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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 12 décembre 2025 33 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsJusticeSolidarités & famille

Arrêtez tout : on a lu le bouquin de Sarkozy en prison

Source d'origine 1 locuteur

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 30 %Défensif 70 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:58PrésentateurFait
    « Nicolas Sarkozy n'est pas un détenu normal. »
  • 13:54PrésentateurFait
    « « J'ai été déterminé à être incarcéré à la santé, quelles qu'en soient les conséquences sur ma sécurité personnelle ». »

Temps de parole

  • Présentateur100 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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Présentateur

Oui, vous allez me juger, je sais que vous allez me juger, mais considérez quand même que c'était plus dur d'aller chercher ça à la librairie que de demander une crème contre les hémorroïdes à la pharmacie. Bonjour et bienvenue dans le récap, nous sommes le mercredi 10 décembre, un jour que vous attendiez impatiemment, j'en suis sûre. Pile un mois après la sortie de prison du détenu le plus privilégié de France, nous voilà déjà avec son journal intime entre les mains. 213 pages, ce qui nous fait à la louche 10 pages par jour et en plus c'est écrit gros et vous commencez à connaître mon sens aigu du sacrifice.

Donc voilà, je l'ai acheté pour vous sans pouvoir m'empêcher de préciser d'ailleurs au livraire que c'était pour une chronique parce que c'est un peu la honte. Et pour rien arranger, j'ai oublié de prendre un ticket de caisse, donc je ne vais même pas pouvoir être remboursé. Alors appréciez cette chronique s'il vous plaît parce que je ne me suis pas arrêtée là, je l'ai aussi lue et je vous ai sélectionné les meilleures feuilles. J'ai donc donné trois heures de mon temps aux aventures carcérales de Nicolas Sarkozy et autant vous dire tout de suite que ce n'était pas ce qu'il y avait de plus trépidant. Malgré ce qu'il veut nous faire croire, Nicolas Sarkozy n'est pas un détenu normal.

Il n'en a d'ailleurs jamais croisé un seul dès lors que les portes du pénitencier se sont refermées sur lui. Sarko, on l'a dit à multiples reprises, était à l'isolement pendant la vingtaine de jours de son emprisonnement. Et cet isolement, il le raconte. Personne ne les voit, personne ne les rencontre. L'étage n'est accessible qu'après une succession de contrôles plus sévères les uns que les autres. Et quand l'un de ces détenus sort de sa cellule, pour une raison ou pour une autre, c'est toute la prison qui s'arrête de fonctionner pour les laisser transiter. Mes futurs voisins seraient au choix des terroristes islamistes, des violeurs, des assassins ou des narcotrafiquants.

Délicieuse perspective. Dans ce bouquin, tout ce que raconte l'ex-locataire de l'Elysée fait état de ses petits privilèges présidentiels qu'il constate lui-même parfois, comme avec l'utilisation exclusive de la petite salle de sport de la prison, une heure par jour, ou la petite visite quotidienne du directeur de la prison pour une causerie de 20 minutes. Pour d'autres, de ses passe-droits, il lui passe complètement au-dessus, comme les nombreuses visites de ses proches. D'ailleurs, dès le premier jour, sa femme Carla est autorisée à lui rendre visite. Seule éclaircie dans cette journée sombre, Carla me rejoignait au parloir de la santé.

Cette visite, dès le premier jour, constituait un immense soulagement. Je ne l'avais quittée que depuis quelques heures. Elle me manquait déjà cruellement. Un surveillant vint m'invertir qu'elle était en chemin. Je devais me préparer à l'extraction de ma cellule. Ce fut rapide. Nous arrivâmes dans un petit couloir sombre qui me sembla être un rez-de-chaussée, Carla m'attendait devant la porte. Elle se jeta littéralement dans mes bras. Ses traits étaient marqués. Elle était blanche. Je la sentais dévastée. J'étais si heureux de la retrouver et de pouvoir la serrer contre moi. On nous introduisit dans une pièce de 5 mètres carrés à peine, sans fenêtre et avec un néon au plafond.

