avec des vrais résultats et on va continuer d'intensifier les choses et elle nourrit aussi de la délinquance.
Sur tout ça, fort du constat que vous faites, parce que je veux finir sur le volet répressif pour aller sur le volet préventif, vous avez raison sur ce point aussi, mais ce volet répressif, on doit totalement l'adapter aujourd'hui à la transformation de la délinquance. Et donc, au-delà des bons résultats que nous avons, des moyens supplémentaires qu'on a mis en place, j'ai demandé deux choses dans les trois mois qui viennent. La première, c'est qu'on me propose une nouvelle stratégie Harpy.
En 2017, j'avais lancé la deuxième génération Harpy qui a produit des résultats et on l'a vu avec la baisse des tonnes d'or produites de manière clandestine évaluées par la gendarmerie qui a été divisée par deux en deux ans. Et donc, là-dessus, je veux simplement qu'on consolide sur ces bons résultats, qu'on déploie des nouveaux moyens. On a déjà prévu d'en déployer. On va déployer des caracales qui vont être absolument essentielles en 2025. On va déployer aussi des drones, mais je veux qu'on améliore notre réponse en termes de procédure pénale, en termes de moyens dans la lutte contre l'orpaillage illégal.
Et à côté de ça, d'ici à deux mois, j'ai demandé qu'on me propose une nouvelle stratégie de lutte contre la criminalité parce qu'elle doit s'adapter aux nouvelles filières transfrontalières et on doit, dans certains points, très clairement renforcer les moyens et changer aussi certaines de nos méthodes.
Monsieur le Président, avant de revenir sur l'orpaillage illégal, vous avez évoqué la criminalité organisée sud-américaine. Elle s'est implantée chez nous. Le procureur général évoque presque une centaine de sicariots présents sur le territoire. Ne faudrait-il pas changer de méthode de négociation avec nos voisins brésiliens, surinamais, voire du Guyana ?
C'est une des raisons, d'abord, du dialogue réenclenché avec les voisins du Suriname et du Guyana que j'ai vu il y a quelques mois à Bruxelles sur ce volet et qui nous a permis d'ailleurs de réamorcer des patrouilles communes et de la coopération judiciaire qui, comme vous le savez, avaient quasiment disparu ces dernières années. Et c'est l'un des objets du voyage que j'effectue au Brésil dès cet après-midi. C'est précisément de pouvoir lutter ensemble contre ces filières de criminalité organisées qui sont liées ou à la drogue ou à leur paillage. Et donc, oui, la réponse passe aussi par de la coopération transfrontalière.
C'est d'ailleurs ce qui nous a conduits pour la lutte contre les narcotrafiques à positionner une antenne de l'OFAST. L'OFAST, nous l'avons créée en 2018. C'est ce qui permet quand on lutte contre justement le trafic de drogue de remonter les filières et pas de s'arrêter si je puis dire aux symptômes mais d'aller chercher les commanditaires. Il y a une antenne de l'OFAST ici qui travaille justement sur toute la sous-région et qui sera le point d'accès de cette coopération opérationnelle avec les Brésiliens et les Surinaires. Alors, il nous faut avancer. Nous avons plusieurs, évidemment, sujets, vous vous en doutez, à voir avec vous. L'évolution institutionnelle...
Je voudrais revenir sur la question très importante que vous avez évoquée de prévention parce que je la partage. En deux mots, M. le Président, oui. Mais je voudrais le faire en prenant deux pas de recul par rapport à notre discussion. Oui, il y a une délinquance juvénile, vous avez tout à fait raison, et elle suppose, et ça, c'est vrai partout dans la République, on voit une délinquance, et il ne faut pas ici stigmatiser la Guyane, on a de plus en plus de nos jeunes, partout on a des difficultés, qui de plus en plus tôt tombent dans la délinquance. La Guyane, elle a une caractéristique extraordinaire. C'est sa démographie.
Et on le regarde trop peu souvent, en tout cas, il faut aussi le regarder comme une chance. Nous sommes sur un territoire qui a des potentiels de développement absolument extraordinaires, et où en effet, 40% de la population a moins de 25 ans. C'est une chance. Et où près de 1 jeune sur 2 est mal formé. Et donc, c'est pour ça que, moi, je suis surpris que dans le débat public, on en parle beaucoup trop peu. Mais au-delà de ça, on a beaucoup de ces jeunes qui sont dans des familles monoparentales. Et nous le savons, c'est vrai, en Guyane, mais c'est aussi vrai à Paris, Laval ou Lyon.
Les enfants qui sont dans ces situations-là de familles qui sont parfois éclatées ou souvent, plus de 90% de mamans solos qui ont à les élever, c'est ceux qui ont les plus grandes difficultés. Et donc, ce que je veux qu'on fasse, c'est qu'on réinvestisse dans l'école. J'avais une maman qui me disait tout à l'heure, belle fée, l'école, mon fils a 8 ans, il a déjà, ils sont presque 35. Donc, on doit absolument réinvestir. C'est complètement absent du départ public. Le gouvernement va soutenir la proposition de loi qui est en cours de rédaction. Il n'y a pas besoin de proposition de loi pour faire ça. Il y a remettre des moyens, c'est-à-dire former ce qu'on est en train de faire.
