Budget 2026 : "Je crois que le vote des deux assemblées est possible, c'est le scénario que je souhaite", estime Pierre Moscovici
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 5 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:27OuverteRéponse directe
Nous sommes une grande démocratie, une république, et une démocratie parlementaire. Il revient aux assemblées d'adopter à la fin d'une discussion de 70 jours, c'est-à-dire juste avant Noël, le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
- 2:41OuverteRéponse directe
Pierre Voscovici, on sait depuis hier qu'on sera plus proche des 5% de déficit que des 4,7%. Est-ce que cela vous inquiète ?
- 2:51OuverteRéponse directe
Ce n'est pas une question d'intuition. Je pense que c'est un débat extrêmement compliqué qui n'est pas forcément très lisible pour les Français d'ailleurs.
- 3:43RelanceRéponse directe
Pierre Voscovici, on sait depuis hier qu'on sera plus proche des 5% de déficit que des 4,7%. Est-ce que cela vous inquiète ?
- 5:16OuverteRéponse directe
Ça, c'est le constat. Ça, c'est le budget dont vous rêvez ?
- 6:26OuverteRéponse directe
Pierre Moscovici pour faire un bon budget. C'est ce bon budget que vous appelez de vos voeux. Est-ce qu'il faut augmenter les impôts ou faut-il réduire les dépenses ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:13Invité politiqueFait
« personne ne sait où va la discussion budgétaire »
- 0:43PrésentateurFait
« Les deux budgets qui sont soumis à leur approbation. »
- 4:39PrésentateurChiffre
« Nous avons la dette publique maintenant la troisième de la zone euro au pourcentage du PIB et elle ne cesse d'augmenter. »
- 4:50PrésentateurChiffre
« Nous aurons 118% de dette publique dans le PIB l'an prochain. »
- 4:53PrésentateurFait
« Nous sommes les troisièmes derrière la Grèce et l'Italie. »
- 4:57PrésentateurChiffre
« près de 3500 milliards d'euros. »
- 4:59PrésentateurChiffre
« 310 milliards d'euros. »
- 5:06PrésentateurChiffre
« Nos taux d'intérêt sont avec l'Italie, alors qu'on avait 80 points de base, 80 points de base, de moins qu'eux, au moment de la dissolution, les plus élevés de la zone euro. »
- 5:41PrésentateurPromesse
« Il faut, de mon point de vue, et c'est impératif, que le déficit public final, quelle que soit la procédure, soit inférieur. »
- 5:52PrésentateurChiffre
« Inférieur à 5%, inférieur à 5%, je vais traduire, c'est 4,9, max, max, max. »
- 7:56PrésentateurFait
« Notre dépense publique est la plus élevée de la zone euro et de très loin, même la plus élevée de l'Union Européenne. »
- 8:00PrésentateurChiffre
« 57% de dépenses publiques dans le PIB. »
- 8:03PrésentateurChiffre
« Avant la crise Covid, c'était 53,5%. »
- 11:54PrésentateurChiffre
« on publiait 35 rapports. »
- 11:57Invité politiqueFait
« 35 sur 180 environ ? »
Temps de parole
- Présentateur81 %
- Pierre Moscovici19 %
≈ 3,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Pierre Moscovici, bonjour. Bonjour David Bicaire. Merci d'avoir répondu à l'invitation de Radio Classique. Si nous faisons, vous et moi, un micro-trottoir ce matin, personne ne sait où va la discussion budgétaire et on a besoin du prof que vous avez été il y a quelques années et de l'ancien ministre des Finances pour nous expliquer quels sont les possibles scénarios pour l'aboption de ce budget. Où va-t-on ?
Commençons par le plus simple, le plus normal et le meilleur. Nous sommes une grande démocratie, une république, et une démocratie parlementaire. Il revient aux assemblées d'adopter à la fin d'une discussion de 70 jours, c'est-à-dire juste avant Noël, le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Les deux budgets qui sont soumis à leur approbation. Et je le souhaite parce que ce sera un signe de bonne santé démocratique et parce que c'est ainsi que ça doit se passer dans une démocratie mature comme la France.
Alors il y a d'autres scénarios possibles au cas où ça n'arrivera pas, mais je le redis franchement, celui que je souhaite et celui que je crois possible d'ailleurs, c'est bien le vote des deux assemblées. Si ça n'arrive pas, il y a trois autres possibilités que je prends dans le désordre. Il y a la première, c'est le gouvernement reprend la main. C'est-à-dire que le Parlement n'y est pas arrivé, donc le gouvernement légifère par ce qu'on appelle les ordonnances. C'est-à-dire qu'il demande une habilitation tout de même pour ces ordonnances et puis ça passe le budget. Mais on revient de facto au budget initial, un peu modifié, mais quand même c'est la même structure.