Les surveillants enfermèrent la porte à double tour. On n'est jamais trop prudent. Nous aurions pu fuir. L'endroit n'était pas triste. Il était glauque. Il n'y avait qu'une table en formica et deux chaises en plastique. Pas un verre d'eau. Pas un café. Pas une once d'humanité. Ah bah c'est sûr que ça change du fouquette, comme cadre de vie. Chaque semaine, Nicolas Sarkozy a le droit à trois parloirs de 50 minutes avec sa famille. Parfois quatre, quand il bénéficie d'un petit coup de pouce de l'administration pénitentiaire. Le matin, j'avais le droit à une heure avec mes avocats. L'après-midi, 50 minutes avec ma famille, trois fois par semaine.

Parfois quatre, lorsque l'administration l'autorisait. Avec les cinq enfants et ma femme, cela faisait peu. D'autant que les visites étaient limitées à trois personnes à la fois. Je devais donc refuser les innombrables demandes de mes amis ou de mes collaborateurs qui souhaitaient me témoigner leur affection. En venant me voir, ma priorité était définitivement Carla et les enfants. Les familles de détenus en France doivent faire des bons en entendant ça. Elles qui attendent parfois plusieurs semaines avant de pouvoir décrocher le précieux sésame pour s'introduire en prison et donc rendre visite à ceux qui comptent pour elles.

Nicolas Sarkozy, lui, nous a fait le récit poignant de son premier jour sans visite derrière les barreaux. Ce premier vendredi de ma détention s'avéra sinistre car nous avions utilisé tous les droits de visite. Ni Carla ni les enfants ne furent autorisés à venir me voir. Je demeurais seule, même si mes avocats Jacqueline Laffont et le si constant Christophe Ingrin firent de leur mieux pour me combler le désert affectif du jour. J'appelais Carla dès le matin pour m'enquérir de son moral. Je ne peux pas venir avant demain après-midi. C'est une horreur. Pourquoi fallait-il imposer toutes ces cruautés et ces vexations à ma famille ? Je voyais les miens souffrir inutilement.

Cela me rendait fou de colère et de douleur. Tenter de m'abattre aussi injustement ne suffisait-il donc pas ? Il fallait, de surcroît, blesser ma famille. Eh bien oui, Nico, l'isolement, c'est un des principes fondamentaux de la prison, qu'on l'aime ou qu'on le déteste. Et ce n'est pas une punition évidemment que pour les détenus, parce que les familles, elles, souffrent aussi. Et d'ailleurs, elles ne s'en cachent pas. Mais pour le savoir, il aurait encore fallu leur donner de l'attention au moins une fois. Et de toute façon, d'une manière générale, la prison, c'est un peu un rendez-vous en terre inconnue pour Nicolas Sarkozy.

C'en est presque surprenant pour un homme politique de son envergure. On dirait qu'il n'a jamais eu l'occasion d'y mettre les pieds, alors même qu'il a été jusqu'à président de la République. Il n'y a qu'à lire ses premières impressions à peine entrées à la prison de la santé. Tout mon nouvel environnement respirait le malheur, la lourdeur, le désastre de vie brisée, entassée entre ces murs, loin du monde des vivants. J'aurais été à dix mille kilomètres de mon domicile, avec un décalage horaire considérable que je n'aurais pas été plus dépaysée. Aucun espace n'exprimait le plus petit espoir ou la moindre humanité. Je fus frappée par l'absence de toute couleur.

Le gris dominait tout, dévorait tout, recouvrait toutes les surfaces. Le premier contact était rude. Ah bah c'est sûr que ça aussi, ça change de la villa à Montmorency et des charmes de Neuilly. Alors il y a eu aussi ce poignant passage où Carla lui apporte un patch chauffant pour son dos meurtri, comme si elle venait le visiter dans ses bureaux, sans envisager une seconde que ses patches ne puissent pas passer les contrôles à l'entrée. Carla m'avait apporté des patches chauffants qui atténuaient la douleur. Ils avaient été confisqués à l'entrée. On ne doit rien faire entrer en prison.

Après quelques minutes de discussion et voyant ma gêne à me déplacer, les surveillants allèrent d'eux-mêmes chercher le pansement. Carla a pu me le poser. Nous voilà rassurés. Et alors je ne vous parle même pas du moment où il découvre sa cellule de 12 mètres carrés, à faire baver quand même n'importe quel étudiant du Crous. Et ne parlons même pas du commun des mortels des prisonniers, notamment à la prison de la santé qui affiche presque 200% de taux d'occupation. On sent tout de suite la fracture sociale. Pour Nicolas Sarkozy, faire le lit, c'est déjà toute une expérience. En m'asseyant sur le lit qui n'était pas fait, j'eus un choc.

