Raphaël Glucksmann : non, il n'est pas un camarade
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« Comme en 2019, sa liste de prétendants députés européens sera conduite par Raphaël Glucksmann »
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« Rappelons-nous notamment de Daniel Cohn-Bendit, qui avait fait 16,2% aux Européennes en 2009 pour Europe Écologie Les Verts, pour qu'ensuite le même parti fasse 2,3% aux présidentielles qui ont suivi. »
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« Des libérateurs qui tuèrent plus de 100 000 civils et plongèrent la région dans le chaos et la misère qui réune depuis, tout en nourrissant le terrorisme. »
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« Un tiers des 40 millions d'Irakiens vivent sous le seuil de pauvreté, alors que la région est l'une des plus grandes réserves de pétrole du monde. »
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« Dans la lignée de son père, Raphaël Glucksmann tenta d'organiser la candidature de Bernard Kouchner aux élections présidentielles de 2007 »
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« ce qui l'a amené à participer à des réunions du parti d'ultra-droite alternative libérale, dont il faillit même être candidat aux élections législatives. »
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« Kouchner, de sinistre mémoire, va-t'en guerre pro-américain, payé par Total pour blanchir la multinationale des accusations de travail forcé en Birmanie, deviendra finalement ministre de Nicolas Sarkozy »
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« ministre de l'Intérieur s'attaquant continuellement à nos libertés publiques, organisant notamment le fichage génétique des faucheurs d'OGM et des étudiants en grève, et stigmatisant les immigrés à longueur de journaux télévisés. »
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« dont le but promis était de supprimer la sécurité sociale »
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« Il a voté contre les amendements condamnant les exactions d'Israël à Gaza. »
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« Il s'est prononcé notamment contre la reconnaissance des actes de guerre israéliens et du nombre de victimes palestiniennes »
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« chez qui on a retrouvé 900 000 euros en liquide versé par le Qatar »
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« a mis fin à la déxation des salaires sur l'inflation au début des années 80, a massivement financiarisé l'économie française »
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« Michael Saakashvili, qui, durant cette période, supprima le salaire minimum, licencia des dizaines de milliers de fonctionnaires, et diminua fortement les impôts des entreprises et des actionnaires. »
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« Corruption, torture sur les prisonniers. Saakashvili moisit désormais dans les geôles géorgiennes, condamnés pour abus de pouvoir »
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Voilà, le Parti Socialiste s'est décidé. Comme en 2019, sa liste de prétendants députés européens sera conduite par Raphaël Glucksmann pour poursuivre l'héritage social-démocrate de la construction européenne. Les médias s'en félicitent, leurs pronostics pleuvent. Pour eux, Glucksmann est le nouvel espoir de la gauche. Il va créer la surprise et sauver le Parti Socialiste. Il tire mille conclusions d'une réussite potentielle à une élection pourtant quasiment personne ne va voter, qui n'est jamais déterminante et qui est démentie dès l'échéance électorale suivante.
Rappelons-nous notamment de Daniel Cohn-Bendit, qui avait fait 16,2% aux Européennes en 2009 pour Europe Écologie Les Verts, pour qu'ensuite le même parti fasse 2,3% aux présidentielles qui ont suivi. « Vu les retours que j'ai, je suis sûr qu'il peut finir à 15%, voire plus ! » a confié le patron de fric, Xavier Néel, à propos de Raphaël Glucksmann lors d'un dîner en ville, d'après le journal de droite L'Opinion. « Chez Frustration, nous ne sommes pas invités à ces dîners en ville. Dommage, nous pourrions y dire tout le mal que nous pensons de lui.
» À chaque fois que j'aperçois Raphaël Glucksmann dans la presse ou à la télévision, je ne peux m'empêcher de voir à travers lui son père, le philosophe André Glucksmann, qui fut maoïste dans sa jeunesse avant de devenir sarkoziste et pro-américain, et de me rappeler ce dernier, en 2003, écumant les plateaux TV pour expliquer à quel point les États-Unis avaient raison de bombarder les Irakiens. Je me souviens aussi de la première phrase incroyable publiée par André Glucksmann dans une tribune dans Le Monde, co-signée à l'époque avec Pascal Bruckner et Romain Goupil, démarrant par ces mots. « Quelle joie de voir le peuple irakien en liesse fêter sa libération et ses libérateurs.
» Des libérateurs qui tuèrent plus de 100 000 civils et plongèrent la région dans le chaos et la misère qui réune depuis, tout en nourrissant le terrorisme. Un tiers des 40 millions d'Irakiens vivent sous le seuil de pauvreté, alors que la région est l'une des plus grandes réserves de pétrole du monde. Bien sûr, Raphaël Glucksmann ne peut porter la responsabilité des turpitudes de son père. Mais l'a-t-on une seule fois entendu se désolidariser de lui, de ses amis, de ses idées ? Au contraire ! Il aime à dire que tout le monde voudrait que je fasse mon Oedipe, mais je n'en ressens aucun besoin, ni dans ma vie personnelle, ni dans ma réflexion intellectuelle.
