L'entretien RMC avec Manon Aubry, députée européenne LFI
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
L'invité du Grand Entretien, c'est la députée européenne, la France Insoumise, Manon Aubry. Bonjour. Bonjour.
Merci d'être avec nous en direct en ce dimanche matin, Manon Aubry. On va parler de plusieurs sujets. On parlait ce matin avec nos auditeurs de ces sanctions évoquées par le gouvernement pour les bénéficiaires du RSA qui n'accepteraient pas de suivre des formations.
On y viendra avec vous. D'abord, un mot de ces manifestations d'extrême droite. Il y avait six rassemblements qui ont été interdits par la préfecture de police de Paris ce week-end.
Plusieurs de ces interdictions ont été retoquées par la justice. Le groupe Action française a pu tenir un colloque hier sur la France en danger, avec parfois des individus masqués ou habillés en noir. Aujourd'hui, ils vont pouvoir manifester en hommage à Jeanne d'Arc.
C'est choquant ou c'est la liberté d'expression et la liberté de manifester ? Dans notre pays, la liberté d'expression et la liberté de manifester est libre et entière, mais elle ne peut pas conduire à de l'incitation à la haine. C'est le cadre qui est fixé par le droit et la loi.
Et je constate qu'aujourd'hui, on vit quand même dans un pays où des manifestations d'extrême droite, qui sont un danger pour l'ordre public, une partie d'entre elles sont autorisées. La semaine dernière aussi, le week-end dernier, dans Paris, alors que des casseroldes pour accueillir le gouvernement et protester contre la réforme des retraites, ce qui ne nuit absolument pas à l'ordre public, mais vise à démontrer une opposition à la réforme des retraites, elles sont la plupart du temps refusées et interdites. Donc il y a quand même une forme de paradoxe énorme.
Après, ce que je constate, c'est qu'enfin on parle du danger que pose l'extrême droite, on en parle aussi avec...
Est-ce qu'on ne leur fait pas de la pub plus qu'autre chose ? Parce qu'ils sont quoi ? Ils sont quelques dizaines ?
Vous avez raison qu'ils ne sont pas nombreux ? Est-ce que finalement, en les interdisant, en les envoyant devant la justice, avec la justice qui au final retoque ces décisions, est-ce que ça ne leur fait pas plus de pub finalement que si on n'en avait pas parlé du tout ? Non, je ne pense pas, parce qu'on vit dans un état de droit et j'espère que le droit pourra être respecté et qu'on arrête enfin l'impunité dont jouit l'extrême droite.
Et cette extrême droite qui montre qu'il y a une des raisons pour lesquelles le maire de Saint-Brément...
Il y a eu des groupes dissous, il y a eu Génération Identitaire, les oeufs de Paris qui ont été dissous par le gouvernement ? Je constate quand même que Gérald Arnalin est un peu plus actif quand il s'agit de s'en prendre à des associations écologistes plutôt qu'à des groupes d'extrême droite. Et quand je vois que le maire de Saint-Brément démissionne parce qu'il est menacé par l'extrême droite, je le redis puisque Elisabeth Bande, dans son interview, a l'air de vouloir cacher le sujet.
Pire, non seulement elle ne nomme pas les raisons de la démission du maire de Saint-Brément, mais en plus, elle donne de nouveau un brevet de respectabilité à l'extrême droite. Dans son interview de ce matin dans le JDD, elle va quand même jusqu'à dire, j'ai pris sa citation exacte, qu'elle note que Marine Le Pen et le Rassemblement National respectent les formes contrairement à la France insoumise. Mais vous voyez dans quel, aujourd'hui, France on vit, on a la première ministre...
Elle dit de quoi elle parle quand elle dit respecte les formes ? Elle parle à l'Assemblée Nationale, pardon. Et donc, mais c'est un respect de...
Vous voyez ce brevet de respectabilité qu'elle donne à l'extrême droite et dans le même temps de diaboliser la gauche, la NUPES, Jean-Luc Mélenchon ? À la fin, vous devenez simplement le marche-pied de l'extrême droite. C'est le jeu dangereux auquel joue ce gouvernement.