Je n'avais jamais senti, y compris à l'armée lors de mon service militaire, un matelas plus dur. Je devais à tout prix occuper mon esprit. Je pris la décision de faire mon lit, ce qui n'était pas une mince affaire, car celui-ci était fixé au mur par des plaques imposantes. Il fallut renoncer à en faire le tour. Outre sa rigidité, le matelas pesait un poids étonnant. Décidément, nous ne serions pas amis, lui et moi. Les oreillers étaient d'une drôle de matière, peut-être du plastique. Les couvertures n'en avaient que le nom. Leur minceur faisait peine à voir. Mais une fois le lit fait convenablement, la cellule prit un aspect plus humain. Il suffit parfois de peu de choses.

Je me suis dit que c'était une bonne leçon, et surtout qu'une fois sorti, j'apprécierais certainement davantage ma maison, mon lit, mon confort matériel. Toutes ces choses que je considérais hier encore comme négligeables et qui prenaient dans cet univers carcéral une toute autre dimension. Négligeable, on parle de la Villa Montmorency. On aurait pu se croire dans un hôtel bas de gamme, pour peu que l'on ignore la porte blindée dotée d'un œil de ton permettant l'observation régulière par les surveillants. Et bien sûr, les barreaux que je choisissais d'occulter pour ne pas déprimer.

Bon, et puis il y a aussi tout un passage sur la douche qui n'est pas agréable, parce que l'eau se déclenche au moyen d'un bouton pression, un peu comme à la piscine municipale, et qu'il faut sans cesse rappuyer dessus. Ce qui agace prodigieusement notre ancien président délinquant. Et ne parlons même pas de la cuisine. Alors là, carrément, c'est trop pour lui. Il refuse catégoriquement de toucher à la plaque électrique de sa cellule. On apprend même qu'une ancienne collaboratrice lui a fait une liste de recettes vraiment primaires pour lui éviter de mourir de faim, parce que la nourriture qui lui est servie le dégoûte prodigieusement. Les barquettes en plastique, ça lui file la nausée.

Je garderai cependant un souvenir ému des recettes de cuisine qu'Emmanuel Mignon, qui fut ma directrice de cabinet à l'Elysée, a tenu à me faire parvenir pour masquer son inquiétude quand elle a appris que je ne me nourrissais que de laitage, ignorant les repas de la prison. Elle avait consigné le temps de cuisson des pâtes, le minutage d'un œuf dur ou d'un œuf à la coque. Elle souhaitait vivement que je me serve de la petite plaque chauffante de ma cellule. Elle m'a sans doute toujours vue plus fort et surtout plus habile que je ne le suis. Et ouais, super dur de faire marcher une plaque électrique. Bref, heureusement qu'on peut toujours compter sur le petit personnel, même à distance.

Et au bout de trois semaines, Sarko a finalement décidé de se mettre à cantiner, c'est-à-dire passer commande auprès de la centrale d'achat de la prison. Et là encore, c'est toute une révélation. Je voulais juste avoir le nécessaire pour passer le moins inconfortablement possible ma troisième, et je l'espérais vivement, dernière semaine à la santé. Ne souhaitant ni ne sachant cuisiner sur la petite plaque chauffante de ma cellule, je me contentais depuis mon arrivée de laitage, de barres de céréales, d'eau minérale, de jus de pomme et de quelques douceurs sucrées. C'était en vérité le minimum. Et donc là, il se met à cantiner.

Il y avait une grande étendue d'articles proposés, y compris des produits halal et cachers. Les prix étaient chers, beaucoup plus chers qu'à l'extérieur. Je pensais avec ironie qu'il s'agissait presque d'un abus de position dominante. Les détenus n'avaient pas le choix. Je ne vous dis pas comment il réagira le jour où il apprendra que les détenus travaillent aussi pour un salaire indécent, largement en dessous du minimum légal, quand ils sont en prison. Comme quoi, rien ne vaut un bon stage d'immersion pour remettre les pendules à l'heure. D'ailleurs, à la fin du bouquin, Sarko a comme un éclair de lucidité politique.

