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interviewC dans l'air· 28 mai 2024 9 min

Chômage : les séniors dans le viseur #cdanslair - Reportage 27.05.2024

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Un grand entretien dans la tribune du dimanche et des grandes lignes pour une énième réforme de l'assurance chômage. Gabriel Attal tranche dans le vif un décret le 1er juillet pour une application au 1er décembre, sans passer par la case parlement.

0:17
Gabriel Attal

Il faut qu'on assume d'avoir un modèle social plus tourné vers l'activité, mais tout en gardant une protection qui reste une des protections les plus fortes d'Europe. Et moi j'en suis très fier et les Français y sont attachés, mais ça se finance.

0:27
Présentateur

Et voilà ce qui va changer. Pour avoir droit au chômage, il faudra travailler 8 mois au cours des 20 derniers mois. Pour les moins de 57 ans, l'indemnisation passe de 18 à 15 mois. Pour les plus de 57 ans, elle passe de 27 à 22 mois. Cette association qui aide les personnes au chômage s'inquiète.

0:49
Invité

Alors cette réforme va fragiliser clairement les plus jeunes sur le marché du travail qui chroniquement ont peu d'expérience et donc ne seront pas forcément éligibles à l'assurance chômage, les fameux 8 mois dans les 20 mois. Mais aussi toutes les personnes qui ont peu de qualifications, car en général c'est des gens peu qualifiés, qui enchaînent des contrats précaires et qui pourraient ne pas totaliser la durée nécessaire pour ouvrir des droits à l'assurance chômage.

1:13
Présentateur

Les seniors seraient eux aussi particulièrement touchés. Les oppositions de gauche dénoncent une nouvelle réforme encore plus dure que celle de 2019.

1:22
Invité

Elle est d'une violence sociale inouïe et sans doute sans précédent. Cette réforme, d'abord elle est profondément inefficace, elle s'appuie sur aucune étude d'impact et même la porte-parole du gouvernement l'a dit. Je vais vous dire, cette réforme, elle est profondément injuste. L'objectif c'est de faire la poche des Français qui sont dans la galère. Aujourd'hui, les dividendes sont moins taxés que le travail. Et donc il y a des manes financières à aller chercher au lieu d'aller réduire les droits des chômeurs et de les plonger dans la précarité parce que les premières victimes de cette réforme, ce seront les jeunes et les plus précaires.

1:56
Présentateur

Mais le gouvernement explique que ces mesures visent à retrouver le plein emploi en France. Objectif, un taux de chômage de 5%. Même si ce taux baisse depuis plusieurs années, il reste à 7,5% à l'heure actuelle. Le patronat et les Républicains, main dans la main, pour saluer la réforme.

2:15
Invité

Moi j'entends tous les jours, partout, dans le pays, dans toutes les entreprises, chez les artisans, les commerçants, les restaurateurs, comme chez les grandes entreprises industrielles, on n'arrive pas à recruter. Donc il faut qu'on arrive à faire en sorte de recréer le lien entre la France et le travail. Nous sommes en soutien d'une nouvelle réforme de l'assurance chômage. Si déjà elle peut reprendre ce sur quoi nous nous étions accordés en novembre dernier avec les syndicats, dont une baisse de cotisation patronale, ça sera pas mal.

2:41
Présentateur

Chaque salarié cotise pour l'assurance chômage. En déficit au moment du Covid, la caisse de l'Unedic est maintenant excédentaire. Plus 1,1 milliard d'euros selon les prévisions pour cette année. Avec la réforme, ce chiffre pourrait exploser selon les syndicats. Ils accusent l'État de vouloir faire avant tout une réforme budgétaire.

3:01
Invité

Emmanuel Macron, s'il fait cette réforme, c'est d'abord pour nous voler 4 milliards d'euros, ça on l'a compris, et puis ensuite c'est pour tirer les droits de tous les salariés vers le bas en nous forçant à accepter n'importe quelles conditions de travail, de salaire, parce que nous retrouverons la peur du chômage et la peur du licenciement.

3:19
Présentateur

En France, un demandeur d'emploi sur deux ne touche aucune indemnisation chômage. – Alors, Caroline Michel-Aguerre, question téléspectateurs, c'est Claudius en Meurthe-et-Moselle. Quand j'ai perdu mon poste de cadre à 50 ans, j'ai accepté un poste d'ouvrier deux fois moins payé. C'est vers ça qu'on veut aller. Il y a, c'est vrai, une disposition dans cette réforme qui encourage les seniors à accepter des boulots moins qualifiés, sachant que l'assurance chômage va vous compenser la perte de salaire.

3:55
Invité

– Alors, ce n'est pas moins qualifié, enfin ce n'est pas écrit comme tel, c'est écrit moins bien payé que ce que vous aviez auparavant. Donc, l'idée c'est d'inciter les seniors, avec tous les guillemets qu'il faut mettre à ce mot, à accepter des emplois qu'ils ne considèrent pas au niveau de leurs compétences, puisqu'on peut imaginer que si on était payé X, c'est qu'on valait X sur le marché du travail, en leur disant, l'État va compenser, mais attention, pour une durée déterminée, qui est 24 mois si je ne dis pas de bêtises, qui vous permettra pendant un an d'avoir le gap entre le nouveau salaire et votre indemnité de chômage précédente.