Si on revient au sujet, vous soutenez la décision de Gérald Darmanin, en tout cas d'interdire systématiquement ces manifestations. Je soutiens que systématiquement la justice puisse faire son travail et interdire toutes les manifestations d'extrême droite qui sont dangereuses. Alors, pour vous, les prochaines manifestations, c'est le 6 juin.
Nouveau rendez-vous contre la réforme des retraites. Est-ce que vous ne craignez pas, finalement, que les Français soient déjà passés à autre chose, soient, en quelque sorte, un peu résignés ? C'est vrai qu'aujourd'hui, on entend beaucoup parler des prix au supermarché, de l'inflation, plus, finalement, que de la retraite à 64 ans.
C'est le jeu qu'essaie de faire le gouvernement. Emmanuel Macron, qui s'agit à peu près dans tous les sens, pour essayer de faire avaler la pilule et faire la démonstration qu'on est passé à autre chose. Mais ce n'est pas vrai de penser que les Français ne pensent plus à la réforme des retraites.
Évidemment, quand on se lève le matin et qu'on doit aller faire ses courses, on pense aussi à ce sujet. Et que, ça tombe bien, il se trouve que les sujets sont liés à la politique économique du gouvernement. Mais non, on n'est pas passé à autre chose.
Et d'ailleurs, il y a une prochaine mobilisation le 6 juin, et une loi n'en déplaise à Elisabeth Borne, qui est déposée le 8 juin, pour abroger cette réforme des retraites. Que cette loi, elle a toutes les chances de passer, raison pour laquelle le gouvernement s'active autant. Ils essaient d'utiliser l'article 40 de la Constitution pour essayer de retoquer la loi.
Vous le voyez, c'est les mêmes méthodes d'anti-parlementarisme. Et là aussi, Elisabeth Borne, dans son interview ce matin dans le JDD, elle dit que c'est irresponsable de penser...
De faire croire que cette proposition-là pourrait prospérer. Pourquoi ? Parce que même si elle est adoptée à l'Assemblée, ensuite, elle ne va pas être adoptée au Sénat.
Mais ce qui est irresponsable, c'est de nier la souveraineté de l'Assemblée nationale, de nier la capacité de l'Assemblée nationale à faire et à défaire les lois. Mais dans quel monde on vit ? Dans quelle démocratie on vit ?
Quand une Assemblée nationale n'est pas capable de voter elle-même la loi ? Je trouve que cette phrase est assez révélatrice de ce que Elisabeth Borne pense de l'Assemblée nationale. Elle dit que c'est irresponsable de faire croire aux Français qu'on pourrait abroger cette réforme et faire prospérer et poursuivre le système des retraites.
Une fois qu'on abroge, on fait quoi ? Mais attendez, ça fait quand même six mois qu'on a le débat sur les retraites. Et vous avez encore Elisabeth Borne qui vient dans des médias dire « Mais attendez, mais tous ceux qui vous ont dit qu'il y avait des alternatives à cette réforme des retraites, ils vous mentent et les Français n'ont pas bien compris. » Mais c'est incroyable quand même qu'on en soit encore là.
Six mois après, on a un espèce de disque rayé d'Elisabeth Borne. Je crois qu'on a eu le débat maintes fois. On a montré qu'il y avait plein d'alternatives pour financer nos retraites.
À commencer par mettre à contribution tous ceux qui gagnent le plus. Donc franchement, Elisabeth Borne, elle est encore dans un déni total, complètement déconnectée de la réalité. Et c'est la démonstration aussi que je pense qu'on peut gagner parce que je sens une fébrilité aussi chez elle.
Alors il y a le sujet de l'emploi. On a vu Emmanuel Macron se déployer sur le terrain cette semaine pour annoncer des nouveaux investissements en France. D'ailleurs, il fait le lien aussi avec les réformes difficiles en disant « C'est grâce à ces réformes qu'on réussit à créer des emplois en France. » Et puis il y a France Travail, la prochaine loi qui arrive avec des sanctions.
