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Audition parlementaireyoutube.com· 11 mai 2026 10 minFond programmatiqueInstitutions & électionsEnvironnement & énergieSolidarités & familleTravail & emploi

REPLAY - Discours de Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée Nationale

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 55 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:36PrésentateurChiffre
    « 55% de son peuple fait la grève du vote pour les élections législatives. »
  • 3:45PrésentateurChiffre
    « Il demande la fin du scandale des 9 millions de personnes réduites à la pauvreté »
  • 3:53PrésentateurChiffre
    « des 565 morts par an sur le poste de travail, »
  • 4:05PrésentateurChiffre
    « des 2 000 morts dans la rue, des 2 millions et demi d'illettrés, »
  • 7:06PrésentateurChiffre
    « C'est maintenant qu'il faut décider la fermeture des 19 réacteurs »

Temps de parole

  • Présentateur100 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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Présentateur

On va écouter Jean-Luc Mélenchon qui arrive à la tribune, le président du groupe La France Insoumise. Jusqu'où et jusqu'à quand notre patient sera-t-elle encore abusé ? Je m'explique. La France Insoumise attendait avec intérêt et concentration votre discours. C'est le seul qui compte, car c'est lui qui va être suivi d'un vote solennel sans lequel vous ne pourriez pas gouverner. Et puis nous avons eu deux longs postscriptums du discours du président de la République durant deux heures. Pourquoi pas ? Mais moi je n'ai que dix minutes. Que reste-t-il de l'apparence même d'un débat parlementaire dans de telles conditions ?

Et je veux vous le dire pour vous rendre hommage, votre discours mérite mieux que dix minutes de commentaires. Mais je n'ai pas non plus de temps pour vous faire des compliments. J'avais prévu de convaincre. J'en reporte le projet. Je ne peux me contenter que d'informer et de dénoncer. Nous ne voterons pas le soutien au gouvernement. Vous le saviez. Nous serons le seul groupe dont aucun des membres ne votera ce soutien. Je veux le souligner. Mais nous ne voulons pas être seulement votre opposition. Nous nous présentons comme l'alternative au monde que vous représentez. Il faut qu'il y en ait une. Car le sol se dérobera bientôt sous vos pieds.

Dans un pays qui de longue tradition démocratique, une nation aussi politique que l'est la France. 55% de son peuple fait la grève du vote pour les élections législatives. Et ceci nous concerne nous aussi. Alors, je vous le dis, agir comme vous le faites, c'est tirer un feu d'artifice dans une poudrière. Car vous croyez dominer la situation en cherchant à passer en force sur des sujets essentiels qui touchent au cœur même de la nation et de son existence. Vous entrez dans le régime du coup de force permanent. Et cela, non pour changer d'urgence les recettes libérales qui nous ont conduits au désastre actuel, mais pour au contraire en élargir sans limite les domaines d'application.

Cette ligne moyenne européenne que vous ne cessez d'évoquer, c'est la ligne de flottaison en dessous de laquelle sont tirées les munitions qui coulent la nation, détruisent son État, ses services publics, étranglent la Grèce, condamnent au sous-développement tout le vieux continent. Nous n'avons pas élu Mme Merkel. Nous n'avons que faire d'une politique de l'offre et de la contraction de la demande. Le pays est d'abord riche de ces demandes. Vous, coup de force, vous vous donnez huit jours dans cette Assemblée pour disposer par le moyen des ordonnances du droit de renverser tout l'ordre public social de notre pays et sa hiérarchie des normes.

Huit jours pour abolir les résultats de 100 ans de lutte et de compromis social, de mai 36 à mai 68, en passant par le CNR. Vous voulez tout disloquer en deux votes. Nous appelons cela un coup d'État social. Et nous, parlementaires, nous n'aurions pas le droit de toucher ni à une ligne, ni à un virgule de ces textes qui, pour nous, sont tant de choses. Qui vous a demandé de le faire ? Sinon le MEDEF, une organisation sans représentativité, accaparant la parole de tous les patronats, pourtant aussi divers que les entreprises.

Le peuple des métiers, celui qui crée seul toute la richesse de la patrie, aspire à autre chose, de la visibilité dans la vie professionnelle, de la sécurité, des bonnes payes, des retraites décentes. Il demande la fin du scandale des 9 millions de personnes réduites à la pauvreté dans la cinquième puissance du monde, la fin du scandale, des 565 morts par an sur le poste de travail, des 1 200 personnes qui décèdent de maladies professionnelles chacune de nos années, des 31 000 enfants sans domicile fixe, des 2 000 morts dans la rue, des 2 millions et demi d'illettrés, dans la grande et splendide France. Comment cela est-il possible ? N'est-ce pas l'urgence des urgences ?

