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Podcast / conversationC à vous (sur YouTube)· 16 mars 2023 10 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

Quel avenir pour Elisabeth Borne ? - Dominique Reynié - C à Vous - 16/03/2023

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 50 %Défensif 40 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteÉludée

    Le gouvernement avait-il vraiment le choix d'éviter le 49.3 pour faire passer sa réforme des retraites ?

  • 3:05OuverteRéponse directe

    Emmanuel Macron a invoqué des risques financiers pour justifier le 49.3. Qu'est-ce que ça veut dire ?

  • 4:50OuverteRéponse directe

    Des députés demandent la démission d'Elisabeth Borne. Est-ce justifié ?

  • 5:14OuverteRéponse directe

    Est-ce un échec personnel d'Elisabeth Borne ? Peut-elle rester à Matignon ?

  • 6:40OuverteRéponse directe

    Marine Le Pen va déposer une motion de censure. Va-t-elle en profiter ?

  • 7:50OuverteRéponse directe

    Voter une motion de censure a-t-il des conséquences à craindre ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:05InvitéFait
    « On sait depuis juin 2022 qu'il n'y a pas de majorité absolue. »
  • 3:05InvitéFait
    « Emmanuel Macron a invoqué des risques financiers trop grands pour justifier l'utilisation du 49.3. »
  • 5:37InvitéFait
    « Il n'y a pas de majorité depuis le début, on le sait. »

Temps de parole

  • Invité82 %
  • Invité 211 %
  • Présentateur5 %
  • Invité 32 %

2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Le gouvernement avait-il vraiment le choix d'éviter le 49.3 pour faire passer sa réforme des retraites ? On sait depuis juin 2022 qu'il n'y a pas de majorité absolue. C'est une situation inédite. Et donc toutes les réformes supposent de bâtir une majorité avec des alliés de circonstance, réforme par réforme. Là, il s'agit d'une réforme extrêmement importante. On sait qu'elle est impopulaire. Ça n'est pas une surprise. On sait que les Français ne veulent pas travailler plus, même s'ils peuvent considérer que c'est nécessaire. Donc là, c'était, je dirais, l'acte le plus difficile de ce point de vue-là.

On ne peut pas dire qu'il est étonnant que le gouvernement ait du mal à réunir une majorité sur un texte pareil. Ce qui est très curieux, c'est ce qu'a dit Patrick Cohen, ce sont les LR, en fait. Parce que c'était là que se trouvait la majorité avec les macronistes. Et les LR qui avaient cette réforme dans leur programme, même plus dure, puisque c'était 65 ans, il y a maintenant des années, ont calé, au fond, pour différentes raisons, et laissent en race campagne la majorité macroniste. Je crois aussi que pour les LR, c'est plus que funeste. Il est bien possible qu'ils ne s'en relèvent pas. Mais ça n'est pas ni étonnant qu'il n'y ait pas de majorité pour ce pouvoir, ni traumatisant.

C'est la vie démocratique. Il n'est jamais dit nulle part que toute réforme trouve une majorité parlementaire. Il y a quelques années, lorsqu'il y avait des majorités fortes et immobiles, – ça date un petit peu, mais enfin, ce n'est pas si vieux que ça – ont se plaignait de blocs majoritaires qui votaient comme des machines. Il n'y avait aucun débat, aucun suspense, etc. Tout passait. – Godillot. – Voilà, le parti Godillot. Là, on a des majorités qui sont relatives. Et on a dit d'ailleurs, bravo, il va falloir construire, convaincre, etc.

On voit d'ailleurs que les parlementaires, les députés dans leur ensemble, ne sont pas, en particulier dans l'opposition, ne sont pas perméables à la persuasion, à l'échange. C'est quand même beaucoup de happening, beaucoup de démonstrations intempestives. – Des effets de manche. – Des effets de manche, on l'a vu là, des cris, des chants, etc. Ce n'est pas quelque chose de très parlementaire. Donc à la fin, on aboutit à une absence de majorité. Mais le plus important, il est de se rappeler qu'il n'y a pas de majorité absolue, il n'y a qu'une majorité relative, elle n'est pas suffisante ici, et il n'y a pas de majorité alternative. C'est ça qui est le plus important.