Pour un statut, pour les familles monoparentales, je veux dire, une proposition de loi. Sur les familles monoparentales, c'est un sujet, il ne faut pas créer un statut, il faut créer des aides. Vous savez, dans mon premier quinquennat, je suis déjà celui qui a fait passer la garantie de paiement des pensions alimentaires pour les mamans solo. Premier point, en donnant une garantie par la CAF. Deuxième point, on a recréé des soutiens qui sont monétaires mais aussi d'accompagnement. On a créé pour les 1000 premiers jours un accompagnement supplémentaire.
Mais toute cette politique d'accompagnement de ce qu'on appelle la parentalité, de la petite enfance et de l'enfance, c'est un des combats de la République essentiels mais partout. Et il est encore plus vrai ici. Donc on va réinvestir dans l'école, on va réinvestir dans la formation des maîtres et on va réinvestir évidemment dans l'accompagnement des familles. Et c'est déjà l'accompagnement, si je puis dire, affectif, d'accès au savoir et puis après, pour des jeunes qui commencent à mal se comporter, c'est la possibilité de durcir un peu, de les mettre dans des internats, de renforcer l'encadrement.
Cette réponse est essentielle et d'ailleurs, c'est aussi une des réponses mais ça arrive un peu plus tard dans la vie de l'adolescent qu'on apporte avec le SMA et qui a montré dans nos Outre-mer aussi sa force, sa vitalité qu'on a continué de renforcer ces dernières années. Vous étiez attendu évidemment pour ce déplacement sur la question de l'évolution institutionnelle. Très concrètement, comment en est-on arrivé d'un accord de méthode en octobre 2022 entre vos ministres, Gérald Darmanin, Jean-François Carinco, respectivement intérieur et Outre-mer et le président de la collectivité territoriale de Guyane, Gabriel Serville et puis finalement, on fait du surplace.
Est-ce que le gouvernement fait la sourde oreille ? Pas du tout. Moi, je l'ai dit et je l'ai redit hier soir, il n'y a pas de tabou. Et d'ailleurs, on va avancer à marche forcée. Vous savez, moi, je suis pragmatique. À marche forcée, ça veut dire quoi, M. le Président ? Ça veut dire, en très peu de temps, je vais vous donner le calendrier. Mais moi, je suis pragmatique. Les débats... Est-ce que vous pensez qu'un débat institutionnel règle la vie des gens ? Règle un seul des sujets qu'on a évoqués depuis tout à l'heure. Et ceci est aussi vrai... Avec ça au chef d'entreprise. Ceci est aussi vrai que je n'ai pas vu un seul chef d'entreprise qui m'a demandé un débat institutionnel. Pas un seul.
Une évolution du cadre. Ils sont plutôt contents d'avoir eu l'État français en période Covid. Et ils ont regardé ce qui était fait hors du Covid. Mais moi, je suis aussi pour l'assoupissement. Vous avez raison. Mais ça, c'est de l'adaptation. C'est de l'adaptation. J'y suis pour... Mais je veux juste... Pragmatisme. Depuis tout à l'heure, vous me parlez du sujet, vous demandez plus d'État. Vous demandez plus d'État pour la sécurité, plus d'État pour la santé. Maintenant, vous me dites, la merde des batailles, c'est l'autonomie. On n'est pas logique. Bon. Maintenant...
Une fois que j'ai dit ça,
j'ai dit, une évolution institutionnelle, elle doit être au service d'un projet. Quel est le projet ? On doit développer notre territoire guyanais qu'on aime et qui a des potentialités extraordinaires. Et vous avez l'unanimité des élus qui sont d'accord pour ça ? Totalement.
Pour aller vers une évolution. Exactement. On a l'impression que vous n'avez pas le même rythme. Vous parlez de calendrier.
Alors, si vous cherchez quelqu'un qui aime aller vite, vous avez trouvé votre homme. Et donc, ce que j'ai dit hier soir, c'est très bien. Vous avez fait un rapport de 50 pages. Il y a des constats, des objectifs. Je les partage assez largement. Moi, je suis le premier à m'énerver quand je vois qu'on met des années pour pouvoir régler le problème de nos pêcheurs. Il a fallu que moi-même, j'allais parler il y a quelques jours à la présidente de la commission pour obtenir justement qu'on bouge sur les bateaux. Maintenant, on a obtenu. Bonne nouvelle. Je l'ai annoncé hier. Le ministre l'a relayé. On va, d'ici à septembre, ouvrir tous les guichés. 25 bateaux seront rouverts.
On va pouvoir revitaliser notre pêche. Ça veut dire qu'on peut bouger les choses. Maintenant, notre cadre sur l'agriculture, sur la pêche, sur le logement, sur l'urbanisme, il n'est pas adapté parce qu'il empile des règles européennes et des règles nationales trop uniformes. Donc, il faut l'adapter. C'est ce que j'ai dit hier aux élus. Je suis totalement d'accord. Il faut pouvoir aller plus vite. Il faut pouvoir faire plus simple. Et donc, sur tout ce qui est développement économique et des filières... Que proposez-vous ? Et donc, ça, c'est un projet qu'on doit tous discuter ensemble. Premier point, je l'ai fait remarquer, la Guyane, elle est dans un cadre constitutionnel, déjà.