La violence la plus inhumaine était la réalité quotidienne de ce lieu, dont on apprend à l'inverse qu'il prépare à la réinsertion des délinquants. Cela me paraissait assez mal parti dans ces conditions. Les cinq furent condamnés à 30 jours au quartier disciplinaire. Dans quel état psychologique en ressortirait-il ? On pourrait craindre le pire. Je me fis la promesse d'avoir à ma sortie une parole désormais plus élaborée et moins caricaturale que celle que j'avais pu tenir dans le passé sur tous ces sujets. Et bien comme quoi, puisqu'on parle de politique, elle n'est pas complètement absente de l'ouvrage comme vous l'avez vu. Enfin, pas de mesures programmatiques dans ce livre.

Je vous l'ai dit, c'est un journal intime. En revanche, Nicolas Sarkozy n'est pas avare de petites révélations en popole. Il distribue les bons et les mauvais points de façon assez simple. Finalement, ceux qui l'ont soutenu obtiennent évidemment ses bonnes grâces. Les autres se prennent des petits, voire des gros taquets. Le premier d'entre eux n'est d'autre qu'Emmanuel Macron dès la page 23. Nicolas Sarkozy raconte les dessous de leur rencontre à l'Elysée. C'était juste avant son incarcération et c'était un entretien qui avait évidemment suscité la polémique.

Et il semblerait d'ailleurs, malgré ce qu'affirme Nicolas Sarkozy lui-même, que l'ex entretienne quelques rancœurs à l'égard de l'actuel. C'est le président de la République qui avait insisté pour me recevoir au palais le vendredi précédant mon incarcération. Je n'avais rien à lui dire, je n'avais guère envie d'une discussion amicale avec lui. Depuis sa funeste décision de dissoudre l'Assemblée nationale en 2024, nos relations s'étaient distendues. La méfiance s'était même installée à la suite du retrait de ma Légion d'honneur. Alors pendant ces deux heures de tête-à-tête présidentielle, il semblerait que Macron débarque complètement. Du moins, c'est ce que Sarkozy déclare.

Je découvris avec stupeur que le président venait de réaliser que j'allais être incarcéré dans quatre jours. Rien n'avait été anticipé, en tout cas dans son esprit. Il me parut sincèrement troublé, voire choqué par cette perspective. J'étais tout à la fois touchée par son émotion et interloquée par cette surprise non feinte. Il développa alors une énergie impressionnante, sympathique, mais qui m'a paru à la fois trop tardive et surtout assez brouillonne. Son inquiétude portait principalement sur ma sécurité en milieu carcéral. Il était bien temps de s'en préoccuper.

Emmanuel Macron me rappela dès le lendemain pour me dire que je devais changer d'établissement pénitentiaire car ma sécurité ne pouvait pas être garantie à la santé. Je devais en conséquence me rendre à la prison de Maud ou à celle de Réau, précisant que j'y serais bien mieux installée puisqu'un appartement dédié aux familles de détenus pouvait être mis à ma disposition. Après l'avoir remercié, je refusais aussi fermement que catégoriquement tout changement. Je lui précisais même que je n'accepterais aucun traitement de faveur, toute modification étant susceptible de provoquer une polémique.

« J'ai été déterminé à être incarcéré à la santé, quelles qu'en soient les conséquences sur ma sécurité personnelle ». Et on apprend ensuite que c'est Emmanuel Macron qui a ordonné au ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, de mener un audit de la sécurité de Sarko en prison. Et c'est de là qu'est décidé de mettre deux policiers armés dans la cellule d'à côté, 24h sur 24. Et ça aussi, ça avait pas mal défrayé la chronique. On en avait d'ailleurs longuement parlé dans les épisodes précédents du récap consacré à l'incarcération de Sarkozy.

Alors les seuls autres mauvais points, évidemment, reviennent à la France Insoumise, je vous le donne en mille, et à Mediapart, les ennemis jurés de Nicolas Sarkozy. Pour les premiers, un long passage du livre fait écho à la visite de deux députés à l'FI, à la santé, accompagnés d'un journaliste du Monde alors que Sarko y est incarcéré. Le détenu estime que la visite était fomentée pour le voir et évidemment le prendre en photo. Il a donc renoncé à sa séance de sport quotidienne et s'est terré dans sa cellule toute la journée pour ne pas risquer de les croiser. Il a même failli en rater un parloir avec Carla.