C'est-à-dire que si toutes les oppositions veulent s'agréger, on n'atteint pas la majorité, et en plus, il ne faut pas oublier de le dire, s'agrègent des partis qui ne peuvent pas travailler ensemble. Le RN et la France insoumise avec l'EPS et les écologistes, ils ne vont pas faire une majorité de gouvernement. Ça ne peut pas avoir lieu. Donc ce sont des capacités d'empêchement qui n'ont aucune capacité de construction. C'est là que, d'une certaine manière, la situation... Il y a une impasse. Il y a une impasse, mais la position du gouvernement, elle se défend aussi. C'est-à-dire, écoutez, vous êtes contre mon projet, bâtissez une majorité alternative, et nécessairement, on s'y rendra.

C'est ça la démocratie. Selon un participant du Conseil des ministres convoquant en urgence, Emmanuel Macron a invoqué des risques financiers trop grands pour justifier l'utilisation du 49.3. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que si la réforme avait été proposée au vote et qu'elle avait été rejetée, la France aurait pu être sanctionnée par les marchés financiers ? Alors, je ne sais pas, bien sûr, ce qui se dit dans ces conversations-là, mais il est vrai... C'est qu'il y avait un risque.

Il me semble qu'il est vrai, parce qu'on a des informations quand même, le gouvernement, la France est un des pays, sinon le pays qui emprunte le plus sur les marchés financiers pour financer des dépenses qu'elle ne sait pas financer autrement que par l'emprunt. Donc, si dans un moment comme aujourd'hui, où on sait que les taux d'intérêt ont tendance à monter dans le monde et que donc nos emprunts sont de plus en plus coûteux, si la France donne le sentiment à des prêteurs, on est dépendant des prêteurs, c'est comme ça, les Italiens empruntent aux Italiens, les Japonais aux Japonais, les Français sur les marchés financiers.

Si les prêteurs ont le sentiment qu'on n'est pas capable de faire tenir durablement les finances dans un pays qui est comme les autres marqué par l'inflation et par les taux d'intérêt qui nous font rembourser beaucoup plus que ce que nous avons emprunté, on va commencer à nous faire payer de plus en plus cher les taux d'intérêt. Il faut voir que c'est des milliards à chaque fois, et même des centaines de milliards. Donc, l'échec là-dessus, c'est le signal que la France n'est pas réformable. Et je pense que si la réforme ne passe pas, en tout cas, ça c'est mon analyse, il n'y aura plus de réformes en France.

4:25
Présentateur

– Ah oui, ça c'est un argument politique, là. On n'est plus dans l'argument financier. – Financier.

4:28
Invité

– Non, non, non, je parle d'argument financier. Ce que va comprendre, je dirais, le prêteur, c'est que le pays ne va pas mettre fin à son déficit structurel énorme, à ses dépenses mal contrôlées, et que donc prêter devient de plus en plus dangereux. Là, c'est possiblement un coup d'arrêt pour une durée limitée. – Dès l'annonce de ce 49.3, on l'a entendu, des députés ont demandé la démission d'Elisabeth Borne, la première ministre. – Ce gouvernement, cette première ministre, n'est pas digne de notre démocratie, n'est pas digne de la République. – Je veux dire, Elisabeth Borne, elle est effectivement infusible dans cette affaire. – Attendez, son image est quand même fortement dégradée.

Sa façon de faire de la politique a montré à quel point elle était au bout, du bout du rouleau, et qu'à un moment donné, il faut aussi prendre ses responsabilités. – Est-ce que c'est un échec personnel d'Elisabeth Borne, qui l'a dit jusqu'au bout où elle voulait aller au vote, est-ce qu'elle peut rester à Matignon ? – Évidemment, la tentation pour le président, c'est d'en faire, comme il a été dit, un fusible, pour essayer d'éviter la foudre lui-même. De toute façon, il n'est pas candidat en 2027, donc ça laisse un peu aussi de liberté. Mais je trouve, pour ma part, très injuste d'accabler la première ministre. Il n'y a pas de majorité depuis le début, on le sait.

– Son tort, c'est d'avoir cru aux négociations avec les LR. C'est ça sa plus grande erreur ? – Au fond, elle a été lâchée par les LR.

5:49
Présentateur

– Oui, ça a été fait avec Emmanuel Macron, avec le président de la République. Ce n'est pas Elisabeth Borne qui l'a fait dans le dos du président, l'accord avec les LR.

5:58
Invité

– Je veux dire, c'est injuste de faire porter sur elle, me semble-t-il, moi, ce recours au 49-3. Majorité relative, quelle est sa capacité à fabriquer un accord entre des parlementaires si différent du point de vue idéologique, dès lors qu'elle est première ministre, avec une situation qui est, depuis le départ, extrêmement difficile. Ça me paraîtrait vraiment… Et les propos qu'on entend, là, de la part de Fabien Roussel, de Marine Le Pen, vous voyez, c'est quand même des choses un peu curieuses, les propos qu'on entend sont vraiment presque outranciers. C'est très excessif de dire qu'elle est indigne de sa fonction, enfin, à quel moment elle était indigne, il me semble qu'elle fait son job.