Il le démontra d'ailleurs à l'époque, en écrivant plusieurs articles dans la revue Le Meilleur des Mondes, publication néo-conservatrice et atlantiste, c'est-à-dire soutenant systématiquement la politique étrangère des États-Unis. Dans la lignée de son père, Raphaël Glucksmann tenta d'organiser la candidature de Bernard Kouchner aux élections présidentielles de 2007, ce qui l'a amené à participer à des réunions du parti d'ultra-droite alternative libérale, dont il faillit même être candidat aux élections législatives. Des vidéos le démontrent.
Je vais passer la parole à Raphaël Glucksmann, qui sera candidat pour la théâtre libérale. Moi j'ai toujours été séduit par la philosophie libérale, mais je n'ai jamais connu d'engagement militant sur le terrain politique. On va dire que si on arrive en France, dans notre discours, à libérer en quelque sorte le marché du poids de l'État, c'est aussi et surtout pour libérer l'État et la politique des forces du marché. Contredisant ses mensonges sur le sujet. J'ai jamais été candidat à la moindre élection avant d'avoir été candidat en 2019 pour places publiques et les élections européennes.
Kouchner, de sinistre mémoire, va-t'en guerre pro-américain, payé par Total pour blanchir la multinationale des accusations de travail forcé en Birmanie, deviendra finalement ministre de Nicolas Sarkozy, ce qui fut loin de déplaire à Raphaël Glucksmann. Il avait lui-même assisté à un meeting de sa campagne présidentielle. En 2007, impossible pourtant d'ignorer ce qu'était Sarkozy jusqu'alors, ministre de l'Intérieur s'attaquant continuellement à nos libertés publiques, organisant notamment le fichage génétique des faucheurs d'OGM et des étudiants en grève, et stigmatisant les immigrés à longueur de journaux télévisés.
L'ancien président du mouvement Alternative Libérale, Édouard Filias, dont le but promis était de supprimer la sécurité sociale, garde un excellent souvenir du charisme de Raphaël, de son exceptionnelle aisance sociale et intellectuelle, dû probablement à son milieu, comme il l'explique à France Info. « Il est lumineux, passionné, avec une forme de détachement et d'élégance », précise quant à lui Bernard-Henri Lévy dans un article du Monde. Ce détachement bourgeois revient beaucoup dans les descriptions de Raphaël Glucksmann dans les innombrables articles concernant. Il a eu un parcours classique de bourgeois qui lui autorise ce pseudo-romantisme.
Après le lycée Henri IV et Sciences Po Paris, il réalise ses documentaires, crée une société de communication, dirige brièvement un magazine littéraire. Il navigue professionnellement au gré de ses envies. Quand des journalistes du Monde lui demandent quel est finalement son métier, il répond « C'est la pire question pour moi. J'ai toujours été porté par les décisions de l'instant. » Éternel luxe bourgeois de la liberté. On pourra nous rétorquer qu'on a le droit de changer, d'évoluer avec le temps, de sortir peu à peu de son aveuglement, que le Glucksmann d'hier n'est pas celui d'aujourd'hui. En réalité, il n'a quasiment pas changé.
Devenu depuis 2019 député européen soutenu par le Parti Socialiste, avec d'ailleurs un très mauvais score, contrairement à ce que prévoyaient déjà les médias à l'époque, il a toujours l'air de beaucoup aimer la guerre. En tout cas, le nettoyage ethnique mené actuellement par Israël en Palestine ne semble pas lui poser de gros problèmes, si l'on observe ses votes au Parlement européen lors du débat sur une résolution datant du 19 octobre. Il a voté contre les amendements condamnant les exactions d'Israël à Gaza. La députée LFI Alma Dufour et la juriste franco-palestinienne Rima Hassan ont détaillé ses votes sur Instagram.
Il s'est prononcé notamment contre la reconnaissance des actes de guerre israéliens et du nombre de victimes palestiniennes, et contre la reconnaissance, selon les mots du secrétaire national de l'ONU, du fait que les violences ne sont pas survenues dans le vide, mais sont le fruit d'un conflit et d'une occupation de longue date sans perspective d'issue politique. La ligne de Glucksmann est en fait parfaitement claire. Il se situe toujours dans le sens des États-Unis. Il écrit des milliers de lignes sur Poutine, ce qui est justifié, mais dit beaucoup moins de mots des autres régimes autoritaires alliés des Américains, Arabie Saoudite, Turquie, Qatar, etc.
Et siéger dans le groupe d'Eva Kaili, ancienne vice-présidente du Parlement européen, chez qui on a retrouvé 900 000 euros en liquide versé par le Qatar, ne semble pas non plus le perturber. Ce qui guide aussi l'action de Raphaël Glucksmann, c'est son européisme. Il souhaite par exemple à tout prix l'élargissement de l'Union européenne, sans prendre en compte ses impacts sociaux. Si vous votez pour nous, nous soutiendrons l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne. Si vous êtes farouchement hostile à cette adhésion, je vous propose de voter pour la liste du RN. La messe est dite. Le débat est clos.