Mais comme toujours, l'administration pénitentiaire s'est montrée très conciliante et a simplement décalé l'horaire habituel. Cela ne l'empêche pas de cultiver à nouveau une certaine rancœur. Dans son bouquin, il y consacre plusieurs pages et ne manque pas de dire tout le bien qu'il pense de ces deux élus d'ultra-gauche. Les révolutionnaires aux petits pieds se croyaient à la prison du Temple pour harceler le roi et la reine déchus. Il y aurait eu une guillotine en place de grève comme au XVIIIe siècle. Il serait venu se repaître du spectacle des têtes qui roulaient dans la boue au rythme des pulsions de folie meurtrière de Marat, d'Anton et Robespierre.

Comment pouvaient-ils en être arrivés là ? N'étant pas certains de la qualité de leur connaissance historique, je ne pouvais même pas leur reprocher d'avoir oublié que les révolutionnaires sont toujours dévorés par leur révolution. Peut-être ne l'ont-ils jamais su. Vous reprendrez bien un petit peu de mépris quand même. Bon, étonnamment, le seul qui passe à travers les balles, c'est Jean-Luc Mélenchon. A l'inverse, j'étais reconnaissant à leur chef, Jean-Luc Mélenchon, de ne jamais avoir prononcé une parole contre moi tout au long de cette crise et de mon incarcération.

Je ne partage bien sûr aucune de ses idées ou de ses outrances, mais l'homme cultivé qu'il est ne pouvait, du moins, je l'espérais, être tombé moralement au niveau de ces deux élus de la nation. Et quels élus ? Là aussi, leur attitude devait consterner toute personne dotée d'un minimum d'humanité. Et en ce qui concerne les journalistes de Mediapart, enfin l'officine Mediapart comme ils l'appellent, Sarkozy n'est évidemment pas plus élogieux. Ce livre est l'occasion de régler ses contres et d'asséner sa vérité sans contradicteur. Alors il ne se gêne pas pour triturer cette réalité et répéter sans cesse qu'il est innocent.

D'ailleurs, dès la première page, plus à nouveau plus loin évidemment, il soutient qu'il ne comprend pas ce qu'il fait en prison. Je me suis levé très tôt ce mardi 21 octobre 2025, c'était le jour de mon incarcération. Jamais je n'aurais imaginé franchir les murs d'une prison, ce n'était même pas envisageable. Je ne suis pas un homme violent ni un agresseur, j'ai toujours payé mes impôts de façon scrupuleuse. Et pourtant, en ce matin ensoleillé, alors que je traversais Paris vers la prison de la santé, je devais bien convenir que l'impensable était arrivé. Qu'est-ce qui avait bien pu me faire tomber du mauvais côté de l'histoire ? Qu'avais-je fait pour mériter un tel traitement ?

Quel crime avais-je bien pu commettre ? Et bien, il faut en lire le jugement, ça peut donner des infos. Mais alors d'ailleurs, il ne se prive pas pour continuer avec son narratif des juges haineux. Assez subtilement, toutefois, on le notera au milieu d'une terrade sur lui-même qui est incapable d'éprouver de la haine. Mes amis m'ont souvent reproché de partener trop vite ou d'oublier trop facilement les offenses et les trahisons. J'ai compris que la haine est un sentiment dangereux qui se nourrit de lui-même, qui se renforce jour après jour jusqu'à devenir inextinguible si l'on ne se l'interdit pas. Plus on est, plus on a envie de haïr. C'est un enchaînement sans fin.

Ces sentiments m'étant étrangers, je n'imaginais pas que les autres pouvaient les exprimer à l'endroit de ma personne. Et c'est peu dire que j'étais à sans lieu de penser que j'avais pu susciter de telles passions, aussi démesurées que disproportionnées. J'ai donc été particulièrement imprévoyant. Je l'ai payé au prix le plus fort, celui de la prison. Mais en revanche, parmi les bons points volontiers distribués par Nicolas Sarkozy, qui se prend à lister goulûment tous les soutiens qu'il a reçus, certains sont particulièrement bien vus. Et ce n'est d'autre que Marine Le Pen et Sébastien Chenu du Rassemblement National.

L'ex-président ne se gêne pas pour dire tout le bien qu'il pense d'eux et de leur parti, dont il déplore d'ailleurs la diabolisation. Alors attention, c'est un peu long. On commence avec Marine Le Pen. Finalement, les meilleures surprises sont venues de ceux que j'attendais le moins. Marine Le Pen fut de celle-ci. Elle avait appelé à voter contre moi en 2012. Et donc pour François Hollande, ce qui ne m'avait pas plu. J'avais capté son électorat populaire. Elle me considérait, à juste titre, comme son principal adversaire. J'avais en outre toujours refusé le moindre accord avec son père, elle-même et son parti. C'est dire que les contentieux entre nous étaient nourris et nombreux.

