Les NGT sont "un outil supplémentaire dans la panoplie" pour "créer de nouvelles variétés", affirme Pierre-Benoît Joly
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Il est 6h21, trois lettres au cœur d'un vif débat politique NGT. C'est une nouvelle génération d'OGM que la Commission européenne veut introduire dans l'agriculture. Le Parlement européen se prononce aujourd'hui. S'agit-il d'une solution miracle pour s'adapter aux défis climatiques ou un danger pour la biodiversité ? Faut-il en avoir peur ? Ces modifications génétiques sont on ne peut plus controversées. Et pour bien comprendre, je reçois un pionnier dans l'étude des biotechnologies et de l'industrie des semences. Bonjour Pierre-Benoît Joly. Bonjour. Alors vous avez la double casquette d'ingénieur agricole et d'économiste.
Vous êtes président du Centre Occitanie-Toulouse de l'INRAE, l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement. Vous êtes également membre de l'Académie d'Agriculture. NGT, c'est donc un sigle anglais qui signifie Nouvelle Technique Génomique. Quelle est la différence avec un OGM ?
Alors, c'est un OGM au sens de la réglementation européenne. C'est un OGM particulier. Les OGM, ce sont des organismes génétiques modifiés. Ce sont des organismes qui sont obtenus par l'utilisation de techniques qui sont dites non naturelles. Par exemple, l'insertion d'un gène. La différence entre les OGM traditionnels qu'on connaît depuis les années 1990 et les plantes éditées qui résultent de l'utilisation des techniques d'édition du génome, c'est qu'on a une technique qui est beaucoup plus précise, qui permet d'avoir des transformations qui sont ciblées. Vous savez qu'on travaille sur le génome, donc c'est une longue liste de bases nucléotides.
Ce sont des lettres ATGC qui se succèdent et qui contiennent le programme génétique des organismes. Et donc, on peut, contrairement aux OGM traditionnels, faire des transformations qui sont ciblées, c'est-à-dire aller changer une lettre précisément.
Et on n'introduit pas d'ADN étranger, ça aussi, c'est vraiment la spécificité de ces NGT, c'est ça ?
Alors, oui ou non. C'est-à-dire qu'il y a deux types de NGT. Alors, c'est très simple, il y a les NGT1 et les NGT2, donc jusque-là, ça va. Et donc, les NGT1 se caractérisent par le fait qu'on n'introduit pas, effectivement, d'ADN étranger, alors que les NGT2, on le fait. Et donc, cette réglementation qui va être votée aujourd'hui introduit cette distinction.
Et ça pourrait servir pour quel type de culture ? Alors, ce serait de fabriquer, si j'ose dire, de produire des tomates qui soient, par exemple, moins vulnérables aux pucerons, par exemple ? Ça peut être ça ?
Oui, alors absolument. Donc, c'est un outil supplémentaire qui vient dans la panoplie des acteurs qui créent de nouvelles variétés. Et donc, effectivement, c'est, par exemple, des résistances à des virus. Et on sait que les plantes potagères, notamment, font face à des renouvellements réguliers des virus, des attaques de champignons, etc. Donc, on a toujours besoin de sources de résistance.
Plus résistant aussi à la sécheresse, obtenir de meilleurs rendements. Il y a aussi un enjeu économique, puisque les Etats-Unis et la Chine, eux, ont déjà autorisé CNGT. Aujourd'hui, pour que les choses soient bien claires, en Europe, tout est interdit, que ce soit la recherche, la culture et l'importation de, je ne sais pas, de tomates ou de poireaux déjà modifiés ? Alors, non, tout n'est pas interdit.
Dans les laboratoires de recherche, on utilise très couramment ces techniques, avec des autorisations qui vont bien.
Mais ça ne sort pas des labos, ça ne va pas dans les champs ?
Alors, voilà. Donc, ça, c'est les laboratoires. Et ensuite, il n'y a pas d'interdiction, simplement, les autorisations, les procédures d'autorisation sont compliquées. Et en gros, mais c'est pareil dans d'autres pays, ce qui n'est pas autorisé est interdit. Donc, c'est dans ce sens qu'il y a une interdiction.
Et c'est l'enjeu de ce vote au Parlement, avec donc toute la prudence qui s'impose, en tout cas de la part des organisations environnementales, qui, elles, dénoncent de multiples dangers. En premier lieu, le manque d'informations pour le consommateur. Quand j'achèterai ma tomate, si, bien sûr, ces NGT sont validées par le Parlement européen, ce ne sera pas indiqué dessus. Il n'y a aucune obligation de dire qu'elle a été modifiée par ces nouvelles techniques géniques, génomiques ?
Oui, alors, actuellement, oui, c'est le contenu de la réglementation. Donc, encore une fois, pour les NGT1, la logique, c'est que ces NGT1, ces plantes éditées, sont considérées comme équivalentes à ce qu'on trouve par d'autres des méthodes conventionnelles ou par des mutations naturelles. Et donc, dans ce cas-là, comme elles sont équivalentes, le législateur considère, c'est ça la proposition, qu'il n'y a pas lieu d'informer le consommateur.
Mais on a suffisamment de recul, il y a eu une évaluation des risques, est-ce qu'un suivi aussi, une surveillance est prévue, une fois qu'elles seront mises sur le marché, si elles le sont ?
Une surveillance est prévue, mais elle n'est pas encore complètement... Enfin, vous savez, il s'agit d'un texte, d'un règlement européen qui va s'appliquer à toute l'Europe. Et donc, il faudra voir les textes d'application. Mais on peut redouter, effectivement, qu'en termes de ce qu'on appelle la biovigilance, un peu comme dans la pharmacie, on a la pharmacovigilance qui permet de repérer des problèmes s'ils subviennent. Mais en fait, pour l'instant, on n'a pas les outils. Et donc, ça, il faut absolument construire les outils.
Est-ce qu'on peut redouter aussi une contamination des cultures bio ? S'il y a deux champs, par exemple, qui sont côte à côte, les champs avec NGT peuvent contaminer les champs bio ?
Oui, alors le terme contamination n'est peut-être pas adapté. Mais effectivement, les cultures bio, les gènes et les pollens qui sont dans les cultures de plantes éditées, iront féconder en partie, évidemment, selon les espèces, c'est très différent. Selon les cultures, c'est très différent. Mais ils iront, effectivement, pourront féconder des plantes qui sont dans des champs voisins, puisque la grosse différence, c'est avec le règlement OGM. Le règlement OGM organise la coexistence entre les OGM et le conventionnel ou l'agriculture biologique. Pour les NGT, on n'a pas du tout ces... Pour les NGT 1, encore une fois, les plantes éditées de type 1, on n'a pas ces dispositions.
Et puis, très rapidement, parce que le temps file, Pierre-Benoît Jolie, ça c'est l'objet d'un rapport que vous avez remis justement hier. Il y a aussi un problème sur les semences et la propriété intellectuelle.
Oui, alors vous parlez du rapport que nous avons fait à l'Académie d'agriculture de France. Effectivement, la grosse crainte, c'est que cette réglementation ne provoque une concentration et n'amplifie la tendance à la monopolisation de ce secteur. Et là, il y a des conséquences non seulement économiques, mais environnementales et sociales qui pourraient être extrêmement importantes. La menace est sérieuse.
L'accaparement des semences par une poignée de multinationales. Merci beaucoup Pierre-Benoît Jolie, président du Centre Occitanie Toulouse de l'INRAE.