Coup de force encore, cette fois-ci, contre l'ordre démocratique du pays. Vous pensez bouleverser tout le régime des libertés individuelles en moins d'un mois. Vous avez décidé de transposer dans le droit ordinaire les dispositions de l'état d'urgence. Le président de la République lui-même a dit qu'il fallait en libérer le pays des contraintes de cet état d'urgence. Mais alors pourquoi le faire entrer dans la loi ordinaire ? On nous promet que cela sera réservé aux terroristes. Mais vos prédécesseurs disaient de même. Mais 80% des mesures effectives de privation de liberté prises dans ce cadre l'ont été contre des syndicalistes et des militants écologistes.

Pourquoi croire qu'il puisse en aller autrement dorénavant ? Nous vous le redisons. L'état d'urgence permanent mis dans la loi ordinaire, c'est la victoire de l'ennemi, à la fois parce qu'il prend toute la société en otage de sa violence, mais aussi parce qu'il lui injecte ce recul de liberté qui est le cœur de son projet et le contraire du nôtre, à nous tous, sur tous les bancs. Coup de force encore quand le président menace les assemblées d'un plébiscite si elle refuse de voter la réduction du nombre des parlementaires qu'il souhaite. Sans nous expliquer pourquoi. Moins de députés, ce serait plus de démocratie ? Ah bon ? Quoi ? C'est trop de deux sièges en Ariège ?

Il y en avait cinq sous l'ancien régime. Je vous mets en garde contre la démagogie antiparlementaire et l'installation d'une méfiance généralisée contre les élus. Si vous voulez moraliser la vie politique du pays, si vous voulez moraliser la vie politique du pays, alors châtiez les corrupteurs, chassez les fraudeurs du fisc, limiter les salaires indécents des champions du CAC 40, interdisez les pantouflages, interdisez que l'on puisse être conseil d'une grande société et représentant de la nation. Bref, limiter de toutes les façons possibles le pouvoir de l'argent, donner au peuple lui-même le pouvoir de révoquer ses élus quand il le juge nécessaire.

Le référendum révocatoire, voilà le moyen terrible et simple d'installer en tout point la démocratie sous le contrôle du peuple. coup de force enfin quand vous n'évoquez l'urgence écologique, que pour mieux vous taire sur les urgences qui pourtant imposent des décisions immédiates. Je vous le dis avec toute la solennité qui ne vous vise pas seulement vous, monsieur le premier ministre, mais qui appelle à réfléchir les collègues sur tous les bancs. Le nucléaire est dangereux. Nos centrales qui ont fonctionné magnifiquement et nous en remercions ceux qui les ont fait vivre jusqu'à présent et nous saluons leur travail. Ces centrales arrivent en fin de vie. Elles vont devenir dangereuses.

Statistiquement, elles le deviennent. Dès lors, monsieur le premier ministre, C'est maintenant qu'il faut décider la fermeture des 19 réacteurs qui arrivent en fin de vie sous votre mandat. Il le faut parce que dans le même délai, il faut passer aux énergies renouvelables qui nous permettront, la France en a les moyens techniques et intellectuels, de passer à autre chose qu'au nucléaire sans rupture. Enfin, je suis bien marié de savoir que vous avez cessé le combat à l'Europe sur les définitions que donne la Commission des perturbateurs endocriniens. La France s'honorait en résistant. C'est le moment pour moi de vous demander.

Oui, comptez-vous en finir avec les OGM et les pesticides qui menacent et insécurisent non seulement l'alimentation des êtres humains, mais à leur génération même, et vous le savez. Oui, voilà les mesures qu'il faut prendre, qu'il faudrait annoncer dès maintenant. Et enfin, une qui n'a jamais le droit de citer à une tribune parlementaire. Quand, comme mesure de civilisation, dirons-nous que nous sommes disposés à punir avec force le martyr des animaux dans une nation aussi développée et civilisée que la nôtre ? Je n'ai que dix minutes et j'ai l'intention de m'y tenir. Vous êtes venus ici, on finirait par le croire, nous lire les notes de bas de page du président de la République.

Puisqu'il a cité contre nous les manes de Seyès et de Mirabeau, que de nouveau vous avez cité, je vais rappeler que les deux n'ont été réunis que devant le roi. Ce n'est pas notre cas. Et ça ne le sera pas avant longtemps, croyez-moi, et il y aura bien du monde pour s'y opposer, s'il le fallait. Mais au premier, nous souvenant que Capet, le 14 juillet, avait écrit 1789, comme commentaire sur son journal privé, deux points, rien. Méfiez-vous de rien. Méfiez-vous surtout des petits riens. A Seyès, nous prendrons la volonté de faire que le tiers-État soit toute l'Assemblée nationale. Nous en sommes d'une façon ou d'une autre à l'avant-poste.

De Mirabeau, l'idée qui est antichie par la volonté du peuple, les gens qui ne sont rien et se croisent dans les gares ont une réplique pour vous que je voudrais bien, monsieur le Premier ministre, que vous acceptiez de faire connaître à monsieur le Président de la République. Les riens lui disent « Nous ne sommes peut-être rien à vos yeux, mais demain, nous serons tous. » Merci, monsieur Mélenchon. Merci.