La première ministre le confirme, des sanctions contre les bénéficiaires du RSA s'ils n'acceptent pas les parcours de formation qui leur seront proposés pour les raccompagner vers l'emploi. Ça pourrait aboutir à une suspension des aides. Pour vous, là, c'est une ligne rouge qui est franchie ?
Oui, ce n'est pas la première. On voit qu'à chaque fois que le gouvernement veut lutter contre la pauvreté, en réalité, il lutte contre les pauvres. Je vous rappelle que vivre avec le RSA en France, c'est 600 euros par mois.
Je me défie d'ailleurs, Elisabeth Borne, de vivre avec 600 euros par mois et on verra si elle vient donner des leçons de cette manière-là. On voit que toujours, ils essaient de déporter la responsabilité sur les plus pauvres. C'est la même chose qu'a fait Emmanuel Macron cette semaine où il va dans une usine, il parle de désindustrialisation et il dit que si la France a été désindustrialisée, c'est quasiment la faute des ouvriers parce qu'ils ont travaillé moins.
Mais vous voyez le niveau de provocation que fait ce gouvernement ? Mais ce que nous disait Yves, un auditeur d'RMC ce matin, c'est que finalement, ça permettait aussi de se former pour trouver un nouvel emploi. Pourquoi ça serait stigmatisant ?
Pourquoi on stigmatiserait les pauvres ? Parce que vous...
Il doit bien de trouver un nouvel emploi, de se former. C'est une chose de vouloir former ceux qui sont au RSA, c'est une autre chose de les menacer de ne plus obtenir le RSA en fixant un certain nombre de...
C'est du donnant-donnant, ils reçoivent des aides, ils doivent aussi...
C'est ça la logique en tout cas qui est proposée. C'est un droit social en fait, le RSA, c'est un droit dans notre pays et avec 600 euros, je le rappelle, vous vivez bien en dessous du seuil de pauvreté et allez demander à n'importe quelle personne qui aujourd'hui bénéficie du RSA en France s'il ne voudrait pas avoir un travail et un salaire des sons. Voilà.
Et le prochain auditeur qui est au RSA a posé lui la question. Donc pour vous, ça doit être un droit inconditionnel, on l'a bien compris. Emmanuel Macron demande une pause dans les normes environnementales européennes, sa déclaration a fait beaucoup parler cette semaine.
Vous qui êtes au Parlement européen, qui justement avez à traiter de ces normes environnementales européennes, sur quel sujet on renonce si on ne crée pas de nouvelles normes environnementales ? Emmanuel Macron ne veut pas annuler celles qui existent, il dit juste qu'il ne faut pas en rajouter d'autres. Ça veut dire que c'est un renoncement pour vous ?
D'abord, le chaos climatique, lui, il ne s'est pas mis sur pause. Vous avez tous constaté la sécheresse au mois d'avril-mai qui est déjà là et le dérèglement climatique va à tout va. Et puis, deuxième chose, le président de la République, il sait ce qu'il dit.
Je veux dire, il n'est pas idiot, c'est un responsable politique, chevronné. Et il sait qu'en disant ça, il fait écho au débat qu'on a en effet au Parlement européen et à Bruxelles. Sa phrase a d'ailleurs fait beaucoup parler.
Et il donne le point à la droite et à l'extrême droite, qui en ce moment essaient de saper méthodiquement l'ensemble des mesures de lutte contre le changement climatique. Et on le voit depuis quelques mois au Parlement européen, la droite et l'extrême droite ont ensemble essayé de freiner, par exemple, l'interdiction des moteurs thermiques. L'ensemble des lois du paquet climat au niveau européen n'ont pas encore été adoptées.
Et c'est un signal politique finalement qu'Emmanuel Macron envoie, que la France est prête à lâcher l'ambition climatique au niveau européen. La campagne de 2024 des Européennes a peut-être démarré. Emmanuel Macron a déjà choisi son cran, celui de la droite, climato-sceptique.
Il y a un signe qui ne trompe pas. François-Xavier Bellamy, qui était la tête de liste pour les Républicains en 2019, a applaudi des deux mains en disant « c'est exactement mon discours ». Voilà, je crois que le choix d'Emmanuel Macron est très clair.