Je ne veux pas être trop technique pour compatriotes qui nous écoutent, mais dans la Constitution, il y a un article qui s'appelle l'article 73 qui définit le cadre pour plusieurs de nos territoires d'outre-mer, dont la Guyane. Il donne la possibilité, quand les élus le demandent, d'adapter la règle nationale. Ça fait 20 ans que ce cadre existe. Combien de fois la Guyane, les élus, l'ont demandé ? Zéro fois. Zéro. Je dis avant de lancer des débats, de réécrire la Constitution. Soyons pragmatiques, dans les deux mois qui viennent, j'ai donné deux mois, faisons la liste de tout ce qu'on peut adapter sans changer la Constitution pour avoir des règles. La Constitution nous le permet.
Et donc, permettre à la collectivité et ou au préfet d'adapter les choses. Et donc, moi, je suis pour de l'adaptation des règles, plus de souplesse donnée à vos élus et plus de déconcentration pour que le préfet puisse faire les choses adaptées au terrain. Puis, j'ai dit ensuite, on se donne 4 mois. Vous voyez, 2 mois pour adapter dans le cadre constitutionnel. 4 mois, on regarde ensemble sur quoi les règles existantes dans la Constitution permettent pas de répondre au projet qu'on porte. Et à ce moment-là, s'il y a un projet qui suppose une réforme de la Constitution, moi, j'y suis tout à fait prêt.
J'ai dit simplement, il faut qu'il soit pensé qu'on suit ensemble et ensuite, il faut qu'il donne lieu à un débat en Guyane et que l'ensemble des forces politiques, la population, s'y retrouve et qu'elle le porte. Si c'est porté par les Guyanaises et les Guyanais, si on considère que ça répond à ce dont on a besoin, je serai à vos côtés pour le présenter au Congrès.
Mais le souhait des élus ici en Guyane, c'est l'autonomie. L'article 73 n'est pas le cadre. Et on a l'impression, vous l'avez dit, à plusieurs reprises devant les Corses, devant les élus d'outre-mer, il n'y a pas de tabou sur cette question. Et durant les différents passages notamment de vos ministres ou notamment Gérald Darmanin des sorties médiatiques où ils disent l'évolution statutaire n'intéresse pas la population, ça n'intéresse que les élus. Votre position par rapport à ça ?
La position, elle est simple. Je fais ce que je dis. Vous parlez de la Corse. J'ai dit à mes choses. La Corse, c'est une situation très différente de la Guyane. Elle est dans l'article 72. La Corse, elle n'a pas de capacité d'adapter. Elle a une loi organique qui lui permet d'adapter des choses. Elle a demandé une quarantaine de fois depuis les années 90 que cette loi organique existe et elle n'a eu que des refus. Donc là, j'ai fait le constat. J'ai dit, vous avez essayé plein de fois, ça ne marche pas. On adapte. Ici, je dis déjà, il y a un cadre qui existe qui permet une adaptation. Vous ne l'utilisez pas. Donc faisons-le ensemble.
Moi, je dis, je n'ai pas de tabou, je suis au service des Guyanaises et des Guyanais. Je veux qu'on règle le problème de l'école. Je veux qu'on règle le problème de la vie chère en produisant davantage l'alimentation ici. Je veux qu'on règle le problème de la vie chère en ayant moins de monopole et d'oligopole. Je veux qu'on développe la mine qui soit justement raisonnable, durable, légale sur le territoire parce que ça fait partie de l'identité de la Guyane et qu'il faut qu'on crée de l'emploi ce faisant. Je veux qu'on développe la pêche. Je veux qu'on crée plus de logements. Je veux qu'on règle les problèmes sociaux. C'est ça, ce qui m'intéresse.
Et donc, à chaque fois que la règle nationale n'est pas adaptée, on doit la bouger et on doit donner la possibilité aux élus, aux préfets de faire mieux au service de la population. Merci, M. le Président, de nous avoir accordé cet entretien. Merci à vous, en tout cas. Merci. J'étais heureux une nouvelle fois d'être à vos côtés pendant ces deux jours. Et vous l'avez compris, il y a des choses d'ici à deux, trois mois qui vont changer sur la réponse contre leur paillage illégal, nouvelle stratégie, contre l'insécurité, nouvelle stratégie. L'engagement est pris et tenu ferme sur la route. On aura d'ici deux mois la réponse du génie sur la piste. entre Apatou et Papa Echton.
Et puis, nous aurons aussi d'ici deux mois la première réponse institutionnelle dans le cadre de la Constitution. D'ici quatre mois, les propositions pour changer. On passe du surplace au sprint. On sera là pour suivre, il n'y a pas de problème. Moi, je n'ai jamais fait de surplace. Donc, c'est super. On va tous avancer au même rythme. Merci. Merci beaucoup. Merci. Merci à vous.
Emmanuel Macron