Donc, ce n'était pas votre ancien salaire, mais votre indemnité de chômage, sachant qu'à la fin, au bout du délai d'un an, vous tombez à votre nouveau salaire. Moi, ce que je trouve très étonnant dans cette réforme, c'est que ça permet aux entreprises, finalement, d'embaucher des gens extrêmement qualifiés.

5:04
Présentateur

Des seniors ?

5:05
Invité

Des seniors extrêmement qualifiés. Enfin, la particularité d'un senior, quel que soit son diplôme cadre ou pas cadre, c'est d'avoir beaucoup d'expérience, a priori. Donc, d'avoir quelqu'un qui a accumulé les expériences, les compétences, et de pouvoir moins le payer que sa valeur précédente, parce qu'il n'est pas dit que ce serait sur un autre emploi ou sur... Voilà, c'est juste dit. Il n'y a pas d'autre condition que le fait que si le salaire qu'on vous propose est inférieur pendant un an, vous toucherez la même chose que votre indemnité de chômage.

5:41
Présentateur

On vient de voir l'expression du président de la CFECGC, pendant que vous parliez, qui parle du senior discount. Offrez-vous un vieux à moitié prix. Voilà, c'est ça.

5:49
Invité

C'est un peu le message qui peut être envoyé. Et encore une fois, c'est un discount qui profite aux entreprises. Il peut y avoir un effet d'aubaine. Oui.

5:57
Présentateur

Est-ce que ça veut dire quelque part, Dominique Seux, qu'il faudrait accepter en France l'idée que l'âge venant, eh bien, on accepte de renier sur son salaire ? Non, mais c'est effectivement le... C'est ça l'indemnité. Non, mais la réflexion hésite toujours entre... De fait, c'est un effet d'aubaine. Des entreprises, je ne dis pas les entreprises en général, mais des entreprises vont évidemment profiter de l'affaire pour embaucher à deux tiers ou trois quarts de prix en attendant que l'État complète. Donc, de fait, c'est aberrant.

Mais de l'autre côté, c'est vrai que la France se caractérise un peu par rapport notamment aux pays anglo-saxons par le fait que les carrières salariales sont considérées comme étant linéaires tout au long de la vie. Alors qu'aux États-Unis, notamment, vous pouvez accepter une baisse de salaire, puis une remontée, etc. Il y a plus... C'est l'habitude face aux risques, etc. Je ne dis pas que le système américain est le meilleur, loin de là. Mais en tout cas, c'est vrai que ça peut bloquer... Ça peut bloquer la reprise d'emploi. En même temps, on a beaucoup parlé dans la première partie de ces émissions de données macroéconomiques, comme le disait Caroline tout à l'heure.

C'est-à-dire une vision d'ensemble. Si on prend les cas de chaque personne qui nous écoute, de chaque demandeur d'emploi, il faut avoir une réflexion moins générale. Et évidemment, c'est vrai que accepter un travail d'ouvrier alors qu'on est 4, je comprends que ce soit extrêmement difficile. – Soisique Caménaire, vit-on le chômage de la même façon quand on a 60 ans que quand on en a 24 ? Parce qu'au fond, ce sont les deux cibles qui vont souffrir de cette réforme.

7:26
Invité

– Non, évidemment, pas du tout de la même façon. Alors, on voit bien ce qui est en train de se passer. C'est ce qui n'est pas dit d'ailleurs dans cette réforme et ce qui n'est pas dit depuis la réforme des retraites. C'est un changement de société. C'est ça qu'il y a derrière toutes ces réformes. C'est-à-dire l'idée de dire, on va travailler plus vieux, on va peut-être travailler en condition dégradée, avec moins de salaire, mais l'essentiel, ce sera de rester au travail, ce qui n'avait pas été envisagé de cette façon-là en France auparavant.

Pour ce qui est des plus jeunes, alors, il y a de toute façon, on voit bien, les enquêtes le montrent, l'excellent livre de Frédéric Dhabi, « Fractures », il y a plusieurs jeunesses, mais c'est vrai qu'il y a des jeunes dont le rapport au travail a considérablement évolué, peut-être pas à 24 ans, mais plutôt un peu plus tard, ceux qui ont subi le Covid de plein fouet, qui ont découvert le télétravail, qui se sont remis en question. Il y a beaucoup d'enquêtes sur cette question-là.

8:16
Présentateur

Mais perdre son chômage à 60 ans, c'est un peu perdre, quelque part, ce qui fait aussi sa raison de vivre et son statut, et c'est très mal vécu.

8:24
Invité

C'est très dur, et puis c'est surtout un vieillissement accéléré. C'est une forme de porte de sortie, donc on sait que c'est très compliqué. Là, tout est décalé de deux ans avec la réforme des retraites. On voit bien, on va passer senior dans le travail, dans l'emploi plus tard, avec des mesures qui vont être prises plutôt pour 57 ans maintenant, mais on voit bien que c'est tout un écosystème à repenser de la part du gouvernement, et qu'on voit bien qu'entre l'avant et l'après, il y a une transition qui va être très dure. Et c'est ça qu'on ressent là, maintenant. Et c'est ça qu'on ressent, c'est ça qu'on ressent, c'est ça qu'on ressent.