Et si on veut de l'ambition climatique, il va falloir en finir avec tous ces climato-sceptiques. Alors justement, vous nous faites une transition pour parler de la campagne des Européennes. Parce que les Français ne sont pas encore totalement dedans, mais il y a des élections européennes dans un an.
Et on en parle déjà, en tout cas en interne dans les partis. Vous, vous avez choisi votre camp. Vous voulez faire liste commune avec les écologistes.
Donc à l'intérieur de la NUPES, continuez avec l'ensemble de la NUPES. Les écologistes, eux, ne sont pas totalement partants. Est-ce que là ne se révèlent pas finalement les faiblesses de la NUPES, qui a fonctionné autour de Jean-Luc Mélenchon au moment de la présidentielle, mais qui, là, sur la question européenne, on se rend bien compte que vous n'avez pas la même vision de l'Europe avec les écologistes ?
Ce n'est pas vrai. Vous savez, quand on a négocié le programme de la NUPES il y a un an, il y a un chapitre entier qui porte sur les questions européennes et qui n'inscrit pas de désaccord dans ce texte en commun si nous étions amenés à gouverner. C'est la première chose.
La deuxième chose, je suis élue au député européen depuis quatre ans. Depuis quatre ans, plus de 80% de nos votes sont en commun avec notamment les écologistes et les élus de la NUPES. Les écologistes disent que le diable se cache dans les autres 20% parce que...
Ce n'est pas vrai. On se souvient quand même que Jean-Luc Mélenchon a fait campagne l'année dernière sur la désobéissance au traité européen pour appliquer le programme français. Et vous savez, l'ancien secrétaire national de LV a écrit un petit bouquin qui s'appelle « Désobéir pour sauver l'Europe ».
La notion de désobéissance, elle est connue par les écologistes. Et les écologistes, comme nous, ils sont pour pouvoir maintenir des tarifs réglementés du gaz et de l'électricité pour que les prix n'explosent pas. Et ça, il faut désobéir aux règles européennes.
Et enfin, on nous dit depuis un an, toutes les semaines, tous les jours, la NUPES va mourir. Mais en réalité, la NUPES, elle correspond à l'attente des citoyens, des électeurs de gauche. Il y a un sondage qui a indiqué que 76% des électeurs de gauche veulent une liste commune de la NUPES aux européennes.
Et l'enjeu, il est quoi ? C'est celui de gagner. C'est celui de finir en tête.
Il y a un sondage dans JDD qui sort aujourd'hui qui place la NUPES en tête au coude à coude avec le Rassemblement national. Oui, et donc, je le dis, alors qu'on n'a pas commencé la campagne depuis quelques jours, on n'arrête pas de nous dire « Vous avez des désaccords insurmontables avec le reste de la NUPES et pour autant, on nous met déjà en tête ». C'est les écologistes qui le disent, ce n'est pas les journalistes.
C'est les écologistes eux-mêmes qui disent « ça n'est pas possible ». Je crois avoir fait la démonstration, j'ai notamment répondu longuement à Marine Tondelier, sur les accords de libre-échange, sur la politique agricole commune, sur l'ambition climatique, sur les règles budgétaires, sur toutes ces questions que l'on vote concrètement au Parlement européen. « Oui, nous sommes en accord ».
Donc vous nous appris à aller négocier avec vous ? Oui, moi je propose qu'on ouvre trois chantiers d'ici l'été. Un, qu'on puisse faire le bilan du mandat passé.
Deux, ouvrir des discussions programmatiques. Trois, discuter des priorités pour cette campagne. Et je pense que l'enjeu, c'est d'être à la hauteur de l'espoir.
Tous les gens qui nous regardent et qui ont un moment dans leur vie, votés à gauche, j'ai envie de leur dire, oui, on peut être une alternative à l'extrême droite et aux macronistes. On peut en faire la démonstration dès les élections européennes de l'an prochain. Et moi j'ai envie que cet enthousiasme, on le nourrisse et qu'on le traduise concrètement en remportant cette élection.
Merci Manon Aubry d'être venu ce matin sur RMC, chef de file des Insoumis au Parlement européen. Très bonne journée à vous. Bon dimanche.
Manon Aubry