Là, juridiquement, c'est quand même moyen parce qu'on s'assied un peu sur la discussion parlementaire et surtout politiquement, c'est dangereux parce qu'à ce moment-là, il peut y avoir une motion de censure immédiate et on se retrouve devant le vide. J'ai l'impression que ce n'est pas une solution à laquelle le Premier ministre souhaite recourir. Je pense qu'il n'a pas tort. Il y a encore deux autres solutions. Il y a ce qu'on appelle la loi spéciale. C'est-à-dire qu'on n'arrive pas à voter dans l'État le budget.
À ce moment-là, le Parlement donne au gouvernement l'autorisation par une loi spéciale de prélever les impôts et donc on reste sur les crédits, les dépenses de l'année précédente et on continue la discussion jusqu'à l'adoption d'un budget. C'est ce qui s'est passé en 2025 puisque vous vous souvenez que Michel Barnier a été censuré sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale et donc, à ce moment-là, il y a eu un nouveau gouvernement et on a adopté le budget en février-mars. Bon, ça, ce n'est pas terrible non plus parce qu'on se dit au fond pourquoi poursuivre la discussion alors qu'on est en plein dedans. Mieux vaut quand même la conclure.
Et ça, je crois qu'il faut que le gouvernement et le Parlement fassent ce qu'il faut pour que ce soit possible. Enfin, il y a une autre solution qui est, ben voilà, on constate que ça ne marche pas et donc on revient à la politique.
Alors justement, quelle est votre intuition ? Parce que vous avez fait de la politique, vous n'en faites plus, vous êtes premier président de la Cour des comptes mais vous avez l'intuition que le débat parlementaire et que les assemblées vont se mettre d'accord ?
Ce n'est pas une question d'intuition. Je pense que c'est un débat extrêmement compliqué qui n'est pas forcément très lisible pour les Français d'ailleurs. C'est pour ça que vous êtes là. Qui voient une forme de désordre. Je redis que c'est souhaitable. Je crois que c'est possible. Et d'ailleurs, le fait que le premier obstacle, ce n'est que le premier, Guillaume Tabard avait raison de dire qu'après, on entre maintenant dans quelque chose de plus compliqué parce qu'on va avoir le projet de loi de financement de la sécurité sociale qui sera en débat devant une assemblée, le projet de loi de finance devant une autre, ça va se chevaucher.
Il y aura ce qu'on appelle une commission mixte paritaire. C'est-à-dire un groupe de sénateurs et de députés qui se rassembleront pour tenter de trouver un accord. Et puis, si ça ne marche pas, le dernier mot revient à l'Assemblée nationale qui est quand même la première chambre. C'est possible. C'est souhaitable et c'est possible. Je ne fais pas de pronostics. Je le souhaite. Je l'espère. Et comme disait Léon Blum, je le crois parce que je l'espère.
Pierre Voscovici, on sait depuis hier qu'on sera plus proche des 5% de déficit que des 4,7%. Est-ce que cela vous inquiète ?
C'est ça le vrai sujet, en réalité. Parce qu'adopter un budget, c'est bien. Le faire adopter par l'Assemblée, c'est mieux. Mais il faut que ce soit un bon budget. Je ne suis pas de ceux qui disent pas de budget ou un mauvais budget. Non. Il faut qu'on ait un bon budget. Et un bon budget, c'est un budget qui d'abord permet à la nation de mener les politiques publiques que les Français attendent, de préparer l'avenir. Préparer l'avenir, c'est les dépenses publiques dans la transition écologique, dans la transition numérique. C'est nous muscler sur notre appareil de défense dans un monde qui est dangereux. Et ça, on a besoin de financer nos investissements.
Et c'est pour ça que ça, c'est un bon budget. C'est le budget qui prépare l'avenir et qui permet au service public de fonctionner. Ça, c'est le budget de vos rêves ? Non. Parce qu'il y a un deuxième paramètre, c'est que nous sommes dans une situation de finances publiques que je considère et que la Cour des comptes considère comme extrêmement préoccupante. Nous avons la dette publique maintenant la troisième de la zone euro au pourcentage du PIB et elle ne cesse d'augmenter. Nous sommes les seuls dont la dette publique augmente. Bon, l'Allemagne va s'y mettre un peu, mais enfin, ils partent de beaucoup plus bas. Nous aurons 118% de dette publique dans le PIB l'an prochain.