Certes, le contexte judiciaire pouvait nous rapprocher. J'ai apprécié ses déclarations publiques à la suite de ma condamnation, qui était courageuse et dépourvue de toute ambiguïté. Je lui ai donc téléphoné pour la remercier. C'était notre premier contact depuis fort longtemps. Au cours de la conversation, elle m'a interrogée sur la situation politique. Je lui ai répondu que ma conviction était arrêtée. Les élections législatives anticipées n'étaient qu'une question de semaines. Je ne voyais pas comment le président Macron pouvait y échapper. J'ajoutais que je ne croyais pas en la démission de ce dernier, ce qui renforçait encore la probabilité de cette perspective.

Elle me répondit « Votre voix porte sur l'électorat de la droite populaire. Vous associerez-vous à un quelconque front républicain ? » Ma réponse fut sans ambiguïté « Non » et de surcroît, je l'assumerai en prenant le moment venu une position publique sur le sujet. Elle termina en me chargeant d'un message pour Carla. « Dites à votre femme que j'ai admiré l'élégance avec laquelle elle a jeté à terre la bonnette du micro de Mediapart. Elle l'a fait avec une classe et une douceur remarquables. » Marine Le Pen avait raison. « Le geste de Carla était devenu viral sur les réseaux sociaux. J'aurais été incapable de faire aussi bien.

» Et bim, un petit taquet pour Mediapart au passage, ça fait jamais de mal. Nos confrères apprécieront et la liberté de la presse avec. Et quasiment tout à la fin du livre, Sarkozy en remet une couche avec de grands mamours octroyés à Sébastien Chenu. Et cette fois, un petit coup de griffe à LFI, puis la boucle est bouclée. « Ce fut ce jour-ci que je reçus une nouvelle lettre d'un membre éminent du Rassemblement National, proche parmi les proches de Marine Le Pen, Sébastien Chenu. Il était résolu à m'adresser à un courrier de soutien chaque semaine, aussi longtemps que durerait mon incarcération. Il s'agissait de missives assez longues, bien loin des messages s'inspirant de textos habituels.

Le contenu a été sensible, personnel, humain, sans considération politique partisane. On n'était plus dans l'affrontement politique habituel entre membres de formations opposées. Ces textes parlaient de la vie, des sentiments profonds et du respect qu'ils portaient à ma personne comme à ma famille. J'étais touchée aussi bien par la profondeur que par la permanence de ses pensées. À cela s'ajoutait la gentillesse et la délicatesse qui en émanaient. Elles témoignaient d'une personnalité sensible, capable de s'élever au-dessus des querelles politiciennes, pour aller à l'essentiel des rapports humains.

Je connais de longue date Sébastien Chenu, parce qu'il a milité pour moi en 2007 comme en 2012. Il a même exercé des responsabilités au sein de l'UMP que je présidais en région parisienne, ainsi qu'à la tête du mouvement Guélib, dont il a été un des fondateurs. Sa fidélité personnelle m'a beaucoup touchée. Elle aussi était parfaitement désintéressée. Il m'appelait même à ne pas tourner le dos à la France et à la politique. « Nous avons besoin de votre expérience », concluait-il. « J'étais heureux d'avoir un ami comme lui, courageux et sensible.

Je pensais à la diabolisation dont beaucoup de ces femmes et de ces hommes sont victimes de la part d'une gauche qui n'a pas fait, c'est le moins qu'on puisse dire, la démonstration dans mon affaire de la même grandeur de sentiments ou de la même hauteur de vue. J'ai beaucoup de divergences avec les dirigeants du Rassemblement national. Nous n'avons pas les mêmes convictions en matière de politique économique. Nous n'avons pas la même histoire, donc pas les mêmes références. Et je note qu'il peut encore y avoir chez eux des personnalités qui posent problème. Mais les exclure du champ républicain serait une erreur et un contresens.

Ils représentent tant de Français, respectent le résultat des élections et participent au fonctionnement de notre démocratie. Les considérés me semblent aussi naturels que nécessaires. Tout autre comportement serait absolument incompréhensible pour les Français qui supportent de plus en plus difficilement les outranges de la France insoumise et le cordon sanitaire factice autour d'un Rassemblement national qui ne constitue pas un danger pour la République.