C'est très difficile, elle n'a pas réussi ce qu'elle voulait, c'est vrai, voilà. – Marine Le Pen qui demande la démission d'Elisabeth Borne, qui va déposer elle-même une motion de censure, est-ce qu'elle va profiter de cette crise, Marine Le Pen ? Elle qui est apparue très en retrait pendant toute cette période de débat sur la réforme des retraites. – Moi, c'est ce qui me gêne et me désole. À chaque fois qu'il y a une crise, de quelque manière qu'on la tourne, ça se termine par… Et c'est vrai, ça va profiter à Marine Le Pen, et je pense que c'est une vérité possible.

C'est-à-dire que la France insoumise peut être affectée par un succès du 49-3, si je puis dire, c'est-à-dire une absence d'une motion de censure qui fera adopter le texte et qui dans quelques mois mettrait la France insoumise un peu en difficulté du côté d'une gauche qui peut avoir provoqué l'échec d'une opposition au projet. Tandis que Marine Le Pen a toujours un avantage, a une forme de chaos, elle représente le parti de l'ordre. Et s'il y a une espèce de radicalisation, des casseurs plus nombreux, des coupures de courant plus importantes, eh bien cela va très vite tourner à la demande d'ordre public. Ça, c'est inévitable, c'est le cycle.

Personne ne voudra rester dans une situation d'incertitude. On ne sait pas si on aura son train, on ne sait pas si on aura la lumière, etc. Donc il va y avoir une demande d'autorité, voilà, dont elle sera une des bénéficiaires. Voter une motion de censure, c'est prendre le risque que Mme Macron dissolve à l'Assemblée nationale. Est-ce que ça a des conséquences qu'il faut craindre ? – Là encore, si vous voulez, au fond, c'est la Constitution tout ça. Si la motion est adoptée, le gouvernement démissionne et il y a dissolution. – Ah non, c'est pas automatique.

8:05
Présentateur

– Oui, mais je veux dire, là c'est difficile quand même. – Non, non, mais la confusion est souvent faite, donc je le précise, ça n'est pas automatique. Le gouvernement tombe, le Premier ministre doit donner sa démission, mais la dissolution, c'est à la discrétion du président de la République.

8:16
Invité

– Absolument, on ne comprendrait pas, me semble-t-il, que devant un gouvernement renversé par une majorité de parlementaires, alors que le président n'a pas de majorité…

8:25
Présentateur

– Oui, la seule fois où ça a été voté, en 1962, il y a eu une dissolution.

8:27
Invité

– Alors, il y a eu une dissolution et les élections ont été remportées par le pouvoir en place. Mais là, il y aurait une dissolution, ce serait au fond ce à quoi aspirent finalement les protestataires, c'est-à-dire un moment démocratique, ça se termine dans les urnes et les électeurs tranchent. Mais je ne vois pas là non plus ce qu'il y a de dramatique. C'est probablement un risque, parce que ce sont des élections nouvelles, on ne sait pas le résultat, on ne sait pas qui en tirera profit, c'est quand même très difficile de spéculer sur ces résultats.

Mais il me paraît surprenant de voir dans le fonctionnement de la Constitution et dans une possible dissolution, il me paraît surprenant de voir une crise du régime. Ça fonctionne comme il est prévu que cela fonctionne lorsqu'il n'y a pas de majorité absolue. – Un affaiblissement, c'est sûr d'Emmanuel Macron, ça c'est une certitude. – Bien sûr, oui, bien sûr, un affaiblissement. Mais encore une fois, c'est une situation tellement particulière. Il a besoin de réussir cette réforme, en tout cas je le crois, même par le 49-3, pour avoir l'espoir de faire encore ensuite une ou deux réformes qui pourraient être utiles.

Il a un autre calendrier d'ici 2027, il n'est pas concerné de la même manière par les élections qui viennent. Sa majorité, oui. Par contre, il me semble que sa préoccupation, en tout cas j'imagine, est de ne pas être le président qui recevra l'Élysée Marine Le Pen pour la passation des pouvoirs et partir sur une telle image. Donc je suppose que quand même ça, ça occupe son esprit. – Sous-titrage Société Radio-Canada