Nous sommes les troisièmes derrière la Grèce et l'Italie. C'est la plus importante dette publique en masse, près de 3500 milliards d'euros. Nous sommes les premiers emprunteurs sur les marchés, 310 milliards d'euros. Et surtout, c'est une dette, plutôt un emprunt, que nous payons de plus en plus chers. Nos taux d'intérêt sont avec l'Italie, alors qu'on avait 80 points de base, 80 points de base, de moins qu'eux, au moment de la dissolution, les plus élevés de la zone euro. Et ça, ça signifie une perte de confiance.
Ça, c'est le constat. Ça, c'est le budget dont vous rêvez. Non, non, non.
Je veux rappeler ce message quand même, parce que là, vous me demandez de faire le prof, comme vous dites. C'est intéressant de faire les profs, mais moi, j'ai quand même un souci pour mon pays. C'est qu'un pays qui est trop endetté est un pays qui s'affaiblit. Pierre Mendes France avait une excellente formule. Il disait « Les comptes au désordre sont le signe des nations qui s'abandonnent. Je ne souhaite pas que la France s'abandonne. » C'est la raison pour laquelle je le redis ici. Il faut, de mon point de vue, et c'est impératif, que le déficit public final, quelle que soit la procédure, soit inférieur. Vous m'entendez ? Inférieur à 5%.
Inférieur à 5%, je vais traduire, c'est 4,9, max, max, max. Au-dessus, on est dans une trajectoire qui ne nous permettra pas ou très difficilement de revenir en dessous de 3% du PIB en 2029, c'est-à-dire d'être crédible tout simplement. Et donc, je lance cet appel aux parlementaires. Pas seulement « Arrivez-y », mais ayez quand même en tête tous, quels que soient vos bancs, qu'un pays qui s'endette, c'est un pays qui s'affaiblit. Et que, quel que soit celui qui gagne en 2027, si son travail consiste à résorber de la dette, bon courage. On ne peut rien faire quand on est endetté. Sans argent, on ne peut pas mener de bonne politique publique.
Pierre Moscovici pour faire un bon budget. C'est ce bon budget que vous appelez de vos voeux. Est-ce qu'il faut augmenter les impôts ou faut-il réduire les dépenses ? Vous avez bien une idée là-dessus.
Oui, j'ai une idée depuis longtemps et je la maintiens. Et d'ailleurs, c'est l'idée que, c'est à quoi nous sommes engagés avec nos partenaires européens. C'est la logique des choses aussi pour que l'économie fonctionne. Il faut sans doute faire les deux. Mais la question, c'est dans quelle proportion ? Il y a maintenant 12 ans, j'avais prononcé une formule qui disait « Je suis sensible au ras-le-bol fiscal qu'éprouvent les Français. » Qu'est-ce que je voulais dire par là ? Non, pas que je détestais les impôts. Il faut des impôts dans une société. Je pense aussi qu'il n'est pas anormal que dans la situation où nous sommes les plus fortunés ait une contribution particulière.
Donc, qu'il y ait une part d'impôt. Elle existe déjà. Elle existe déjà.
Chaque année, on remet ça sur la table mais ça existe déjà.
David Micker, il ne faut pas s'y tromper, il y aura une part d'impôt dans ce budget. Je crois que c'est une nécessité. C'est une nécessité politique, c'est une nécessité sociale. mais l'essentiel de l'effort doit être du côté des économies en dépense. Où est-ce qu'on l'est fait ? Alors, après, franchement, je ne suis pas aujourd'hui au gouvernement. Je l'ai été. C'est au gouvernement de trouver ces économies. Vous le savez,
vous avez le nez dans les camps de la nation toute la journée.
Ma réponse va être simple. Partout. Je pense que, aussi bien sur l'État que sur les collectivités locales que sur les dépenses de sécurité sociale, par exemple d'assurance maladie, il y a des économies à faire qui, attention, sont des économies qui n'affaiblissent pas le service public. Il y a une donnée qu'on perd toujours de vue. C'est que notre dépense publique est la plus élevée de la zone euro et de très loin, même la plus élevée de l'Union Européenne. 57% de dépenses publiques dans le PIB. Avant la crise Covid, c'était 53,5%. Donc, on a rajouté 3,5% de PIB dépenses depuis.