Les délocalisations, les milliers d'emplois détruits en France à cause des élargissements successifs. Ça ne parle pas à Raphaël Glucksmann. Et si vous osez l'évoquer, vous faites le jeu du Rassemblement national. Rappelons qu'en Ukraine, tous les partis de gauche sont interdits, mais ceux-là aussi, Glucksmann s'en fout. Sa vision de l'Europe, c'est celle de l'ancien ministre et président de la Commission européenne, Jacques Delors, à qui il dresse des éloges en revendiquant son héritage.
Delors, c'est celui qui, parmi de multiples méfaits, a mis fin à la déxation des salaires sur l'inflation au début des années 80, a massivement financiarisé l'économie française, et a, avec l'acte unique européen dont il fut l'un des plus farouches défenseurs et contributeurs, gravé dans le marbre le caractère néolibéral de la construction européenne. Tout cela va très bien aux camarades Glucksmann, car la question sociale ne l'a jamais passionné. Enfin, je suis de mauvaise foi, il s'y met tranquillement. Auparavant, dit-il, il avait zappé complètement la question sociale. Manifesté pour les retraites, ça ne l'avait jamais fait vibrer, disait-il. On peut le comprendre.
Ce qu'il faisait vibrer, entre 2009 et 2013, c'était de conseiller l'ancien président géorgien ultralibéral, Michael Saakashvili, qui, durant cette période, supprima le salaire minimum, licencia des dizaines de milliers de fonctionnaires, et diminua fortement les impôts des entreprises et des actionnaires. Dès 2008, Raphaël Glucksmann parlait avec grande éloquence de Saakashvili. Certes, Saakashvili n'est pas Gandhi. Mais, sous son impulsion, la Géorgie a changé de visage. La corruption a été presque réduite à néant. Les journalistes étrangers y jouissent d'une liberté totale. Les élections s'y déroulent sous le contrôle des organisations internationales.
L'économie décolle sans rente pétrolière. Le gouvernement est formé de jeunes gens, dont la double nationalité américaine, anglaise ou israélienne, fait ressembler depuis d'ici à une babelle occidentale plantée au cœur du Caucase. La réalité du règne de Saakashvili, pendant que Glucksmann le conseillait, et qu'il était marié à sa ministre de l'Intérieur, est dramatique. Corruption, torture sur les prisonniers. Saakashvili moisit désormais dans les geôles géorgiennes, condamnés pour abus de pouvoir, et en particulier pour avoir organisé la répression féroce des manifestations de 2007. En France, le sort de la population continue à indifférer Glucksmann.
Pendant les gilets jaunes, les réformes des retraites, bref, tous les grands moments de mobilisation sociale, on l'a très peu entendu. Il est ainsi loin d'être surprenant que le PS se rallie une fois de plus à lui. Rappelons que ce parti est dirigé par Olivier Faure, ancien dirigeant d'entreprise, qui ne faisait pas partie des fondeurs du PS sous Hollande, et avait défendu la loi travail. Pour résumer, Glucksmann est adoubé par tous les gens qui se prétendent de gauche sans l'être. Cela va jusqu'à l'infâme Daniel Cohn-Bendit.
La classe dominante a besoin régulièrement de recycler la social-démocratie, de mettre en avant des personnages inoffensifs pour elle, et qui continueront à défendre ses intérêts. Des opportunistes, ou des gens qui le deviennent, car le système électoral et les institutions bourgeoises sont organisées pour cela. Le dialogue récent entre François Ruffin et Raphaël Glucksmann a été beaucoup médiatisé. L'intérêt de ce débat sur le fond et la qualité des interpellations de Ruffin, même s'il ignore volontairement certains sujets centraux comme le nettoyage ethnique en Palestine, ne doit pas faire oublier les buts qu'il sert.
Si les médias apprécient tant cette discussion, c'est qu'elle se fait de manière courtoise, apaisée, et qu'elle permet d'invisibiliser Jean-Luc Mélenchon. Quoi qu'on pense de lui, et nous avons souvent critiqué certaines de ses tactiques politiques chez Frustration, les idées que ce dernier met en avant, que ce soit en soutien aux Palestiniens, ou dans les propositions radicales de transformation de la société qu'il défend, sont dangereuses pour les bourgeois, qui adoreraient revenir au bon vieux temps où la gauche libérale dominait le débat politique.
Contrairement à ce qu'affirme Ruffin, dans son échange avec Glucksmann, où il critique la gauche radicale qui fait tout pour effrayer, il y a bien deux gauches irréconciliables dans ce pays. Ou plutôt, des idées, des forces, des engagements de gauche, et d'autres qui ne le sont pas, mais qui prétendent l'être pour des raisons électoralistes et financières. Notre camp n'a pas besoin de dialoguer avec Raphaël Glucksmann. Son futur score aux élections européennes doit nous indifférer. Faire reculer Macron, pied à pied, centimètre par centimètre, partout où c'est possible, est la seule tâche qui doit nous occuper.
Pour cela, nul besoin de se réconcilier avec Raphaël Glucksmann ou ses futurs clones.