Bon, après je vous passe les listes interminables de copains politiques cités par Sarko, Barnier, Lagarde, la famille Chirac, De Villiers et toute la clique habituelle, on notera juste que d'après lui les macronistes sont les plus hypocrites. Des remontrances en in et des petites lettres de soutien en off comme Patrick Cohen, l'éditorialiste d'ailleurs mais que l'ex-président remercie quand même tout en révélant sa dualité au passage. C'est bien joué. Côté journaliste, il s'adonne aussi à l'éloge de Jean-Michel Apathy qu'il a défendu et forcément à Pascal Praud, quasi au bord des larmes quand il s'agissait d'évoquer le triste sort du pauvre Sarkozy.

Plus drôle, on découvre que l'ancien locataire de l'Elysée a reçu des demandes de visite de la part de dirigeants étrangers notamment des Etats-Unis. Cette surprise fut encore plus grande pendant mon incarcération lorsque je reçus des demandes de visite d'ambassadeurs envoyées par les plus hautes autorités des pays qu'il représentait. L'une d'elles émanait du représentant en France des Etats-Unis qui n'est d'autre que le père du gendre de Donald Trump, un membre de la famille présidentielle parmi les plus proches.

Il voulait s'entretenir avec moi à la prison de la santé en ayant pris soin de préciser à mon ami et conseiller diplomatique Pierre Réjean que sa démarche se faisait en plein accord avec la Maison-Blanche et le département d'État. Je ne tenais pas à ce que s'ouvre une polémique inutile. J'étais donc hésitant quant à l'opportunité de le recevoir. Dans le même temps, je ne voyais pas très bien comment j'aurais pu éconduire le représentant de la première puissance mondiale. Et il y a eu aussi l'Argentine. Une autre demande émanait du jeune ambassadeur argentin, proche collaborateur du fameux et original président Milley.

Le contact avait eu lieu plusieurs semaines auparavant lorsque mon fils, Louis, avait obtenu une interview exclusive du président argentin pour son podcast. J'avoue avoir fait preuve d'une certaine couardise, bien qu'ayant été sensible à sa démarche et à son souhait de m'adresser à un message de soutien personnel de son président. J'ai eu peur que Milley plus Trump, cela fasse beaucoup à une semaine de l'audience qui devait statuer sur ma demande de mise en liberté. Je souriais intérieurement en me disant qu'il ne manquait plus que la visite d'Orban et celle de l'ambassadeur russe pour que je finisse par risquer la perpétuité.

Alors avec son journal d'un prisonnier, Sarkozy monte un récit qui vise évidemment à redorer son image après l'épisode prison. Comme toujours, il crie à l'injustice et à la vendetta politique de la justice. Il ne cesse de décrire les nombreux soutiens dont il bénéficie, à la fois dans la sphère publique, mais aussi de la part des petites gens. À l'écouter, jamais il ne croise la route d'un détracteur. Sur son passage, tout le monde l'acclame et lui témoigne de l'amour. Il répète sans cesse combien sa famille est merveilleuse et soudée autour de lui, le grand patriarche victime d'injustice.

Nouveauté cependant, avec ce récit, il veut clairement se rapprocher de la religion, un aspect rarement évoqué par Nicolas Sarkozy, qui d'ailleurs se décrit lui-même comme un piètre chrétien. Il parle de ses prières, de l'aumônier qui le rencontre tous les dimanches et de la lumière qui le guidera pendant cette épreuve. D'ailleurs, il a emmené avec lui la biographie de Jésus-Christ. C'est par hasard. Pour Sarko, ce livre est avant tout et évidemment un outil de communication destiné à le servir lui-même. Je ne vous conseille évidemment pas. C'est aussi chiant que de rester enfermé entre quatre murs. Et avant de passer à l'actu du jour, le média a un petit message pour vous.

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Justesse, l'Assemblée nationale a adopté à 13 voix près le projet de loi de financement de la sécurité sociale avec 247 votes pour et 234 votes contre. Mardi 9 décembre, sans majorité, et lâché dans son propre camp par une partie des députés, Horizon et des Républicains, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait tenté un pari risqué. Finalement, le texte est bel et bien adopté grâce au soutien des socialistes et à l'abstention d'une majorité des députés écologistes. Le texte voté comprend notamment la suspension de la réforme des retraites jusqu'au 1er janvier 2028.