Est-ce que vous avez l'impression, est-ce que les Français ont l'impression qu'on a gagné en qualité du service public depuis ? Non. Absolument pas. Donc, si vous voulez, il faut faire correspondre la quantité de la dépense publique à la qualité de la dépense publique. Il y a 53,5% par exemple de dépenses publiques dans le PIB. Nous serions encore très élevés. Nous aurions encore des services publics massifs. C'est notre choix collectif. Et moi, je pense qu'il faut rester attaché à notre modèle social. Mais un modèle social plus économe, un modèle social qui fonctionne mieux et un modèle social plus performant et j'ajoute aussi plus juste.
Pierre Moscovici, le président de la République et le Premier ministre se réunissent aujourd'hui pour Choose France. 150 entreprises pour annoncer 30 milliards d'investissements. Ces entreprises, elles aiment bien la calinothérapie mais elles ne veulent pas qu'on augmente leurs impôts. Est-ce que la réduction du déficit budgétaire doit se faire sur le dos des entreprises et avec les impôts qu'elles pourraient payer en plus ?
Écoutez, j'ai passé des messages que vous l'avez demandé pour le Parlement, pour le gouvernement, pour l'intérêt général. Je veux aussi en passer aux entreprises. Les entreprises de ce pays, je les connais. J'ai été effectivement ministre des Finances, j'ai été élu pendant 20 ans, je ne suis pas loin d'eux. Je les vois encore, j'étais commissaire européen ce qui me mettait quand même à grande proximité des entreprises. On ne peut pas faire une bonne économie, une bonne société sans entreprises. Donc l'idée de faire par exemple une fiscalité confiscatoire qui empêcherait nos entreprises d'investir, c'est une mauvaise idée. Ce n'est pas moral si vous voulez quand je vous dis ça.
Je vous dis, au fond, on finit par tuer le patient. La France a besoin dans un monde dur d'une économie compétitive. Mais en même temps, les entreprises se sont aussi, j'allais dire, d'une certaine façon, des citoyens, des citoyennes plutôt, puisque si je prends l'entité, et elles doivent être prêtes à prendre leur juste part à l'effort collectif. Il faut que cet effort soit partagé. Il y a le partage que j'évoquais entre l'État, la sécurité sociale, les collectivités locales. Il y a aussi l'effort entre ceux qui ont plus et ceux qui ont moins. Ce qui fait la force de la France, c'est sa solidarité. Le modèle social qui est le nôtre, c'est ce qu'on appelle l'État-providence.
Et c'est un choix qui a été fait par tout le monde de pléguerre. La droite, la gauche. Alors, certains peuvent vouloir le casser. Je ne suis pas de ceux-là. Donc, je dirais qu'il faut que l'effort demandé aux entreprises soit proportionné, qu'ils ne les empêchent pas d'agir, qu'ils ne les empêchent pas d'investir, d'être compétitives. C'est pour ça que certaines formes de fiscalité confiscatoire, je crois, doivent être prohibées. Absolument. Mais en même temps, les entreprises doivent être prêtes, et je crois qu'elles le sont d'ailleurs, à faire une part de l'effort.
Pierre Moscovici, vous quittez la Cour des Comptes. Quel bilan ? Enfin, dans quelques semaines. Quelques semaines. C'est imminent. Vous allez rejoindre la Cour des Comptes européenne. Quel bilan tirez-vous de votre présidence ?
C'est quand on est... J'arrive au terme d'une vidéo au fonctionnaire français. Je poursuivrai à la Cour des Comptes européenne. Ça fait plus de 40 ans que je suis dans le service public. Et on est assez lucide. Il y a des choses que j'ai réussies, des choses que j'ai moins bien réussies.
Alors, parlons de ce que vous avez raté. C'est plus rigolo.
Qu'est-ce que vous avez raté ? Je suis parti de Bercy un peu frustré. Je n'ai pas eu la sensation d'être un ministre des Finances tout à fait heureux. D'abord, c'était très difficile. Après avoir dénoncé le ras-le-bol fiscal, d'ailleurs. Mais parce que j'ai lancé le ras-le-bol fiscal, je suis parti. Hollande vous en a voulu ? Moi, je ne suis pas de ceux qui balancent sur les rapports entre le président et le ministre des Finances. Donc, je ne l'ai jamais fait. Un exécutif est solidaire. En tout cas, j'ai pris mes responsabilités. Il a pris les siennes. Et vous êtes parti pour ça, donc ? C'est sans doute un des facteurs. Mais je reviens surtout sur la Cour des Comptes.
Je pense que cette Cour des Comptes, aujourd'hui, elle est très écoutée par les Français, même si elle n'est pas assez entendue par les pouvoirs publics. C'est une Cour transparente. Nous publions tous nos rapports. Ça, c'est une vraie révolution. Nous sommes très présents dans le débat public. Et si j'interviens souvent, ce n'est pas par plaisir narcissique. C'est parce qu'on me le demande et parce qu'on écoute nos travaux.
C'est vrai que vous avez beaucoup communiqué et c'est vrai que ces rapports n'étaient pas publiés.
Je n'ai pas communiqué.
Pourquoi ?
Non, mais ce n'est pas un gros mot. Non, mais je n'ai pas communiqué en cherchant les médias. Oui, bien sûr. Les médias sont venus vers la Cour des Comptes parce que dans une période où il y a des doutes, on se tourne vers une référence. Cette référence, ce n'est pas moi, c'est nos travaux. Et donc, ils sont tous publics.
Ils n'étaient pas avant ?
Non, quand je suis arrivé ici, on publiait 35 rapports. Maintenant, on en publie 60-80.
35 sur 180 environ ?
Oui, à peu près. Et pourquoi ce n'était pas publié ? Parce qu'il y avait cette espèce de culture un peu d'entre-soi où c'était des rapports entre la Cour des Comptes et l'administration. Moi, j'ai souhaité que ce soit ouvert au public et à telle enseigne que j'ai aussi créé une plateforme citoyenne qui permet aux citoyens de nous proposer des thèmes de contrôle. Maintenant, 5% de notre programmation vient d'eux. Donc, j'ai essayé de faire en sorte que la Cour se rapproche du pays, se rapproche des Français, qu'elle soit plus audible. Je crois qu'elle est plus présente dans le débat.
Je souhaite que ça dure après moi parce que, vous savez, on n'est jamais qu'un épisode dans une longue histoire. La Cour des Comptes, elle est pluricentenaire et c'est une institution à laquelle les Français sont attachés. J'en ai été un morceau. Il y en aura d'autres après et je souhaite que ça dure. Un mot, Pierre Moscovici,
aux socialistes ou aux social-démocrates que vous êtes. Est-ce que les socialistes sont dans la bonne trajectoire aujourd'hui en prenant une forme d'indépendance vis-à-vis de la France insoumise ? Est-ce que cette indépendance pourrait aller jusqu'à s'affranchir de la dépendance dans la perspective des élections municipales ? Est-ce qu'il faut qu'ils aient un candidat ? Est-ce que vous avez des conseils à prodiguer
aux socialistes ? Écoutez, mes convictions personnelles ne regardent maintenant que moi. Je suis impartial en tant que président de la Cour des Comptes. Quand j'aurai quitté ça, je retrouverai une liberté sans doute d'écrire, de penser. Je ne me priverai pas parce que je suis un citoyen même si je réserverai l'obligation de réserve de la Cour des Comptes européenne. Mais j'aurai ma liberté. Aujourd'hui, la seule chose que je peux dire, c'est que dans un pays, pour que la démocratie fonctionne, il faut qu'il y ait une droite et il faut qu'il y ait une gauche. Je le crois profondément.
Et il faut qu'il y ait aussi une gauche qui est à cœur de gouverner, qui soit pour la transformation mais aussi pour le réalisme. Et donc, de ce point de vue-là, oui, les FI, les socialistes et les autres, ce n'est pas exactement pareil. Et donc, oui, je souhaite qu'il y ait une doctrine sociale-démocrate qui soit affirmée et qui soit séduisante et qui propose des réformes et des réformes crédibles. Je souhaite qu'il y ait le moment venu un candidat de ce camp à l'élection présidentielle, un candidat qui puisse rassembler et qui puisse aussi être respecté au-delà des frontières de son parti. Ça pourrait être vous ? Écoutez, je n'y ai pas pensé de ma vie.
Et si on n'a plus de Premier ministre la semaine prochaine à cause d'une motion de censure ou pour des raisons budgétaires,
est-ce que vous seriez un Premier ministre ? Écoutez, on a un Premier ministre. Je l'ai rencontré la semaine dernière. Je sais qu'il est à sa tâche. Je crois qu'il a des idées assez claires. Et le mieux pour le pays, c'est la stabilité.
Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des Comptes, futur président de la Cour des Comptes européenne. Merci.
Je reviens à la base.
Membre de la Cour des Comptes européenne. Ah, j'ai cru que vous alliez être le patron là-bas.
Pas du tout. A chaque âge, c'est plaisir.
Pierre Moscovici, merci d'être venu éclairer nos auditeurs ce matin. A bientôt. A suivre le rappel des titres, la revue de presse d'Herve et Gatégnon et nos esprits libres. Notre esprit libre du lundi, c'est Luc Ferry. Il est 8h30.
Pierre Moscovici