Il prévoit la création d'un congé supplémentaire de naissance d'une durée d'un à deux mois dans le cadre du réarmement démographique souhaité par Emmanuel Macron. Les députés ont aussi adopté la limitation de la durée des arrêts de travail en fixant une durée maximum d'un mois pour la première prescription et de deux mois pour un renouvellement. Les médecins pourront dépasser ces limitations au regard de la situation du patient. Le Palais Bourbon a également validé un amendement du gouvernement qui augmente la CSG, un impôt destiné à financer la sécurité sociale sur les revenus du capital. Cette hausse de 1,4 point concerne surtout les foyers les plus aisés.

Dividendes, plus-value sur les actions, comptes à terme et revenus obligatoires seront davantage taxés. En revanche, la CSG restera à 9,2% pour les revenus tirés de l'immobilier, pour les contrats d'assurance-vie, les PEL et les autres produits d'épargne-logement et les plans d'épargne-retraite. Le PLFSS prévoit aussi une taxe exceptionnelle d'environ 1 milliard d'euros sur les complémentaires santé. Le texte doit maintenant être examiné par le Sénat avant une adoption définitive prévue la semaine prochaine à l'Assemblée nationale.

On vous en parlait hier de cette vidéo où on entend Brigitte Macron traiter de sale conne les féministes venus manifester lors du spectacle de l'humoriste Harry Habitant, également accusé de viol. Eh bien, on en sait plus sur les conditions de la diffusion de cette vidéo. Elle a été partagée à la presse, People, à la suite d'une bourde de l'agence Best Images. Ces images, captées en coulisses, peu avant la représentation, ont été réalisées par un photographe vidéaste de l'agence spécialisée dans l'actualité People et dirigées par Mimi Marchand, la reine des paparazzi et proche de Brigitte Macron.

Différentes séquences ont ensuite été vendues à Paris Match, Closer, Public, mais sans que le son ni les dialogues n'aient été vérifiés, selon Best Images. Mimi Marchand, qui veille habituellement sur les images envoyées, était absente en raison d'un deuil, selon l'agence toujours. Public, qui a reçu la séquence polémique, n'a pas confirmé aux Parisiens l'avoir obtenue via Best Images. Si les défenseurs de Brigitte Macron parlent d'une vidéo volée ou privée, elle se savait pourtant très bien filmée, a indiqué notre confrère David Perrotin, journaliste à Mediapart, sur son compte X.

L'article du journal d'investigation rappelle que Mimi Marchand a œuvré ces dernières années à la communication du couple Macron, ce qui explique pourquoi Brigitte Macron n'avait pas de pudeur à s'adresser à la caméra. L'Elysée a d'ailleurs fini par assumer les propos de l'épouse du président. Interrogée par l'AFP, l'entourage de Brigitte Macron avait par ailleurs assuré qu'il ne fallait voir dans cet échange qu'une critique de la méthode radicale employée par les militantes. Bientôt, de nouvelles élections en Ukraine.

Le président Volodymyr Zelensky a assuré mardi 9 décembre être prêt à organiser la présidentielle dans son pays, alors que Donald Trump a de nouveau critiqué l'absence d'élections en Ukraine. Dans sa déclaration, Zelensky a ajouté que la tenue d'élections était conditionnée à la sécurité du pays. Il a demandé également aux députés de préparer des propositions sur la possibilité d'amender les fondements législatifs et la loi sur les élections sous la loi martiale. Sans la loi martiale, en place depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022 et qui empêche la tenue du scrutin, la présidentielle ukrainienne aurait dû être organisée en mars 2024.

Donald Trump, dans un entretien pour le site Politico, plus tôt ce mardi, a réitéré ses vives critiques à l'égard de Volodymyr Zelensky. Il a accusé Kiev d'utiliser la guerre pour se maintenir au pouvoir. Le dirigeant américain qui souhaite arracher un accord de paix entre Kiev et Moscou continue de mettre la pression sur son homologue ukrainien. Merci d'avoir regardé cette nouvelle édition du Recap. N'hésitez pas à nous laisser vos impressions en commentaire si vous nous regardez sur YouTube ou via e-mail si vous nous regardez à la télé. Et n'oubliez pas que l'indépendance des médias a un coût.

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